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tées toutes ces folies^ produites par un processus d'involution, de degré différent en intensité et en étendue. Les états de grande décrépitude^ auxquels les individus sont arrivés par une progression uniforme et sans troubles, présentent nécessairement (Mix-mèmes les accents fondamentaux et profonds du désordre (le l'esprit plutôt que de toute autre fonction , ces désordres n'étant que Texpression de Tatrophie des organes et par conséquent du défaut d^énergie des fonctions.
La démence sénile est cependant, par elle-même, une forme morbide par rapport à la sénilité normale en tant que produite par une régression anatomique et fonctionnelle qui, ainsi que je Tai dit, se fait avec désordre, avec précocité et avec une intensité inégale et anomale entre l'une et Tautre partie de l'organisme.
La démence sénile, forme pathologique, par rapport à la sénilité normale^ exagère, rompt Tharmonie, met en évidence et précipite avant le temps certains ou la plupart des caractères physiques et moraux de la sénilité ordinaire, dans laquelle la vie trouve ses paisibles couchants. Là est son caractère morbide, tandis que, au fond, elle n'est qu'une sénilité, sans rien qui soit spécial, qui n'appartienne à la sénilité normale; excepté pourtant que ses apparences symptomatiques sont des expressions du tumulte, du désordre, de la désharmonie du processus involutif.
Lorsque nous parlerons plus loin des décadences de la séduction^ nous verrons à quel point les déments séniles, même en dehors de ce qui regarde la vie sexuelle, présentent plus accentués et plus nombreux que chez les autres fous les caractères de a sénilité. Pour le moment (et après ce que j'ai dit dans Tinroduction), qu*il nous suffise de retenir que, dans l'échelle de la folie, la démence sénile représente le point le plus élevé par rapport à Tintensité et à Textension de l'action de dégénérescence.
Voyons, maintenant, comment aiment physiquement et moralement les malades affectés des diverses formes de la folie sénile. Je dis folie sénile plutôt que démence sénile parce que dans un mode si précipité et si désharmonique du processus involutif, il y a des moments de désordre qui précèdent
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rextinction des facultés et qui peuvent donner lieu à différentes manifestations d'activité dans telle ou telle sphère psychique ou nerveuse très ressemblantes aux manifestations ordinaires de la folie chez les adultes ; mais ayant, au fond, le caractère de la débilité manifestée par la forme et Tobjet du délire, fat, passager, illogique, incoordonné, et par le facile épuisement de l'activité nerveuse et psychique. Je ne partage point l'opinion récemment émise que dans la sénilité Ton trouve des folies aiguës non dégénéra tives capables de parfaite guérison. Je fais exception pour la possibilité d*états d'infection ou d'intoxication aiguë.
Ainsi donc, durant l'involution naturelle de Torganisme, on peut voir apparaître des désordres de Tesprit reflétant les diverses formes de folie que Ton observe dans Tftge adulte. Cette analogie entre les formes de folie de l'âge adultes et celles de Tftge sénile est une autre preuve, et des plus efficaces, pour démontrer le processus de dégénérescence, cause ordinaire des unes et des autres. Il n'y a d'autre différence entre les unes et les autres que celle-ci : dans la folie de Tftge adulte la décadence de la fonction, dont le processus involutif précoce forme la base, trouve un contraste dans la résistance qui lui est opposée par Torgane et par la fonction correspondante, et plus encore dans l'opposition de la permanente activité des autres fonctions et des organes voisins correspondants qui sont épargnés ou moins atteints par le processus de dégénérescence.
En parlant des anomalies de la vie chez les fous séniles, nous trouverons donc que ces anomalies ne sont pas différentes de celles que Ton observe dans les diverses formes des folies ordinaires involutives, dont j'ai parlé jusqu'à présent ; elles ont simplement cette caractéristique d'une plus grande débilité due à la décadence normale.
Pour ce qui a trait à la vie sexuelle chez les fous séniles, je relève un ordre de faits relativement à la décadence que Ton trouve également dans une autre sphère des activités physiques ou morales. C'est-à-dire que, pour la fonction de la vie sexuelle qui a deux extrémités. Tune physique et l'autre psychique, les phénomènes de dégénérescence peuvent monter, par ordre de fréquence et d'intensité, de l'extrémité physique à la psychique,
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de telle sorte que les dégénérescences de cette dernière sont plus constantes et plus graves et que, peu à peu, celles d'ordre physique peuvent diminuer ou disparaître. En d'autres termes, nous avons toujours à observer Texactilude de la loi de régression par laquelle les facultés les plus tardivement acquises sont les premières disparues.
En même temps, je dis que la permanence des activités de la vie sexuelle est en rapport décroissant avec la progression du degré de faiblesse dans les diverses formes de désordre psychique ou nerveux sénile ; de sorte que, dans les états accentués de démence, il y a cessation de toute sorte d'activité sexuelle physique ou psychique, tandis que dans les états et dans les formes d'excitation sénile se montrent, sinon des activités, au moins des caricatures de ces activités psychiques ou physiques ; cos dernières à divers degrés mais toujours plus faibles, évoluant vers celles d'ordre psychique, ainsi que je Tai dit.
Lorsque nous parlerons de la séduction, de la pudeur, de rhonneur et de la jalousie, qui constituent une si grande partie du côté moral de l'amour, nous verrons à quel degré les fous séniles sont déchus. Je dois me limiter dans ce chapitre à considérer la fonction sexuelle en elle-même, dans sa forme intrinsèque, psychique et physique, comme je Tai fait pour les fous en général .
Les fous séniles ne sont pas capables d'aimer fortement, naturellement, et convenablement à leur âge et à leur position sociale. Ils se trouvent en cela dans une condition un peu plus absolue que les fous ordinaires. Ils peuvent avoir aussi des amours délirants, mais se différenciant absolument de ceux des fous adultes en ce qu'ils n'ont ni résistance, ni logique, ni vraisemblance, et en ce qu'ils n'exercent qu'une très faible influence sur le moral et sur la conduite du malade. Tandis qu*unfou adulte, par exemple, délirant d'amour, aime la solitude qui favorise la concentration de son délire, évite d*en parler à autrui, et conforme sa vie à l'intensité de l'illusion ou du désir erotique ; le sénile, au contraire, en parle avec tout le monde, tolère les contradictions sana réagir ou avec des réactions passagères, se laisse distraire de ses illusions par n'importe quel ordre ou quelle distraction.
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La fatuité dans le moyen de satisfaire les désirs erotiques caractérise spécialement les amours fantastiques des fous séniles. Chez eux , ces délires , comme toute autre sorte de délire, n'ont aucun pouvoir de se systématiser, justement parce qu'ils sont vile dominés par la débilité de l'esprit et surtout de la mémoire, dont le défaut éteint les feux de l'excitation et du délire, ne laissant que de misérables traces^ visibles à la répétition inconsciente de quelque parole vague ou de quelque attitude correspondante. Cette période finale du délire chez les fous séniles est la forme accentuée et grave de ce qui advient d'ordinaire dans le délire chronique des adultes qui, peu à peu, plus tôt ou plus tard, finissent par perdre l'objet et les rapports de l'émotivité et de la conscience ; ils s'arrêtent à des paroles sans aucun sens, ayant perdu tout rapport direct avec la conscience, vêtements sonores d'idées et d'affections qui se sont atrophiées et qui ont perdu leur vie (délires systématiques secondaires). Dans le travail que j'ai cité, j'ai appelé ces délires /^ézrano^m^ t7^6a/ (Communication au congrès d'aliénation de Novare i889, Nouvelles formes de paranohme).
Les déments séniles perdent beaucoup plus que les déments adultes les affections conjugales et parentales qu'ils pouvaient avoir dans leur état de santé. En raison, ainsi que je Tai dit plus haut, de la plus grande ténacité et de la nature différente de ces affections, par rapport à celles de l'amour, cette perte montre combien leur décadence est accentuée. Cette différence consiste en ce qu'elles sont liées à un sentiment plus profond de la personnalité morale que les affections amoureuses. Les affections parentales sont, en effet, en rapport avec le sentiment de la conservation, qui s'identifie si étroitement avec ceux de la famille et de la descendance.
Chez les vieillards déments s'installe facilement une forme de délire, que je crois spécifique de la sénilité en ce sens qu'il correspond à rhyperesthésie d un sentiment qui se développe et se consolide normalement dans Tâge sénile : je veux parler du délire d'avarice, exagération du sentiment et du besoin de la propriété, intégration morale de l'individualité qui, par suite de la régression sénile, va se désintégrant dans la somme de ses énergies. Je développerai ailleurs celte opinion. En attendant, je
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note que, chez le vieillard dément, le délire d*avarice est un équivalent du délire de la persécution chez l'adulte, et que le délire de richesse chez le vieillard équivaut au délire erotique chez le jeune homme.
En même temps qu'une telle décadence de Tamour psychique et affectif chez les déments séniles, peut subsister un certain pouvoir d'amour physique d'autant plus intense que les facultés sont moins affaiblies.
Chez les déments séniles excités ou délirants, l'onanisme est assez fréquent; il est souvent exercé en public sans aucune retenue, et cela à cause de la débilité mentale^ qui leur fait méconnaître les convenances et la pudeur, et qui les conduit quelquefois à ce cynisme spécial des plus rebutants. Ils sont souvent exhibitionnistes, pédérastes, incestueux, et se rendent coupables d'attentats à la pudeur vis-à-vis d'enfants de Tun ou l'autre sexe.
Chez les vieillards déments, ainsi que nous l'avons vu plus haut, Taspermie est fréquente, l'azoospermie constante. C'est là un effet naturel de l'âge ; il faut seulement observer que chez ces malades, on ne trouve pas aussi fréquemment la capacité générative que conservent quelquefois les hommes sains jusqu'à un flge très avancé.
Le vieillard dément, à tous les points de vue delà vie sexuelle, est une négation ou une perversion; et cela dans les formes les plus absolues, auxquelles arrivent à peine, non pour le tout, mais'pour telle ou telle partie, les diverses formes de dégénérescence psychique qui peuvent se produire, avant la vieillesse, par suite de sénilités précoces ou partielles.
Le substratum anatomique de la sénilité^ c'est la réduction en volume et en poids et la dégénérescence de substance de tous les tissus du corps, y compris le squelette, comme nous le verrons plus tard. Le cerveau subit un processus notable d'atrophie et de dégénérescence dans tous les éléments qui le composent; la moelle et les nerfs périphériques parcourent un même processus de réduction. L'appareil sexuel subit des altérations identiques. Les ovaires diminuent de volume et de poids, l'utérus s'atrophie, les testicules se rapetissent et les conduits déférents s'amincissent.
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Fous paralytiques. — La folie paralytique, par rapport aux manifestations de la vie sexuelle, morale et physique^ révèle des désordres et de Taffaiblissement plus que toutes les autres formes de folie, et dans ses degrés les plus accentués elle n'a de correspondants que dans les affections de la démence sénile, déduisant la différence des diverses modalités d'expression des désordres sexuels selon l'état et les désharmonies du processus involutif.
Chez les fous paralytiques, les affections d'amour réelles et convenables, comme celles de la vie normale, n'existent pas ; c'est-à-dire que, comme je Tai dit pour les fous en générai, il ne natt aucun nouvel amour, et ceux qui pouvaient exister avant la maladie] disparaissent.
Ils semblent quelquefois aimer véritablement et avoir des passions amoureuses qui, aux yeux du vulgaire pour lequel le caractère morbide n'apparaît pas, semblent au contraire constituer les causes mêmes, le point de départ de la maladie. On pourrait en citer de très nombreux exemples. Un paralytique, soigné par moi et qui était de fort bonne condition, élevé suivant les règles les plus minutieuses des convenances^ alors que personne ne soupçonnait chez lui la maladie qui déjà avait débuté par des signes de neurasthénie générale, s'énamoura d'une dame respectable, sa cousine^ mariée et qui n'avait jamais donné aucun encouragement à ses désirs. Il lui fit la cour assidûment, croyant en recevoir des faveurs et cela semblait exact aux autres qui croyaient à ses confidences.
Un soir, à un bal, il Tembrassa devant plusieurs personnes et ne se troubla pas le moins du monde des observations qui lui furent faites par ses amis^ ni par le mépris qui lui fut manifesté à cause de l'outrage. Il continua même à vouloir la courtiser et lui envoya plusieurs lettres, par la poste, sans se préoccuper du mari qui aurait pu les ouvrir et sans se préoccuper de n'en avoir point de réponse. Pendant longtemps cette passion (dironsnous) continua avec des apparences superficielles de sérieux, tellement que, la folie une fois affirmée par d'autres indices, la famille et beaucoup d'amis crurent que celle-ci était dérivée purement et simplement de la désillusion éprouvée dans ses amours avec sa cousine, qui, si elle eût été plus comptai-
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sanle, aurait pu la lui éviter. Au contraire, par beaucoup d'indices, par leur début et surtout parleur progression, le caractère morbide de cette passion était évident, surtout parle défaut de pouvoir critique et de sentiment moral, qui, entre autres choses, l'avaient rendu incapable d'apprécier l'inconvenance de ce baiser donné en public et le péril que courait sa correspondance.
Un autre malade, que j'eus à soigner, appartenant à peu près à la même condition sociale, avocat, marié, ayant des enfants, alors que personne ne soupçonnait la maladie qui cependant s'était annoncée par de l'impuissance sexuelle et de l'embarras dans Télocution, à l'occasion d'une promenade en présence de sa femme et de ses parents, courtisa et embrassa une demoiselle. Cet acte, qu'il justifia immédiatement par une plaisanterie, fut, quelque temps après, interprété comme l'effet d'une passion, car il poursuivit cette jeune fille de ses avances et menaça d'une séparation sa femme, qui voulait empêcher cette relation. De nouveaux indices de la maladie et spécialement l'apparition d'un délire d'ambition vinrent mettre en évidence la nature morbide de cette période.
De môme, et malheureusementassez souvent, on voit accuser et condamner des individus pour dés actes contre nature, qui plus tard s'affirment comme atteints de folie paralytique (Tardieu, Lombroso, Krafft-Ebing, Baillarges, etc., etc.). Ces amours et ces actes contre nature ont un caractère morbide surtout en ce qu'ils démontrent la faiblesse d'esprit et la décadence des sentiments moraux. En fait, presque toujours, ces amours et ces actes délictueux se rapportent à des personnes avec lesquelles le malade n'a pas ou ne devrait pas avoir de rapports convenables, sociaux ou biologiques, et ils sont commis dans des conditions de lieu et de temps tout à fait inconvenantes. C'est ainsi qu'ils s'énamourent de jeunes filles, de femmes mariées, de femmes d'âge et de conditions diverses, de personnes qu'ils n'ont jamais ou à peine vues, ou dont ils ont vu un portrait, ou bien encore ils commettent des attentats sur des personnes de leur propre sexe et surtout sur des enfants. Ainsi, cette période initiale de la maladie qui donne lieu à des manifestations de cette nature, paraissant exprimer
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une condition de plus grande énergie morale ou matérielle, est, au contraire, évidemment caractérisée par de la débilité simplement déguisée sous des manifestations de pseudo-éréthisme.
Il en est de même chez les vieillards, où, dans le fond de leur faiblesse, éclatent quelquefois ces rapides moments d'animation et ces apparences d'érotisme qui ne sont autre chose que la caricature de la colère et de Tamour, c'est l'effet de cette faiblesse irritable qui constitue le mécanisme des actes d'excitation dans tous les états de décadence continue ou transitoire.
Outre les amours à base de débilité mentale commençante, déterminés, comme nous le verrons plus tard, par des excitations anormales de la sphère organique, chez les fous paralytiques, dans la période active de Taliénation, il y a des amours délirants en accord avec le délire ambitieux dont ils sont atteints et spécialement en rapport avec le sentiment exagéré, morbide, de bien-être et de félicité dont ils se sentent envahis. Ces amours sont tout à fait différents des premiers; ceux-ci ont Tapparence de la passion et s'adressant à des personnes réelles, se manifestent k peu près suivant les modes habituels de la galanterie, à tel point que les profanes les croient tout à fait normaux. Les autres sont complètement délirants, c'est-à-dire absurdes à tous les points de vue, autant pour la personne à qui ils se rapportent (et qui n'existe pas, ou se trouve placée hors de tout contact) que pour la façon illogique, incohérente, désharmonique^ paradoxale dont ils s'expriment. C'est ainsi que ces malades affirment, par exemple, être aimés et correspondre avec une reine, se marier avec des princesses riches à milliards ; dans certains cas^ ils parlent de femmes de merveilleuse beauté, grandes comme des maisons, toutes d'or ou de perles, etc.
Les amours délirants des paralytiques ne peuvent se comparer avec les amours délirants des paranoïques, pas [ilus que leur délire des grandeurs n'est comparable à celui des mégalomanes systématisés. Les amours délirants des paralytiques n'ont aucun des caractères qui sont propres aux paranoïques; ils manquent d'apparence, de vraisemblance, ils sont variables dans leurs formes, dans leur expression, dans leur contenu ; ils
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ne pénètrent pas dans la conscience du malade et par conséquent ils n'engendrent pas de convictions, de sorte qu'ils sont facilement oubliés, négligés, dém^enlis ou changés ; ils manquent aussi de coordination avec l'ensemble des pensées et du maintien du malade qui se comporte comme s'il parlait de ces amours dans un seul but de mystification. On pourrait peutêtre mieux exprimer la différence entre les amours délirants des paranoïques et ceux des paralytiques, d'une façon synthétique, en disant que chez les paranoïques le délire amoureux, comme toute autre forme de délire, est une erreur de Tesprit, tandis que chez les paralytiques, c'est le produit spontané de la cérébration. Il ne donne donc pas lieu au rappel nécessaire des idées délirantes et des sentiments qui y touchent de défense et de conservation, et il peut facilement donner lieu à des produits différents, par suite de la progression de la condition pathologique qui elle-même a pour effet la faiblesse mentale croissante.
Ce que, à mon point de vue, je dois spécialement noter, c'est que les amours délirants des paralytiques ne s'accompagnent pas de stimulations correspondantes dans le domaine sexuel ; ils ne sont donc pas^ comme les paranoïques, dès qu*ils ne sont pas surveillés, des onanistes obstinés ; ils ne rêvent pas dembrassements avec la personne objet du délire, ils n'usent pas d'un langage erotique^ ils ne prennent pas des attitudes plus ou moins baroques de séduction, ils n'ont aucune idée de jalousie, comme je le dirai plus loin. Au contraire, les paralytiques^ en même temps qu'ils parlent à tous de leurs amours ne rêvent d'aucune aventure, ne couvent aucune inspiration à l'égard de leur onanisme qu'ils commettent sans précautions et sans rapport avec le délire, de môme qu'ils se livrent à des tentatives de tout genre, obscènes et violentes.
Dans des conditions de débilité mentale plus avancée, aux amours délirants succèdent ces amours que j'ai décrits sous le nom d*amours dé fatuité, qui ne seraient autres, en dernière analyse, que des restes d'amours délirants ayant perdu toute apparence d'activité mentale ; ils sont, à l'amour délirant des paralytiques, ce que ceux de ces derniers sont par rapport à ceux des paranoïques.
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La rapide évolution de l'apparence de la forme active à celle de la fatuité plus grave où ne demeurent plus que des fragments détachés, réminiscences verbales d'anciens délires, démontre clairement leur nature régressive, effet du [)rocessus de décadence dont Tesprit est envahi. C'est une illusion qui ne peut séduire aucun expert dans l'observation clinique que celle de Tapparente activité exprimée par un sentiment de force, de bien-être, de félicité, qu'ont les paralytiques, m(^me au moment du début de leur maladie. Pour trouver la vraie position des choses, il suffit de cette considération : en même temps que cette apparence expressive d'énergie morale, apparaissent les signes des graves conditions de la décadence physique, tremblements, incoordination^ paralysies, anesthésies, épuisements, altérations trophiques, etc.^ etc., qui constituent le fond du tableau dans lequel le délire gai représente une amère ironie insultant la misère envahissante. Du reste, il n'y aurait pas même besoin de rechercher hors la vie psychique les signes évidents de la nature dégénérative des expressions délirantes, car elles surgissent sur le fond de la débilité mentale constituant la base du délire. \jn fait que j'ai eu la bonne fortune d'observer ma éclairé sur la nature des idées délirantes expansives des paralytiques. Ceux-ci sont avares, toujours, sans exception (au moins à un ^atade avancé delà maladie) et par opposition à la générosité apparente de leur langage.
Tandis qu'ils donnent des millions à tous, ils ne donneront pas un morceau de cigare ou un peu de pain à qui que ce soit. Les séniles sont de mOme. Personne, que je sache, n'a fait celte observation.
Les désordres de la sensibilité générale, qui donnent lieu à des sentiments expansifâ de bien-être, sont des effets morbides de la dégénérescence de l'élément nerveux, qui ne se limite pas aux centres, mais envahit aussi les ramiPicalions nerveuses. C'est ce qui se passe dans tous les autres états de décadence de Tactivilé et de l'énergie générale, comme l'agonie, la phtisie à sa dernière période, les intoxications chroniques et graves, dans lesquelles apparaît, fugace, intermittent ou durable, un sentiment de bien-L'tre^ expression de la vie négative de la sensibilité. Datis la paralysie générale des aliénés, il y a, à la base de
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chaque manifestation morbide, un processus de dégénérescence des tissus que je crois semblable à celui de la sénilité ordinaire, avec cette différence qu'il est plus violent, moins uniformément distribué dans les différentes parties du corps, tandis que, par endroits^ il aggrave ses effets, se rapportant à la cause qui, avec diverses intensités, dans tel ou tel organe, a commencé et accentué le processus d'épuisement séniliforme. Ainsi chez les fous paralytiques le manteau cérébral, avant et plus que tout autre partie du corps, subit le processus de régression, eu égard au grand nombre de cas où ce sont des excès de travail cérébral qui épuisent, avant le temps, les énergies de la vie.
Les altérations anatomiques fondamentales de la démence paralytique sont : les opacités méningées, l'atrophie cérébrale, l'œdème ventriculaire, les dilatations chroniques des vaisseaux, les anévrysmes miliaires, Thypertrophie du tissu conjonctif^ la décoloration de la substance grise, les hémorragies punctiformes, les formations kystiques, des processus d^atrophie ou de sclérose médullaire ; en général, lésions diffuses, toutes de nature dégénérative, sans rapports avec les fonctions déterminées de telle ou telle partie de l'organe.
Tout ceci n'offre aucune différence, si ce n'est en degré, avec la sénilité ordinaire. Et mOme quelquefois on trouve aussi chez les vieillards l'adhérence de la substance grise avec la pie-mère.
Certainement, la forme de la folie paralytique à délire dépressif ressemble plus nettement à la sénilité^ même au point de vue physique.
En attendant, il ue faut pas oublier de noter qu'il faut rechercher la localisation de la dégénérescence anatomique, base des troubles nervoso-psychiques des fous- paralytiques, non seulement dans les centres encéphaliques ou spinaux^ mais aussi dans tous le réseau nerveux et dans tout l'arbre artériel périphérique (Angiolella), de m^'me que dans tous les organes glandulaires; et cela sous la forme des processus de dégénérescence atrophique semblables à ceux que l'on rencontre dans les étals d'intoxications générales chroniques et dans les états d'excessive sénilité.
Ceci est suffisant pour démontrer ce fait important, que le pro-
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cessus par lequel se produit la dégénérescence physique et morale de la folie paralytique est semblable au processus de la sénilité ordinaire. Le motif causal en est différent, sans aucun doute; jusqu'à présent, il nous est inconnu, mais je pense avec quelques auteurs, qu'il est de nature infectieuse, souvent syphilitique. Par mon expérience, je crois aussi qu'il est quelquefois dû à rinfection blennhorragique récente ou ancienne ; celle-ci déterminant, comme fait initial, un processus de méningite chronique dans Tarachnoïde et dans la pie-mëre,est cause de l'ischémie consécutive de la substance grise corticale et par conséquent de sa dégénérescence et de son atrophie, d'où dérivent secondairement des processus régressifs dans d'autres parties de l'organisme (1).
J'ai dit ailleurs comment, dans les états de débilité mentale grave, en même temps que les sentiments sexuels disparaissent, persistent les affections parentales. Ainsi les fous paralytiques voient toujours avec plaisir les parents, les amis et aiment les enfants.
Pour ce qui touche à la sphère organique de la vie sexuelle, les fous montrent diverses anomalies, expressions d'invalidité ou de perversion, qui trouvent leurs correspondants dans ce qui se produit ordinairement chez les vieillards, et surtout chez ceux qui sont atteints de démence sénile. Chez les fous paralytiques, dans les périodes initiales, on peut trouver souvent une période plus ou moins longue d'hyperesthésie sexuelle donnant lieu à des actes de débauche et à abus vénériens, qui sont souvent invoqués par les profanes comme causes plutôt que comme effets des maladies. C'est un état d'érélhisme qui est vite suivi d'une faiblesse, allant souvent jusqu'à Timpuissance. Souvent, la série des troubles nervoso-psychiques de la folie paralytique estjinaugurée par l'impuissance elle-même, capable de durer plusieurs mois, sans accompagnement appâtant d'autre indice morbide, comme chez les tabétiques et les diabétiques. Il n'y a aucune relation nécessaire entre les conditions d'énergie sexuelle et les idées délirantes de l'amour. Les paralytiques,
(1) Les Pyophrénies, Venturi, Annales médicopsychotogiquest iS9^,^Cu]\çrre : Folies blçnnhorragLques, Vendée médicale^ 1895,
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m^me à Tétai d'impuissance, ont des délires amoureux et commettent des tentatives de coït, ou deviennent un scandale public, par onanisme, exhibitionnisme, velléités incestueuses ou autres. En même temps se produisent chez les paralytiques des manifestations de besoins sexuels intenses, sans que transparaisse aucune répercussion du fait dans le délire. C'est ainsi <{u*ils sont souvent intolérables en famille car^ à Tencontre de toutes leurs habitudes de pudeur, de convenance et sentiment, ils vont de nuit, à tâtons, dans les chambres des servantes^ des belles-sœurs, et môme de parents plus rapprochés. Ces actions sont souvent méconnues dans leur caractère morbide par les parents, car les malades les nient absolument ou les justifient avec plus ou moins d'ino;éniosité ou de cynisme. C'estqu'elles sont commises dans la période de la maladie où prévaut la perversion ou la faiblesse du sentiment moral.
La puissance sexuelle des paralytiques est, dans certains cas, véritablement augmentée de façon excessive, beaucoup plus que cequej*aidit pour les périodes initiales, et apparaît souvent comme expression d'éréthismc. C'est l'effet d'une irritation spinale, produisant des états de priapisme ou de nymphomanie qui, quelquefois, préludent à la maladie, ou, beaucoup moins rarement, l'accompagnent dans les dernières périodes. Les crises clytoriques (Morselli) chez les sujets tabétiques équivalent à peu près aux excitations sexuelles exagérées qui, de faron transitoire, peuvent se produire dans les états paralytiques; dans des conditions de snnté, elles correspondent, en proportions limitées, aux prurits vaginaux que la femme éprouve à Tàge critique, et souvent dans les états séniles avec ou sans altérations mentales. Kraiït-Ebing fait même une mention spéciale de cesexcitationssexuelles exagérées qui,transitoirement, se montrent chez les fous et chez les hommes sains au moment de la sénilité.
En finissant, il me reste à rappeler que les fous paralytiques sont au dernier degré de l'échelle parmi ceux qui sont atteints d'incapacité reproductive ; de même que les vieillards de soixante-dix ans passés, ils ont de Tazoospermie. C'est Tindice le plus grave de leur sénilité, il exprime à lui seul toute la nature des anomalies sexuelles qu'ils présentent.
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Fous alcooliques , — II est des états morbides de l'esprit etdes activités nerveuses, transitoires ou continus, effets de causes artificielles au accidenielles, qui agissent en stimulant, affaiblissant ou dégénérant les organes et les fonctions. Il est des intoxications ou des infections chroniques et aiguës, des conditions dégénératives profondes, produites par l'action de substances ou de germes absorbés par Testomac, le sang, ou par la respiration : Talcool, Tabsinthe, Topium^ le chanvre indien, les sels de plomb, de brome, d'iode, de mercure, les miasmes, les contages, etc., d'où résultent cesétats morbides connus sous le nom d'alcoolisme, morphinisme, intoxications, saturations bromique, mercurielle, iodique, cachexie malarienne, syphilitique, diphtérique, typhique, etc.
Il y a aussi une forme morbide chronique spéciale avec états graves de dégénérescences anatomiques ou fonctionnelles, consécutives à Tusage continu du maïs avarié, dans lequel se trouve une substance qui agit sur la nutrition des centres nerveux et dont j'avais reconnu la nature infectieuse dès 1880 (voyez mon Étude sur la Pellagre — Communication au congrès d aliénation de Reggio-Êmilia 1880). Elle produit ces phénomènes morbides complexes connus sous le nom de pellagre. Des formes semblables à celles-ci par rapport aux phénomènes de dégénérescence dans la nutrition et dans la fonction des centres et des cordons nerveux sont produites par Tusage dans Talimentation de substances avariées ou impropres à la nutrition, comme le seigle, la gesse, etc.
Je ne puis pas m'occuper en détail et je ne trouve pas que cela serve au but que je me propose de chacune de ces formes de dégénérescence ; je trouve suffisant de m'occuper des effets de Tabus de Talcool, c'est-à-dire deFalcoolisme^ qui, outre qu'il est plus fréquent, exprime, en général, des caractères communs et saillants des dégénérescences anatomiques et fonctionnelles, produites par Taction de subtanccs impropres ou nuisibles à la nutrition et à la vie des tissus. Qu'il me suffise de signaler que, d'une façon générale, dans tout état de dégénérescence persistante, toxique ou infectieuse, il y a lésion du pouvoir sexuel ; les individus atteints sont incapables d'aimer suivant l'intensité delà dégénérescence dont ils sont frappés. A ce point de vue il