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L'ACROPOLE

RACE aux dernières découvertes nous connaissons d'une façon plus précise les constructions de la Troie l)rûlée, dont l'aire se trouve à o™ 5o environ au dessus de celle de la Troie primordiale. On reconnaît, depuis 1890, à la variété du mode de construction des murs, trois époques dans la construction de la seconde ville^ au lieu des deux qu'on supposait sur la foi des fouilles antérieures. Le niveau du terrain ne fut pas modifié à ces trois périodes, car on constate à peine quelques centimètres de différence entre le sol des constructions de la plus récente et de la plus ancienne. La construction la plus imposante est celle des remparts du sud et la rampe attenante.

L'enceinte de la première période n'est connue que sur le front méridional, entre les portes I etL (pi. 1 1) et depuis 1890 seulement. On y a retrouvé un mur, épais de a™ 70, construit en petites pierres liées par du ciment, d'un fruit très prononcé sur son parement extérieur, preuve que les Troyens

Ch, NORMA^D.

La Troie d'IIomèic

avaient résolu, au moins en pratique, le difficile problème des murs de soutènement; on voit sur la muraille deux massifs flanquants c, d, saillants de deux mètres, larges de trois, espacés d'environ lo mètres, et qui ont pu servir de tour. Un troisième a dû exister en Z», mais l'établissement de la tranchée nord-sud a dévasté cette place. On a retrouvé deux portes de cette enceinte; l'une I (pi. 3 et ii), rendue au jour depuis i8go, n'a conservé que ses assises inférieures, car les autres parties ont été détruites lors de l'établissement du mur ultérieurement élevé par dessus; l'autre porte ^ L (pi. 3 et ii), au sud, a des fondations en pierres non taillées, cimentées avec de l'arij^ile entièrement calcinée, jonchées de poteries fondues et réduites en fraj^ments ; le sol de son entrée était à quatorze mètres au dessous de la surface du sol moderne; la porte est dessinée, en plan, suivant un lono- passage large de 3'" 5o, qui s'élève graduellement, et dont les murs latéraux étaient consolidés par des poteaux en bois dont on a retrovivé les restes carbonisés, espacés de i à 2'"5o et ayant 0"^ 20 de côté si l'on en juge par l'empreinte de cette dimension que l'on voit dans le mur en terre; ils s'enfonçaient de o'" 5o dans le sol.

L'Acropole ou Pergame de Troie, que, seule, les fouilles nous permettent d'étudier, pouvait être reliée par un mur à la Ville Bisse. On ne saurait toutefois l'assurer, car on a démoli à l'ouest du contrefort ou tour J^ le point sur lequel butait peut-être le mur de la basse ville. Des fouilles nouvelles pourront dégager cette enceinte, si elle existe.

Par suite d'événements ignorés l'enceinte méridionale de la Pergame fut reportée plus au sud ; cette seconde enceinte de la deuxième ville (marquée en gris sur les plans de 188:2) est complètement dégagée entre les portes I et L ; le mur est en pierres calcaires non travaillées, ayant environ o'" 45 de long et o'» aS de large, jointes sans ciment et irrégulièrement, mais par Uts visiblement horizontaux ; elle est flanquée extérieurement d'un grand massif et de deux demi massifs ou tours. Nous connaissons peu de chose des autres |)oints. On a reconnu au nord-est, en 1890^ près du point T, que ce

1. Sur ridenlifioation des périodes de cette porte, voir Ilios, p. 344, et le Bcricht de 1890.

qu'on avait pris ici pour un mur était bien une rampe, comme l'avait pressenti M. Bœtticher. Une autre découverte très curieuse a été faite pendant cette même année dans les murs que nous étudions ; c'est celle d'une petite PORTE, située au sud-ouest, laro-e de quatre-vingt-quinze centimètres, ayant deux mètres trente centimètres' de haut et demeurée tout à fait complète. Elle se trouve en z à l'ouest de la rampe k et on la voit dans le bas de la pi. 2.

Ses pieds droits épais, profonds de sept cent cintjuante centimètres, sont constitués par le mur, fait ici d'assises irrégulières en petites pierres d'une hauteur moyenne de dix-sept centimètres. Cette porte est moins large au sommet qu'à la base, suivant le principe qui a guidé la construction de tant d'autres ouvertures d'époques postérieures grecques ou étruscogrecques. Son couronnement mérite une attention particulière ; on y constate des taches noires qui prouvent l'existence d'un linteau en bois, car elles ressemblent à celles que le bois brûlé a laissées si nettement en divers endroits des fouilles. Malgré sa disparition, l'appareil confus des petits matériaux, qui chargent le haut de la porte, ne s'est pas écroulé. Malgré le poids du mur supérieur, des terres, des étages accumulés, cette structure toute paysanne a résisté autant que l'eût fait le linteau monolithe en usage dans la construction grecque, et commandé par les calculs de la science moderne.

Cette porte (plan sur la pi. 3 et vue perspective dans le bas de la pi. 1) donne accès dans un réduit, enserré d'un mur s'élevant encore à plusieurs mètres au dessus de sa base, et formant en plan un rectangle de un mètre soixante-quinze centimètres, sur deux mètres cinquante, environ. Sa toiture a disparu, mais les traces de poutres carbonisées montrent qu'elle était formée de pièces en bois. On accédait à sa partie supérieure par lui étroit chemin conduisant à la porte de la première époque I; quand elle eut disparu, on dut, suivant M. Dorpfeld, recourir à un escalier permettant d'aller du sol du réduit au plateau de l'acropole.

1. M. Dorpfeld indique 2 ™ 35 { Bericht de 1890, p. 47). Ces différences ne sont point contradictoires pour qui connaît l'état du sol et des murs, qui rendent impossible une mesure précise.

A l'orient des portes I, K, on aura pratiqué des portes nouvelles L, M, dans la seconde enceinte ; mais il est difficile de les décrire, car elles ont été rebâties pendant l v troisième période de la. seconde ville. Cette enceinte, partiellement connue à la fin de 1882 (marquée en rose sur les plans de cette époque), a été mise à nu en 1890 dans le sens de son prolon^-ement vers l'orient, où l'on a reconnu deux massifs ou tours, ce qui porte à trois leur nombre de ce côté. Le mur est ftiit de pierres calcaires, plus petites que celles de la période précédente, et liées avec de la terre. Il présente, dans son périmètre, de i^randes différences de construction; ainsi, vers V ouest ^ c'était im mur à fruit très prononcé, surmonté d'un mur en briques crues, peu épais, encore en place là où les fouilles ne l'ont pas détruit ; il était consolidé par des contreforts larj^es de i'"20 et saillants de i"' 60. Bien que sa situation en ce point élevé le mit hors de portée des attac[ues on jui^ea utile d'aui^menter sa force. Au contraire, vers le sud^ la muraille d'enceinte est plus épaisse; elle est é<(alement à fruit, mais elle est dépourvue de contrefort.

Enfin, vers le sud-est^ le mur se dresse verticalement, sans aucun fruit; son soubassement en pierre ne s'élève que d'un mètre; son épaisseur est de quatre mètres ; un mur en briques crues s'élevait au dessus. En outre, on a retrouvé trois massifs saillants dont il était pourvu, avançant de 2™ 5o sur le mui-, vers l'extérieur, et ayant 3'" 0.0 de large. Leur écartement est de 6'" 5o d'axe en axe. Leur soubassement en pierre existe et le mur en briques crues posé dessus s'élève encore de plusieurs mètres. Sur quelques points on retrouve le stuc qui protégeait et décorait la face extérieure des murs.

^u nord-est^ le mur d'enceinte de la troisième période de la seconde ville se présente à notis d'une autre façon; tourné vers la plaine, son soubassement en pierre se dresse encore sur une hauteur de huit mètres, bien qu'il ne soit pas dégagé jusqu'à sa base; au dessus s'élève le mur en briques, sur une hauteur de deux mètres ; ses parois sont complètement brûlées.

Une RAMPE formait au noi'd-est accès vers l'acropole ; elle est construite

comme celle de Tirynthe, en blocs bruts liés par du mortier de ciment; ses marches inférieures présentent un certain intérêt, et il serait utile de dégager le haut de cette rampe afin de retrouver la porte où elle devait aboutir.

Au nord, on ne voit plus trace des murs d'enceinte ; ce côté est rempli de terres et de décombres apportés des fouilles. Aussi le tracé, sur ce front, est-il approximatif; sur la pi. 1 1, on la reporté plus au nord qu'il ne figure siu' les i^lans d'/lios, car les constructions intérieures obligent à rectifier ainsi son tracé.

Des quatre grandes portes reconnues dans l'enceinte, deux, T, L, ont été étudiées en décrivant les doux primitives enceintes de la seconde ville ; deux autres, K, M, appartiennent à sa troisième période. Ce sont celles du sudest et du sud-ouest; elles ont été sidDStituées à de plus anciennes, connues depuis i88^, et mieux étudiées en i8go. L'une, la porte du sud-est M (plan sur la pi. 3) à laquelle on accédait par un escalier dont plusieurs gradins ont été retrouvés, était à double fermeture, garnie d'abord de deux massifs ou tours; elle fut flan([uée, dans la suite, d'autres ouvrages de défense, murs avancés et tours. En outre on réduisit alors la largeur de l'entrée. Evidemment ce côté des remparts était le point faible comme en témoignent les i-enforts E, F, G de la partie de l'enceinte qui se développe à l'est de la jiorte.

L'accès de l'autre porte, ceixe du sud-ouest^ se foisait par une superre RAMPE K Tplan sur la pi. 3), qui n'est pas sans analogie avec celles cpie j'ai vues à Messène et à Pompéi, bien qu'elle ne puisse être de la même époque puisqu'elle est adjacente à des constructions très anciennes et puisqu'elle est de beaucoup au dessous de la Troie gréco-romaine.

De tout ce ([ui reste de Troie, c'est là ce qui laisse l'impression la plus forte. Que l'on se représente un large plan incliné (pi. 4)5 couvert de grandes dalles irrégulières (pi. 0, 7), descendant comme une rampe monumentale du sommet à la base de la Pergame, et s'enfonçant sous vingtcinq mètres de remblai. Où venait aboutir cette rampe? Est-ce à une plaine

ou à une ville basse ? Comment défendait-on les abords d'une pareille voie d'accès ? Telles sont les questions qu'on devra se poser jusqu'à l'enlèvement des terres.

« Les dalles de la partie supérieure , près de la porte , avaient l'air aussi fraîches que le reste quand je les découvris au commencement de mai 1873, » écrit Schliemann dans Ilios. En i8go, je n'en vis plus rien, c'est que « lorsqu'elles furent à l'air et au soleil, elles se décomposèrent rapidement et s'en allèrent en morceaux , circonstance qui prouve à quelle chaleur intense elles avaient été exposées. Je n'ai pu découvrir dans ces dalles aucune trace de roues de char, ce qui semble prouver que cette rue ne servait qu'aux piétons, d'autant plus que sa pente par sa raideur est impraticable aux chars ^ »

Les dalles de la partie inférieure, mise à jour en 1890, en grès rouge, irrégulièrement taillées, de dimensions très variables, mesurent tantôt I"' ^o sur o™ 80, tantôt seulement o'" 5o sur o'» ^o^ ou bien encore i"^ sur o"> 36. Leur ensemble est d'autant plus grandiose que, depuis les fouilles de 1890, la rampe se développe sur une assez grande longueur". Les derniers travaux, en dégageant les côtés de cette chaussée sur une profondeur verticale de huit à dix mètres, nous ont dévoilé le dessous d'une voie antique, mettant ses flancs à nu comme en une coupe géologique (pi. 6). Ainsi, au dessus du terrain naturel s'élèvent cinq assises de gros blocs sur lesquelles posent les dalles de la rue. Au côté oriental de la rampe, à droite en la montant, j'ai vu des murs d'argile séparés par des poutres de bois, léchées par l'incendie qui fit cuire la terre et carbonisa les bois, d'une façon inégale , ainsi que le font des traînées de flammes ; c'est ici que je pus recueillir les cendres de Troie que j'ai rapportées à Paris.

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