CHAPITRE PREMIER
Généralités sur la pathologie de Tesprit
et de l'amour
Dans la première partie de ce livre j'ai essayé de donner une idée générale de la manière dont, chez les individus appartenant à la partie saine de la société, la vie sexuelle va se développer, s'exercer et décliner au point de vue de Tutilité individuelle et sociale, biologique et civile, et de toucher aussi les dommages qui résultent, pour la vie physique et morale, les intérêts de Tespèce et de la civilisation, des empêchements artificieux qu'on met à l'exercice naturel de la sexualité.
J*ai parlé aussi de la fonction auxiliaire que la sexualité emprunte aux facultés physiques et morales de la vie de relation qui servent à sa conquête et à sa conservation dans son intérêt même, et, ceci, par rapport aux diverses conditions d'âge, de sexe, d'éducation, etc., etc.
Tout ceci n'a servi qu*à mettre en évidence les étroits rapports qui, dans des conditions normales, existent entre la vie sexuelle et la vie psychique. Elles sont si étroitement liées Tune à l'autre, que Ton pourrait dire que, jusqu'à un certain point, la connaissance de la vie sexuelle suffit à donner celle de la vie psychique.
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En effet, les moyens psychiques, servant indirectement au but de la haule fonction de la reproduction de Tespëce, à la conquête (au moyen de la séduction) et à sa conservation (au moyen de la pudeur, de Thonneur et de la jalousie), acquièrent l'importance de caractères sexuels tertiaires (1) ; tandis que le développement des activités de Tesprit trouve le point d'appui le plus sûr et le plus essentiel sur Taxe des opérations nécessaires à l'exercice normal de la sexualité.
En considérant Tindividu dans l'espèce et dans la société, en lutte pour son avantage personnel et pour celui, qui en est inséparable, de sa descendance, j'arrive à découvrir la cause pour laquelle, à mon avis, on ne peut concevoir une physiologie de Tesprit militant séparée de la vie sexuelle et vice versa.
Dans les formes les plus élémentaires de la vie, Tindividu n'existe que comme moyen pour la continuation de l'espèce, le travail exercé à son propre bénéfice se perdant, s*il n'est pas utilisé par Thérédité.
Il y a, dans le monde animal, des êtres dont la vie individuelle s'éteint dans l'accomplissement de l'acte génésique, et l'hypothèse générative de Weismann donne à l'idée de la continuité du plasma ge'nératifh'xen plus d'importance qu*au plasma individuel, qui s'épuise avec l'individu même.
Dans les chapitres de cette seconde partie, je démontrerai que l'état pathologique de l'esprit sert à confirmer et à mettre plus en évidence ce que j'ai remarqué par réflexion. en étudiant le développement normal de la sexualité : c'est-à-dire le cours évolutif de la vie intellectuelle, avec lequel celui de la vie sexuelle marche parallèlement mais en ligne subordonnée. Ma démonstration résultera de deux ordres de faits.
I. — La série des diverses formes pathologiques de l'esprit peut être considérée comme constituée d'autant d'états mentaux, qui représentent :
a) Des fixations de moments d'une immaturité partielle ou générale du développement ;
(1) Kurella.