‹ Corot, souvenirs intimesChapitre 45 sur 79 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

mal d^air dans mes tableaux^ et ils craig-nent que ça fasse des trous dans leurs murs, ce qui deviendrait malsain. »

Corot a eu peu de rapports avec Fadministration des Beaux-Arts, ne demandant rien pour lui; en douze années, de 1848 à 1860, on ne lui a pas acheté un seul tableau ; cette même année, on s’informa du prix des Baigneuses, qu’il avait au salon, il fixa le prix de 8,000 francs, et n’entendit plus parler de rien. (( Si j’ai demandé 8,000 francs, ce n’est pas tant pour l’argent qu’à cause du succès de mon tableau, parce que le prix constate officiellement la valeur qu’on attache aux choses d’art. Or, comme on payait 12,000 francs l’œuvre d’une grande dame riche, il me semblait que mon chiffre était ' acceptable en raison de l’accueil que mon tableau a trouvé auprès du public. Mais non, ils m’oublient, et je n’irai pas les fatiguer de mes plaintes, j’ai plus qu’il ne faut à mes besoins, seulement le procédé n’est pas gentil. Ah! quand une fois on a dans son antichambre un garçon de bureau avec une casquette galonnée, il paraît qu’on ne comprend plus rien à l’ama-

COROT

bilité et que ça chang-e tout de suite les hommes * ! »

Uargent de ses tableaux représentait vraiment pour Corot Thonneur de la peinture^ et^ parlant à un amateur qui lui demandait le prix d^un paysage^ ib pouvait très-sincèrement répondre : « C^est 3,000 francs, — ou ce n’est rien; — je puis vous le donner à titre gracieux, j’en suis le maître, si telle est ma fantaisie ; mais comme valeur d’art, cette toile vaut 3,000 francs; pas moins. » Au fond, ce n’est pas lui qui a augmenté le prix de ses tableaux, il a plutôt cédé en cela à des observations qui lui avaient été faites par des camarades qui, trouvant ses chiffres trop modestes, lui ont en quelque sorte imposé de les grossir. Il leur a dit : « Venez les marquer vous-

mêmes. )) Ce qui eut lieu en effet ^ Mais il avait conservé la ressource de donner ses tableaux quand bon lui semblait; c’est ce qu’il a fait pour la ville de Semur, à laquelle il a offert le Verger; pour Ville-d’Avray, dont l’église possède son Saint Jérôme; Lille a eu

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