‹ Corpus des inscriptions arabes et turques de l'AlgérieChapitre 133 sur 249 · I. — DÉPARTEMENT D*ÂLGER · texte numérisé non relu

I. — DÉPARTEMENT D*ÂLGER

deux derniers vers ; c'est là une erreur de lecture d'autant plus étonnante que la netteté de la pierre, à cet endroit tout au moins, ne laisse rien à désirer, et que la rupture de la rime était bien faite pour donner l'éveil. Il ne s'agit évidemment point d'une négligence typographique puisque la même métathëse se retrouve dans la traduction.

A la fin du deuxième vers, Devoulx a intercalé, entre les mots ^y, et ^XJI un 3 qui appartient au mot précédent (30)3!) dont la syllabe finale a reçu ici une orthographe qui n'est pas rare dans les inscriptions algériennes et qui est d'ailleurs conforme à la prononciation. Cette modification entraine un changement de sens assez notable : elle transforme en une simple cheville l'expression ^XJI qui, dans la lecture correcte, indique la conséquence heureuse des nouveaux aménagements du fort.

Le second hémistiche du troisième vers contient un souhait que Devoulx a mis au masculin et qui, par suite ne peut s'appliquer qu'à 'Omar pacha. Cette traduction est manifestement erronée : on ne saurait sans quelque dérision souhaiter, môme à un souverain qu'on veut flatter, de vivre jusqu'au jour de la résurrection; tandis qu'un tel vœu peut fort bien s'appliquer à un monument, dont la durée dépasse les prévisions humaines.

Le premier hémistiche du quatrième vers parait être une allusion au rôle de l'ancienne vigie sur l'emplacement de laquelle le Borj El-goumen (1) avait été construit. Le P. Dan, en 1634, parle d'une petite tour s'élevant « à l'entrée du port, vers le bout du môle^ où l'on faisait la garde, et où, pour l'adresse des navigateurs, on mettait quelquefois, de nuict, un grand fanal; laquelle était gardée par huit Maures, qui faisaient la sentinelle le long du môle, et par une douzaine d'autres qui étaient à l'entrée dans un bateau. » Devoulx, qui cite ce passage, considère comme certain que l'édifice visé par la présente inscription ne fit que remplacer un bâtiment qui avait succédé lui-même à la tour- vigie. Quoi qu^il en soit, cette partie de la rive du port avait, sans aucun doute, été choisie en raison des facilités qu'elle offrait à la surveillance. Quant au vocatif JLâ^U, que Devoulx écrit JL^^U, je l'ai traduit par « hommes de garde », Il ne faut évidemment pas songer à la signification de « horlogers » que ce mot prend d'ordinaire. Il s'agit ici, selon toute vraisemblance, des sentinelles ou des guetteurs qui devaient se relever toutes les heures. Le mot ^y^U

1. 1. e. : « le Fort des câbles », parce qae la corderie de la marine était installée dans la partie basse. Cf. le commentaire de Tinsc. 47.

prend par rapport à 4pL ud sens analogue à celui de ^/^^ par rapport à C^y. On sait que «ûjj! désigne précisément un poste que Ton relève d'heure en heure et que ^^.y s'applique à tout soldat appartenant à ce poste; en sorte que f^.y est Thomme appelé à monter la garde à son tour, tandis que ^/^U est la sentinelle en faction pour une heure. Toutefois, il faut avouer que les dictionnaires ne mentionnent pas cette acception.

Le premier hémistiche du derniers vers annonce non pas un chronogramme, mais la date en toutes lettres contenue dans rhémistiche suivant. 'Alwy est aussi l'auteur du n® 139.

'Omar pacha à qui est attribuée la réfection du Borj £l-goumen fut dey d'Alger du 7 avril 1815 à octobre 1817. Auparavant il avait joué un rôle politique très important dans la province de Constantine sous le nom de *Omar agha. C'était un renégat grec, dont l'origine s'éclaire plus complètement encore par la qualification qu'il reçoit ici de « compatriote de celui qui fit la conquête » : c'est dire qu'il était de Mitylène, comme les frères Barberousse.

Les vers qui composent cette inscription sont scandés sur le mètre basit.

L'an 1231 de l'hégire correspond aux années 1815-1816 de l'ère chrétienne.

Musée d'Alger,

Inscription turque d'origine incertaine.

Belle écriture du type nesky ckergy.

Hauteur des lettres montantes : 0™,09.

Table de marbre mesurant 0n»,63 de hauteur sur ln»,17 de largeur.

Caractères gravés en creux et remplis de plomb, disposés sur quatre lignes scindées en deux parties dont chacune est enfermée dans un cartouche tracé comme les lettres.

^\ j»^o> Il fbj j^ ^ JM ^JT j^J jIjj: • ç\^

Il [fH/> .»

Traduction. — Bravo! roi des bonnes actions^ toi qui accomplis ce qui est lidtc et diminues le nombre des nouveautés{l). Bravo! architecte épris des plus belles œuvres. Que Sa Grandeur (i) lui donne y lorsqu'il sera trépassé y Son jardin radieux (3) comme rémunération! Il a élevé une construction pour loger les guerriers de la foi évidente {i). Que la Vérité maintienne toujours Ibrahim ben Kelil dans sa haute situation ! Semblable à V aigle ^ il vole matin et soir vers les bonnes actions (5), lui qui, étant kazinadâr de sa majesté victorieuse Huseyn pacha, a aménagé sa chambre sur un plan séduisant pour faire honneur aux guerriers.

Cette inscription a été publiée par Devoalx {Epigraphie indi" gène du Miuée archéologique (T Alger j op. laud., p. 51 et sq.}. Le texte qu'il en a donné contient plusieurs inexactitudes. Devoulx déclare que son collaborateur ottoman El-Hâjj 'Osman n'a pu établir une a traduction présentable » de cette épigraphe.

11 est une particularité intéressante que Devoulx a omis de signaler : l'inscription n'est pas complète, la table de marbre qui la porte ayant été sciée sur les bords. Toutefois, la section a été pratiquée de telle manière que la tète des lettres de la cinquième ligne est encore apparente. On s'explique ainsi l'absence de chronogramme et de date en chiffres. Le bord gauche a été légère-

1. L e. : toi qui fais taDt de choses que le nombre des nouveautés possibles en est diminué.

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