‹ Corot, souvenirs intimesChapitre 4 sur 79 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

pays. Il est allé les visiter vers 1860 et nous disait, à propos de ce voyage : « La contrée est remplie de bons travailleurs qui portent le même nom que moi; ils s’appellent dans les champs : « Hé! Corot! » on n’entend que ça. Je croyais toujours qu’on me demandait, et il me semblait que j’étais là comme en famille. »

Jean-Baptiste-Camille Corot est né à Paris le 26 juillet 1796. Son père avait, à l’entrée de la rue du Bac, au coin du quai, une maison de commerce de nouveautés, modes et rubans, et, selon son expression, « de frivolités et de fanfreluches qui nous ont donné l’aisance et même une petite fortune » . Il avait deux sœurs : Taînée, Sennegon, était d’une constitution très-délicate, ce qu’il attribuait à la date de sa naissance en 1794; par suite des émotions que sa mère avait éprouvées pendant la terreur; il a toujours eu pour elle l’affection la plus vive, et l’a suivie de près dans la tombe. L’autre, Forment, est morte jeune. Il est resté célibataire.

Vers 1806, son père l’envoya, par des raisons d’économie, au lycée de Rouen, où il avait obtenu de le faire admettre avec une

COROT

demi-bourse \ Il y resta pendant sept ans et fit là toute son éducation. Selon Tusage en pareil cas, l’écolier sortait chez un correspondant, ami de son père, homme un peu sombre, qui aimait la solitude, les endroits écartés, et faisait généralement ses promenades le soir, au moment du crépuscule; il emmenait le jeune Corot aux environs de la ville, dans les chemins peu fréquentés , sous les grands arbres des prairies ou bien au bord de Feau. Ces images se gravèrent dans l’esprit de l’enfant et il en conserva une impression profonde. Plus lard, revenu à Paris, il allait, pendant l’été, à Ville-d’Avray, où son père avait une maison de campagne, achetée en 1817, et quùl a toujours conservée en commun avec sa sœur. Cette habitation était située près d’un étang, aujourd’hui disparu; et souvent, alors que tous dormaient, il restait dans sa chambre pendant une partie de la nuit appuyé à la fenêtre ouverte, absorbé dans la contemplation du ciel, de l’eau et des arbres. La solitude était complète, nul bruit ne venait troubler le rêveur

I. Corot m’a raconté lui-même ces détails et ceux qui suivent, le 15 décembre 1859.

Page 1