COUP D'(EIL SUR LA. CAVALERIE
L'introduction des armes à tir rapide changea complètement le rôle de la cavalerie; son action sur le champ de bataille fut de beaucoup diminuée par rimpossibilité d'aborder l'ennemi à l'arme blanche sans avoir préalablement essuyé son feu sur un parcours de plusieurs centaines de mètres. Mais l'importance de cette arme, loin d'avoir diminué, ne fit que s'accroître, grâce à son devoir d'éclairer l'armée, devoir dont les nouvelles exigences de la guerre ont fait son occupation spéciale.
La cavalerie prussienne, admirablement organisée et employée avec une adresse et une intelligence rares, rendait à nos ennemis d'immenses services. Elle rayonnait toujours à plusieurs lieues autour des corps en marche ou de leurs camps de repos,
les prévenant de tout danger de surprise et les éclairant sur les entreprises de l'ennemi. Son nombre et le choix des hommes à toute épreuve qu'elle employait lui facilitait singulièrement sa tâche.
La cavalerie française, ayant conservé encore l'organisation des temps où son rôle principal consistait dans ces charges formidables à la Murât, dont la reproduction récente vient de rendre à jamais célèbre le nom de Reischoffen, s'est montrée, dès le commencement de cette guerre, fort au-dessous de sa mission d'éclairer et de protéger le gros de l'armée.
Pour la plupart mal montés, sur des chevaux trop lourds pour une course longue et rapide, ou trop petits pour supporter de grandes fatigues, gênés par toute une boutique de différentes sortes d'effets, nos cavaliers, au lieu de se disséminer hardiment par petits groupes, à plusieurs lieues en avant de l'armée et sur ses flancs, se bornaient généralement à quelques reconnaissances timides aux environs de nos camps, et les laissaient surprendre pendant que les soldats faisaient la soupe ou nettoyaient les armes (*). Ils savaient se faire bravement massacrer sur le champ de bataille en chargeant quand même, malgré la grêle de balles et d'éclats d'obus (**) ; mais pré-
(*) Comme à Beaumont, pour ne citer qu'un seul exemple. (**) Charges de UeischoUeii, Mouzun et autres.
venir l'armée d'une surprise, tromper l'ennemi par une de ces ruses hardies qui sauvent souvent d'une défaite ou facilitent la victoire, leur esprit de routine et le manque complet d'initiative personnelle ne le leur permettaient plus.
Après l'investissement d'une de nos armées à Metz, la défaite de l'autre à Sedan et le blocus de Paris, il ne nous restait de cette arme que quelques débris qui étaient bien loin de suffire aux besoins des diflférents corps engagés contre l'ennemi.
Le service d'avant-postes que faisait notre corps demandait aussi à être appuyé par un détachement de cavalerie pour que nous pussions mieux nous garder, reconnaître plus facilement les fausses manœuvres de l'ennemi et vérifier les renseignements des gens du pays, pour la plupart inexacts, fauté de l'expérience nécessaire des choses militaires, oti fort exagérés par la crainte.
Nos forces s'étant doublées par suite de l'arrivée de plusieurs compagnies franches, le peloton de cavalerie îiue je venais de former n'était plus suffisant.
Je résolus donc de demander au ministre de la guerre l'autorisation et les moyens nécessaires pour former un escadron d'éclaireurs à cheval.
Le 31 octobre, j'eus Thonneur d'obtenir une audience.