CHAPITRE TROISIÈME
Ceux qui sont allés le voir àVille-d^Avray Font remarqué facilement. C^est peut-être par suite de cette g*éne qu’il a fait construire, dans ces dernières années, un atelier à Coubron, près de Livry, dans le jardin d’un de ses amis, et il y allait souvent.
Le père de Corot, pendant très-longtemps, ne voulut pas croire au talent de Camille qu’il regardait toujours comme un rapin. Lorsqu’il fut décoré à la suite du Salon de 1846, — il avait tout juste cinquante ans, — M. Corot demanda à Français, élève de son fils, et dont la réputation commençait à s’établir, « si vraiment Camille avait quelque mérite? — Ditesmoi ça, vous qui vous connaissez en peinture ». — Français eut de la peine à lui persuader que sonmaître était (( plus fort que tous les autres.» Les déceptions de ce genre ne manquèrent pas à Corot, et bien tard, lorsque sa place était faite et au premier rang, la Commission pour l’exposition de Londres, en 1862, a discuté l’admission de ses ouvrages. Plusieurs membres, dit-on, étaient rebelles, et on fut tout près de méconnaître la poésie dans un de ses meilleurs représentants de ce temps-ci. Corot a triomphé,
COROT
mais tout ce qui est officiel a toujours été indifférent pour lui et quasi hostile 5 nous le verrons encore à propos de la médaille d’honneur.
Un mot de Corot lui-même dira combien il aimait la musique et de quelle façon intime cet art; dans sa pensée, s’associait à la peinture. Nous nous promenions ensemble dans la campagne ; le pays était beau, de grandes lignes encadraient une vallée, au fond on voyait la mer; le ciel, à demi voilé, était d’un ton gris et donnait une lumière douce et tamisée. Au détour d’un sentier ami-côte ou nous étions parvenus, Corot s’arrêta pour regarder l’ensemble du paysage, et après s’être recueilli un instant il dit, avec l’accent sérieux que lui inspirait la
nature : « Quelle harmonie, quelle grandeur! c’est comme du Gluck ! »
Ce maître était un de ses hommes de prédilection, et nous étant assis dans cet endroit, la causerie eut d’abord ses ouvrages pour objet; nous dîmes à Corot la réponse que Gluck fit à ceux qui l’accablaient d’éloges après la i première représentation àUphigénie : a Quels \ hommes c’étaient, ces Grecs! » Comme si sa