‹ Corps et biensChapitre 79 sur 96 · Expliquez le dernier vers de «Dans bien longtemps · texte numérisé non relu

Expliquez le dernier vers de «Dans bien longtemps

4. Les Ténèbres se referment sur la question : «Qui es-tu ?» Quel sens nouveau cela peut-il donner à cette partie ?

5. En quoi la réaction d'Antonin Artaud après sa lecture d'À /a mystérieuse vous paraît-elle intéressante ?

6. Retrouvez les caractéristiques de chaque voix lyrique dans les

textes du groupement. Quelle utilisation est faite du poème ? Comparez avec Desnos.

Sirèene-anémone

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Qui donc pourrait me voir Moi la flamme étrangère L’anémone du soir

Fleurit sous mes fougères

Ô fougères mes mains Hors l’armure brisée Sur le bord des chemins En ordre sont dressées

Et la nuit s’exagère

au brasier de la rouille Tandis que les fougères Vont aux écrins de houille

L’anémone des cieux Fleurit sur mes parterres Fleurit encore aux yeux À l’ombre des paupières

Alors que s’ébranlaient avec des cris d’orages Les puissances Vertige au verger des éclairs La sirène dardée à la proue d’un sillage

Anémone des nuits qui plonge ses racines

Dans l’eau creuse des puits,

Aux ténèbres des mines

Poseraient-ils leurs pieds Sur le chemin sonore

où se niche l’acier

Aux ailes de phosphore

Verraient-ils les mineurs Constellés d’anthracite Paraître l’astre en fleur Dans un ciel en faillite

En cet astre qui luit S’incarne la sirène L'anémone des nuits fleurit sur son domaine

Vers la lune chanta la romance de fer

Sa nage déchirait l’hermine des marées Et la comète errant rouge sur un ciel noir Paraissait par mirage aux étoiles ancrées L’anémone fleurie aux jardins des miroirs

Et parallèlement la double chevelure

Rayaïit de feu le ciel et d’écume les eaux

SIRÈNE-ANÉMONE

Fougères surgissez hors de la déchirure Par où l’acier saigna sur le fil des roseaux

Nulle armure jamais ne valut votre angoisse

Fougères pourrissant parmi nos souvenirs

Mais vous charbonnerez! longtemps sous nos cuirasses Avant la flamme où se cabrant pour mieux hennir

Le cheval vieux cheval de retour? et de rêve Vers les champs clos emportera nos ossements Avant l’onde roulant notre cœur sur la grève Où la sirène dort sous un soleil clément

L’anémone fleurit partout sous les carènes Déchirées aux récifs dans l’herbe des forêts Dans le tain* des miroirs sur les parquets d’ébène Et surtout dans nos cœurs palpitant sans arrêt

C’est le joyau serti au vif des nébuleuses L’orgueil des voies lactées et des constellations La prunelle qui met au regard des plus gueuses Le diamant de fureur et de consolation

Heureuse de nager loin des hauts promontoires Parmi les escadrons de requins fraternels

La sirène aux seins durs connaît maintes histoires Et l’accès des trésors à l’ombre des tunnels

. Charbonner : pour un navire, s’approvisionner en charbon. Dans un sens tran-

sitif, signifie réduire en charbon. À AS . Cheval de retour : expression familière désignant un délinquant récidiviste. . Tain : amalgame d’étain qu’on met à l’envers d’une glace pour qu’elle réfléchisse la lumière.

Mais ni l’or reluisant dans les fosses marines

Ni les clefs retrouvées des légendes du port

Ne la charment autant que d’ouvrir les narines Aux vents salés plus lourds des parfums de la mort

C’était par un soir de printemps d’une des années perdues à l’amour

D'une des années gagnées à l’amour pour jamais

Souviens-toi de ce soir de pluie et de rosée où les étoiles devenues comètes tombaient vers la terre

La plus belle et la plus fatale la comète de destin de larmes et d’éternels égarements

S’éloignait de mon ciel en se reflétant dans la mer

Tu naquis de ce mirage

Mais tu t’éloignas avec la comète et ta chanson s’éteignit parmi les échos

Devait-elle ta chanson s’éteindre pour jamais

Est-elle morte et dois-je la chercher dans le chœur tumultueux des vagues qui se brisent

Ou bien renaîtra-t-elle du fond des échos et des embruns

Quand à jamais la comète sera perdue dans les espaces

Surgiras-tu mirage de chair et d’os hors de ton désert de ténèbres

Souviens-toi de ce paysage de minuit de basalte et de granit

Où détachée du ciel une chevelure rayonnante s’abattit sur tes épaules

Quelle rayonnante chevelure de sillage et de lumière Ce n’est pas en vain que tremblent dans la nuit les robes de soie

Elles échouent sur les rivages venant des profondeurs

Vestiges d’amours et de naufrages où l’anémone refuse de s’effeuiller

SIRÈNE-ANÉMONE

De céder à la volonté des flots et des destins végétaux

À petits pas la solitaire gagne alors un refuge de haut parage

Et dit qu’il est mille regrets à l’horloge

Non ce n’est pas en vain que palpitent ces robes mouillées

Le sel s’y cristallise en fleurs de givre

Vidées des corps des amoureuses

Et des mains qui les enlaçaient

Elles s’enfuient des gouffres tubéreuses!

Laissant aux mains malhabiles qui les laçaient

Les cuirasses d’acier et les corsets de satin

N'ont-elles pas senti la rayonnante chevelure d’astres

Qui par une nuit de rosée tomba en cataractes sur tes épaules

Je l’ai vue tomber

Tu te transfiguras

Reviendras-tu jamais des ténèbres

Nue et plus triomphante au retour de ton voyage

Que l’enveloppe scellée par cinq plaies de cire sanglante

Ô les mille regrets n’en finiront jamais

D'’occuper cette horloge dans la clairière voisine

Tes cheveux de sargasses? se perdent

Dans la pluie immense des rendez-vous manqués

Sans bruit au port désert arrivent les rameurs Qui donc pourrait te voir toi l’amante et la mère Incliner à minuit sur le front du dormeur L'anémone du soir fleurie sous tes paupières

1e ne : plante à hautes tiges portant des grappes de fleurs blanches très

rfumées.

2 : RE se nom féminin, algue brune, très répandue dans la mer du même nom

(Bermudes).

Baiser sa bouche close et baiser ses yeux clos Incliner sur son front l’immense chevelure Bérénice! de l’ombre ah! retourne à tes flots Sirène avant que l’aube ouvre ses déchirures

Une steppe naîtra de l’écume atlantique

Du clair de lune et de la neige et du charbon où nous emportera la licorne magique

Vers l’anémone éclose au sein des tourbillons

Tempête de suie nuage en forme de cheval

Ah malheur! Sacré nom de Dieu! La nuit naufrage La nuit? Voici sonner les grelots! Carnaval

Ferme l’œil! En vérité le bel équipage

Et dans ce ciel suintant des barriques des docks Soudain brusquement s’interrompent les rafales Quand la sirène avec l’aurore atteint les rocs L’anémone du ciel est la fleur triomphale

C’est elle qui dressée au-dessus des volcans Jette une lueur blafarde à travers la campagne C’est l’aile du vautour le cri du pélican

C’est le plan d'évasion qui fait sortir du bagne

C’est le reflet qui tremble aux vitres des maisons Le sang coagulé sur les draps mortuaires

C’est un voile de deuil pourri sur le gazon

C’est la robe de bal découpée dans un suaire

1. Bérénice : princesse juive. L'empereur Titus, n’osant affronter la réprobation

des Romains, renonça à l’épouser et lui fit quitter Rome. Racine le raconte dans sa tragédie Bérénice.

SIRÈNE-ANÉMONE

* C’est l’anathème et c’est l’insulte et le juron C’est le tombeau violé les morts à la voirie La vérole promise à trois générations

Et c’est le vitriol jeté sur les soieries

C’est le bordel du christ le tonnerre de Brest C’est le crachat le geste obscène vers la vierge C’est un peuple nouveau apparaissant à l’est C’est le poignard c’est le poison ce sont les verges

C’est l’inverti qui se soumet et s’agenouille Le masochiste qui se livre au martinet

Le scatophage hideux au masque de gargouille Et la putain furonculeuse aux yeux punais!

C’est l’étreinte écœurante avec la femme à barbe C’est le ciel reflété par un œil de lépreux

C’est le châtré qui se dénude sous les arbres

Et l’amateur d’urine au sourire visqueux

C’est l’empire des sens anémone l’ivresse Et le sulfure et la saveur d’un sang chéri La légitimité de toutes les caresses

Et la mort délicieuse entre des bras flétris

Pluie d’étoiles tombez parmi les chevelures Je veux un ciel tout nu sur un globe désert où des brouillards mettront une robe de bure ‘aux mortes adorées pourrissant hors de terre

1. Punais : adjectif d’origine médiévale, de la même origine que le verbe puer, signifie qui sent mauvais.

Adieu déjà parmi les heures de porcelaine

Regardez le jour noircit au feu qui s’allume dans l’âtre

Regardez encore s’éloigner les herbes vivantes

Et les femmes effeuillant la marguerite du silence

Adieu dans la boue noire des gares

Dans les empreintes de mains sur les murs

Chaque fois qu’une marche d’escalier s’écroule un timide enfant paraît à la fenêtre mansardée

Ce n’est plus dit-il le temps des parcs feuillus

J’écrase sans cesse des larves sous mes pas

Adieu dans le claquement des voiles

Adieu dans le bruit monotone des moteurs

Adieu 6 papillons écrasés dans les portes

Adieu vêtements souillés par les jours à trotte-menu

Perdus à jamais dans les ombres des corridors

Nous t’appelons du fond des échos de la terre,

Sinistre bienfaiteur anémone de lumière et d’or

Et que brisé en mille volutes de mercure

Éclate en braises nouvelles à jamais incandescentes

L'amour miroir qui sept ans fleurit dans ses fêlures

Et cire l’escalier de la sinistre descente

Abîme nous t’appelons du fond des échos de la terre

Maîtresse généreuse de la lumière de l’or et de la chute

Dans l’écume de la mort et celle des Finistères

Balançant le corps souple des amoureuses

Dans les courants marqués d’initiales illisibles

Maîtresse sinistre et bienfaisante de la perte éternelle

Ange d’anthracite et de bitume

Claire profondeur des rades mythologie des tempêtes eau purulente des fleuves eau lustrale des pluies et des rosées

Créature sanglante et végétale des marées

SIRÈNE-ANÉMONE

Du marteau sur l’enclume au couteau de l’assassin

Tout ce que tu brises est étoile et diamant

Ange d’anthracite et de bitume

Eclat du noir orfraie! des vitrines

Des fumées lourdes te pavoisent quand tu poses les pieds Sur les cristaux de néige qui recouvrent les toits

Haletants de mille journaux flambant après une nuit d’encre fraîche

Les grands mannequins écorchés par l’orage

nous montrent ce chemin par où nul n’est venu

Où donc est l’oreiller pour mon front fatigué

Où donc sont les baisers où donc sont les caresses Pour consoler un cœur qui s’est trop prodigué

où donc est mon enfant ma fleur et ma détresse

. Me pardonnant si des brouillards bandent mes yeux Si j’ai l’air d’être ailleurs si j’ai l’air d’être un autre

Me pardonnant de croire au noir au merveilleux

D'’avoir des souvenirs qui ne soient pas les nôtres

Pardonnant mon passé mon cœur mes cicatrices D’avoir parcouru seul d’émouvantes contrées D’avoir été tenté par des voix tentatrices

Et de ne pas l’avoir plus vite rencontrée

* Saurait-elle oublier mes rêves d’autrefois les fortunes perdues et les larmes versées

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