Expliquez le dernier vers de «Dans bien longtemps
4. Les Ténèbres se referment sur la question : «Qui es-tu ?» Quel sens nouveau cela peut-il donner à cette partie ?
5. En quoi la réaction d'Antonin Artaud après sa lecture d'À /a mystérieuse vous paraît-elle intéressante ?
6. Retrouvez les caractéristiques de chaque voix lyrique dans les
textes du groupement. Quelle utilisation est faite du poème ? Comparez avec Desnos.
Sirèene-anémone
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Qui donc pourrait me voir Moi la flamme étrangère L’anémone du soir
Fleurit sous mes fougères
Ô fougères mes mains Hors l’armure brisée Sur le bord des chemins En ordre sont dressées
Et la nuit s’exagère
au brasier de la rouille Tandis que les fougères Vont aux écrins de houille
L’anémone des cieux Fleurit sur mes parterres Fleurit encore aux yeux À l’ombre des paupières
Alors que s’ébranlaient avec des cris d’orages Les puissances Vertige au verger des éclairs La sirène dardée à la proue d’un sillage
Anémone des nuits qui plonge ses racines
Dans l’eau creuse des puits,
Aux ténèbres des mines
Poseraient-ils leurs pieds Sur le chemin sonore
où se niche l’acier
Aux ailes de phosphore
Verraient-ils les mineurs Constellés d’anthracite Paraître l’astre en fleur Dans un ciel en faillite
En cet astre qui luit S’incarne la sirène L'anémone des nuits fleurit sur son domaine
Vers la lune chanta la romance de fer
Sa nage déchirait l’hermine des marées Et la comète errant rouge sur un ciel noir Paraissait par mirage aux étoiles ancrées L’anémone fleurie aux jardins des miroirs
Et parallèlement la double chevelure
Rayaïit de feu le ciel et d’écume les eaux
SIRÈNE-ANÉMONE
Fougères surgissez hors de la déchirure Par où l’acier saigna sur le fil des roseaux
Nulle armure jamais ne valut votre angoisse
Fougères pourrissant parmi nos souvenirs
Mais vous charbonnerez! longtemps sous nos cuirasses Avant la flamme où se cabrant pour mieux hennir
Le cheval vieux cheval de retour? et de rêve Vers les champs clos emportera nos ossements Avant l’onde roulant notre cœur sur la grève Où la sirène dort sous un soleil clément
L’anémone fleurit partout sous les carènes Déchirées aux récifs dans l’herbe des forêts Dans le tain* des miroirs sur les parquets d’ébène Et surtout dans nos cœurs palpitant sans arrêt
C’est le joyau serti au vif des nébuleuses L’orgueil des voies lactées et des constellations La prunelle qui met au regard des plus gueuses Le diamant de fureur et de consolation
Heureuse de nager loin des hauts promontoires Parmi les escadrons de requins fraternels
La sirène aux seins durs connaît maintes histoires Et l’accès des trésors à l’ombre des tunnels
. Charbonner : pour un navire, s’approvisionner en charbon. Dans un sens tran-
sitif, signifie réduire en charbon. À AS . Cheval de retour : expression familière désignant un délinquant récidiviste. . Tain : amalgame d’étain qu’on met à l’envers d’une glace pour qu’elle réfléchisse la lumière.
Mais ni l’or reluisant dans les fosses marines
Ni les clefs retrouvées des légendes du port
Ne la charment autant que d’ouvrir les narines Aux vents salés plus lourds des parfums de la mort
C’était par un soir de printemps d’une des années perdues à l’amour
D'une des années gagnées à l’amour pour jamais
Souviens-toi de ce soir de pluie et de rosée où les étoiles devenues comètes tombaient vers la terre
La plus belle et la plus fatale la comète de destin de larmes et d’éternels égarements
S’éloignait de mon ciel en se reflétant dans la mer
Tu naquis de ce mirage
Mais tu t’éloignas avec la comète et ta chanson s’éteignit parmi les échos
Devait-elle ta chanson s’éteindre pour jamais
Est-elle morte et dois-je la chercher dans le chœur tumultueux des vagues qui se brisent
Ou bien renaîtra-t-elle du fond des échos et des embruns
Quand à jamais la comète sera perdue dans les espaces
Surgiras-tu mirage de chair et d’os hors de ton désert de ténèbres
Souviens-toi de ce paysage de minuit de basalte et de granit
Où détachée du ciel une chevelure rayonnante s’abattit sur tes épaules
Quelle rayonnante chevelure de sillage et de lumière Ce n’est pas en vain que tremblent dans la nuit les robes de soie
Elles échouent sur les rivages venant des profondeurs
Vestiges d’amours et de naufrages où l’anémone refuse de s’effeuiller
SIRÈNE-ANÉMONE
De céder à la volonté des flots et des destins végétaux
À petits pas la solitaire gagne alors un refuge de haut parage
Et dit qu’il est mille regrets à l’horloge
Non ce n’est pas en vain que palpitent ces robes mouillées
Le sel s’y cristallise en fleurs de givre
Vidées des corps des amoureuses
Et des mains qui les enlaçaient
Elles s’enfuient des gouffres tubéreuses!
Laissant aux mains malhabiles qui les laçaient
Les cuirasses d’acier et les corsets de satin
N'ont-elles pas senti la rayonnante chevelure d’astres
Qui par une nuit de rosée tomba en cataractes sur tes épaules
Je l’ai vue tomber
Tu te transfiguras
Reviendras-tu jamais des ténèbres
Nue et plus triomphante au retour de ton voyage
Que l’enveloppe scellée par cinq plaies de cire sanglante
Ô les mille regrets n’en finiront jamais
D'’occuper cette horloge dans la clairière voisine
Tes cheveux de sargasses? se perdent
Dans la pluie immense des rendez-vous manqués
Sans bruit au port désert arrivent les rameurs Qui donc pourrait te voir toi l’amante et la mère Incliner à minuit sur le front du dormeur L'anémone du soir fleurie sous tes paupières
1e ne : plante à hautes tiges portant des grappes de fleurs blanches très
rfumées.
2 : RE se nom féminin, algue brune, très répandue dans la mer du même nom
(Bermudes).
Baiser sa bouche close et baiser ses yeux clos Incliner sur son front l’immense chevelure Bérénice! de l’ombre ah! retourne à tes flots Sirène avant que l’aube ouvre ses déchirures
Une steppe naîtra de l’écume atlantique
Du clair de lune et de la neige et du charbon où nous emportera la licorne magique
Vers l’anémone éclose au sein des tourbillons
Tempête de suie nuage en forme de cheval
Ah malheur! Sacré nom de Dieu! La nuit naufrage La nuit? Voici sonner les grelots! Carnaval
Ferme l’œil! En vérité le bel équipage
Et dans ce ciel suintant des barriques des docks Soudain brusquement s’interrompent les rafales Quand la sirène avec l’aurore atteint les rocs L’anémone du ciel est la fleur triomphale
C’est elle qui dressée au-dessus des volcans Jette une lueur blafarde à travers la campagne C’est l’aile du vautour le cri du pélican
C’est le plan d'évasion qui fait sortir du bagne
C’est le reflet qui tremble aux vitres des maisons Le sang coagulé sur les draps mortuaires
C’est un voile de deuil pourri sur le gazon
C’est la robe de bal découpée dans un suaire
1. Bérénice : princesse juive. L'empereur Titus, n’osant affronter la réprobation
des Romains, renonça à l’épouser et lui fit quitter Rome. Racine le raconte dans sa tragédie Bérénice.
SIRÈNE-ANÉMONE
* C’est l’anathème et c’est l’insulte et le juron C’est le tombeau violé les morts à la voirie La vérole promise à trois générations
Et c’est le vitriol jeté sur les soieries
C’est le bordel du christ le tonnerre de Brest C’est le crachat le geste obscène vers la vierge C’est un peuple nouveau apparaissant à l’est C’est le poignard c’est le poison ce sont les verges
C’est l’inverti qui se soumet et s’agenouille Le masochiste qui se livre au martinet
Le scatophage hideux au masque de gargouille Et la putain furonculeuse aux yeux punais!
C’est l’étreinte écœurante avec la femme à barbe C’est le ciel reflété par un œil de lépreux
C’est le châtré qui se dénude sous les arbres
Et l’amateur d’urine au sourire visqueux
C’est l’empire des sens anémone l’ivresse Et le sulfure et la saveur d’un sang chéri La légitimité de toutes les caresses
Et la mort délicieuse entre des bras flétris
Pluie d’étoiles tombez parmi les chevelures Je veux un ciel tout nu sur un globe désert où des brouillards mettront une robe de bure ‘aux mortes adorées pourrissant hors de terre
1. Punais : adjectif d’origine médiévale, de la même origine que le verbe puer, signifie qui sent mauvais.
Adieu déjà parmi les heures de porcelaine
Regardez le jour noircit au feu qui s’allume dans l’âtre
Regardez encore s’éloigner les herbes vivantes
Et les femmes effeuillant la marguerite du silence
Adieu dans la boue noire des gares
Dans les empreintes de mains sur les murs
Chaque fois qu’une marche d’escalier s’écroule un timide enfant paraît à la fenêtre mansardée
Ce n’est plus dit-il le temps des parcs feuillus
J’écrase sans cesse des larves sous mes pas
Adieu dans le claquement des voiles
Adieu dans le bruit monotone des moteurs
Adieu 6 papillons écrasés dans les portes
Adieu vêtements souillés par les jours à trotte-menu
Perdus à jamais dans les ombres des corridors
Nous t’appelons du fond des échos de la terre,
Sinistre bienfaiteur anémone de lumière et d’or
Et que brisé en mille volutes de mercure
Éclate en braises nouvelles à jamais incandescentes
L'amour miroir qui sept ans fleurit dans ses fêlures
Et cire l’escalier de la sinistre descente
Abîme nous t’appelons du fond des échos de la terre
Maîtresse généreuse de la lumière de l’or et de la chute
Dans l’écume de la mort et celle des Finistères
Balançant le corps souple des amoureuses
Dans les courants marqués d’initiales illisibles
Maîtresse sinistre et bienfaisante de la perte éternelle
Ange d’anthracite et de bitume
Claire profondeur des rades mythologie des tempêtes eau purulente des fleuves eau lustrale des pluies et des rosées
Créature sanglante et végétale des marées
SIRÈNE-ANÉMONE
Du marteau sur l’enclume au couteau de l’assassin
Tout ce que tu brises est étoile et diamant
Ange d’anthracite et de bitume
Eclat du noir orfraie! des vitrines
Des fumées lourdes te pavoisent quand tu poses les pieds Sur les cristaux de néige qui recouvrent les toits
Haletants de mille journaux flambant après une nuit d’encre fraîche
Les grands mannequins écorchés par l’orage
nous montrent ce chemin par où nul n’est venu
Où donc est l’oreiller pour mon front fatigué
Où donc sont les baisers où donc sont les caresses Pour consoler un cœur qui s’est trop prodigué
où donc est mon enfant ma fleur et ma détresse
. Me pardonnant si des brouillards bandent mes yeux Si j’ai l’air d’être ailleurs si j’ai l’air d’être un autre
Me pardonnant de croire au noir au merveilleux
D'’avoir des souvenirs qui ne soient pas les nôtres
Pardonnant mon passé mon cœur mes cicatrices D’avoir parcouru seul d’émouvantes contrées D’avoir été tenté par des voix tentatrices
Et de ne pas l’avoir plus vite rencontrée
* Saurait-elle oublier mes rêves d’autrefois les fortunes perdues et les larmes versées