‹ Corot, souvenirs intimesChapitre 29 sur 79 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

toujours de bonne foi^ il ne savait pas se refuser à obéir à une sensation vive, et quand la nature , qui prend tous les aspects , Favait frappé, vite il voulait en rendre FefFet et cherchait un sujet en rapport avec le cadre. C^est ainsi que parfois il a transformé complètement des tableaux achevés, et lorsque son esprit était en quête pour traduire une idée qui Favait saisi, il rangeait ses tableaux Fun à côté de Fautre, par terre, dans toute la longueur de Fatelier; et, après avoir réfléchi et arrêté son plan, il choisissait la toile dans laquelle il voyait son affaire, saisissait tout de suite le pinceau, presque fiévreusement, et en faisait tout autre chose que ce qu’elle était d’abord. Parfois sa fougue était si grande qu’emporté par la crainte de perdre la conception nouvelle, il ne prenait pas toujours la peine de gratter la peinture déjà faite et disait : « Ça donnerait à mon idée le temps de s’effacer, je l’oublierais peut-être, et il ne faut pas; avant tout, c’est elle qu’il faut tenir; — écrivons-la tout de suite. »

Plusieurs tableaux ont subi de cette façon une transformation complète ; je citerai, entre

COROT

autres, celui dont Corot a fait le Souvenir du lac Nemi, Dans son premier état, c’était un motif de Ville-d’Avray, où, certain soir, étant dans son salon, le maître fut frappé par une impression vive, qu’il avait traduite dès le lendemain. A quelque temps de là, cette toile fut roulée, conduite à Paris et fnalement oubliée pendant cinq ans. Lorsqu’il la retrouva, il crut que l’effet s’arrangerait mieux avec un souvenir d’Italie qui lui revint alors et il en fit ce qu’on a vu% une peinture ferme, en rapport avec le sujet et d’une exécution analogue à celle qu’il avait dans ce pays.

Malgré son ardeur et cette hâte plus apparente que réelle, car elle s’appliquait seulement au travail de la main, tout ce qu’il faisait était voulu et calculé, il ne plaçait pas une seule touche au hasard, parce que, d’après ses observations raisonnées, il s’était créé des lois dont il ne s’écartait jamais. Sachant bien l’effet qu’il avait à rendre, et la dominante des valeurs étant déterminée, — ce qu’il regardait comme un point capital, — il en établissait

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