‹ Corps franc des Vosges (armée de l'Est): Souvenirs suivis des dépêchesChapitre 2 sur 26 · NANCY, MON VOYAGE POUR PARIB · texte numérisé non relu

NANCY, MON VOYAGE POUR PARIB

Les premières nouvelles de la guerre me trouyè* rent à Nancy et me décidèrent à m'y arrêter plus, longtemps que je ne me Tétais proposé d'abord, ife^a l'intention déjuger de près les événements qui ftè préparaient.

J'avais trouvé dans cette ville le eO""** de ligne qui venait de recevoir l'ordre de se tenir pr^ laii départ.

Les fréquents entretiens que j'eus avec plusieurs officiers de ce régiment et l'observation attentive de tout ce qui se passait et se disait dans la ville, me

donnèrent à croire que, malgré le grand enthousiasme qui animait l'armée pour cette guerre et qui était augmenté par les manifestations de la population, il y avait dans les classes plus éclairées de la société comme une vague appréhension des événements que préparait l'avenir.

La campagne de quatorze mois que j'avais faite contre les Russes, en 1863-64, la connaissance de l'organisation militaire des Prussiens, que j'avais vus fonctionner dans la partie de la Pologne qui est sous leur domination, enfin l'étude que j'avais faite de l'armée française depuis six années, m'avaient donné, à ce moment déjà, une certaine expérience des choses de la guerre.

Aussi ne pouvais-je m'empêcher de partager ces craintes.

Mais je me gardais bien de les exprimer dans mes enfrëttens, ne voulant pas décourager d'avance ceux (5[tifî dans quelques jours auraient besoin, en présence de* reïinemi, de toute leur force d'âme et de cette éùergîe sublime qui souvent a raison des plus grandes difficultés.

" Lois échecs successifs que l'armée française éproriira peu de temps après sur les bords du Rhin m'ont malheureusement prouvé que je ne me trompais point dans mes conjectures, et la retraite du niaré'chal de Mac-Mahon, après les désastres de

Wissembourg et de Froeschwiller, me décida à offrir mes services à ma patrie adoptive.

J'avais déjà essayé une fois de me faire admettre dans un régiment de lanciers de la garde, de passage à Nancy, vers la fin de juillet, mais on refusa alors mon engagement ! vu ma qualité de Polonais.

Je m'adressai alors au conseil municipal de la

ville , en lui proposant d'organiser un détachement

d'éclaireurs achevai pour aider à couvrir, en cas

de besoin, la retraite de l'armée et préserver la ville de toute attaque imprévue.

On me répondit que la ville n'était pas en état de s'imposer la dépense qu'aurait exigé cette organisation, et que les propriétaires ne consentiraient point à fournir les chevaux nécessaires.

Peu de jours après, cette même municipalité laissait prendre Nancy par quatre uhlans prussiens qui parcouraient en maîtres les quartiers les plus populeux, aussi tranquillement que s'ils avaient été à Berlin, et qui imposaient à la ville une première contribution de 50,000 francs , sans doute à titre de bienvenue.

Après le désastre de Sedan, les circonstances étant

changées, je me rendis àÉpinal où, le 12 septembre,

je m'engageai , comme volontaire , au 2"® régiment

des lanciers.

Mais ayant à soumettre au ministre de la guerre

un projet d'organisation des corps volants de guérillas, j'obtins la permission de me rendre à mon dépôt qui se trouvait à Langres, par Paris.

En chemin, je fis la connaissance de M. Varaigne, capitaine du génie , qui avait réussi à s'échapper de Sedan, et se rendait également à Paris pour présenter un projet d'organisation de la défense dans les Vosges.

Nous nous communiquâmes mutuellement nos projets. Le c£^pitaine Varaigne, après s'être entretenu longuement avec moi , finit par me proposer de réunir nos efforts, de manière à servir toujours ensemble, dans le même corps, en laissant la directiou générale de ce corps à celui de nous dont; le projet serait admis le jJremier par le ministre de la

A Paris, je présentai mon projet au ministre de la guerre par Tinterptiédiaire de M. Ernest Picard, ministre des finances, et j'eus l'honneur d'obteuir le lendemain une audience du général Schmitz, chef d'état-major général du gouverneur de Paris.

Ç^ui-ci^, après, m'^^voir ij:^terro^é sur plusieurs points et cpi^p^enaijit que je, ne pouvais plus attendre la 4épision ministérielle, de crainte d'être enfermé dans Paris, me mit, sur ma demande, à 1^' di^^ositiO|n ^e^ AJ.. Varaigne, qui venait d'être chargé de Forganisation qu'il avait proposée.

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OMANlSiTfôN A lÈPÏNA:!/. ii.T..„t

PBBMiAUt Ai^Amn ÀVWQ t»mÊ PàmukwÈmi ' è

Jiç quittai fn,m le 47 -septembre ^ psg? l^ dfjfpj^ tr^in qui put sortir de la papitale, a.ya»t sp;^ jpL,yi?3-j tissement: j'arriyai à, Épinal le 20 du iï^ê;?î^ Jpp}^>'^^

M. Yâ-raigae, d^vew chef de la défençe d^ris l^^ Vosges, chargea , de concert avec le Préfet dfl d^r. partemeQtr l,e capitaine du géuie Bourra.S> édjaj^é' de Sedan, 4'org-^niser le i!f bataillon du corps §^^a des Vogges.' Celuirci s'étant entendu ^^^^.^fîÂ/MJl^j maiïière. d^ f^ire la guerre de guérU^^^^j^ $88%

ror^wisation de la 2- ^oxï^mh%hmk^h.\i mais à la condition que je ne me séparerais jamais

de lui. Il tenait, disait-il, à mettre mes idées à exécution, phrase qu'il répéta plusieurs fois encore pendant la durée de la guerre.

Grâce à Taffluence énorme de volontaires qui nous arrivaient de l'Alsace et de la Lorraine, grâce surtout à l'énergie et au zèle digne des plus grands éloges de M. Georges, préfet d'Épinal, qui nous fournit dans l'espace de quelques jours les armes et l'équipement nécessaires, l'organisation du i*' bBtaiHon fut achevée le 27 septembre.

Le 28 septembre , le commandant Bourras , après nous avoir passé en revue, me donna l'ordre de me rendre le lendemain à Charmes pour préserver cette ville de petites reconnaissances que les Prussiens y faisaient.

A mon arrivée, je pus me convaincre facilement que les habitants de cette localité ne manquaient pSsi "^e 1}onne volonté pour se défendre , mais que Torgânisâtion de la garde nationale laissait beaucoup *à âësirer et que le service, malgré le voisinage die Tennémî, s'y faisait avec une très - grande négli- Çence.

'''îfe i'emarquai ici, comme partout ailleurs, que la é^de -nationale ne se regardait pas comme un dorps appelé à combattre. Elle n'attribuait ce devoir 4ti àiix soldats de l'armée. C'est pourquoi elle déîJôsait partout si facilement les armes devant la plus

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petite patrouille de Tennemi, au lieu de lui opposer une résistance quelconque.

Le même jour, je fis une excursion aux environs de la ville pour reconnaître les positions et prendre des renseignements sur ce qui se passait dans le pays. Dans un petit village aux environs de Bayon (Meurthe), je trouvai dix chassepots, et j'appris qu'il y en avait de 40 à 50 à Bayon même. Ces armes y avaient été abandonnées par nos troupes pendant la retraite du maréchal de Mac-Mahon, et les habitants avaient su les dérober aux investigations des patrouilles prussiennes.

Mes hommes n'étant armés que de fusils dits à tabatière, je fus on ne peut plus satisfait de cette découverte, et le lendemain je me rendis à Bayon avec quelques hommes pour entrer en possession de ces armes. Ici, j'appris qu'il y avait à peine une heure que les gendarmes prussiens avaient visité cette ville. Ayant pris des renseignements sur la foroe de l'ennemi et l'endroit d'où il faisait ces excursions, j'acquis la certitude qu'il y avait deux gendarmes à Flavigny, petite localité des environs, et six à Vezelize. Ces gendarmes jetaient la terreur dans le pays, depuis quelques semaines, sans être nullement inquiétés. Je résolus de mettre un terme à cette honteuse situation.

J'envoyai immédiatement à Flavigny six hommes

de la 6* compagnie (capitaine Moulinier) , qui se trouvaient avec moi , avec ordre de s'emparer des deux gendarmes, et je retournai avec le reste de mes forces et les chassepots à Charmes, pour y organiser une expédition contre les gendarmes de Vezelize.

L'expédition de Flavigny réussit pleinement. Le même jour, les six hommes de la ô**® compagnie revenaient à Charmes, en nous amenant deux chevaux prussiens et un gendarme. Ils avaient été contraints de tuer l'autre, vu la résistance qu'il leur opposait.

Immédiatement après, c'est-à-dire vers minuit, je sortis de Charmes avec 20 hommes, le capitaine Moulinier et le lieutenant de Landreville, pour tenter un coup de main contre les gendarmes de Vezelize. Pour ne pas fatiguer mes hommes, je les fis monter dans les voitures requises d'avance à cet effet, malgré le peu d'empressement que mit le maire de la localité à nous les procurer.

Vers les trois heures du matin nous arrivions à un kilomètre de distance du lieu de notre destination. Ne voulant pas donner l'éveil à l'ennemi, je fis descendre mes hommes, et nous gagnâmes bientôt, en gardant le plus grand silence, la première maison de la ville.

Le maître de cette maison nous confirma le nom-

bre des gendarmes, et nous indiqua les trois habitations dans lesquelles ils logeaient deux par deux.

Je les fais cerner immédiatement, en donnant à mes hommes Tordre de ne tirer qu'à la dernière extrémité. Puis je frappe à la première. On me demande en pur français : « Qui est là ? »

Je réponds de m'ouvrir au nom de la loi.

On tire le verrou; j'entre avec trois hommes. A la lueur d'un magnifique clair de lune, j'aperçois la bonne figure, un peu efi'arée, d'un bourgeois en bonnet de coton , qui répond à ma question : « Où sont les gendarmes ? » en portant sa main tremblante vers une petite porte vitrée. En même temps, j'aperçois derrière elle un certain mouvement, et mon oreille saisit quelques mots en allemand qu'on y échangeait à la- hâte.

Enfoncer la porte et nous emparer de deux Allemands ne fut que l'afi'aire d'un instant. Ils étaient en chemise. Ayant donné l'ordre de les faire habiller et de prendre leurs chevaux et leurs armes, je frappe à la porte de la deuxième maison. On ne veut pas ouvrir. J'entends derrière la porte le bruit de pas précipités et celui de meubles déplacés. On se barricadait. J'ordonne d'enfoncer la porte. Soudain les Persiennes s'entr'ouvrent, et deux balles sifflent à nos oreilles. Mes hommes ripostent, et pendant dix minutes les Prussiens se défendent en conti-

nuaiit d'échanger avec nous des coups de feu. Ce n'est qu'au bout de ce temps que nous parvenons à forcer l'entrée et à nous emparer des deux gendarmes.

Mais ce petit combat avait donné l'éveil aux gendarmes de la troisième maison, qui, rencontrant à chaque issue un de mes hommes les mettant en joue, prirent aussi le parti de se barricader et de nous vendre chèrement leur vie ou leur liberté. Nous dûmes prendre cette maison, ainsi que chacune denses chambres, par une espèce de siège régulier. L'ennemi entr'ouvrait la porte, faisait^sur nous une décharge à bout portant, et la refermait pour recharger les armes. Nous forçons enfin la porte de la dernière chambre, et nous sommes reçus par deux coups de feu. Une des balles perce le képi du lieutenant de Landreville. Nous répondons par une décharge de revolvers. Un des gendarmes tombe blessé à la poitrine, l'autre saute par la fenêtre et s'enfuit, bien que blessé au mollet par une de nos sentinelles. Le lieutenant de Landreville se met à sa poursuite, et nous le ramène quelques instants après, le revolver au front.

Tels furent les premiers faits d'armes qui servirent d'entrée en campagne au corps franc des Vosges.

Les expéditions de Flavigny et de Vezelize nous valurent sept Prussiens prisonniers, le huitième

ayant été tué dans la lutte, huit armements complets de cavalerie, huit excellents chevaux de selle et les remercîments des habitants de ces deux localités, pour les avoir délivrés de la présence onéreuse de Fennemi.

Tels ne furent cependant pas les sentiments du maire de Charmes, qui se montra fort vexé de la petite surprise que nous venions de faire à messieurs les Prussiens, et qui usa de tous les moyens pour obtenir que les prisonniers fussent immédiatement renvoyés plus loin, de peur, disait-il, (Vattirer la vengeance de Tennemi sur la localité. Il finit par donner le même jour sa démission, prévoyant sans doute que notre présence dans le pays pouvait devenir le signal d'une lutte sérieuse contre les envahisseurs.

Connaissant bien la manière de procéder des Prussiens, j'étais sûr qu'ils allaient bientôt chercher à venger, comme ils disaient, leurs camarades. Je me proposais donc d'aller m'entendre avec le commandant Bourras pour leur préparer l'accueil qu'ils méritaient, lorsque je fus prévenu par quelques habitants de Vezelize que l'ennemi, au nombre de 170 hommes, s'était déjà emparé de leur ville, et menaçait de la mettre à feu et à sang si les gendarmes et ceux qui les avaient faits prisonniers ne leur étaient livrés dans le plus bref délai.

J'en informai immédiatement le commandant Bourras, en le priant de m'envoyer des renforts pour que je pusse aller au secours de la ville; mais sa première réponse n'étant pas suffisamment claire, l'avais déjà résolu d'attaquer l'ennemi avec mes seules forces, bien que je n'eusse que 160 hommes avec moi, lorsque je fus enfin averti par un télégramme de mon commandant qu'il arrivait lui-même avec les forces demandées. En efi'et, tout notre bataillon se trouvait le soir même (3 octobre) réuni à Charmes,* ce qUi nous faisait, avec les forces que l'avais, plus de 600 combattants.

Malheureusement, l'heure avancée de la journée et la forte étape que notre bataillon venait déjà de faire nous forcèrent de remettre notre expédition au lendemain, de peur que nos hommes ne fussent par trop fatigués en arrivant le* jour même à Ve- 2elize.

Désirant pourtant mettre à profit ce délai, nous envoyâmes à Vezelize le capitaine d'Hautel, qui con* naissait bien le pays et y avait de nombreuses relations, pour nous apporter des renseignements exacts sur l'ennemi, ses forces et les dispositions qu'il pouvait prendre en prévision d'une attaque de notre côté.

Malheureusement, le lendemain matin, notre commandant ayant reçu l'ordre du général Cambrielsj

commandant le 20* corps, de revenir en toute hâte à Épinal, nous dûmes abandonner l'expédition de Vezelize, bien que le capitaine d'Hautel, à son retour, nous engageât vivement à la faire, en nous assurant de son plein succès.

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