CHAPITRE TROISIEME
part à lui-même se fût bornée à interpréter leur génie.
Nous fîmes ensuite des comparaisons et des rapprochements entre la musique, et la peinture qui ont entre elles tant d^affinité qtfon leur applique un même langage; les expressions notes, gamme, tons, harmonie ^ et tant d^autres, s'emploient presque également pour ces deux branches de Fart; il serait curieux de les allier dans la réalité, d'assister à l'exécution d'une symphonie ou d'un ouvrage dramatique en pleine campagne et dans un cadre approprié au sujet; nous formions le vœu d'entendre et de voir le premier acte à^Orphée qui aurait été si bien en scène dans un bois admirable, non loin de nous, au fond, d'un ravin.
Mozart vint ensuite, et nous conduisit à parler de M. Ingres, à cause de sa prédilection pour la musique allemande. Corot ne l'a jamais connu; il l'a peut-être vu, sans le savoir, mais il n’a jamais entendu le son de sa voix. Il nous a questionné sur ce maître, qui daignait nous recevoir, et nous avons tâché d'esquisser le caractère tout à la fois ferme.
COROT
passionné et un peu enfant de ce grand artiste^ toujours ému ou bouillant, mais aussi toujours convaincu, sincère, respectueux envers les grands maîtres et dévoué à Fart d’une façon absolue.
Corot n’a pas eu non plus de relations avec Eugène Delacroix, l’antagoniste d’Ingres ; cependant le grand coloriste est venu une fois à l’atelier et cette visite est indiquée dans les notes journalières qu’il avait l’habitude de prendre ; il dit à cette occasion que certains artistes ne peuvent être jugés que chez eux, avoue qu’il a mieux compris Corot et que ses préventions ont été dissipées.
On comprend l’éloignement qui a existé entre les deux chefs d’école à cause de leurs tendances opposées ; mais rien ne s’opposait à ce que Corot, interprète de la nature poétisée, classique par son éducation, ses débuts et ses goûts, romantique par la liberté des impressions, ne fût admis par les deux camps.
L’amour de la musique a inspiré à Corot un de ses plus beaux ouvrages, Orphée ramenant Eurydice des enfers; les deux fgures ont déjà traversé le fleuve qui baigne le séjour