‹ Corrélations psycho-sexuellesChapitre 16 sur 72 · LES IMMATURITÉS DE L^ESPRIT · texte numérisé non relu

LES IMMATURITÉS DE L^ESPRIT

font agir les sentiments. Il n'est pas basé sur la sympathie, rattachement, Testime, les convenances sociales, etc., qui d'ordinaire déterminent les rapports d'affection ; mais, au contraire, sur le caprice du moment, qui renferme une idée exaltée de soi-même, et réveille un sentiment de vanité, qui de l'amour ne fait pas un rapport entre deux personnes, mais plutôt un sentiment plus aigu de soi-même^ excité par la connaissance des rapports sexuels.

Souvent les mattoïdes ne sont pas amoureux d'une femme, mais d'une chose qui n'existe pas. Que de fois font-ils pendant un hiver entier des sérénades sous une fenêtre où la tête d*une femme ne paraît que dans leur imagination. Ils prennnent la femme de chambre pour sa maîtresse et lui adressent des hommages, des soupirs et des poésies; ils chantent la merveilleuse beauté de qui n'en a, ou de qui ils ne la connaissent point : le plus souvent, ils sont des amoureux vraiment incompris; car leur bien-aimée vit si loin d'eux qu'ils ne l'ont jamais connue.

Quelquefois c'est la reine ou une grande dame qui, à leur avis, les a conquis et vaincus par des regards fugitifs mais significatifs. S'il arrive qu'ils trouvent qui les croie et qu'ils entament une relation amoureuse, alors la personne aimée se transforme et acquiert les qualités que lui donne la fantaisie du pauvre amoureux, De cette façon leur amante ne sera pas aimée mais elle servira de satisfaction à leur vanité ou d'origine auxsoupçons de persécution qu'ils sont toujours prêts à soutenir par un sentiment exagéré de soi-même et qui ne sont pas en harmonie avec le milieu. La relation amoureuse s'éteint soudainement, et en produit une autre qui répondra de la même manière aux idées de l'extravagant amoureux. La littérature de tous les pays a dédié des poèmes héroï-comiques à ces types et amours. Il ne vaut pas la peine d'en parler. A cause de ce défaut de fondement, l'amour du mattoïde répond plutôt à un besoin sexuel. 11 lui faut par conséquence ce penchant bien marqué au soulagement du besoin sexuel organique^ lequel d'une manière peu visible ou cachée nourrit ou accroît l'amour chez les personnes saines et aboutit au mariage et à la famille.

Le mattoïde amoureux n'a pas besoin de la femme pour

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aimer parce qu'il en trouve une belle, éblouissante, riche dans sa fantaisie et lui dédie ses hommages comme à Tidole de Molocb, même si elle revêt les apparences physiques de Tamoureuse réelle qui lui sert de sujet. Le mattoïde donc, même lorsqu'il exerce le coït, est onaniste.

Arrive-t-il à se marier, le mariage sera presque toujours une combinaison mal assortie et la famille ressentira les conséquences de cette erreur.

Il y a une variété spéciale de mattoïdes, qui paraissent représenter le type de Téquité et de la sagesse puisqu'il gardent austèrement les convenances humaines. A cette variété appartiennent beaucoup d'individus qui se font remarquer par leur roideur. Ils sont taciturnes, ils ne rient jamais, ils ont soin de leurs intérêts et sont réfractaires à tout sentiment expansif de la famille ou de la société. Ils n'ont pas d'amis, ils vivent de spéculations, sont avares, souvent usuriers, ce sont des détracteurs et des plaintifs. Ils sont misanthropes. Chez eux Tanomalie psychique n*est qu'une insuffisance de l'énergie affective, qui les arrête à la période philogénique (ou ontogénique ?) de l'égoïsme et de Tinsociabilité. N'étant pas susceptibles d'un attachement, ils n'aiment pas: ils sont souvent froids dans leur vie sexuelle, et ils ne voient dans le mariage que l'intérêt et dans l'embrassement qu'une opération hygiénique qui les soulage dans une certaine mesure et les chatouille. Ames froides, dont la civilisation ne reçoit aucun rayon de lumière et l'espèce aucune continuation. Hélas, la société méconnaît leur monstruosité ; et dans les luttes pour le bien, la science, le progrès, ils soutiennent le parti de la réaction et jouent le rôle des bienfaisants modérateurs des inspirations trop juvéniles et généreuses. Leur voie est Tinsulte deMéphistoà la vie et à la vertu. Ils sont les dégénérés les plus dangereux que la société accueille dans son sein.

A ces derniers, dans la série des états de santé spirituelle, répondent les jeunes hommes qui, à l'âge le plus expansif et le plus jouissant de la vie affective, par l'effet des contraintes de l'éducation, ou par l'influence de la rigueur religieuse, ferment leur esprit aux doux rappels de la vie, et deviennent des misanthropes, ennemis de la civilisation, delà famille, de l'amour, de

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tout enfin; préoccupés seulement de soi-même et d'un avenir grotesque et impossible.

Maledirenti alVoprc délia vita (i) E delVamore .

Ce que nous venons de dire serapporte spécialement à Tamour du mattoïde.

On pourrait remarquer, pour ce qui concerne lafemme^ des variations dignes d^intérô t. Nous commencerons par dire que les femmes dégénérées, dans le monde où elles vivent, ne portent pas le nom de mattoïdes, d'excentriques, d'extravagantes ; mais elles en ont un propre à elles, elles s'appellent hystériques.

Il faut observer que d'ordinaire Ton confond sous le nom d'hystériques les névrotiques-hystériques, proprement dites, et les cerveaux fêlés.

La faute en est plutôt aux aliénistes qu'aux profanes^ parce qu'ils laissent subsister l'équivoque comme s'ils ne Teussent pas aperçu. Tout ce^qui, chez la femme, n'est pas équilibré par rapport àTintelligence, à la sensibilité, aux sentiments et à la motricité, prend le nom d'hystérique; tandis que l'hystérie chez la femme est d'autant plus rare que l'on croit aisément la voir à chaque occasion.

Ne perdons pas de vue le faitqu'ilya parmi les femmes, ainsi que parmi les hommes, un grand nombre de dégénérées par l'influence héréditaire; des excentriques, des extravagantes, des mattoïdes appartenant à la classe mitoyenne entre les esprits sains et les malades^ laquelle s'arrête au seuil de la folie et regarde au delà, les bras allongés, avec des idées fixes, des obsessions, des caprices, des impulsions, de la perversion du goût et du sentiment.

Les femmes ont trouvé le bon mot, qui les a sauvées du blâme de la folie, grâce à la prépondérance fonctionnelle que la sexualité exerce sur elles, laquelle maîtrise et fait agir toutes les fonctions et les activités. Chez la femme la féminité est tout : elle est sa propre personnalité.

(1) M&udissant l'œuvre de la vie et de l'amour.

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