‹ Corot, souvenirs intimesChapitre 5 sur 79 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

sur ce coteau solitaire ; il passait ainsi de longues heures Tjoeil emporté, et sans doute la pensée, dans cette atmosphère chargée d’humidité, imprégnée d’une sorte de moiteur visible, faite dès vapeurs transparentes et légères qui s’élevaient au-dessus de Teau.

Ces contemplations, ces recueillements, qu’on pourrait appeler les méditations poétiques de ce jeune l^homme, ont dû faire apparaître devant lui les premières visions encore vagues et flottantes des nymphes gracieuses, filles de son esprit, et les idylles vivantes qui bientôt vont se montrer dans ses paysages. Les souvenirs de l’enfance et les sensations qu’il avait reçues à Rouen se trouvaient ainsi renouvelés et s’enfonçaient plus profonds dans son cerveau; il leur attribuait une grande puissance sur sa manière de voir et de sentir les spectacles de la nature et sur toute sa destinée d’artiste. Dès qu’il prit le pinceau, il retrouva sans peine, et comme à son insu, les tons propres à rendre ce qui était resté dans son imagination, cette brume grise, légère et ambiante dont l’air est saturé, qui voile à demi les horizons et sert d’enveloppe au ciel de la plupart de ses tableaux.

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COROT

Corot expliquait lui-même, de cette façon, Torigine de ses goûts, de ses penchants vers les choses poétiques ; il y voyait le résultat de ces premières images aux formes indécises dans le détail, déterminées dans les masses, qui l’avaient frappé aux heures de la jeunesse et s^étaient gravées en lui, à Fâge où Famé, touchée par certains aspects, recueille le butin

Qui plus tard nourrira la vie.

Que sommes-nous, en effet, oii plutôt que sont les artistes, sinon des organisations délicates et sensibles, des traducteurs qui ont charge, en vertu des facultés dont ils sont doués, de communiquer aux autres les émotions quùls ont ressenties?

A cette époque, les aspirations du jeune homme n^’étaient encore que des songes et n^avaient que la nuit pour confidente et pour témoin; la vie réelle et pratique le reprenait au lever du soleil. Obéissant à son père, pour lequel il a toujours eu un grand respect, il s^était laissé placer dans une maison de commerce, chez un marchand de drap du quartier Saint-Honoré, M. Delalain; puis il alla dans

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