CHAPITRE DEUXIEME
faire bien est de suivre sa conscience. Quant à la théorie pratique^ il la résumait à peu près ainsi : « 11 y a pour nous autres peintres quatre points principaux, à savoir : la forme, par le dessin j la couleur, qui résulte de la justesse des valeurs ; le sentiment, qui naît de Fimpression ; et enfin Fexécution, le rendu de cet ensemble. Pour ce qui me concerne, je crois avoir le sentiment, c^est-à~dire un peu de poésie dans Famé qui me porte à voir ou à compléter ce que je vois d^une certaine façon; mais je n^ai pas toujours la couleur, et des qualités du dessin, je ne possède que des éléments imparfaits ; Fexécution aussi me fait parfois défaut, c’est pourquoi je la travaille davantage, sans qu’on s’en doute, et je dis aux jeunes gens : Attachez-vous a rechercher surtout ce qui vous manque, et tâchez d’asseoir et de perfectionner la forme, c’est * capital ; de cette façon votre peinture deviendra plus complète; mais avant tout obéissez à votre instinct, à votre manière de voir; c’est ce que j’ai nommé déjà la conscience et la sincérité ; ne vous préoccupez pas du reste, et vous aurez ainsi grande chance
COROT
d’être heureux et de bien faire. Depuis mes débuts j’ai suivi ces règles sans broncher, malgré les moqueries de mes camarades, qui n’admettaient pas mes ouvrages qu’on recherche à présenté »
Bien souvent il est revenu sur ce sujet, et à propos d’une toile délicieuse qu’il venait d’achever et au centre de laquelle brillait un petit nuage rose qui répandait partout une harmonie lumineuse des plus fines, il nous dit encore: « Je crois que c’est bien l’impression de la nature, autant que la fiction peut en donner l’idée en souvenir de la réalité. La nature n’est jamais deux minutes semblable à elle-même, mais au contraire toujours changeante selon la saison, le temps, l’heure et la lumière, le froid ou le chaud ; tout cela constitue sa physionomie, et c’est ce qu’il importe de bien traduire : un jour ceci, demain cela, et, une fois bien pénétré de ces divers accents, il faut en faire un ensemble qui sera ressemblant si vous avez bien vu.
(( En somme, il en est absolument de même pour une tête, pour un portrait : l’artiste doit