‹ Corot, souvenirs intimesChapitre 3 sur 79 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

d^aride, de compassé, une sorte d’abstraction sans vie et sans charme ; on en était arrivé à des peintures froides , mal conçues et mal exécutées, qui ressemblaient au paysage à la façon des jouets donnés aux enfants en manière de forêt.

Le grand elfort de Corot a consisté à vouloir allier le style avec Famour de la nature ; un des premiers il a repris la route ancienne redevenue nouvelle par l’abandon où on l’avait laissée, celle des impressions qui sortent des aspects réels de la campagne. 11 a trouvé bien des difficultés sur son passage et a lutté bravement, à son grand honneur, soutenu par le courage et la volonté, jusqu’au moment où la persévérance a trouvé la victoire au bout de cette épreuve qui a duré presque aussi longtemps que sa vie. On discute encore son exécution, sur laquelle bien des réserves ont été faites, mais personne ne peut songer à nier le but qu’il poursuivait et sa tendance vers l’idéal, car il a exprimé, selon ses facultés et à sa manière, le plus élevé des sentiments, celui qui résume tous les autres et ce qu’il y a de meilleur en nous : la poésie, l’émotion du cœur

COROT

puisée à la source éternelle de la nature. C’est là l’impression qui se dég-age de son œuvre, dans lequel, en reg-ardant bien, on aperçoit la marque de ce qui est durable et digne d’étre respecté, même par le temps : l’honnêteté, la franchise et une conviction inébranlable dans la poursuite du beali et du charme unis à la vérité.

Assez grand, fort, d’une constitution robuste, l’air sain, franc et enjoué, l’œil vif et doux, un accent de bonhomie mélangé de beaucoup de finesse, une grande mobilité dans l’impression du visage, tels sont les traits généraux de la physionomie sympathique de Corot; il avait le teint chaud et coloré, une mine rouginaude, comme disent les paysans, qui lui donnait l’apparence d’un vigneron de la Bourgogne. Il en était un peu : sa famille, par la branche paternelle, est originaire de cette province, et son grand-père était le fils d’un cultivateur de Mussy-la-Fosse, village situé aux environs de Semur, dans la Côted’Or. Il n’y a pas très-longtemps qufil avait retrouvé la trace de son origine et celle de parents éloignés qui étaient restés dans le

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