‹ Corps franc des Vosges (armée de l'Est): Souvenirs suivis des dépêchesChapitre 4 sur 26 · REMIREMONT · texte numérisé non relu

REMIREMONT

Le combat de Brouvelieures et diverses escarmouches des jours précédents permirent au 20° corps d'armée de gagner Remiremont sans être nullement inquiété par l'ennemi.

Étant forcés nous-mêmes de céder devant les forces supérieures de Prussiens qui inondaient déjà les Vosges dans tous les sens, nous dûmes nous replier aussi sur Remiremont, où nous arrivâmes le 13 octobre, vers trois heures du soir.

Là, nous apprîmes que l'ennemi occupait déjà Épinal (*) avec des forces considérables, et on s'at-

(*) Lors de l'organisation de notre corps à Épinal, les officiers de n«tre bataiUon, qui prenaient leur repas dans un des hô-

tendait à le voir d'un moment à l'autre attaquer Remiremont.

Le 20*^ corps étant un peu désorganisé après la bataille de Bourgonce, on décida qu'il devait continuer sa retraite jusqu'à Besançon pour s'y réorganiser.

Il quitta donc Remiremont le même jour, et nous le suivîmes malgré l'excessive fatigue de nos hommes.

Ayant atteint Rupt par une pluie battante , vers une heure du matin, nous y passâmes le reste de la nuit.

Le lendemain, en continuant la marche, notre colonne fut rejointe par le général Cambriels, dont le noble visage portait des traces visibles d'une excessive fatigue et de la souffrance.

En effet, le général souffrait alors beaucoup de la blessure à la tête qu'il avait reçue à Sedan. Son chef d'état-major, M. Varaigne, qui l'accompagnait, souffrait également d'une blessure à la tête qu'il venait de recevoir à la bataille de Bourgonce.

Le général, étant sorti un des derniers de Remiremont, s'aperçut que dans la précipitation de la

tels de la ville, rencontraient à la même table un monsieur au mainiien grave et posé se disant négociant, émigré de l'Alsace devant l'invasion. — Grand étonnement dans la ville lorsque, après l'entrée de-s Prussicr:s, le môme monsieur devint préfet d'Épinal au nom du roi Guillaume! »

retraite on avait négligé d'enlever les bagages de son corps qui étaient restés à la gare de Remiremont. Il voulait les sauver a tout prix; mais il n'y avait plus de temps à perdre, car on ne cessait de nous avertir que les Prussiens allaient, d'un instant à l'autre, s'emparer de cette ville.

Le colonel Varaigne me présenta par quelques paroles flatteuses au général , qui me fit l'honneur de me charger de cette périlleuse mission, connaissant déjà, disait-il , toute ma bonne chance par mes récentes réussites contre les Prussiens. Il détacha en même temps deux chasseurs à cheval de son escorte pour m'aider dans cette entreprise.

Chemin faisant, je rencontrai le commandant du génie, M. de Lichtemberg, chargé de couper, les ponts et les routes pour entraver la marche de l'ennemi, et je le priai de faire suspendre ses travaux jusqu'à mon retour. .

A Remiremont, je ne trouvai d'abord ni chevaux, ni voitures, ni bras nécessaires pour enlever plusieurs caisses d'armes, de munitions et d'effets qui encombraient la gare. Il fallait créer et organiser tout pour ce nouveau genre de service, et ne pas perdre une seule minute, à cause de la proximité de l'ennemi. — La population consternée ne se prêtait pas beaucoup à ce travail de sauvetage, et chacun s'occupait plutôt des moyens de mettre à l'abri do

l'invasion quelques parcelles de son propre avoir.— Je fus forcé de faire plusieurs fois appel aux sentiments patriotiques des gens que je rencontrais et de courir d'une maison à Tautre pour trouver et prendre, souvent de force, les voitures et les chevaux nécessaires, en m'appuyant sur un billet de réquisition délivré par le sous-préfet.

C'est ainsi que je parvins à réunir, une à une, trente voitures que j'envoyai successivement à la gare, et que quelques hommes de bonne volonté et une petite compagnie des éclaireurs du Rhône , que j'eus la chance de rencontrer à Remiremont, chargeaient au fur et à mesure de leur arrivée.

Ce travail dura de midi à six heures du soir. Il était bien temps qu'il se terminât ; les Prussiens se trouvaient déjà réellement à une très-faible distance de la ville.

Au moment de mon départ, le chef de gare vint me consulter sur ce qu'il devait faire des nombreux wagons qui encombraient sa gare.

Je lui conseillai de les brûler, en l'absence de tout autre moyen de les soustraire à l'ennemi, et plutôt que de les lui abandonner. On m'a dit plus tard qu'il avait suivi mon conseil.

Je rejoignis avec mon convoi notre bataillon à Lure, le 15 octobre, et le commandant Bourras me fit partir aussitôt our Besq^çon, afin de rendre

compte au général de la mission dont il m'avait chargé.

« Il se peut, me dit-il avant mon départ, que le général Cambriels vous fasse une proposition quelconque, mais yespère que vous ne l'accepterez pas et que vous continuerez de rester avec moi. »

Ces paroles flatteuses de mon chef immédiat furent pour moi une récompense d'autant plus agréable que, m'étant déjà une fois engagé à associer ma fortune à la sienne, je ne prévoyais pas alors les circonstances qui auraient pu me faire regretter d'avoir fait cette association.

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