JUIN
Au revers sont les attributs de la peinture^ une palette et des pinceaux dans une guirlande de lauriers h On a bu à la santé de Corot, qui a dit tout bas à M. Marcotte : « On est bien heureux de se sentir aimé comme ça. » Ceux qui connaissaient le maître particulièrement sont allés le féliciter et lui serrer la main; nous étions de ce nombre. Hélas! qu’il était changé! ses traits creusés annonçaient
I. Rapprochement singulier, Corot, peu avant sa fin, reçoit cette médaille, et on en avait frappé une en l’honneur de Michallon, son ami et son premier maître, à sa mort, en 1823. M. E. J. Delescluze relate ce fait dans le Salon de 1861. Jour-liai des Débats du 22 juin.
lOO
COROT
la souffrance et il n’avait plus sa physionomie d’autrefois. Nerveux et fébrile, il faisait des efforts qui dépassaient ses forces en parlant avec animation et en voulant se tenir debout. 11 nous a dit : « Je me sens bien ce soir, — par exception, — car j’ai des crises qui me prennent l’après-dîner et durent jusqu’à plus de neuf heures; mais, aujourd’hui, à huit heures un quart, j’étais dispos, gaillard et prêt à partir. »
Ce mieux d’un instant n’a pas duré. 11 est allé encore quelquefois à l’atelier ou, sans pouvoir travailler, il aimait à se trouver au milieu de ses souvenirs, c’est-à-dire de sa peinture, car il n’y avait là aucun luxe, pas de tapisseries, de meubles rares, ni de bibelots d’aucune sorte. L’aspect de cette pièce, de grandeur moyenne, au quatrième étage, était d’une simplicité presque sévère; l’ornement, — il est vrai qu’il était rare et précieux, — consistait dans les études qui couvraient les murs depuis le parquet jusqu’au plafond.
Corot se tenait habituellement près de la porte, à droite en entrant; il avait d’autres chevalets chargés de toiles, plus loin, mais sa place de prédilection était celle-là. Au bout de l’a te-