‹ Corot, souvenirs intimesChapitre 54 sur 79 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

en a qui sont agréables, entre autres, celle qui représente une Femme dans un intérieur; elle est vêtue d’un corsag’e rouge et d’une jupe jaune; à gauche est placée une chaise en tapisserie, laquelle était dans l’atelier : c’est d’une belle couleur; ce morceau et d’autres analogues offrent de belles qualités d’impression et le juste sentiment de l’harmonie qu’on rencontre dans toutes ses productions. Mais, à cet ég-ard, il se faisait peut-être quelque peu illusion, à cause des compliments outrés que lui prodiguaient les enthousiastes. On allait jusqu’à dire autour de lui ; C’est du Corrége! Ce à quoi un éminent peintre d^histoire, que nous pourrions nommer, répondit simplement: C’est du Corot. Il était question d’une figure de femme nue, debout, très-gracieuse et chaste, et qui avait une certaine parenté de pose avec la Source ào M. Ingres; et d’une autre, assise et drapée, avec un ruban bleu dans les cheveux, type délicat, gracieux et rempli du charme de la jeunesse.

Du reste, Corot faisait ces peintures pour lui, pour son plaisir, et non pour les montrer au public, et si plusieurs, par la suite, sont sor-

COROT

des de Fatelier, nous pouvons assurer qu^il a eu la main forcée et qudl a cédé aux obsessions pressantes des amateurs et des marchands qui venaient le tourmenter sans relâche, lui qui ne demandait rien. « Toute distinction qu’il faut solliciter ne me tente pas, disait-il; si Ton veut m’en donner, on sait bien où me trouver ; mais pour des démarches, je n’en suis pas. »

Ceci venait à propos d’une causerie que j’avais eue avec M. Barye, dont on connaît la réserve austère. 11 avait fait l’élog-e de la dernière exposition de Corot, et trouvait que son exécution restait la meme, mais que son style visait plus haut d’année en année et s’était agrandi. 11 pensait peut-être à faire entrer son vieil ami^ à l’Institut, car il me demanda s’il avait jamais songé à poser sa candidature. — Je racontais cela à Corot, et il m’a répondu en montrant son chevalet du bout de son pinceau :

(( Non. Tout mon bonheur est là. J’ai suivi ma voie sans broncher, sans changer et longtemps sans succès ; il est venu sur le tard, — c’est une compensation à la jeunesse envolée,

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