‹ Corpus des monuments grecsChapitre 6 sur 43 · Voyez VA/iti des Montimenls et des Arts · texte numérisé non relu

Voyez VA/iti des Montimenls et des Arts

campa<:fnes (le plusieurs mois, de 1871 à 1890, entreprenant la démolition d'une colline pour voir si, de ses flancs, ne sortiraient pas les preuves justifiant son hypothèse. Il défonça et attaqua le mamelon par le haut, et, au fond du mont éventré, au second étage au dessus du roc, il découvrit la ville hrûlée, ville qui a bien, on le verra, les caractèi'es de la cité décrite dans les poèmes homériques. Schliemann y a trouvé des oi)jets de toute natiu'e, dont ([uelques-uns sont conservés à Constantiiiople, dans le musée de Tchinili Kiosk, et qui, pour la plupart, se trouvent à. Berlin, dans le « Museiun fur Vôlkerkunde », Cette dernière série, considérable et absolument unique, devait entrer au Louvre; il n'aurait tenu qu'à l'administration française, on l'affirme du moins, d'enrichir nos collections de cette riche moisson. On assure que le ministère n'aurait même point répondu à l'offre gracieuse que Schliemann en avait faite à la légation de France par l'intermédiaire de M. Burnouf, directeur de l'Ecole française d'Athènes et son compagnon dans les premières fouilles d'Hissarlik.

Je n'ai point parlé, à dessein, d'autres recherches moins importantes, mais qui ne laissent point que d'apporter leur utile contingent : Ithaque , par exemple, oii Schliemann fit ses premières recherches, dès 1868, puis en 1878; un architecte français qu'on oublie trop, Chenavard, avait déjà exploré cette lie.

En 1881 Schliemann fouillait le site d'Orchomène. En 1888 il étudiait l'île de Cythère, qui, en dépit de ses souvenirs de volupté, n'offre au voyageur qui a doublé le cap Malée que l'aspect d'un rocher aride, sauvage, dénué de toute ressource.

J'ai voulu esquisser à grands traits ce que furent l'homme privé, l'écrivain, le fouilleur prodigieusement heureux; j'ai voulu le faire sans flatterie comme sans rancune, m'estimant aussi opposé à la louange systématique et irréfléchie des choses étrangères, qu'au dédain des leçons et des exemples dont notre devoir est de profiter.

Schliemann a conté en 1881 (ju'il dépensait chaque année à ses fouilles

la moitié de ses revenus, soit trois cent mille francs. Combien en est-il parmi les i^ens fortunés qui soient disjiosés à servir ainsi la cause de l'histoire ou de l'art? Pourtant quel emploi intelligent de la richesse et des loisirs! Schliemann a lar^^ement servi la cause du progrès, dans la connaissance des oriirines de cette civilisation dont nos arts et nos lettres sont si fortement imprégnés depuis des siècles; elle a si bien tout rempli chez nous de son esprit que l'habitude nous fait souvent perdre de vue l'influence originelle. Le nom de Schliemann vivra autant que le culte des formes auxquelles la Grèce sut donner la perfection par la simplicité.

Une telle vie montre la puissance de la volonté individuelle et fournit un grand exemple digne d'imitation. L'Angleterre, soUicitée en 1878 par le Directeur du Musée Britannique, n'a pu en douze ans, trouver un « millionnaire qui voulût acheter l'immortalité au même prix que l'ancien épicier de Mecklembourg ». Complèterai-je cette constatation par un souhait ? Devrons-nous abandonner l'espoir de rencontrer en France quelques personnes, qui, telles que le duc de Lujnes^, sauraient consacrer une grande fortune à de grandes choses, alliant les procédés du grand seigneur à la curiosité féconde du savant. Personne ne viendra-t-il apporter les premiers fonds à des entreprises dont la Patrie doit garder la glorieuse tradition, et servir en même temps la cause plus généi-ale de l'Art ou de l'Histoire ?

Ambassade d'Ulysse aupkès d'Achillk, d'apiiks un vask peint '.

1. Cliché cxlrail tic la Peinture antique, par Paul Gérard, cl commuuiqué par la librairie Quanlin.

L'AMI DES MONUMENTS ET DES ARTS

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