COMBAT DE CROIX
Le même jour, le colonel Bourras m'envoya dans la direction de Croix pour reconnaître les forces prussiennes et leurs positions.
Ayant rencontré l'ennemi à environ un kilomètre d'Abbevillers, j'en avertis immédiatement le colonel Bourras, qui s'avança avec tout son corps.
L'ennemi se replia jusqu'à Croix, suivi de mes cavaliers, tout en faisant feu sur nous.
A un kilomètre de Croix, je fis reconnaître les deux forêts situées des deux côtés de la plaine, qui ( ffraient un excellent abri pour nos tirailleurs.
L'ennemi n'eut pas le temps de s'y établir, et le
colonel Bourras les fit occuper par les différentes compagnies de notre corps.
M'étant rapproché des lignes ennemies, tout en essuyant son feu, je pus me rendre compte de ses positions et je m'aperçus qu'il établissait sur les hauteurs se trouvant à droite du village, une batterie destinée à prendre en écharpe les forêts que nous occupions.
Il commença son attaque par notre aile droite, voulant la .déloger de la foret; mais reçu à 600 mètres par le feu bien nourri de nos tirailleurs et de deux obusiers de montagne, il s'arrêta, prit ses positions et ouvrit un feu très- vif, heureusement peu nuisible à nos hommes, abrités par les arbres.
Bientôt après notre aile gauche, se trouvant dans une seconde forêt, fut attaquée à son tour par une autre colonne, que la troisième, marchant un peu en arrière, relia bientôt à la première.
Cette atts^que de l'ennemi fut fortement appuyée par, son artillerie, dont les projectiles tombaient devant les forêts ou rasaient leurs cimes en couvrant nos hommes de bra,nches d'arbres et de neige qui, heureusement, empêchait la plupart des obus d'éclater. Ces projectiles ne nous tuèrent qu'un seul homme de la â** compagnie.
Nos deux petites pièces, très-habilement dirigées par Mr Pistor, capitaine d'état-major, et admirable-
ment pointées par le lieutenant Denis, firent beaucoup de mal à l'ennemi en enfilant ses colonnes qui se trouvaient sur la route (*).
Après avoir fait en vain, pendant quatre heures, tous les efforts pour nous déloger de nos positions, Tennemi se retira enfin à Croix.
Cette journée lui coûta 80 hommes tués et blessés. Nous eûmes 15 hommes mis hors de combat (**).
(*) Croix se trouvant sur la frontière suisse même, il était bien facile à un des combattants de se tromper et d'abuser du territoire neutre. Pour prévenir cette éventualité, les Suisses établirent nn cordon de soldats portant des drapeaux nationaux tout le long de la frontière. Ils le faisaient presque partout où on s'était battu sur leurs frontières.
Le mcaie jour, quelques-uns de nos obus égarés allèrent se perdre en Suisse, ce qui occasionna plus tard une démarche de la ' part des autorités de ce pays auprès de notre colonel et du commandant prussien pour neutraliser ce village. Les Prussiens ayant refusé d'abandonner cette excellente position, nous y eûmes bientôt d'autres engagements.
(**) Dans cette affaire, ainsi que dans plusieurs autres, se sont distingués le plus les éclaireurs : de Landreville (Henri), capitaine; Daniszcwski et d'Épercy, lieutenants; Heftler et Ghaussard, sous-lieutenants; Barbier (Maurice), porte-drapeau; Walter, maréchal des logis chef; Horiot, Laurant, MuUer, Thomas, maréchaux des logis; Lalrancher, Depoux, Husson , fourriers; Michot, Multanowski, Bomet, brigadiers; Bekel, Duflot, Janicki, Vautrin (Gh.), Majewski, François (Joseph), Krzészowski, Ferrary, Valentin, Quartier, Chrétien, Detez, Lebrun, éclaireurs; Bouvier et Jeanvoine^ trompettes.
Le même jour, deux de nos compagnies, sous les ordres du capitaine Olszewski, eurent un engagement moins important, mais aussi heureux à Seloncourt.