‹ Corpus des inscriptions arabes et turques de l'Algérie (volume 2)Chapitre 10 sur 99 · Litt. : le palais · texte numérisé non relu

Litt. : le palais

5. Cf. A. de Galassanti-Motylinski, Les marnions lunaires des Arabes (Alger, Fontana. 1899), pp. 91-92.

ratif tartare Jp. Dans l'avant-dernière ligne, il y a lieu de lire le persan sS6 ^ et non le turc <*;^'r.j.

Les cinq premières lignes de cette épigraphe forment cinq vers scandés sur le mètre basît. Le dernier hémistiche du cinquième vers contient un chronogramme donnant exactement le millésime reproduit plus has en chiffres ; l'an 1000 de l'hégire correspond aux années 1591-1592 de l'ère chrétienne. A cette époque, Keder exerçait pour la première fois les fonctions de pacha de la Porte ottomane qui lui furent confiées à quatre reprises différentes ; on sait qu'il fut plus tard mis à mort sur des ordres venus de Constantinople. Alger était alors en proie à une crise d'anarchie qui se prolongea : les janissaires supportaient mal l'autorité du sultan qui se faisait représenter en Afrique par des pachas triennaux. C'est sans doute à cette situation politique que le rédacteur fait allusion en disant : [Tu as été construit] dans Vintention que, la sphère du ciel ayant accompli la révolution de sa marche circulaire, ce monde trouve auprès du pouvoir une organisation dans la religion. Et, bienfait définitif de ta perfection, la coutume désespère de survivre. Cette coutume appelée à disparaître grâce à la fondation du monument est probablement celle des violences que la population algérienne, parfois entraînée par les reïs (1), exerçait fréquemment sur la personne des deys.

Le bâtiment à l'entrée duquel cette inscription est placée constitue une dépendance de la citadelle turque; la porte à deux ventaux est munie d'une chaîne qui sous-tend le cintre de la voûte, et dont la hauteur est telle qu'un homme de taille moyenne ne peut l'atteindre qu'en faisant un bond. Selon l'usage établi, toute personne fuyant un danger et cherchant un asile sans pouvoir pénétrer â l'intérieur de la caserne n'avait qu'à saisir la chaîne en criant « Justice de Dieu, ô sultan! » (^LjaJL l, «û)i £>:) pour devenir inviolable et être placée sous la protection des janissaires. Des chaînes semblables et conférant le même privilège étaient suspendues à l'entrée de la caserne Médée.

Musée d'Alger.

Inscription turque provenant d'une caserne de janissaires sise autrefois rue Médée.

i. Les reïs ou capitaines des navire? armés en course formaient à Alger une corporation très puissante.

Bonne écriture du type nesky cherqy.

Hauteur des lettres montantes : 0m,06.

Table de marbre mesurant 0m,35 de hauteur sur 0m,68 de largeur.

Caractères sculptés en relief et disposés sur trois lignes divisées chacune en deux parties et enfermées dans des cartouches du même relief que les lettres. La date est inscrite en chiffres très fins au milieu des enjolivements qui séparent les cartouches.

Il oLM jijl ojuy ^-j ^r » <S^\ ^\ J. ôy?) Cf.* ~^C?

Traduction. — Que Dieu, comblant en tous temps les désirs de Mustafà pacha, le fasse parvenir à son but! Il a

construit une porte pour les guerriers de la religion; il n'est rien de semblable pour offrir un sujet d'admiration si parfait. Une voie mystérieuse a dit : « Allons! regarde, toi qui demandes quelle est la date : Le nom de celle-ci est porte de l assistance de Dieu. »

Cette inscription a été publiée par Devoulx (Êpigraphie indigène du Musée archéologique d'Alger, op. laud., p. 65). Le texte qu'il en a donné diffère sensiblement de celui-ci.

Dans le second hémistiche du premier vers, Devoulx a lu 40^-aâ. cjjyj au lieu de À>iyaju ^3J3 qui est la véritable construction. On ne saurait, en effet, séparer ^t3J3 de son complément £*^> i\y </L^Lj. La disposition graphique des caractères est un argument de plus en faveur de cette lecture : le mot ^^yaju est placé au-dessous de ^>3jj et l'examen des inscriptions algériennes montre que lorsque deux mots ou deux groupes de lettres sont superposés, celui qui doit être énoncé le premier occupe toujours la partie inférieure. C'est pour la même raison que j'ai transcrit U£j wok? et non >.+*? L*j comme a fait Devoulx. Cet auteur traduit ainsi l'avant-dernier hémistiche : « Celui qui l'admirait a dit : Regarde, ô ami de la religion. » Cette interprétation doit être abso-

lument rejelée. D'abord le mot uâlL* désigne non pas un admirateur, mais une personne qu'on entend sans la voir; il est souvent suivi de <-**£. En outre, il est impossible d'écrire a." ^j pour le datif turc du mot arabe ^j; c'est cependant ce que porte le texte que Devoulx a reproduit exactement, en ajoutant toutefois un point sur le ■> de ^i et en retranchant les deux points diacritiques marqués sous le <j de </.>. Le mot <j* est l'impératif de ilcj qui prend le sens de « allons! » et a est la particule interrogative. C'est aussi par erreur que Devoulx a écrit ^IjIjj ôjjf au lieu de JL}\ ÔJ^J^-

Le chronogramme comprend le second hémistiche du dernier vers; le mot «û)l ne vaut que 66, car le J de l'article étant assimilé au J suivant n'a plus qu'une existence virtuelle.

Les vers qui composent cette inscription sont scandés sur le mètre hezej.

La caserne de janissaires à laquelle appartenait cette épigraphe était située dans la portion supérieure de la rue Médée ; aussi la

désignait-on parl'épithète de ÂJ\sji)l (la supérieure), pour la distinguer de celle qui occupait la partie inférieure de la même rue. On l'appelait aussi àr aÀJI (l'ancienne).

Mustafâ pacha régna de 1596 à 1599; il ne doit pas être confondu avec le dey Mustafâ pacha qui exerça le pouvoir de 179cS à

L'an 1005 de l'hégire correspond aux années 1596-1597 de l'ère chrétienne.

Qasbd d'Alger.

Inscription turque placée au-dessus d'une porte intérieure de la citadelle.

Belle écriture du type nesky cherqij.

Hauteur des lettres montantes : 0m,06.

Table de marbre mesurant 0m,65 de hauteur sur 0m,41 de largeur.

Caractères sculptés en relief et disposés sur cinq ligues scindées en deux parties dont chacune est enfermée dans un cartouche tracé comme les lettres.

Inédite.

t. — DÉPARTEMENT D'ALGER 31

^Ji"5 (J*^ cJ'rf' j-u^ lie *~*- .j p- ^^- y • cotj aJj! ^ Jù j\j jlja*- 4»' jf l*| ->■*££» ^rliai- cS^JJ f-»^ • ^ jM-^

Traduction. — Mustafâ pacha, étant venu à Alger, a dit : « Il faut que je fasse ici tin palais du diwân. Qu'il soit pour les soldats une citadelle bien fortifiée! Quand je serai parti d'ici, que ma renommée demeure! » Que son gouvernement soit prolongé comme son existence! C'est ce que tout le monde dit en secret. La totalité des membres du diwân s'est réjouie, disant : « Mon sultan a comblé mon désir; aussi quel péril pourrais-je redouter? L'envoyé de Dieu (1) est pour moi, à cause de mon cri de détresse. »

Bien que cette épigraphe ne soit pas datée, il est possible d'établir approximativement l'époque à laquelle elle fut rédigée. 11 faut d'abord remarquer que la chronologie des dignitaires de divers rangs qui exercèrent à Alger le pouvoir suprême comprend trois personnages du nom de Mustafâ : l'un fut pacha triennal de 1596 à 1599 ; un autre, Koûsâ Mustafâ, occupa les mêmes fonctions, à trois reprises différentes, de 1605 à 1607, de 1610 à 1613, puis pendant une partie de l'année 1617 ; le troisième fut dey de mai 1798 à juin 1805. De ces trois homonymes, le dernier doit être éliminé, d'une part en raison de l'ancienneté manifeste de la pierre qu'on ne saurait, à cause du style et de l'exécution des caractères, attribuer au xixc siècle, et, d'autre part, parce qu'on sait que le Diwân n'exerçait pas le pouvoir à cette époque et ne formait plus, depuis 1671, un conseil de gouvernement. On ne peut davantage songer à Koûsâ Mustafâ dont le surnom, inséparable du nom lui-même, ne se retrouve pas dans le texte. On est donc amené à attribuer la fondation du palais du Diwân au premier des trois personnages.

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