‹ Corpus des inscriptions arabes et turques de l'Algérie (volume 2)Chapitre 50 sur 99 · Berbrugger, op. laud., p · texte numérisé non relu

Berbrugger, op. laud., p

Mairie d'Alger.

Inscription turque provenant de l'ancienne caserne Lemercier.

Belle écriture du type nesky cherqy.

Hauteur des lettres montantes : 0m,06.

une seule ligne divisée en quatre parties dont chacune est enfermée dans un cartouche tracé comme les lettres. Au-dessus de cette ligne est inscrite la date; au-dessous est tracé un sceau de Salo-

mon (1) contenant la légende «âil »li, U. Inédite.

1° Inscription :

<S *? 3 * •— **3 4-L-o.j^ (J~j\> cj^5 o^.J* ijMJ^ ^ * <^JjP ^j£ *jjj\ ô^y^â cX-Ay (SJJj\ <j\j> jVjl »*»ùj\ 4»J

2° Sceau de Salomon :

1° Inscription.

Traduction. — Année 1199. — L'homme de bien 'Aly ben Sou/eymân, le Cypriote, second 'achji au palais du

1. C'est, comme on le sait, une figure géométrique formée de deux triangles équilatéraux égaux et disposés de façon que les sommets de chacun d'eux se trouvent, avec les sommets de l'autre, aux extrémités opposées d'un même diamètre du cercle circonscrit ; on oriente généralement le dessin de manière à rendre vertical l'un des trois diamètres.

sultan, ayant affecté à sa chambre, comme bien de mainmorte, la boutique de cordonnier située dans le voisinage de la Porte du pacha, à la condition que le loyer en serait affecté à la réparation et à rétamage des grands chaudrons de la chambrée, il en a été fait mention en cet endroit.

2° Sceau de Salomon :

Quelle belle chose Dieu à voulue!

Cette inscription est intéressante à un double titre. D'abord c'est le seul monument où il soit question d'un bien de mainmorte attribué à une chambre de janissaires par un de ceux qui l'avaient habitée; les libéralités de ce genre consistaient, d'ordinaire, en simples embellissements. En outre, l'affectation toute spéciale du revenu ainsi assuré se rencontre fort rarement dans les fondations pieuses. Pourtant, on trouve une clause du même genre dans un acte cité par Devoulx (1) et ainsi conçu : « La dame Douma bent Mohammed déclare constituer en habous ses chaudrons en cuivre au profit du tombeau du saint et vertueux Sidi Abderrahman et-Tsa'lbi, afin qu'il en soit fait usage, soit pour la cuisson des aliments, soit autrement. Ces chaudrons seront entretenus, étamés et réparés sur les revenus d'une boutique dont elle est propriétaire. » (Acte de 1241, soit 1825-26.)

L'auteur de cette fondation n'a pas laissé d'autre trace dans l'histoire d'Alger. Le pacha auprès duquel il exerçait les fonctions de second officier des cuisines était Mohammed ben rOsmàn, qui régna de 1766 à 1791. Quanta la caserne Lemercierà laquelle cette inscription a été empruntée, elle portait, sous la domination turque, le nom de caserne d'Osta Moûsâ ; elle a été démolie en 1898 et l'épigraphe qui l'ornait a été déposée à la Mairie d'Alger.

L'an 1199 de l'hégire correspond aux années 1784-1785 de l'ère chrétienne.

Phare de l'Amirauté, à Alger.

Inscription turque d'origine incertaine.

1. Devoulx. Les édifices religieux deVancien Alger, op. laud., p. 41,

Belle écriture du type nesky cherqy.

Hauteur des lettres montantes : 0m,07.

Table de marbre mesurant 0m,41 de hauteur sur 0m,47 de largeur.

Caractères gravés en creux et remplis de plomb, disposés sur quatre lignes enfermées dans des cartouches tracés comme les lettres. La date est inscrite au-dessus de la partie finale de la dernière ligne.

Traduction. — En prodiguant sa sollicitude, il a étendu ses bienfaits; se proposant d'être agréable à la Vérité, il a restauré sa chambre. A la date de mil deux cents, Mohammed, bey de ï Ouest, a joint cela à la somme de tous ses bienfaits. An 1200.

Cette inscription a été publiée par Devoulx (Fpigraphie indigène du Musée archéologique d'Alger, op. laud., p. 132). Le texte qu'il en a donné diffère très peu de celui-ci. On y lit : jjL.s-1 j^c, clJoj ,1!*-/. t^i^i ^, au lieu de .j^c 4i'L,»-l ,(cLj^j , -, ,^->J^ ,dL ; en outre, la date en chiffres y a été omise, ainsi que le mot <U« qui la précède. Le (j de <j^j est Yizâfèt persan; cette notation remplace très souvent le hamzà dans les inscriptions turques de l'Algérie.

Il est impossible de savoir d'une façon certaine de quelle caserne provient cette épigraphe qui consacrait le souvenir d'embellissements apportés à une chambre de janissaires; mais il est permis de supposer qu'elle appartenait, comme celle qui porte le n" 140, à la caserne d'Ed-Droûj. En effet, tous les marbres encastrés dans le mur de la poudrière, au pied du phare de l'Amirauté, ont été recueillis à la suite de l'explosion qui détruisit, en 1845, le magasin aux poudres situé en cet endroit; et il est bien probable que ceux qui sont relatifs aux bâtiments militaires ont été arrachés des murs de la caserne d'Ed-Droûj qui, située tout près de l'Amirauté, a dû éprouver les plus grands dommages.

Le personnage désigné sous le nom de Mohammed, bey de l'Ouest, est Mohammed ben 'Osman; il avait été d'abord kalifà d'Ibrahim, bey de l'Ouest, dont la résidence était à Mascara. C'est en cette qualité qu'il avait pris part, avec les contingents de cavalerie, à la défense qu'Alger opposa à l'expédition d'O'Reilly, en 1775. Lorsque Ibrahim mourut, vers 1777, Mohammed eut l'espoir de lui succéder. Un certain El-Hâjj Kelil le supplanta en achetant, dit-on, la charge à prix d'argent; mais il succomba, peu après, dans une expédition dirigée contre Tlemcen et, cette fois, Mohammed ben fOsmân fut nommé bey de l'Ouest, en 1780. C'était un brave soldat doublé d'un administrateur habile; il s'appliqua à atténuer les désastres que la peste et la famine de 1780 avaient causés dans la région soumise à son autorité. Il embellit et fortifia Mascara et Mostaganem, réduisit à l'obéissance les tribus rebelles de l'intérieur, poussa jusqu'à Laghouat dont il s'empara et dont il obtint la soumission ; puis, après une première attaque infructueuse dirigée contre Oran, en 1784, il vint mettre le siège devant cette place au lendemain du terrible tremblement de terre de 1790. Après des alternatives de succès et de revers, il traita avec les Espagnols et fit passer cette place de guerre sous l'autorité du dey d'Alger. Les plus grands honneurs lui furent rendus: il reçut le surnom d'El-Kebir (le Grand), et fut décoré de l'Ordre de la Plume et nommé dey d'Oran. 11 s'efforça d'assurer le peuplement de la ville et se montra humain et bienveillant pour les quelques familles chrétiennes qui y étaient restées.

Mohammed El-Kebir mourut en 1797; un certain mystère plane sur son trépas car on accusa le dey d'Alger de l'avoir fait empoisonner.

Les vers qui composent cette épigraphe forment un distique scandé sur le mètre kwm.il.

L'an 1200 de l'hégire correspond aux années 1785-1786 de l'ère chrétienne.

Musée d'Alger.

Inscription turque provenant d'une caserne des janissaires sise autrefois dans la rue Médée.

Bonne écriture du type neskij cherqy.

Hauteur des lettres montantes : 0m,09.

Table de marbre mesurant 0ra,27 de hauteur sur 0ra,47 de largeur.

Caractères sculptés en relief et disposés sur deux lignes.

Il A ' l^'O -il

Traduction. — Le 'achjî Hasan a fait inscrire cette date en mil deux cent cinq, et a réparé et restauré sa chambre. Année 1205.

Cette inscription a été publiée par Devoulx (Epigraphie indigène du Musée archéologique d'Alger, op. laud., p. 19); mais la transcription et la traduction qu'il en donne sont également incorrectes : le texte porte nettement ,>*»». et non Oi*-*-- C'est la lecture qu'avait proposée Berbrugger, et Devoulx l'a écartée sans motif; les caractères sont très bien tracés et le doute n'est pas permis. Le 'achjî Hasan devint dey d'Alger le 12 juillet 1791 (11 doû 'l-qacdà 1205); or il était de tradition que les anciens janissaires élevés au pouvoir fissent réparer et embellir la chambre qui les avait abrités jadis, et l'inscription ci-dessus montre que le dey Hasan s'était conformé à cet usage avant d'être investi de la dignité suprême.

La charge de 'achjî était une des plus importantes dans l'ancienne régence d'Alger. Le mot 'achjî, qui signifie « cuisinier », désignait l'officier chargé de surveiller la préparation des mets, et de les goûter devant le pacha au moment où ils lui étaient servis. Mais c'était là une de ses moindres attributions : les archives de la domination turque qui ont été étudiées par Devoulx (1) donnent des indications précises à ce sujet. Elles nous apprennent que les 'achjî étaient sous les ordres d'un 'achjî-bàchî lequel avait, conjointement avec le kaznadâr ou intendant, la direction du personnel de la maison du pacha, et était chargé, en outre, de la surveillance des prisons militaires, parfois même de l'administration du régiment (orta). L'orthographe employée ici n'est pas celle que donnent la plupart des dictionnaires; on écrit géné-

1. Cf. « Tachrifât ». Recueil de noies historiques swr V administration de l'ancienne régence d'Alger, traduites par Devoulx (Alger, Imprimerie du Gouvermeut, 1852), p. 19, 1. 7 et sq. ; p. 25 1. 47 et sq., et passim.

ralement l^\. On peut se demander si cette variante ne doit pas être attribuée à une confusion qui se serait établie, dans l'esprit des Turcs d'Alger, entre le mot turc-persan JM qui signifie « nourriture » et le mol arabe ^jjs^ qui s'emploie dans le même sens et qui prend à peu près le même son grâce à la modification tonale du <s au contact d'une gutturale forte comme le pet à l'adoucissement de cette dernière consonne dans la prononciation des Osmanlis : quoi qu'il en soit, il ne s'agit point ici d'un exemple isolé, car la même orthographe se rencontre dans toutes les épigraphes de la présente collection qui contiennent ce terme.

Dans la transcription du texte, la date en chiffres a été déplacée pour la commodité de la lecture; elle est, en réalité, gravée au commencement de la 2e ligne, sous le mot {j^*s'.

L'année 1205 de l'hégire correspond aux années 1790-1791 de l'ère cbrétienne.

Mosquée de Sîdî Mahammed, à Belcourt, près Alger.

Inscription arabe placée au-dessus de la porte d'entrée, à l'extérieur du monument.

Bonne écriture du type nesky cherqy.

Hauteur des lettres montantes : 0m,05.

Tables de marbre superposées et de dimensions inégales. La table supérieure mesure 0m,30 de hauteur sur 0m,62 de largeur; la table inférieure 0m,34 de hauteur sur 0m,40 de largeur.

Caractères sculptés en relief et peints en noir, disposés sur dix lignes dont quatre sont tracées sur la table supérieure, et six sur la table inférieure.

<+£?j 4|lj j& l'V^j l»'^- Je- <l!i J^j **-J\ J3~J\ 4»! xv-J xw-Ull ijf >*Ji~>y fjf jj*~\ & {j*~J\ •**£■ Cj -a^ ^ju— y* \^>\j^>

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Traduction. — Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux ! Que Dieu répande ses grâces sur notre seigneur et maître Mohammed, sur sa famille et sur ses compagnons, et qu'il leur accorde le salut! Ceci est la mosquée des champions de la grande et de la petite guerre sainte (1) tout à la fois. Son patron est Sidî Mahammed fils de 'Abderrahmân, fils d'Ahmed, fils de Yoûsef, fils de Belqâsem,fils de ' Aly, fils d Ibrahim, fils de ' Abderrahmdn, fils d'Ahmed, fils d El-Houseyn ( 1 ) T allia , fils de Mohammed Ja 'far El- A skry , fils de 'Isa 'R-Ridâ,fils de Moûsiï L-Mourtad y ,fils deJa 'far Es-Sâdoq, fils de Mohammed En-Nâtoq, fils de 'Abdallah, fils de Hamzà, fils dldris, fils dldrts, fils de 'Abdallah, fils de Mohammed, fils dEl- Hasan , fils de Fat ma , fille de renvoyé de Dieu(3) (que Dieu répande sur lui ses grâces et. lui accorde le salut l), surnommé El-Azhary pour avoir fréquenté (4) la

1. La grande guerre sainte est celle que l'on fait les armes à la main; la petite guerre sainte comprend la prédication et la lutte de chaque jour contre les infidèles.

2. Le texte porte (j<+J-\ et non .j-~i-l comme l'écrit Devoulx; de même on

lit plus loin {J^>J^ et non J<ùjL\,

3. Sidî Mahammed était, par conséquent, chérîf, et appartenait à la noblesse religieuse de l'Islam.

4. Le mot j^U. signifie littéralement « vivre dans la proximité de... » et s'emploie dans le sens de « fréquenter les cours professés dans une mosquée ».

mosquée cïEl-Azhar ( 1 ) [qu'elle soit bénie !), de la contrée des Zwâwà, delà confédération des Guejtoûlà, de la tribu des Béni Isma'il, lequel a dit : « Celui qui visitera cette mosquée avec une intention pieuse sera parmi les bienheureux dans les deux moiides^ï), s'il plaît à Dieu. » La construction bénie a eu lieu en l'an \ 206.

Cette inscription a été publiée par Devoulx [Les édifices religieux de V ancien Alger, op. laud., p. 256 et sq.). Avant lui, le Docteur Leclerc et Berbrugger en avaient inséré le texte et la traduction avec commentaire dans la Revue africaine (t. III, années 1858-1859, p. 398); malheureusement ils s'étaient mépris sur la date, qu'ils avaient lue 1256 sans prendre garde que ce millésime correspond aux années 1840-1841 de l'ère chrétienne, alors que le monument remonte à une époque notoirement plus ancienne.

L'épigraphe contient quelques incorrections tout à fait étranges telles que ^attU^I ^.ULI Ijl* pour ^jubUJ-l «L. lila.; ^i-^tj jf*i\ jl^ pour jk,Si\j jf*i\ jI^I; jj pour ^.1 au commencement des 3e, 5e et 6e lignes. Le mot liii». est écrit (2e et 8e lignes) suivant l'orthographe archaïque qui n'était plus en usage à Alger à cette époque; en rapprochant cette particularité des fautes précédentes, on est autorisé à penser que le rédacteur, peu familiarisé avec la langue arabe, était de race berbère comme le saint dont il retraçait la généalogie.

La date est écrite d'une manière inusitée; les deux premiers chiffres appartiennent au type hindy, et les deux derniers au type robâry. Quant au millésime de 1206, il correspond aux années 1791-1792 de l'ère chrétienne; c'est donc sous le règne de Hasan pacha (1791-1798) que se place la fondation de cet édifice, et non sous celui de Mustafâ pacha, comme l'admet la croyance populaire. Sans aucun doute, les auteurs qui ont décrit la vie du saint personnage s'en sont rapportés aux traditions orales; aussi le Dr Leclerc et Berbrugger, dans la notice citée plus haut, le font vivre sous Mustafâ pacha qui n'arriva au pouvoir qu'en mai 1798, s'appuyant sur les affirmations de de Neveu (3) et de

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