CHAPITRE TROISIÈME
des ombres ; elles occupent la droite du tableau-au premier plan, et les Champs-Elysées qui remplissent le fond de la toile sont éclairés d'une lumière argentée et, si Ton peut ainsi dire, sont comme un rêve blond appliqué au paysage. On reconnaît facilement les traits de M'"*" Pauline Viardot dans le personnage d'Orphée, qu'elle représentait alors avec tant de grandeur et de puissance, et cette figure a été faite en souvenir d'elle. Le tableau, commencé pendant l'hiver de 1860, a été photographié à l'état d'esquisse afin de ne pas perdre l'impression prémière que la suite du travail aurait pu amoindrir ou effacer.
Corot disait à propos de cette composition : « J'ai passé l'hiver dans les Champs- Elysées où je me suis trouvé très-heureux; il faut convenir que si la peinture est une folie, c'est une folie douce que les hommes doivent non-seulement pardonner, mais rechercher. En voyant ma mine et ma santé, je défie bien qu'on y trouve les traces des soucis, des ambitions, des remords qui creusent la physionomie de tant de pauvres gens; c'est pourquoi on devrait aimer l'art qui pro-
COROT
cure le calme^le contentement moral et même la santé^ pour qui sait équilibrer sa vie. » En effet, tout est là, et un sage ne pourrait pas mieux parler. — Il a laissé reposer pendant près d'un an le tableau à' Orphée, et il ne fa repris, jmur fachever, qu’au moment de l’envoyer au salon de i86if
Un des fidèles du Conservatoire, Corot ne laissait jamais échapper l’occasion d’entendre de la bonne musique ; nous l’avons vu assister très-exactement aux séances de quatuor qui ont eu lieu pendant plusieurs années chez un de nos amis, dans l’ancien atelier de M. Ingres, là même où fut peint le plafond d’Homère, et plus tard chez d’autres artistes. Nous le retrouvions aussi chez P. Viardot, et il a dû assister à une soirée célèbre où fut fêté l’anniversaire de la naissance de Mozart, et qui se termina par l’exhibition du manuscrit original de Don Juan.
Corot allait beaucoup au théâtre, et il a pu voir souvent, dans ces dernières années, des décors qui se ressentaient de son in-
I. Il a été payé 12,100 francs en vente publique, au mois d’avril 1875.