CHAPITRE QUATRIÈME
laquelle il avait toujours vécu. Ils étaient presque du même âge, et cette mort en lui faisant éprouver un grand chagrin, était aussi un avertissement. Faut-il voir là une cause ou une simple coïncidence? nous ne savons : toujours est-il qu’à partir de ce moment, la belle santé de Corot fut altérée et déclina rapidement.
Jusqu’alors il n’avait jamais été malade; nous ne l’avons vu souffrant qu’une fois en 1865, pendant l’été, et il alla se soigner à Montfermeil, ou il passa plusieurs mois chez M. Oudinot. Il était encore au régime lorsqu’il revint à Paris, et, s’excusant de ne pouvoir venir à un dîner de camarades, il nous écrivit le 6 décembre : « Je dois éviter les réunions d’amis où je me trouve entraîné par ma joie ordinaire, à une surexcitation funeste! » C’est à cette époque qu’il prit le parti de ne plus recevoir beaucoup de monde à la fois dans l’atelier, afin d’éviter la fatigue. On devait prévenir la veille, et le concierge donnait la clef au visiteur-dont il avait le nom ; de cette manière on était seul avec lui et bien mieux pour causer, tandis qu’il travaillait.
COROT
A la lin du mois de novembre, Corot était déjà très -affaibli, très-changé, et Taltération de sa physionomie faisait pressentir la g'ravité de son état ; il ne mang-eait presque plus et digérait péniblement; cette situation dura pendant quelque temps sans variation notable ; il sortait encore un peu, de temps en temps, mais la vigueur ne revenait pas.
Cependant, le 29 décembre au soir, il a pu venir assister à la fête donnée en son honneur au Grand-Hôtel, et recevoir la médaille qui lui était destinée. La réunion se composait de trois ou quatre cents personnes, et Corot est arrivé vers neuf heures, s^appuyant sur le bras de M. Marcotte; il a été fort applaudi, et il y avait de Fémotion dans Tair. Lorsque le calme fut établi et le maître assis au fond de la salle, auprès d\ine table sur laquelle était placé un petit écrin, le président du Comité de la souscription a prononcé ces mots très -simples : (( Messieurs, il n’y aura pas de discours ; il faudrait trop dire sur l’homme et sur l’artiste ; cette médaille parlera pour nous! » C’était juste, d’une convenance parfaite, et on ne pouvait agir avec plus de tact selon le carac-