‹ Corpus des monuments grecsChapitre 21 sur 43 · L'ILION GRÉCO- ROMAIN · texte numérisé non relu

L'ILION GRÉCO- ROMAIN

ou NOVUM ILIUM

oi!T témoigne de la magnificence de la Troie grécoromaine. L'histoire nous fait connaître les sympathies des Romains pour la ville dont ils se disaient issus et les faveurs dont les maîtres du monde comblèrent les descendants de leurs ancêtres. Les textes des écriAains anciens et les inscriptions retrouvées révèlent l'existence d'édifices imiorés : les voyageurs ont, depuis longtemps, signalé les murs grecs et romains dont les décombres couvrent le coteau d'Hissarlik.

Aujourd'hui encore on voit en différents endroits des fragments antiques épars sur le sol ; au sud de la colline, des fouilles bien conduites mettront certainement au jour des constructions ignorées, qui composaient la ville d'Ilion. D'ailleurs on connaît depuis plusieurs années le grand théâtre, les propylées et les beaux morceaux provenant du temple d'Athènè. En 1890, on a rendu à la lumière une construction, qu'en raison de sa forme et de ses inscriptions, je désignerai sous le nom d'Hémicycle. Pourtant, on n'a point encore rassemblé en un même chapitre l'ensemble des données qu'on peut réunir pour préciser l'opinion qu'il convient de se faire d'Ilium

Novum ; on nen a pas donné de gravures satisfaisantes, et certains monuments sont même inédits. Nous tenterons de combler cette lacune à l'aide des auteurs anciens ou modernes, et des notes que nous avons prises soit sur le lieu des fouilles, soit dans les musées. *

Le principal de ces édifices est le théâtre ; à l'est du coteau, en dehors du terrain des fouilles, on voit un monticule, dont la roche, sur sa face septentrionale, est creusée en demi-tronc de cône renversé ; sur ses flancs s'étageaient les degrés de la cavea ou koilon, réservés au public suivant l'usage habituel du théâtre antique. L'herbe pousse aujourd'hui dans la terre qui remplace les gradins en calcaire dur, affectant la forme ordinaire à ces bancs ; on en a retrouvé im grand nombre, mais aucun d'eux n'était en place. Six mille spectateurs pouvaient s'y asseoir. Le principal intérêt du monument est de préciser de façon irrécusable l'emplacement du théâtre et de montrer par son ampleur rpi'il répondait aux besoins d'une cité populeuse.

On a souvent remarqué que les Anciens plaçaient leurs monuments là où le charme du site rehaussait de l'agrément des beautés naturelles les lignes de l'édifice. Ici encore, quel superbe décor jiour les spectateurs que celui de la Troade fertile, traversée par le cours argentin des eaux, baignée par la mer, dont le ton éclatant s'oppose à la couleia* plus terne des lies qui émergent, tandis que s'estompent les rivages de l'Hellesjjont et de l'Europe lointaine. Des murs qui, sur la scène, pouvaient cacher quelques coins de ce riant tableau, il ne reste que des substructions hautes d'un mètre ; elles produisent en avant de la cavea un léger jili de terrain ; quelques pans de murs percent, de ci, de là, et quelques fûts en marbre de colonnes cannelées traînent sur le sol. Une tranchée de fouilles traverse l'orchestre dans un sens perpendiculaire à la longueur de la scène.

Ce théâtre serait de l'époque romaine, si l'on en juge par sa structure et le style de ses sculptures trahit une basse époque de l'art. On en peut juger par le grand médaillon qui provient du théâtre, et sur lequel figiu'c, en bas-relief, la Louve allaiiaiit Romulus et Remus, allusion évidente.

selon moi, à la croyance des Anciens à l'origine troyenne des fondateurs de Rome. Cette sculpture est taillée dans un bloc de marbre blanc haut de i'"ar)5, large de l'^iyo, épais de o'^ayo, qu'on peut voir au Musée de Berlin, où il porte le n" 67 ; je donne sur la planche 20 sa reproduction inaltérable d'après la photographie que j'en ai prise à Berlin. En bas de la gravure on a mis le bas-relief pris de trois quarts, de façon à observer ses saillies, que j'ai relevées en prohl de façon géométrique sur la planche 19. En haut de la planche lo-ii, on aperçoit la face de la sculpture : la louve, dont la tète est brisée, se tient sur un roc, au milieu d'une forêt; Romulus et Rémus, dont les images sont frustes, tètent à ses mamelles. Au dessus de l'animal ou reconnaît deux cerfs; au dessous des deux jumeaux, le rocher est creusé en la forme d'une grotte, dans laquelle on voit le dieu Pan, aux pieds de bouc.

Je rapprocherai de cette louve celle que l'on voit sur une face d'une médaille autonome d'Ilios, portant, au revers, le nom et l'image d'Hector ; le mot lli est répété sur chaque face ; on voit cette médaille dans la planche 38 del' Atlas de Choiseul-Gouffier.

On a retrouvé au théâtre un chapiteau corinthien, des fragments d'entablement, de colonnes doriques, ioniques et corinthiennes, ce qui permet de supposer une triple superposition d'ordres sur le mur formant le fond de la scène. On a reconnu une fontaine de marbre décorée d'une tète d'où l'eau s épanchait dans un bassin de marbre, des inscriptions grecques, une tète et des pieds de statues colossales, beaucoup d'éclats de sculptures ; enfin, un four dans lequel on a dû convertir en chaux un grand nombre d'entre elles.

Plutarque, dans la Vie d'Alexandre, nous fait savoir que Lysimaque entoura llion d'un mur d'eivcei^^te de quarante stades. Ce sont peut-être ses restes que retrouvèrent MM. Frank Calvert et Scldiemann. « La trace des murs de la ville* se voit encore sur le sol, mais elle présente de fré-

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