CHAPITRE II
Origine des caractères différentiels entre Thomme
et la femme
Les opinions les plus diverses ont été émises sur les rapports entre Thomme et la femme, et, plus généralement, entre le mâle et la femelle des diverses espèces animales et végétales ; relativement soit à leur constitution anatomique, soit à leurs capacités de Tordre physiologique et psychique. Il est très important de savoir si ces différences^ lesquelles paraissent d'une manière plus remarquable pendant Tâge mûr, dérivent des méthodes suivies pour la lutte pour l'existence, ou si elles sont dues aux conditions spéciales de développement originaire.
On croit communément que Thomme et la femme sont deux individus de Fespèce, différents dans leur degré d'évolution, et que la femme n*est qu*un homme incomplètement développé. La doctrine anthropologique, psychologique, morale et pathologique (qui a atteint le summum par les études de Lombroso et de son école), est basée sur cette hypothèse soutenue par plusieurs savants et particulièrement par Ilavelock Ellis. Elle paraît suffire à Texplication complète d*une grande série de faits relatifs à la différence entre Thomme et la femme, mais elle n*est pas admise par Morselli et par Mantegazza. Bien qu'ils ne sachent lui opposer une doctrine différente^ passible d'une explication plus vaste et plus acceptable, ils nient de m^^me ce genre de rapports entre le mftie et la femelle (au moins chez
94 s. VENTDRl
Tespèce humaine) et soutiennent conlradictoirement que la femme n'est ni l'homme arrivé, ni Thomme non arrivé, mais, tout simplement, une chose absolument dififérente de lui.
Morselli dit qu elle n'en diffère pas par la quantité. « L'évo- « lu lion physique, dit-il, suit les divers acheminements : elle « n'est ni supérieure^ ni inférieure ; elle ne marche pas non « plus de rimparfait au parfait, mais elle va du propre au u propre, en ce sens que tout ce qui est propre à son genre de « vie est parfait. La femme possède tout ce qui lui est nécessaire « pour sa fonction biologique, psychologique et sociologique. « C'est donc un non-sens, une sottise, bonne seulement pour « les amateurs fin de siècle, mais absurde et inutile pour le « savant, que de parler de supériorité ou d'infériorité, de l'in- « fantilisme de la femme ou de la sénilité de Thomme. »
11 y a certainement une profonde connaissance de la femme, qui prélude à la connaissance scientifique de sa nature dans ces mots de Mantegazza : « La femme n*est ni supérieure ni infé- « rieure à Thomme : tous les deux suivent deux parallèles, qui « seront toujours voisines Tune de Tautre sans arriver à se « toucher. Ils accomplissent un devoir bien différent dans la « fécondation et dans la société humaine, mais Tun ne peut se « substituer à l'autre sans tomber dans la monstruosité. ^> L'étude de cette question est nécessairement liée à tout ce qui concerne la connaissance de la femme, considérée même au delà de ses intérêts et de ses penchants sexuels. Il est nécessaire aussi que tout ce que je vais dire sur la femme criminelle, folle ou excessive, découle d une connexion génésiquc de la femme en rapport avec Thomme. J'aborderai donc la question sommairement pour l'éclairer, afin de comprendre la femme dans sa fonction sexuelle et sa capacité morale.
Maintenant il est inutile de toucher les détails des caractères différentiels anatomiques, physiologiques et psychiques, que les dei*nières recherches ont fait remarquer^ ainsi que d'exposer les diverses théories sur le relief et le degré de quelques-uns.
Il suffit^ à mon avis, de renvoyer les lecteurs aux dernières publications de Lombroso (1) et de Mantegazza (2) soit pour
(1) Lombroso et Ferrero. — La Donna delinquente, Bocca, Torino, 1893. \t) Mantegazza. — Fisiologia délia Donna, Fr. Trêves. Milano, 1883.
CARACTÈRES DIPPÉRENTIBLS ENTRE l'hOMME ET LA FEMME 9
ce qui concerne les diverses opinions dans l'énumération des différences entre les individus des deux sexes, soit pour les
controverses h propos de cette question .
D'après Lombroso, les caractères anatomiques et physiologiques de la femme constituent une série continuelle de faits^ qui servent à démontrer qu elle n'est qu'un homme incomplet, car elle se rapproche plus de l'enfant que de l'homme mûr. Cependant, toute séduisante que soit Topinion soutenue par ces savants (Lombroso etFerrero en ont fait la base de leurs études sur la femme) parce qu'elle parait utile à l'interprétation des faits relatifs aux différences caractéristiques des deux sexes, elle ne trouve pas son fondement dans la pathologie, qui doit sanctionner les doctrines sur les faits physiologiques. J'ajouterai qu'elle ne le trouve pas non plus dans les soiences naturelles. En effet, si la femme était un homme arrêté à sa jeunesse, on devrait alors remarquer deux faits d'un ordre différent, mais qui se complètent Tun l'autre. C'est-à-dire, l'homme arrêté dans son développement se rapprocherait de la femme, en acquérant les caractères propres à son sexe, tandis que la femme supérieure, dirai-je, devrait prendre les apparences des caractères de l'homme. Cela nous amènerait à croire qu'on devrait remarquer chez les idiots et les imbéciles, qui sont presque toujours les produits d'un développement incomplet^ les caractères de la féminité ; et vice versa chez les femmes les plus belles, la beauté étant le résultat d'un complet développement, ceux de la masculinité. Nous voyons, au contraire, que les hommes moralement et physiquement arrêtés sont laids, dépourvus de beauté et d'élégance et moins intelligents que la femme.*
Quoique le fait^ mis en lumière par Baer et par Fritz Millier et Haeekel, que les embryons des vertébrés présentent originairement un type commun et acquièrent successivement un certain nombre des formes communes avant de se différencier, laisse croire à la possibilité que l'idiot, dans son état d'individu arrêté, prend les caractères des animaux inférieurs vécus ou vivants, qui pourraient se trouver au niveau de son arrêt ; néanmoins on n'a pas vu un idiot ou une personne affectée d*infanlilisme présenter, par exemple, les caractères spéciaux
96 s. VSNTDRI
des singes, qui n'arrivent pas au degré de développement atteint par les idiots ou par les enfants. L'idiot est bien loin d^atteindre Tintelligence spéciale du singe : la ruse (qui n'est qu'une inieWigence sut gêner is) et la souplesse des mouvements^ qui lui est caractéristique.
Au contraire il n'est point rusé, il est gauche dans ses mouvements et n'arrive pas à satisfaire les besoins de la vie élémentaire.
L'idée de Tinfantilisme de la femme se trouve évidemment en contraste avec son développement plus précoce que celui de l'homme. La femme vit plus longtemps que l'homme et garde mieux que celui-ci les caractères de la jeunesse et de la force non sexuelle au lieu de se hâter vers la sénilité.
L'infantilisme est un arrêt de développement des qualités somatiques, physiologiques et psychiques inhérentes à la personnalité du sexe. On ne saurait l'appeler un arrêt atavique, puisqu'il se produit en fait secondaire à Tarrêt de développement de la capacité respective sexuelle organique ou physiologique (1).
Dans Tordre des faits sociologiques il y a des entraves qui tendent à combattre la conception de la femme homme imparfait. Il suffit que je mentionne un fait relevé par Tarde et qui porterait à croire le contraire, c'est-à-dire que, dans les sociétés, qui vont se civiliser de plus en plus, la délinquence parmi les hommes tend à se féminiser au moyen d'une évolution, laquelle devrait se trouver aux antipodes des tendances régressives. L'ordre des faits inverses, dérivant des proportions exclusives du développement observé chez les femmes, démontre-t-il que celles-ci représentent un arrêt sur la ligne du développement de l'homme mûr ? L'argument que les femmes géniales et les criminelles ont l'apparence de la virilité ne suffit pas à le prouver (2).
Nous verrons plus loin que la génialité (suivant mon opinion, acceptée généralement) est le produit d'un développement partiel, ayant une signification biologique pareille à celle présentée
(1) Mège. — U Anthropologie, 1865.
(S) A. G. Bianchi. Milano, 1894.
CARACTÈRBS DIFFÉRENTIELS ENTRE l'uOMME ET LA FEMME 97
par les yariations spontanées et artificielles, qu'on observe chez les animaux et les végétaux, et qui produisent les différenciations de structure ou de fonction ; tandis que l'homme de génie est souvent un dégénéré qui unit à la capacité géniale les manifestations les plus variées de la dégénérescence physique et morale .
En même temps, si Thypothëse de la femme-homme incomplet était juste, on pourrait en tirer la conséquence que la délinquence des femmes marque Teffet d'un développement d'autant plus haut que la criminelle présente une quantité plus saillante des marques de la virilité. Énorme paradoxe, contraire même à lopinion des fauteurs de l'infantilisme de la femme. La génialité vraie et saine, la génialité la plus équilibrée, elle la montre très souvent dans la sphère de son système morphologique, physiologique et psycho-sociologique, qui constituent sa génialité spécifique : c'est-à-dire la beauté de sa figure (génialité somatique) et la capacité de séduire sexuellement (génialité psy cho-sociologique 52/1 ^^nem). La femme supérieure, géniale, dans son adresse spécifique, ou simplement éminente, plutôt que se rapprochant de Thomme, s'en éloigne d'autant qu'elle représente la fine fleur de la féminité. Elle n'est pas non plus le produit d'un infantilisme viril parce qu'elle est le produit le plus mûr de la génialité spécifique, somatique et spirituelle. Ou se convaincra de cette erreur en étudiant le procès de différenciation des sexes de la période embryo-génélique jusqu'à la puberté. La différenciation des deux sexes se montre dans son» évidence dès l'apparition des corps de Wolf et du canal de Millier et poursuit la voie de son évolution sans aucun rapport de subordination. On pourrait dire que l'embryon, partie exclusive de la fenime avant la fécondation, est féminin (pourvu qu'on lui donnât le nom d un sexe avant d'en avoir un). Capable d'un certain * degré de développement démontré par la production des kystes dermoïdes des ovaires et des testicules^ par les grossesses extra-utérines (qui sont quelquefois des productions parthéno-génétiques) et par des tératomes en général (1} il présente les caractères saillants de la féminité jus-
(i) Repin, Mathias Duval, Ëttacher, Morel.
98 8. VENTURl
qu'à la puberté. A cette époque se détache le mflle bien différencié de la femelle^ laquelle continue à exercer son influence avec peu de tendance à la variation, parce qu'elle est la partie principale avant Tacte génératif. Au contraire le dégagement du mâle est un produit de la variation et il se différencie de plus en plus, s'individualisant par une marche très rapide de la période préfœtale jusqu'à la puberté avancée.
Enfin, si Ton voulait soutenir que la femme est un infantile parce qu'elle ne se différencie complètement de Thommc qu'à la puberté, alors les autres espèces animales inférieures se devraient appeler, : infantilisme, fœtilisme, préfcetilisme, embryonnisme humains, etc., car leur développement répond aux échelons correspondants du développement humain. (Cave a consequentiis . )
Recherchons maintenant quelle idée nous pouvons substituer à celle de la femme considérée comme un produit de l'infantilisme viril, pour arriver à une explication plus acceptable des différences caractéristiques des deux sexes, puisque la première hypothèse n'est pas admissible.
L'origine d*une différence si marquée entre les caractères de la femme et ceux de l'homme et plus généralement entre la femelle et le mâle de chaque espèce animale ou végétale, à mon avis, est due au fait que l'homme et la femme, le mâle et la femelle dérivent de deux espèces différentes d^ animaux ou végétaux, qui auront eu une affinité très étroite, mais qui naturellement étaient différents. Suivant cette hypothèse, il est évident que les caractères différentiels entre les individus des deux sexes ne puisent pas leur source dans les divers degrés du développement, mais dans la diversité de leur origine, ce que Ton peut aisément remarquer dans tous les phénomènes somatiques. physiologiques et psychiques inhérents aux fonctions de la sexualité à leur état actuel de convergence.
L'explication de cette hypothèse n'est pas plus difficile à donner que celle qu'on donne et qu*on accepte sans discussion de la dérivation de plusieurs branches d'une famille ou d'animaux d'une espèce différente ou du moins éloignée du même bourgeon original.
Il faut pourtant tenir compte d'une autre période de simplifi-
CARACTÈRES DIFFÉRENTIELS ENTRE l'hOMME ET LA FEMME 99
cation, vis-à-vis- de celle de difTérenciation philogénique et ontogénétique.
Dans la série philétique et chez les individus le cours de la vie n'est pas une ligne continue formée d'embranchements successifs^ mais une ellipse de deux arcs, dont Tun de divergence représente la période évolutive et l'autre de convergence la période involutive.
Pendant la première période, les diverses espèces se forment en passant par des variétés de plus en plus différentes et le processus continuel de différenciation de Tespèce animale et végétale tire son origine des branches du grand arbre, lesquelles poussent les bourgeons qui produisent les nouveaux rameaux. La nature, en nous présentant ses trésors infinis de variétés, savance de l'unité au multiple, du simple au composé. C'est pourquoi l'individu, qui en origine n'était qu'un grumeau de substance informe et homogène, lorsqu'il se différencie, devient si complexe que sa partie la plus petite diffère des autres tant par la forme que par la fonction.
Pendant la seconde période de convergence, l'individu, en mûrissant, approche de plus en plus des formes et des activités des espèces voisines ; et, après avoir graduellement traversé les longs processus de réduction qu'il doit subir et pour ce qui est compatible avec la vie, il passe à travers des états de conformation de moins en moins individualisés et de fonction de plus en plus simple et finit par parcourir, après sa mort, le processus de réduction progressive qui le conduit à ces corps simples dans lesquels le premier grumeau de matière amorphe qui le composa puisa sa source.
Et comme les individus, les espèces, les genres, les familles descendent, après avoir achevé le processus de différenciation, sur une pente, qui les amène à leur extrême réduction. C'est là que se rapprochent lune de Tautre et se simplifient les diverses organisations au moyen de Tunion, de la communauté, de la fusion, de la réduction enfm aux choses les plus simples du monde organique, qui nait et meurt dans un cycle perpétuel.
Les différences apparentes entre le mftle et la femelle de l'espèce humaine, qui tombent plus aisément sous nos yeux, s'amoindrissent avec Tàge et elles paraissent disparaître à la décrépitude.
100 s. VÈNTURl
Dans les états de haute et précoce dégénérescence involutive^ par exemple dans la démence consécutive aux folies générales^ infectieuses, toxiques ou épilepliques, des caractères individuels acquis par l'adresse spéciale de la vie s'eflacent ; les caractères sexuels tertiaires dont la culture met en évidence l'aptitude de l'individu à la lulte pour Texistence, s'affaiblissent : Téducation de Tintelligence, des sens et de Témotivité s altère ; les aptitudes à la conquête de ce qui a de Tattrait pour nous se réduisent; la sensibilité, la force musculaire, les soins pour l'existence, la manière amoureuse dont on satisfait le besoin sexuel déclinent. C'est ainsi que les individus convergent vers une affinité de plus en plus remarquable, arrivent à l'apparence des enfants qui ne sont pas encore individualisés et se rapprochent des modes simples de la vie des animaux inférieurs jusqu'à negarderquelesapparences.de la vie végétative. Ils arrivent alors à cet ensemble de désharmonie fonctionnelle incompatible avec la vie, au delà de laquelle le processus de réduction envahit les domaines de la simplification chimique.
Pendant la marche de régression involutive il ne faut pas croire que Ton passe à travers des états d'organisation d'animaux inférieurs ; il ne faut pas croire non plus que cela advienne pendant la marche évolutive dans le cas d'arrêt de développement. La théorie de l'évolution individuelle de Hasckel serait un paradoxe et elle léserait aussi à l'égard de l'involution. Toute espèce animale est représentée dans les passages du processus ontogénétique par une empreinte tellement minuscule et pâle qu'elle ne peut donner à l'individu qui s'y arrête qu'un certain degré de potentialité de développement relatif avec des effets très peu sensibles ; et ceci parce que les caractères individuels ne sont pas des effets de l'accroissement de l'image renfermée dans le bourgeon qui a engendré les individus, comme l'ont dit Agassiz, Owen et Ninart, mais plutôt des effets du développement suivi à la période do l'individualisation.
Ceci est d'autant plus vrai qu'il y a des individus avec quelques lignes des organes semblables à celles des lémuriens, ou même des animaux inférieurs ; mais personne, tout arrêté qu'il soit, n'a jamais été un chien, un singe, un poisson, etc.
Une espèce dérivée porte avec soi dans son processus évolutif
CARACTÈRES DIPFÉREISTIELS ENTRE l'hOMME ET LA FEMME 101
les formes et les fonctions qu'elle a déjà quittées; dans les traces que Von y retrouve pendant la période ontogénétique, il n y a que des restes déciles en miniature et réduits aux porprotions de l'individu vis-à-vis de l'espèce.
Maintenant on ne doit nullement croire littéralement que Tontogenèse récapitule la phiiogenèse ; alors que celle-là passe à travers les bourgeons des divers rameaux des animaux aux arrêts de ceux-ci, transporte avec elle des penchants à des variations correspondantes ; des penchants qui, du reste, n'aboutissent à rien .
Jadis le mftle et la femelle étaient deux individus à Tétat d'embryons, dépourvus des organes sexuels ; plus tard ils devinrent tous les deux un individu bisexuel et cela se répète pendant le processus ontogénétique jusqu'à la prédominance des corps de Wolf ou du canal de MûUer, les uns au préjudice de l'autre ou vice versa. Dès ce moment du processus ontogénique et après une période historique de la philogenèse animale qui n*apas été bien déterminée, chacun des deux individus croit avec un sexe différent et nécessaire à Tautre.
Il y eut donc une période dans l'histoire de Tespëce qui se renouvelle rapidement dans celle de l'individu à sa période préfœtale (lorsque, suivant les théories de Geddes et de Thomson, le développement de l'embryon choisit le processus anabolique ou le calabolique) pendant laquelle le mâle ainsi que la femelle étaient des hermaphrodites, de sorte que l'un n'avait pas besoin de l'autre pour la reproduction. Cela est démontré par la tératologie et la pathologie des hermaphrodites de nos jours, chez lesquels le retour à l'hermaphrodisme ou, mieux encore, aux traces de l'ancien hermaphrodisme se fait à la base prévalente de l'un ou de l'autre sexe. Il y a donc deux espèces d'hermaphrodites : les androgynes et les gynandres. Le fait doit être accepté sans discussion, parce qu'une série de faits de l'embryologie, de la pathologie, de la tératologie expérimentale et naturelle, même la légende (Meige) nous en offrent le témoignage le pluséclatant; il est donc évident que deux animaux, qui n'étaient pas obligés de vivre ensemble, parce qu'ils n'avaient pas des parents communs, ne pouvaient appartenir à la même espèce, dans le sens que la science accorde à l'idée d'espèce, c'est-à-
102 s. VENTURI
dire d'animaux physiquement semblables, aux fonctions et aux penchants biologiques et sociaux semblables et surtout liés par la parenté, déterminée par les conditions de la naissance. L'ancienne et hypothétique espèce animale andrique et celle gynécine qui en convergeant »ont composé Tespëce actuelle anthropique, et, en général, le mâle et la femelle appartenaient d'abord à deux espèces voisines, très voisines si vous voulez, mais ils n'ont pas été animaux de la même espèce.
Je dis cela en thèse générale et je n'oublie pas que la période historique de Thermaphrodisme de nos devanciers ne se peut référer aux espèces humaines, mais plutôt à quelques espèces d'animaux inférieurs, qui existaient à l'achèvement du processus de convergence qui a créé le mâle et la femelle de l'espèce humaine.
Si on veut en juger d'après le processus des séries animales vivantes qui reflète jusqu'à un certain point le cours historique philogénétique des espèces, c'est à l'époque des vers que nos devanciers auraient cessé d'être des hermaphrodites.
Recherctions maintenant comment le mâle et la femelle des espèces animales supérieures et *de quelques plantes devinrent deux membres de la même espèce liés par des rapports de nécessité.
Gela est arrivé, à mon avis, de la manière même dont certaines espèces végétales, qui sont encore aujourd'hui à la période de l'hermaphrodisme, passent à celle du système unisexuel différencié.
Darwin allègue plusieurs faits propres à démontrer non seulement la possibilité de la fécondation parmi des individus d'espèces différentes, mais aussi le passage d'un système de reproduction à l'autre pendant le cours de la vie de quelques végétaux, qui se trouvent bien avant dans le processus de différenciation et d'organisation générale et sexuelle.
Il cite des observations de M. Herbert, qui remarque que quelques espèces de Lobe lia, de Verbascwn et de Passiflora sont plutôt fécondées par le pollen d'autres espèces différentes, mais voisines, que par leur propre pollen.
Et tous les individus de presque toutes les espèces de Hyppeastrum paraissent avoir cette particularité. Il y a plus encore;