‹ Corot, souvenirs intimesChapitre 63 sur 79 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

exploitations dont je suis Fobjet; elle saitmaintenantque ça me rapporte. Un de mes habitués mQ disait un jour : « Vous devez trouver que je reviens trop souvent à la charge? — Pas du tout; c’est un devoir de s’obliger l’un l’autre, et bien mieux, pour moi c’est un plaisir. » J’étais obligé de l’encourager! » Il ne congédiait que les escrocs de profession, et menait la vie un peu à la manière du Philosophe sans le savoir, en laissant faire sa bonté, si proche voisine de la sagesse.

Corot avait à peine senti le poids des années; ses facultés, respectées parle temps, restaient complètes, et il ne connaissait pas cette indifférence habituelle aux vieillards et qui les porte à ne plus s’intéresser à rien. Malgré les privations etles souffrances morales, — plus rudes que tout le reste, — qu’il avait subies pendant le siège de Paris, il avait toujours continué à travailler et avec la même abondance qu’aux jours de sa maturité. Son exposition en 1874 fut très-belle, et s’il n’obtint pas la grande médaille d’honneur % nous

I. La même chose avait eu lieu en 1865, après un grand nombre de scrutins.

COROT

pensons que sa peinture n^y a été pour rien. Les trois tableaux qu^il avait au Salon, le Souvenu' d' Arleux, le Soir^ et le Clair de lune, sont, pour ainsi dire^ les trois parties d\ine symphonie dont Fensemble pourrait s'appeler les heures du jour; elles nous donnent presque la sensation de Téclat de la lumière, de la demi-teinte, et de Tombre de la nuit. Chacun, selon son sentiment, peut avoir ses préférences pour une de ces œuvres, par cela même qu^ell^s sont variées, mais il faudrait plaindre ceux qui n^en éprouvent pas la puissance et le charme.

Lorsque la décision du jury a été connue, quelques-uns des amis de Corot se trouvant réunis chez nous, par hasard, nous ont chargé de lui écrire :

U Cher monsieur Corot, nos amis ont bien voulu venir faire un dîner supplémentaire chez moi. — Tous, et moi en particulier, nous avons regretté votre absence ; vous nous avez manqué beaucoup, et pour prouver qu^on ne vous oubliait pas, un toast vous a été porté

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