‹ Corot, souvenirs intimesChapitre 6 sur 79 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

une^ autre maison, rue de Richelieu, où il a commencé à faire des dessins en se cachant sous le comptoir dès quùl avait un instant de liberté. Son nouveau patron, plein dùndulgence, lui a facilité Faccès de la peinture en disant à M. Corot père quùl ne ferait jamais rien de bon dans le commerce, et qu^on devait lui laisser suivre sa vocation. Il resta commis pendant huit ans, jusqu^en 1820, et a contracté là les habitudes d’ordre et de régularité dont il ne s’est jamais départi pendant le reste de sa vie ; par exemple, il se levait d’assez bon matin, même en hiver, et pour être exact à son travail, vaincre la paresse et arriver « huit heures moins trois minutes à V atelier », il pensait, dès son réveil, au tableau en train. Aussitôt la préoccupation du ciel, des arbres ou des figures s’emparait de lui et le mettait sur pied , ne voulant pas perdre une parcelle du temps lorsqu’il pouvait l’employer de quelque façon utile pour son art; à l’ordinaire il chantait en s’habillant, puis courait à son chevalet à l’heure accoutumée.

Il était encore dans la draperie lorsqu’il fit connaissance avec Michallon, qu’un véritable

COROT

succès de vog^ue accueillit à son retour de Rome Sa vocation pour la peinture, qu’il n’avait pas cachée à sa famille, fut probablement augmentée par la liaison qu’il venait de former avec uft artiste en réputation, et un jour, s’étant armé de courage, il supplia son père de lui permettre de quitter le commerce afin de pouvoir suivre son penchant, de prendre le pinceau, car c’était ce qu’il désirait le plus au monde.

Le brave homme, en bon négociant, plaçait son idéal dans les affaires où Von réussit ^ où Von gagne J et il ne fut pas très-enchanté de la demande de son £ls ; pourtant il fit connaître à quelles conditions il donnerait l’autorisation tant souhaitée : « Les dots de tes sœurs ont été prêtes à l’heure, dit-il, et bientôt j’espérais te pourvoir aussi d’un bon établissement, car te voilà tantôt en âge d’être chef de maison ; mais puisque tu refuses de continuer ton état pour faire de la peinture, je te préviens que, de mon vivant, tu n’auras pas de capital à ta disposition. Je te ferai une pension de

I. Le premier, il avait obtenu le grand prix de Rome, qu’on venait de fonder pour le paysage.

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