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CHAPITRE III

Les immaturités de l'esprit

Dans les divers degrés de Tidiotie il y a des capacités morales insuffisantes, qui répondent à celles de ritomme sain dans les divers degrés d'âge antérieurs à celui où d'ordinaire il acquiert les notions élémentaires de la vie sociale. Dans ces conditions, ridiot qui est très souvent manqué physiquement s'arrête à des proportions inférieures aux exigences de la vie et de la lutte sociale, et ses fonctions végétatives ne suffisent pas aussi aux besoins de la vie supérieure et à ses nécessités. Il en résulte naturellement que chez lui, les conditions nécessaires à la continuation de l'espèce ne paraissent point. Chez les idiots, à un degré très élevé, il n'existe pas de fonction sexuelle dans ses éléments les plus essentiels : pas de sperme ou de corpuscules de Graaf, pas d'érection ou de menstruation ; et les organes extérieurs du sexe souvent ne paraissent qu'à l'état rudimentaire : (ils manquent ou sont monstrueux) ; il y a souvent absence de testicules, utérus bicorne, occlusion vaginale^ développement énorme du clitoris, hypo ou épispadie, etc., etc., d'où l'impuissance ou la stérilité (Bourneville, Sollier, Voisin). 11 y a quelquefois chez les idiots des cas d'hermaphrodisme apparent, qui représentent presque un arrêt de la formation de la personnalité avant la période de la séparation des deux sexes. Chez ces idiots, hommes et femmes, l'onanisme est toujours exagéré, souvent exercé publiquement. Les cas (dont parle V. KrafTt-Ebing) de crimes de luxure commis par des idiots sur des fillettes, sont

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extrêmement rares. D'ordinaire les idiots ignorent ce qu*est la copulation et loffice de la femme ; et, quand môme, ils n'arrivent pas à la conquérir, faute de qualités de séduction. C'est pourquoi ils doivent satisfaire les désirs sexuels d'une manière très directe et très facile, telle que Tonanisme.

On verra plus loin, dans mes études microscopiques sur la fécondité des aliénés, avec quelle fréquence se présente l'azoospermie chez les malades du Manicdme que je dirige, même chez les phrénasthéniques. Chez eux, Tamour, dans toute Tétendue de ce mot, c'est-à-dire la partie psychique de la fonction générative, ne se présente pas ; et il arrive tout au plus aux limites du besoin d'un soulagement organique, d'une excitation nerveuse, dépourvue de but biologique et d'aspiration à des rapports de sympathie vers l'autre sexe.

Imbéciles. — Dans les degrés légers d'imbécillité les besoins de la vie sexuelle peuvent atteindre la même puissance que chez les sains d'esprit, bien que chez les imbéciles la stérilité et Tinfécondité soient des cas très fréquents. Le besoin lascif chez eux est souvent irrésistible, d'autant plus qu'ils manquent de freins moraux, qui modèrent la satisfaction de leurs désirs. Ils se livrent à l'onanisme sans frein et souvent même publiquement. Souvent par des assauts ou par de faciles embûches, ils attirent des fillettes dont ils abusent, et il n'est pas rare de les voir exercer violemment le coït avec des personnes appartenant à leur famille et quelquefois arriver aussi à attenter à l'honneur de leur propre mère. L'exhibitionnisme, forme rudimentaire de la séduction^ est fréquent chez eux. Les imbéciles souvent se livrent à la bestialité et ils deviennent à leur tour une proie facile des sodomistes. Les entraves à la satisfaction de leurs besoins sexuels produisent chez eux des agitations et des violences ; de la même manière dont, chez les jeunes gens sains, se produisent les convulsions, le suicide, le mysticisme et l'onanisme le plus stupide encore, selon le penchant du caractère antérieur, qui détermine les voies des réactions.

Les différenciations du sexe,ainsique celles de l'esprit, paraissent très tard chez les imbéciles, c'est pourquoi chez la femme imbécile la vie sexuelle s'exerce d'une manière amoureuse

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enfantine par rapport à la même fonction chez la femme intellectuelle et morale.

Chez la femme imbécile^ faute d'art et des moyens de la séduction et de la pudeur, la vie sexuelle s'exerce précisément avec le défaut de ces insuffisances, lesquelles déterminent le mode de Tamour vis-à-vis des besoins organiques.

Elle ignore qu'elle doit garder sa virginité ou chasteté et contenir ses désirs en harmonie avec les entraves^ l'éducation ou la surveillance. Elle est en conséquence onaniste beaucoup plus que l'homme, auquel l'occasion de rapports avec Tautre sexe se présente plus souvent, et elle se livre aisément à qui veut d'elle, parce que sa pudeur n'oppose qu'une très faible résistance. Il arrive souvent qu'elle se déflore par Tintroduction de corps étrangers dans le vagin.

Dans les degrés moins élevés de Timbécillité chez les arriérés d*esprit, la fonction sexuelle se manifeste déjà sous la forme d'amour, puisque chez eux paraissent, sous une forme enfantine, les psychicités correspondantes, c'est-à-dire la séduction, la pudeur, la sympathie, l'attachement, l'appréciation de sa propre sexualité et le penchant vers la famille et la maternité. De la difficulté d'acquérir des relations sexuelles, due un peu au fait que leurs aspirations surpassent les limites de l'opportunité, il résulte qu'ils continuent à être plus ou moins onanistes, mais d'un degré moins brutal que les imbéciles plus graves, puisque le désir amoureux accompagne leur onanisme. Ils se livrent rarement à des actes violents de lascivité, parce que leur esprit peu avisé les rend timides et ne permet pas les supercheries et les impulsions des phrénasthéniques plus avancés. Les arriérés d'esprit sont rarement féconds, et s'ils arrivent à avoir une descendance directe^ alors la nature rend soigneusement éphémère leur maternité^ parce que c'est d'eux que naissent des fils dégénérés, idiots^ épileptiques , sourds-muets, scrofuleux, phtisiques.

Excentriques d'esprit, — L'amour psychique chez les excentriques est une caricature et souvent même une raillerie de l'amour chez les sains. On ne peut les étudier et les reconnaître qu*en se souvenant de la connexion qui lie les excentriques aux

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arriérés d esprit, dont les premiers, en dernière analyse, ne seraient qu'une gradation vers le mieux.

Bien qu'ils méritent d'être plus considérés que des imbéciles ordinaires, parce que leurs facultés spirituelles ont atteint une capacité qui peut être apparemment normale ou même supérieure, néanmoins ils sont remarquablement pauvres d'esprit, en ce sens qu*ils manquent de résistance, d'association^ de connexion. Ils sont rattachés à la sensibilité et aux sentiments, qui chez eux sont inégaux, faciles, épuisables et discords, par des liens très faibles et peu harmoniques^ de sorte que tous ces dégénérés ne seront pas des imbéciles par rapport à la puissance, mais ils le sont tout de même par rapport à la résistance et dans les relations entre les éléments de la mentalité et entre ceux-ci et tout ce qui constitue Tensemble des facultés de la sensibilité, émotivité et motricité.

On doit chercher les anomalies de la vie sexuelle chez les mattoïdes presque exclusivement dans la partie psychique ; c'est dans celle-ci (la dernière arrivée et par conséquent la plus faiblement conformée et organisée) qu'on découvre le plus aisément les défauts de formation. Chez les mattoïdes, donc, les défauts du côté physique de Tamour sont très rares; ces défauts étant, comme nous le disions, propres aux degrés d'arrêt de développement, qui sont les plus proches des périodes de formation de la personnalité physique.

Dans la sphère de la psychicité, par rapport à l'amour, les mattoïdes répondent à la période où chez les sains prévalent les émotivités, le désir et le caprice, sentiments superficiels et transitoires : il n'y a pas, chez eux, de psychicité basée sur les sentiments organisés qui constituent le caractère, et sur la critique, laquelle est le sens des convenances. L'amour proprement dit, affection gentille, continuelle et forte, qui maîtrise les sentiments et la pensée, fils de l'émotion spontanée réveillée parla beauté et le charme de la femme, l'amour qui trouve son soulagement dans la réciprocité, dans laquelle il puise des forces nouvelles et de la constance^ qui nous amène à la pensée et au désir de la famille, d ordinaire n'existe pas chez les mattoïdes. L'amour chez eux n'est qu*un sentiment peu durable excité plutôt par des idées suggérées que par des occasions qui

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