I. — DÉPARTEMENT D'ALGER
mosquée (TEl-Azhar ( I ) [qu'elle soit bénie /), de la contrée des Zwâwày de la confédération des Guejtoûlà, de la tribu des Béni Ismaîl^ lequel a dit : « Celui qui visitera cette mosquée avec une intention pieuse sera parmi les bienheureux dans les deux mondes {^), s'il plaît à Dieu. » La construction bénie a eu lieu en Fan 1 206,
Cette inscription a été publiée par Devoulx [Les édifices reli" gieux de Vancien Alger ^ op. laud.y p. 256 et sq.). Avant lui, le Docteur Leclerc et Berbrugger en avaient inséré le texte et la traduction avec commentaire dans la Revue africaine (t. III, années 1858-1859, p. 398); malheureusement ils s'étaient mépris sur la date , qu'ils avaient lue 1256 sans prendre garde que ce millésime correspond aux années 1840-1841 de Tère chrétienne, alors que le monument remonte à une époque notoirement plus ancienne.
L'épigraphe contient quelques incorrections tout à fait étranges
telles que ô.^^\ ç.lA-1 lil* pour ^jiaUi ç.L lili^; ^^ïlj jf^\ jl^
pour ^/^ïl^ jf^^ -^W-U u, P^""^ ù} *^ commencement des 3% 5« et 6« lignes. Le mot liU est écrit (2« et 8* lignes) suivant Torthographe archaïque qui n'était plus en usage à Alger à cette époque; en rapprochant cette particularité des fautes précédentes, on est autorisé à penser que le rédacteur, peu familiarisé avec la langue arabe, était de race berbère comme le saint dont il retraçait la généalogie.
La date est écrite d'une manière inusitée; les deux premiers chififres appartiennent au type hindy, et les deux derniers au type robâry. Quant au millésime de 1206, il correspond aux années 1791-1792 de l'ère chrétienne; c'est donc sous le règne de Hasan pacha (1791-1798) que se place la fondation de cet édifice, et non sous celui de Mustafâ pacha, comme l'admet la croyance populaire. Sans aucun doute, les auteurs qui ont décrit la vie du saint personnage s'en sont rapportés aux traditions orales; aussi le D' Leclerc et Berbrugger, dans la notice citée plus haut, le font vivre sous Mustafâ pacha qui n'arriva au pouvoir qu'en mai 1798, s'appuyant sur les affirmations de de Neveu (3) et de
1. C'est le nom d'une célAbre mosquée du Caire. 2. 1. e. : dans ce bas monde et dans la vie future. 3. De Neveu, Le$ Khouan (2e édition), p. 3.
Carette (1), sans remarquer qu*elles sont en contradiction formelle avec la date inscrite sur la table de fondation.
Sidt Mahammed ben *Abderrahmàn mourut, dit-on, dans la tribu des Guejtoûlà, enKabylie. 11 avait fondé une puissante confrérie religieuse qui comptait, à Alger, de nombreux adeptes. Ceux-ci, désireux de posséder sa dépouille mortelle, la firent enlever clandestinement et la ramenèrent à Alger; elle fut inhumée dans la mosquée construite à cet effet au Hammà. (2) où, sans doute, le saint avait demeuré pendant son séjour au milieu des Algériens. Naturellement, les Kabyles, à la nouvelle de ce rapt, éprouvèrent une indignation violente et songèrent à des représailles; mais, avant de partir en guerre, on eut l'idée de vérifier l'état du tombeau, et Ton constata que le corps s'y trouvait intact, en même temps qu'il était dans la châsse du Hammà. Ce miracle valut au saint le surnom de Boû-Qabreyn, c'est-à-dire «l'homme aux deux tombeaux ». Ce surnom a été attribuée à tort par Mercier (3) à Sidi *Abderrahmàn Et-Ta*àliby. La confusion est évidente, car cet auteur indique que Sldl 'Abderrahmàn Et-Ta'àliby mourut « dans la tribu des Guechtoula », alors qu'il s'éteignit dans sa retraite d'Alger, près de remplacement où s'élève aujourd'hui la mosquée qui porte son nom (4). D'autre part, la présente épigraphe, dont les indications sont des plus précises, établît que Sidt Mahammed ben 'Abderrahmàn était originraire de la confédération des Guejtoûlà, de sorte qu'il parait naturel qu'il y ait été tout d'abord inhumé.
La prononciation en vigueur, « Mhammed » montre qu'il faut
lire JU^ et non ju^^. Le nom de ce saint est très populaire en Algérie; les fidèles viennent, en grand nombre et de fort loin, visiter le tombeau, qu'entoure un vaste cimetière. A l'époque des fêtes rituelles qui se célèbrent deux fois Tan, au printemps et en été, on organise des assauts de lutte qui excitent l'enthousiasme de la population musulmane et attirent nombre de curieux européens. Ces exercices ont lieu en plein air, en dehors de l'enceinte du cimetière; ceux qui s'y livrent font preuve d'une réelle habileté; ils appartiennent à la confrérie religieuse du saint et reçoivent de l'oukîl une rétribution. On donne le nom