I. — DÉPARTEMENT D'ALGER
pas, dans TOrient musulman, de localité nommée Bakra assez connue pour donner naissance à un nom ethnique. La ville dont il s'agit ici est celle de Bâfra ou Baûra; elle est située en Anatolie, dans le wilayèt de Trébizonde et dans le district de Janik, sur la rive droite du Kizil-Irmak et à 12 kilomètres en amont des bouches de ce fleuve (1).
Une seconde divergence entre la traduction de Devoulx et celle qui est proposée ici consiste dans Tinterprétation de la dernière ligne, rendue ainsi : « Que Dieu lui accorde deux récompenses au lieu d'une. » Celte version laisse de côté le mot yUJL^I contenu
dans le texte, et donne à la terminaison % de // ^^t la valeur d'un duel arabe, au lieu de la considérer comme une forme particulière de l'accusatif turc avec l'affixe de la 3" personne. Le mot ôu^ï est mis pour ^5»^^ ; on trouve de nombreux exemples de cette orthographe dans les inscriptions turques de l'Algérie. D'ailleurs^ la récompense dont parlent si souvent les textes de ce genre est le paradis; et, bien que celui-ci comprenne plusieurs degrés, il ne saurait venir à la pensée d'aucun croyant d'en occuper deux à la fois.
L'origine de cette inscription est incertaine. Le Livret explicatif de Berbrugger indique qu'elle fut achetée en 1852 et que le vendeur prétendit l'avoir trouvée à Constantine, dans des fondations. Devoulx fait observer que la monographie concernant les établissements religieux de Constantine publiée par Féraud dans la Revue africaine (t. XII, p. 121 et sq.) ne mentionne pas le nom du fondateur parmi ceux qui sont restés attachés aux mosquées de la ville. 11 est donc difficile de savoir au juste qui était l'agha dont il s'agit ici. A la vérité, il existe au Musée d'Alger une autre épigraphe (n** 162) datée de la même année 1243 et contenant le nom d'un Ibràhîm; celui-là était agha des Arabes et son titre est indiqué dans le texte. 11 y a peut-être lieu d'identifier les deux personnages. On pourrait aussi supposer que celui de la présente inscription est l'ibràhîm qui prit part à l'insurrection de Bône quatre ans plus tard, le 25 septembre 1831 (1247 de l'hégire) (2); encore ne serait-ce là, il faut l'avouer, qu'une hypothèse toute gratuite. J'ajouterai que le transport d'un marbre si lourd de Constantine à Alger, en 1852, à une époque où l'on
1. Cf. Vivien de Saint-Martin, Nouveau dictionnaire de géographie universelle (Paris, Hachette, 1879), et supplément (1891).
2. Cf. Camille Roussel, Les commencements d'une conquête (Paris, Pion, 1881), t. I, p. 14 et sq.
s'occupait peu de Tépigraphie algérienne, aussi bien que la rencontre dans des fondations d'une inscription qui ne datait alors que de vingt-quatre ans, sont des faits assez étranges pour qu'on puisse douter de l'exactitude des renseignements fournis parle vendeur. De sorte que Ton serait peut-être plus près de la vérité en considérant l'épigraphe comme originaire d'Alger et en l'appliquant à Ibràhtm, agha des Arabes; il est possible que les exigences du rythme et de la rime aient seules contraint le rédacteur à ne pas lui donner son titre complet.
Cette inscription est écrite en prose rimée et rythmée.
L'an 1243 de l'hégire correspond aux années 1827-1828 de l'ère chrétienne.
Musée d* Alger.
Inscription turque provenant d'une ancienne caserne de janissaires sise rue Bab-Azoun.
Belle écriture du type nesky cherqy.
Hauteur des lettres montantes : 0",05.
Table de marbre mesurant 0",32 de hauteur sur 0",54 de largeur.
Caractères gravés en creux et remplis de plomb, disposés sur quatre lignes entourées chacune d'un cartouche tracé comme les lettres.