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POTERIE ET MÉTAUX. — RÉGIME DE LA VIE

Les fouilles pratiquées dans le second étage y ont fait retrouver ime énorme quantité de débris en terre cuite, qui fournissent des indications précieuses. Contrairement à ce qu'il avait écrit dans Ilios (p. ^l'i), Schliemann a reconnu, en 1890, qu'à la première période de la seconde ville on se servait encore d'une poterie noire et monochrome identi({ue à celle que nous avons décrite en étudiant la Troie primordiale ; à la troisième période, au contraire, les formes ont changé.

Eludions les trouvailles du second étaire.

Les objets de céramique, découverts ici, décèlent des artistes encore très novices. Les fabricants d'idoles ou de poupées qu'on nommera plus tard des coroplastaï, sont alors les mêmes que les cerameïs ou fabricants de vases, ce qui est un indice de la haute antiquité de la céramique troyenne. L'ornementation, rudimentaire, est obtenue à l'aide de points, de zigzags, de combinaisons de lignes horizontales ou en arêtes de poissons, de plantes, d'arbres branchus, grossièrement incisés.

Les milliers de vases retrouA^és par Schliemann peuvent être rapportés à quelques types. L'un d'eux, d'une forme généralement rare, est ici très fréquent: on y a reconnu le dépas amphikjpeUon^ vase à boire souvent désigné

par Homère : sa forme est celle d'un tube assez haut, pourvu de deux grandes anses, évasé à l'orifice, fermé par un fond arrondi. Comme on ne pouvait le poser sur sa base, il fallait le vider d'abord, puis le renverser. Le maître du logis, tenant l'une des anses, devait déguster le premier; puis il présentait le vase à son hôte, qui, saisissant l'anse opposée, le vidait d'un seul trait. Ces gobelets sont de couleur rouge ou d'un brun luisant; dans les couches supérieures, on les retrouve, colorés en noir et de moins en moins grands. (Voir la planche qui représente des exemples du de'pas amphikfpellon.)

Les couvercles des vases présentent les formes les plus variées ; les uns recouvrent l'orifice, les autres y pénètrent à la manière d'un bouchon ; il en est dont la forme est celle d'un bonnet phrygien, pourvu de chaque côté d'un tuyau, long de cinq centimètres, dans lequel s'enfilait la corde de la panse, appliquant ainsi le couvercle sur le vase.

Le plus généralement, les récipients sont à trois pieds et faits à la main ; un spécimen très caractéristique du tripode troyen est brun-clair, aux pieds et aux anses tournés en spirales ; d'autres vases ont quatre pieds; certains pots sont modelés en forme d'animaux, tels que chats, hérissons, hippopotames, moutons, taupes et truies. Souvent la queue de l'animal, en forme d'anse, va retrouver son cou, et à leur rencontre s'ouvre l'orifice du vase. D'autres récipients, rouges ou noirs, offrent une forme curieuse : ce sont deux vases ou wnochoé^ au bec allongé, conjugués par le ventre et par une anse commune ; parfois même le potier a réuni à la panse jusqu'à trois vases, gardant chacun un pied distinct.

On a aussi mis au jour, dans la seconde ville, plus de six cents grandes jari'es colossales ou Pitfioi\ mesurant souvent deux mètres quarante centimètres de hauteur, sur un mètre cinquante centimètres de diamètre. On les trouve ordinairement réunies par groupes, couvertes d'une plaque de schiste ou de calcaire ; ainsi il y en avait parfois neuf réunies ensemble en un point, comme au sud de l'acropole, où elles furent détruites par les Turcs pour y chercher des trésors. En 1890 on découvrit un groupe

analogue de vases colossaux placés sous l'hémicycle et figuré sur le bas de la planche IX. C'est ainsi rangés le long des murs du Palais d'Ulysse qu'on les voit décrits dans l'Odyssée \ ou comme dans l'Iliade ^, placés sur le seuil du Palais de Zeus. A Ithaque elles servaient de réservoirs pour le vin, et chez le roi des dieux on y avait enfermé les biens et les maux ; on a retrouvé dans certains pithoi des grains carbonisés, mais les pitlioï devaient surtout servir à renfermer des liquides, conformément aux usages actuels de l'Orient. On en trouve de pareils à Pompéi, et je me souviens particulièrement d'amphores analogues que j'ai vues en place dans certain magasin d'une maison d'Ostie située près du Tibre.

Certains vases trouvés à Troie, dits à tête de chouette, sont d'un extrême intérêt. Dans ses Statuettes, M. Pottier s'est très justement exprimé ainsi : « Quelle naïveté d'imagination et quelle grossièreté d'exécution ! Quel aspect étrange revêtent ces vases munis sur le goulot d'une figure informe, composée d'un gros bec ou nez crochu, de deux yeux en boulettes, d'un collier autour du col, sur la panse de deux mamelons indiquant les seins, et d'une large écharpe en sautoir^, qui représente un ornement de costume ou l'étoffe elle-même, parfois même coiffée d'un couvercle à houppe en guise de chapeau ! Il n'est pas contestable que l'ouvrier ait eu la prétention de modeler un vase ayant la forme humaine, et en particulier la forme féminine, comme le confirment les vases de Santorin et ceux dont la forme se perpétue dans la poterie des Dardanelles, nommées Tchanak Rœi, c'est-à-dire bourg de la poterie. (Communication de M. Burnouf.) Aussi est-ce bien à tort que l'explorateur d'Hissarlik a expliqué toute cette série comme des poteries à têtes de chouette, emporté sans doute par le désir de retrouver là un symbole de la déesse Pallas et d'en faire un argument en faveur de sa théorie sur la découverte d'Ilion, sanctuaire de la déesse. « L'idée de modeler le vase en statuette se retrouve chez tous les peuples

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