DÉPARTEMENT t) ALGEtl
sente. Aussi n'ai-je pas rendu aJLiX^ par « son kalifà » ou « son vicariat » comme a fait Devoulx ; mais par « sa succession »(1). 11 est très naturel que le même souhait concerne tout ensemble plusieurs institutions d'une durée plus longue que la vie d'un homme, telles que l'organisation des musulmans, la continuation de la lignée des principaux fondateurs de l'islamisme, et la transmission ininterrompue du pouvoir suprême.
Les propositions inscrites sur chacune des deux premières lignes sont séparées par des rosaces ; celles de la deuxième ligne forment un distique dont les deux hémistiches riment entre eux et sont scandés sur le mètre basit, ainsi que la première partie de la quatrième ligne jusqu'à J^uy
Le texte établi par Devoulx contient plusieurs inexactitudes qu'un sérieux examen de la pierre permet de rectifier. C'est ainsi
qu'il écrit 4»L^ ,û.^l ^^*X3 ^l&U^ aju j*i^\ Ij-^U;^) siu lieu de
Devoulx lit /, jl cL a^*^ qu'il traduit par « qu'il donne à chacun d'eux mille récompenses. » U ne paraît pas que cette interprétation puisse être admise. D'une part, le mot V>-^ ^^~ gnifîe <( qu'il ne raye pas^ qu'il n'efface pas », et non « qu'il donne » ; d'autre part ^^1 équivaut à « bravo, compliment » et non à <( récompense ». Cette lecture ne donne donc pas un sens acceptable. En observant la pierre, on remarque au-dessus de la lettre j un trou creusé dans le marbre; le plomb qui le garnissait pouvait figurer un ;ezm aussi bien qu'un point, et il est probable
que l'on se trouve en présence d'un nom propre au datif \\»j^
pour 4» (/^) . C'est ce qu'autorise à passer l'examen de l'épigraphe
qo 38 qui est eu très bon état et remonte à la même époque : on y rencontre le même nom qui est, sans doute, celui du rédacteur. (Cf. (Sj)^> ^^ 139.) L'époque à laquelle fut fondée la mosquée El- Jàma* el-Jedld appelée par les Européens mosquée de la Pêcherie
1. 4s3U> est un masdar de la !'• forme de uÂU.; ce verbe qui signifie « succéder » se construit avec le complément direct de la personne à qui Ton succède, en sorte que ^3U- Tout dire à la fois c son action de succéder »
et « Faction de lui succéder ».
2. U semble certain que le dernier mot incomplet de oette période (••.•jlTj
doit être lu î^.jU.
n'est pas exactement fixée. Devoulx afait àce sujet d'intéressantes recherches dont les résultats sont consignés dans son ouvrage intitulé : Le$ édifices religieux de Vancien Alger ^ op. laud.j p. 140 et sq. Il résulte d'actes domaniaux dont cet auteur invoque le témoignage, que la construction du monument, consacré au rite hanifj, eut lieu par les ordres de la milice ; les descendants des familles turques, à Alger, ont encore conservé la mémoire de ce détail important qui concorde avec les renseignements fournis par les premières lignesderépigraphe.Devoulxétablitquelamosquéefutbâlie vers 1070, sur l'emplacement de l'école dite « El-Medresa 'l-'aoâ-
niya » (â^UiJI A^jjiS) ou « Medreset moula Bou-'Anàn » (j^« 4««jju
^LL,g y). En effet un acte cité par lui (1) et daté de 1070 mentionne la fondation d'un hobous par Tagha El-Hàjj Hasan au profit de la mosquée « à la construction de laquelle on travaille actuellement ». Mais, il faut bien le dire, on est autorisé à en conclure seulement que les travaux étaient commencés à cette époque, sans rien préjuger sur la date de leur achèvement. Or un document de 1073, également cité par Devoulx (2), relate un différend qui survint à propos d'une fondation pieuse, et qui fut porté devant le « medjles siégeant dans la Grande Mosquée » ; c'est la preuve que la construction de la mosquée de la Pêcherie n'était pas terminée, puisque le monument, dans son entier, devait comprendre le prétoire hanîfy qui existe encore aujourd'hui. Enfin, au mois de ramadan, c'est-à-dire vers la fin de l'année 1074, El-Hâjj Mohammed agha ben 'Aly « fonde un hobous au profit de celui qui lira le Qorân sublime sur l'estrade, dans la mosquée qui est bAtie dans la Medreset el-'Anâniya » (3). Comme il est peu vraisemblable que les fidèles n'aient pas songé à assurer, dès l'inauguration de la mosquée, la lecture du Qorân qui constitue une cérémonie rituelle obligatoire dans chaque « jàma' », on est en droit de penser que la dernière main fut mise à l'édifice seulement à la fin de 1074 ou au commencement de 1075. Malheureusement, la phrase qui suit le mot ^.jC, donnant comme total 1513, ne peut être un chronogramme (4).
1. Les édifices religieux de Vancien Alger, p. 141, 1. 4 etsq.