CHAPITRE DEUXIÈME
niers^ qui venaient le consulter pour savoir s’ils devaient faire de la peinture , la première question qu’il posait était celle - ci :
(( Avez-vous 1^500 livres de rente^ c’est-à-dire ce qui assure la liberté? Voyez si vous pouvez dîner avec un gros chiffon de pain acheté le soir chez le boulanger à soleil couché^ comme cela m’est arrivé plus d'une fois. Le lendemain matin, je me regardais dans le miroir en tâtant mes joues, — elles étaient comme la veille ; — le régime n’est donc pas si dangereux, et je vous le recommande, au besoin. »
Il est arrivé parfois que ce conseil s’adressait à des £ls de famille qui répondaient : « Ma voiture est en bas. — C’est bien, tant mieux, disait Corot, vous pouvez vous amuser à peindre. »
Il croyait qu’avec la conviction et l’amour de l’art, c’est-à-dire de la nature que l’art aspire à rendre, on devait réussir à en donner l’accent. On n’arrive pas tout d’un coup à la ^ possession des moyens, d& rinstrument nécessaire pour transmettre la pensée, mais on la conquiert un peu chaque jour, et dans la suite de la vie on devient armé pour la traduire
COROT
plus sûrement, en travaillant sans cesse, en étudiant toujours pour faire des progrès; il disait : « Savons-nous rendre le ciel, un arbre ou de Teau? Non; nous n^en donnons que Fapparence, nous cherchons à les imiter par un artihce qu’il faut toujours perfectionner. Le mouvement, presque insaisissable, nous devons en donner l’idée, et si je peins une roue dont je vois les rayons d’une manière fugitive et sans les distinguer, je dois montrer qu’elle tourne. Pour le ciel, c’est encore bien autre chose, il est profond ou mobile, plein de vibrations, il doit emporter le regard, et cet effet n’est pas commode à atteindre. C’est pourquoi, tout en sachant pas mal le métier, je cherche toujours à aller plus loin. Parfois, on me dit : « Vous connaissez votre affaire (( et n’avez pas besoin d’étudier davantage. » Mais pas de ça, Lisette ! on a toujours à apprendre ^ »
La sincérité, cette fondation de toute bonne vie, paraissait à Corot être le premier des devoirs, et, à son avis, la condition de