CHAPITRE DEUXIEME
ne voyait que Fensemble et les masses pour FefFet général; malgré cette dissemblance, au fond ils sont amoureux des mêmes choses, chacun les voyant à sa façon, mais c^est le même art délicat, aimable et imprégné de tendresse. Tous les deux ils sont hommes de sentiment; le mystère des bois et des ruisseaux cachés les attire, ils pénètrent dans la forêt, et s^ils rencontrent une de ces retraites où Fon dit qu^autrefois les nymphes aimaient à vivre, ils s^y arrêtent volontiers , leur pinceau s'en empare et sait nous en faire goûter le charme. Ils sont dans ce qu'il est permis d'appeler le domaine spiritualiste de la peinture, et c'estpour cela sans doute qu'ils se sont rapprochés facilement.
Français avait vingt ans lorsqu'il a connu Corot par l'intermédiaire de Buttura, après qu'il eut fait sa première étude dans les bois de Meudon, et quand il ignorait encore ce que c'est qu'un ton neutre. Déjà avant cette époque, par une sorte d'instinct, sa peinture avait une parenté lointaine avec celle de son futur maître ; ses camarades pensaient même qu'il avait fréquenté l'atelier de Corot et vu ce
ferait alors qtfil n’existait encore entre eux aucune relation. Aussitôt qifils se sont rencontrés, une vSympathie réciproque les attira promptement Tun vers Tautre et ils se sont liés d\ine amitié aussi profonde que durable; ils ont travaillé ensemble, et on connaît les belles lithographies faites par Français diaprés Corot; parfois il complétaitquelques détails, tout en conservant le sentiment très-juste de l’œuvre de son ami, lequel voyant ces libertés de traduction ne s’en plaignait pas et a dit souvent : « Voilà qui ‘est bon, je me servirai de ça. » Et en effet, dans plusieurs de ses ouvrages il a mis à profit ce qu’il avait trouvé bon dans les interprétations de Français.
A son tour, il l’engageait aussi à ne pas mener l’exécution trop loin, à ne pas trop finir ce qui peut, en certains cas, fatiguer la peinture : a II est utile de mettre des accents vigoureux au dernier moment, comme faisait Rembrandt, qui, très-achevé en dessous, frappait ensuite de grands coups par des touches. fermes afin de produire le dernier effet de solidité et de vigueur qu’on admire dans ses ouvrages. Faire à fond et pousser l’étude