‹ Corot, souvenirs intimesChapitre 8 sur 79 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

dans^ses voyages, non-seulement Corot a beaucoup dessiné, mais il a toujours fait des esquisses peintes, et depuis la berge du pont Royal jusqu^en Italie, on peut parcourir avec lui bien des contrées, y compris mon Gâtinais paisible.

Plusieurs de ces études sont célèbres : celles de Gènes, de Tivoli, du pont Saint- Ange, et leurs fortunes ont été très-diverses ; celle du Colisée Fa sorti des ténèbres, a commencé sa réputation et nous en dirons Fhistoire, tandis que d^autres ont été payées quinze sous! une, par exemple, trouvée sur le quai (où Corot demeurait alors) par un amateur, qui vint la lui montrer pour savoir si « elle était vraiment de sa main?

— Oui, parfaitement, c’est bien de moi.

— Le marchand me Favait bien dit, mais je n’osais pas le croire, vu la modicité du prix.

— Eh bien! si ce n’était pas de moi, à quel prix aurait-elle pu aller ‘ ? »

Toutes ces petites toiles sont comme les feuilles détachées qui résument l’existence et l’œuvre de l’artiste, ses tentatives, ses progrès

I. M. Hanoteau assistait à ce dialogue, dans Tatelier de Corot, vers 1849.

COROT

comme ses faiblesses, ou rhésitation qu^il a pu éprouver à certains moments entre les chemins qui s^ouvraient devant lui. Corot y tenait beaucoup, et il pouvait constater avec une grande satisfaction, au soir de sa vie, que si ses études offraient des qualités inégales, leur tenue générale était saine et ne laissait jamais voir de défaillance dans la ligne suivie.

Il n^en a jamais vendu une seule et n^en a perdu qu^un petit nombre : — une douzaine en trente-cinq ans ; — parfois il en rentrait, qu^il avait prêtées, après de longues absences, alors qu^elles étaient oubliées ; une entre autrq,s, restée quatorze ans dehors, est revenue « ces jours derniers » au bercail ^ Il se réjouissait de pouvoir conserver tant de précieux souvenirs jusqu^à son dernier souffle, et de retrouver avec eux les impressions d’autrefois, et presque la présence des amis dont il était entouré alors : •

c( Celle-ci, — il désignait Tune des études, — c’est avec Michallon que j’étais quand je l’ai faite; lui, mort si jeune, à vingt-six ans.

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