ET
cérumen boucher cette fissure et le début sera brusque. Le gonfiement d’un bouchon cérumineux par l'humidité peut arriver au même résultat. On en peut dire autant des corps étrangers hygrométriques (pois, haricots, lentilles), mais ils entrainent plus souvent des accidents aigus.
Le début est parfois tellement insidieux que le corps a pu séjourner des mois et des années sans attirer l'attention, surtout s’il est régulier et inerte.
Barr (1) cite le cas d’un pois qui était resté deux ans dans l’oreille sans provoquer le moindre accident.
Brown, chez un jeune garçon trouva les deux conduits remplis de petits cailloux, qui s’y trouvaient depuis sept ans sans provoquer aucune douleur.
Larrey cite l’observation d’un militaire gardant un corps étranger dans son oreille pendant 20 ans.
Chez un de mes auditeurs, dit Politzer (2), qui à propos -d’une leçon sur les corps étrangers me fit savoir qu'un morceau de crayon introduit 22 ans auparavant dans son oreille, était sorti spontanément, j'ai trouvé le bout de crayon long de 1 centimètre, collé par du cérumen au
milieu de la paroi inférieure du méat.
Reim enleva d’un conduit auditif une molaire cariée qui y gisait depuis quarante ans.
Un noyau de cerise était dans l'oreille d’un de ses malades depuis quarante ans. Lucæ l’enleva en même temps qu’un bouchon de cérumen.
Marchal de Calvi a vu un grain de chapelet qui avait été bien supporté pendant quarante ans.
(1) Glasgow-médical Journal XV.
(2) Politzer. — (Traité des maladies de l'oreille, 1884, page 597).
Zaufal (1) retira un noyau de cerise du conduit auditif. ‘Il s’y trouvait depuis 42 ans.
Un officier français de cinquante ans portait dans l'oreille un grain de corail de chapelet depuis l’âge de cinq : ans. Il fut extrait par Marchal de Calvi (2).
Un malade (3), âgé de soixante dix ans portait dans son conduit externe un morceau de crayon long de 3 centimètres qui au dire du patient était depuis cinquante ans déjà dans le méat. Une dureté d’ouïe toujours croissante le força à demander les soins d’un médecin qui enleva en même temps un bouchon de cérumen et le morceau de crayon.
Winterbottham affirme qu’un noyau de cerise séjourna sans accidents pendant soixante-dix ans dans le conduit auditif.
Enfin T'ulpius aurait vu un noyau de cerise gonfler et germer dans le conduit.
On comprend que le chirurgien devra regarder ces faits comme de simples curiosités et que jamais on ne sera autorisé à escompter une telle tolérance du conduit.
Les principaux symptômes seront donc la surdité, qui . est peut-être le plus constant, des douleurs variables, une sensation de gêne, de plénitude de l'oreille.
Les bourdonnements d'oreilles sont très fréquents et très pénibles, ainsi que les perversions de l’ouie. Sous ce rapport, les insectes sont de beaucoup les corps étangers les plus mal tolérés. Deleau rapporte le fait d'un malade
(1) Prag. médical Wochenscher, 1881.
(2) Revue mé licalo française et étrangère, 1811. (3) Politzer, loco citato.
DD
qui avait un grain d'avoine dans l’oreille et entendait constamment un bruit d’essaim d’abeilles.
On constate en outre des troubles réflexes tels que des vertiges, de l'incertitude de la marche, une céphalalgie intense, des vomissements qui peuvent faire croire à une affection cérébrale. Poulet et Bousquet qui ont vu un haricot introduit dans l'oreille déterminer pendant quatorze ans des quintes de toux spasmodique, rebelles à tous les traitements, Mayer a rapporté plusieurs exemples de ce genre
avec sensation de chatouillement dans lé pharynx.
On a signalé également une salivation très abondante. Tel estle cas dont parle Itard où la salivation s'élevait à 2 pintes 1/2 par 24 heures. Tels sont aussi ceux de Power
et de Latour. Dans tous ces cas les accidents ont disparus
après l'extraction du corps étranger.
Heydenreich a vu un cas d’hémicranie réflexe.
Raymondeau (1). de Limoges, a observé la disparition d'accidents épileptiformes, à la suite de l’extraction d'un corps étranger de l'oreille. Il peut donc v avoir des troubles nerveux très graves, des convulsions généralisées, comme dans l’exemple fourni par Belbeder, d’un homme qui mourut d'un grain d'avoine implanté dans la membrane du tympan — des véritables crises d’épilepsie dûes à la présence d’un yule (mille-pattes).
Wilde rapporte une observalion de perle de verre logée dans le méat, méconnue pendant huit ans, causant pendant tout ce temps des attaques d’épilepsie. La guérison survin & à la suite de l’extraction du corps étranger.
{1} Archives générales de médecine, sept. 1882.
Boyer cite un fait analogue.
Politzer dans sa. pratique a observé un cas semblable. Arnold (cité par Moos) a guéri complètement une jeune
fille de vomissements répétés et de toux persistantes en
enlevant deux haricots situés dans les deux oreilles.
Maclagen (cité par Wilde) guérit un cas d’épilepsie et
de surdité par l’extraction d’un corps étranger de l'oreille.
L'observation de Fabrice de Hilden est à ce point de
vue caractéristique et montre qu’on peut aussi voir des
paralysies.
« Une jeune fille de dix ans jouait avec d’autres enfants de son âge. L'une d’elle lui jeta dans le conduit auditif de l’oreille gauche une petite boule de verre de la grosseur d’un pois. Les tentatives que firent différents chirurgiens pour l’extraire ne servirent qu’à l'enfoncer davantage. La douleur causée par la présence de ce corps et par des tentatives infructueuses pour le retirer se dissipa. Mais il lui en succéda une très vive sur le côté de la tête jusqu’à la suture sagittale et qui augmentait lorsque le temps était humide. Il survint à la malade de l’engourdissement au bras, aux lombes, à la cuisse, à la jambe gauche, de sorte que cette partie du corps était dans un état de stupeur. Cet engourdissement fit place à des douleurs aigûes dans les mêmes parties. Une toux sèche et continuelle se joignit à ces symptômes. Les menstrues ne vinrent plus qu’une fois en trois mois et en petite quantité. Enfin, après quatre ou cinq ans de souffrance, la malade eut des attaques d’épilepsie et le bras gauche tomba dans l’atrophie. »
Au bout de huit ans, Fabrice de Hilden retira la boule
Se
de verre et tous les symptômes disparurent complètement. On peut se demander quelle est l’origine de tous ces
symptômes reflexes. Ils sont facilement compréhensibles si
l'on se rappelle la distribution des nerfs dans l’appareil auditif. Toynbee a bien expliqué la raison des bourdonnements, des, étourdissements, vertiges, céphalalgie, etc. La pression exercée par le corps étranger sur la membrane du tympan est transmise à la chaine des osselets. La base de l’étrier s’enfoncc dans la fenêtre ovale et trouble l’équilibré normale du liquide labyrenthique. Or, on sait depuis les expériences de Flourens que lirritation traumatique du labyrinthe entraine de l’incoordination des mouvements et des troubles analogues à ceux que nous venons de signaler.
Enfin la compression produite par le gonflement des corps étrangers et l’inflammation des tissus environnants peuvent déterminer dans quelques cas des paralysies faciales avec leur cortège symptomatique et la déformation de la face.
Aïnsi les corps étrangers de l'oreille comportent des symptômes variés, mais qui sont assez caractéristiques pour que l'affection soit facile en somme à reconnaître, Dans les cas ou les doutes seraient possibles, il nous resterait encore deux ordres de signes que nous avons réservés pour les derniers parcequ'ils sont les plus certains, d’une part, et que d’autre part, il ne faut jamais manquer de s’en servir, même si l’on pense être arrivé à uné certitude sans eux.
C'est d'abord l’interrogatoire qui pourra étre d'un grand secours.
C’est lui qui mettra le plus souvent sur la voie, c’est
lui qui fournira les premières données de nature et de forme du corps étranger. Son importance est donc très grande, mais seulement chez l’adulte, car les enfants ne peuvent la plupart du temps nous renseigner.
Ajoutons que ces notions devront toujours éire controlées par le second ordre de symptômes dont allons parler, les symptômes physiques, avant que l’on ne soit autorisé à tenter l'extraction.
Giraldès n’a-t-il pas rapporté le fait exceptionnel il est vrai, d’un enfant qui ne savait plus dans quelle oreille était le
corps étranger. Les parents eux-mêmes n’en savaient rien
et un médecin de la ville, l'avait cherché à plusieurs reprises dans l’oreille où il n’était pas.
Les signes physiques sont les meilleurs. Ce sont ceux qui sont fournis par l'exploration du conduit d’une part à la vue, d'autre part au stylet.
L’exploration à la vue peut se faire directement en placant le malade au grand jour et en examinant le conduit après en avoir redresser les courbures. Pour cela, il suffit de tirer d’une main le pavillon en haut et en arrière tandis
« que l’autre main pousse le tragus en avant. Dans ces con-
- ditions, on pourra presque toujours apercevoir le corps
étranger, se rendre compte de la profondeur de sa position de sa couleur. Mais dans certains cas, on le voit insuffisamment, où même on ue l’aperçoit pas. Il faut alors avoir recours à l’otoscopie. On emploiera avec avantage le spéculum Auris de Toynbee plus simple que. le spéculum à deux valves et plus facile à manier. On attire alors le pavillon en haut et en arrière, entre le médius et l’annulaire et l'on place le spéculum que l’on met entre le pouce