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CHAPITRE V

Monstruosité de Tesprit

(Épileptiques. — Hystériques,)

ÉpUeptiques, — Les épileptiques constituent une catégorie de psychopathes qui peut comprendre, en degrés et en formes, toute la série des anomalies de Tesprit^ depuis les états les plus bas de ridiotie jusqu'aux manifestations les plus élevées du délire intellectuel. Chaque point de la vie morale peut se montrer plus spécialement atteint. La monstruosité est le plus souvent représentée par une exagération énorme de la fonction, de telle sorte que dans un autre de mes travaux (TÉpilepsie vasomotrice, Archives de psychiatrie et de science pénale, 1889) je disais que Tépileplique esl, partiellement, un géant vis-à-vis de rhomme normal. Les manifestations de lépilepsie, par rapport au mécanisme physiologique qui la détermine, sont autant d'effets nerveux et psychiques de V automatisme. Les formes fondamentales des expressions épileptiques sont donc : le désordre vaso-moteur, Témotion, la convulsion, Thallucination, l'impulsion, Tidée impulsive, etc.

Au point de vue de Tautomatisme qui détermine les manifestations de leur vie nerveuse et morale, les épileptiques sont ceux chez lesquels les besoins de l'organisme se traduisent avec la plus grande évidence et où ils tolèrent le moins les empêchements imposés par la volonté et par les nécessités de la vie sociale. On peut même voir l'automatisme arriver à déterminer

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chez les épileptiques la démonstration des affinités physiologiques et psychiques entre organe et organe, fonction et fonction, que la toujours croissante individualisation des parties, au cours de la vie progressive de lespèce, avait rendu moins fréquemment visibles ; Tautomatisme arrive à susciter des tendances qui révèlent des conditions de simple el de primitive organisation. Les besoins de la vie instinctive qui chez Thomme civilisé sont maintenus par Faction modératrice et la vigilance des convenances sociales, s'imposent chez Tépileptique et mènent Tindividu.

Surtout au point de vue des besoins de la vie instinctive, Tépilepsie est une condition spéciale sous l'influence de laquelle les désirs prennent la forme d'impulsions irrésistibles, Témotion devient passion, la réaction devient convulsion, la peine, la douleur, le plaisir exaltent le sentiment et le transforment en fureur. Le caractère excessif s'associe quehjuefois à une tendance spéciale de dégénérescence dont l'action est la destruction de l'individu et de Tespèce, et dont je parlerai plus loin, qui surgit chez ces malades, basée sur l'insuffisance de développement qui est souvent l'origine de l'épilepsie; les manifestations des besoins de la vie naturelle ne se maintiennent donc pas toujours entre les limites de la nécessité biologique, mais elles dévient et la dépassent. Les satisfactions de la vie instinctive, énormément exagérées, finissent ainsi par devenir étrangères et môme nuisibles à la conservation de l'individu et de l'espèce. C'est là la base fréquente des délits les plus dangereux.

Ce fait étant établi que souvent les épileptiques exagèrent et pervertissent, par suite de l'automatisme, les altérations de leur vie nerveuse et psychique, ils se conduiront aussi souvent en amour comme les fous des diverses catégories que nous avons classées, selon qu'ils seront à un degré plus ou moins élevé du développement de la personnalité morale; ils peuvent donc être, en même temps qu'épileptiques, idiots, imbéciles, mattoïdes, fous, déments, criminels, géniaux, etc., avec la différence que, chez eux, Taclion de l'épilepsie s'y ajoute, et qu'elle s'y exprime par des impulsions de tous les côtés ou sur tel ou tel point de la psychique ou de l'énergie nerveuse; dans leurs manifestations amoureuses ou sexuelles, ils portent donc les choses à l'excès et

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sortent de la voie naturelle par rapport à Tordre de manifestations propre au degré de développement moral qui les caractérise. Celui qui voudrait classer les épileptiques sous un type unique de modalités d'expressions, par rapport aux fonctions psychiques et instinctives, montrerait qu'il ne connaît rien à Tépilepsie; c'est là une entité pathologique distincte, à évolution spéciale, pouvant être indépendante ou s'associer, par corrélation de développement ou par liens de causalité et d'efficacité, à des états d'esprit qui peuvent être des formes inférieures de développement, des perturbations psychiques transitoires ou permanentes, accompagnant ou exprimant la nature même de Tépilepsie. En un mot, je vois chez les épileptiques des individus qui peuvent être intelligents, idiots, imbéciles, mattoïdes, fous ou déments, criminels, géniaux^qui, par rapport à la vie sexuelle, aiment ou satisfont leurs besoins comme les individus appartenant aux dicférents étals d'esprit énumérés plus haut, avec cette différence que dans Tamour ou dans les satisfactions sexuelles agissent chez eux l'impulsion et l'immodération ou la tendance destructive, qui portent les sentiments et les besoins hors de la mesure propre aux diverses conditions respectives. C'est ainsi que se déterminent les anomalies spéciales de l'amour exagéré et monstrueux.

Les états d'esprit spéciaux de conscience ou de volonté, dont les épileptiques peuvent être momentanément atteints, déterminent en outre le mode suivant lequel ils aiment ou satisfont leurs besoins sexuels. Il y a dans cette série des épileptiques onanistes ; d'autres stupides ou violents qui se jettent brutalement sur la première femme qu^ils trouvent, fût-ce môme leur mère; d'autres qui aiment de façon romantique et platonique, aussi éloignée de Tacte sexuel que la vie idéale peut l'être ; celui-ci pouvant môme être délirant s'écarte de la réalité et des convenances de la vie pratique. On va de l'idiot onaniste et incestueux jusqu'à Tamour génial de Pétrarque ; des amours effrénés des bacchantes jusqu'aux amours sanguinaires du Jacques de Zola, et aux violateurs de tombe. Des épileptiques, qui dans les intervalles lucides sont raisonnables^ bien élevés, affectueux, qui mènent une vie sexuelle normale, dans leurs périodes d'état morbide deviennent des impulsifs, obscènes,

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incestueux, bestiaux, de même que s'ils étaient imbéciles. Ils n'en diffèrent que parce que i'épilepsie imprime au tempérament des individus une caractéristique particulière, qui les rend singulièrement concentrés; vivant davantage en eux-mêmes, ils sont soupçonneux, envieux, égoïstes, emportés, fanatiques, crédules, mystiques. Chaque chose a son origine, son impulsion première en eux-mêmes, ils ressentent moins Tinfluence modérative de l'extérieur dû à la nécessité des besoins d*autrui; de sorte que leur tempérament prend un caractère particulier d*insociabilité qui les rend ou arriérés ou très avancés et qui les détache par conséquent de l'adaptation et de l'altruisme. C'est ainsi qu'en amour prévaut leur seule personnalité, ils sont dominateurs, jaloux, emportés, tyranniques ou fantasques. Ils poussent Taffection jusqu'à l'idolâtrie, la sympathie jusqu'à la passion, le dédain jusqu'à la haine, le désir jusqu'à l'irrésistible nécessité ; ils exercent l'amour sans modération, et dans les embrassements les plus ardents mordent les chairs de la personne aimée et à l'occasion des plus légères disputes la persécutent ou la tuent.

L'attraction des épileptiques pour la douleur est notable, ils l'aiment soiivent chez eux-mêmes et jouissent de la voir chez les autres; ce serait là quelquefois une expression larvée du plaisir, ils en ont souvent, comme de la douleur, le besoin irrésistible et ne s'en peuvent déshabituer. J'ai eu précisément à étudier une classe d'individus avides de la douleur que j'ai appelés algistes par comparaison avec ceux, très fréquents dans tous les genres de névropathies, que j'appelai algophiles ( Actes du Congrès italien d'aliénation de Novare, 1889). Ces rapports entre la douleur et le plaisir, que les névropathes, et parmi eux les épileptiques, vont réveiller spécialement dans les actes de la vie sexuelle, rappellent les affinités physiologiques qui existent entre le plaisir et la douleur, ceux-ci ayant la même base anatomique et se rapprochant l'un de l'autre à tel point que l'excès de plaisir devient douleur et que le début de la douleur est du plaisir. Chez les épileptiques, de même que chez les névropathes comparables, les affinités physiologiques, outre qu'elles sont plus intenses, sont plus manifestes et plus étendues, car même l'excès de la douleur est quelquefois plaisir. L'on peut donc

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dire que l'un et Tautre sont placés le long d'un cercle nerveux et qu'ils se poursuivent tour à tour. La seule cessation du plaisir est douleur, de m(^me que la cessation de la douleur est plaisir. Voyez combien d'épilepliques dans les pratiques sexuelles comme dans les religieuses, qui offrent tant d*analogie de sentiment, se martyrisent par des flagellations, des lacérations et des morsures, etc., et combien trouvent dans la flagellation le suprême plaisir sexuel de l'éjaculation. Le plaisir qu'éprouve Tépileptique dans les moments de grande exaltation des sens à voir souffrir autrui est, par rapport à Tagrément de la douleur qui se substitue à celui du plaisir, analogue à ce fait, que chez Thomme normal le plaisir sexuel s'exalte lorsqu'il est évidemment partagé par la personne dont on l'obtient.

Chez les épileptiques, il y a souvent un mode particulier de sentir par rapport à la vue du sang. II y en a chez lesquels on trouve une invincible répugnance à le voir (hématophobie) d'autres que la vue du sang enivre et qui en deviennent avides (hcmatophilie). Les vampires qui désolaient les provinces slaves et polaques au xviii® siècle étaient des névrosés que la soif du sang rendait forcenés. La tendance des épileptiques à l'assassinat est souvent provoquée par la vue du sang qu'ils voient accidentellement couler ou qu'ils se figurent voir. Les visions sanguinaires sont un fait ordinaire dans les fureurs de Taccès épileptique et tandis qu'elles pourraient être déterminées par des congestions de la rétine, ce sont peut-être elles qui constituent la base des suggestions inconscientes vers le crime, (^ette attraction des épileptiques pour le sang peut être suscitée dans les moments de plus grande excitation du sens erotique, favorisée par l'état d'inconscience qui laisse libre Faction de l'automatisme ; celui-ci réveillant les tendances cachées de cette fibre qui probablement, dirait Zola, constituait autrefois des désirs et des habitudes. Cette avidité pour le sang unie à la soif de la douleur détermine quelquefois chez les épileptiques ces tendances monstrueuses, accompagnant ou remplaçant l'acte erotique, et consistant à déchirer les membres de la personne désirée, à en arracher les viscères^ à en mordre les chairs sanglantes. Au delà se trouve un abime plus profond et plus obscur dans lequel chavirent quelquefois et disparai>sent l'esprit et

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le sentiment, où se perd chaque parcelle de ce qui nous émeut, je veux parler de la nécrophilie. C'est, hors de toute notre raison, un pas fait de la vie dans le domaine de la mort, c'est la divagation la plus énorme du délire du sentiment et de Tesprit de ce qui est Tamour.

Il n'est pas possible que même à des époques lointaines, môme aux origines de la philogenèse humaine, la férocité et l'amour, la vie et la mort aient été liés dans un fraternel domaine. L*épilepsie est une condition d'exagération ou de perversion des fonctions, mais elle ne fait réapparaître rien d'atavique qui soit anti-biologique. Elle ne réveille pas des tendances ataviques à la nécrophilie et à l'ivresse du sang qui, chez aucun peuple antique, n'ont pu être des actes naturels car ils sont en opposition avec la vie, et sont anti-sociaux ; s'ils existèrent et s'ils existent encore aujourd'hui chez les peuples sauvages sous forme de cannibalisme, ils ne représentent pas autre chose qu'un moyen de lutte pour Texistence exercé aux dépens des ennemis, de la même façon que les massacres, dans la guerre, ou la peine de mort légale. Les tendances sanguinaires et nécrophiles des épileptiques sont des expressions larvées d'épilepsie qui correspondent à des besoins sexuels de nature négative. Croire que ce soit de l'atavisme, c'est rendre absurde l'idée scientifique de l'atavisme même. Pas trop de zèle atavistique! !

Le délit de sang, crime ou suicide, commis sans but de lutte, et la satisfaction des besoins sexuels accomplie sous un mode contraire à la vie de l'espèce, comme l'assassinat de la victime et rivresse sexuelle du sang, établissent que, à Télat de nature, les races se rendent malades aussi par suite de l'apparition dans leur sein d'individus caractérisés par une tendance spéciale à la destruction de l'organisme social, comme le cancer fait destruction de l'organisme individuel. Ces races ne disparaîtraient donc pas seulement à la suite de défaites dans la lutte pour l'existence et dans le choix sexuel qui, provoquant des divergences de caractères et des améliorations sur l'évolution des divergences, créent de nouvelles variétés et de nouvelles espèces, et laissent périr les individus moins différenciés ou moins évolués; mais aussi par maladie. La différence entre les criminels par suile de cette tendance de dégénérescence et les criminels par

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insuffisance de développement moral est évidente; dansce dernier cas peuvent réapparaître des caractères ataviques qui se manifestent analogiquement à ces étals d'insuffisance. Dans les espaces animales et végétales, il y a de fréquents exemples de destruction même entre individus de m^me espèce, sans but évident ou direct d'utilité individuelle (Ferri). Ce fait est analogue à ce qui chez rhomme devient quelquefois monomanie homicide et suicide, si bien décrite par Esquirol. Cela pourrait être aussi un moyen naturel favorable plutôt que contraire à la prospérité de Tespèce par 1 élimination directe des individus nuisibles ou dangereux. Mais ce pourrait ^tre aussi un des modes d'extinction, par désavantage absolu de l'espèce m^me. Quoi qu'il en soit, il existe une tendance destructive, exercée hors du domaine de la lutte pour l'existence individuelle et de la sélection sexuelle, et qui représente une des véritables bases du crime instinctif. A propos du crime et du génie, je parlerai de façon plus claire et plus étendue de cette tendance destructive qui est la base de la ilélinquence congénitale et de ses différenciations d'avec l'atavisme par rapport au délit.

Cliniquement, il faut observer que l'épilepsie est plus facilelement liée à des formes d'arrêt de développement; elle trouve donc ses origines dans l'organisation insuffisante des facultés de coordination et de modération de l'énergie nerveuse, par laquelle elle devient secondairement un fait pathologique, une manifestation d'anomalie de développement. Si l'on considère que l'épilepsie, dans l'ensemble de ses manifestations, signifie physiologiquement automatisme, impulsion irrésistible, son mécanisme peut s'expliquer par la grande loi physiologique suivant laquelle les pouvoirs d'arrt^tetde modération s'organisent et atteignent leur prédominance à mesure que croît la substance cérébrale jusqu'à ce que la corticale assume la direction et la mise en lumière de tout le fonctionnement nerveux. L'épilepsie serait donc une réminiscence de l'ancienne prédominance du mésocéphale et dans certains cas Teffet d'une distractioîi (épuisement, paralysie, inhibition?) de la corticale cérébrale.

Nous avons vu, en examinant la fécondité des fous, que les épileptiques ne diffèrent pas à ce point de vue des autres fous qui se trouvent au m<^mo niveau d'intellectualité et de déca-

S. Vbntuhi. \'i

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dence. Lombroso a signalé rintermittence avec laquelle les épileptiques sont assaillis des besoins erotiques les plus violents. Ceci se rattache à Tinfluencc directe qu'exerce l'accès épileptique, lequel peut quelquefois se montrer sous la seule forme de Térotisme, ainsi que cela résulte de certaines observations de Kraffl-Ebing.

Les épilepsies qui ne sont pas d^origine congénitale ou infantile ne donnent pas lieu à des manifestations d*automatisme ou de perversion sexuelle, si ce n*est dans des cas très exceptionnels lorsqu'elles sont d'origine traumatique et chez des sujets à tendances névropathiques.

Les épilepsies symptomatiques de lésions corticales, celles consécutives à des empoisonnements alcooliques, d'absinthe, de tabac, etc., appartiennent à une classe différente opposée à celle des épilepsies évolutives, au point de vue de la condition anatomique qui la détermine ; elles sont en rapport avec des états de dégénérescence partiels ou diffus, et déterminés par desconditions locales d'irritation qui, déterminant Taccès, n'ont pas toujours pouvoir d'engendrer cet état spécial de la personnalité épileptique, dont nous avons parlé plus haut, et qui se développe avec l'arrêt de croissance.

Un tempérament épileptique, tel qu'on Tentend communément, ne se rencontre pas, au moins dans la grande généralité des cas, chez des individus affectés d'épilepsie non évolulive. Cependant, les convulsions épileptiformes que l'on voit souvent chez des individus d'âge adulte, non épileptiques d'origine, se trouvent généralement chez des sujets profondément atteints de dégénérescences involutives ; on voit par conséquent se constituer une classe d'épileptiques d'un tempérament analogue (c'est-à-dire violents, immoraux, cyniques, brutaux, indécents), là justement où cela n'est pas dû à l'épilepsie dont ils sont atteints, mais bien à la dégénérescence spéciale qui cause en même temps l'épilepsie et le tempérament immoral. Ce serait, pour mieux dire, plutôt des convulsionnaires que des épileptiques. Je dis ceci en général, car on peut même voir, dans l'âge adulte, des épileptiques par caractère acquis offrant tous les caractères moraux de l'épilepsie classique. Par exemple, ce fait que même une épilepsie accidentelle traumatique peut être

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transmise aux descendants démontre qu*iine épilepsie constitutionnelle peut Hve engendrée par voie acquise, à un âge avancé, c'est, par conséquent, une épilepsie involulive.

Les manifestations d'ordre sexuel chez les individus qui souffrent de ce genre d'épilepsie ont donc le double caractère de la sénilité avec tous ses caractères de débilité^ de perversion, d'impuissance dus aux aspects spécifiques de ses diverses formes. Il est inutile de les énumérer, je ne ferais que répéter une chose déjà dite.

Hystériques, — L'hystérie, au cours de laquelle se mani^ festcnt de si nombreuses anomalies de la vie morale, ne pourrait pas ne pas être prise en spéciale considération dans ce livre. Elle reproduit en soi tous les caractères accentués ou morbides de la vie psychique et nerveuse. Cette multiplicité des phénomènes morbides, leur intensité si variée ne peuvent s'accorder que par leur variabilité même, leur inconstance, et par leur absence de relations avec une lésion matérielle fixe des centres nerveux. Dans ces derniers temps, Thystérie fut Tobjet des études les plus heureuses de la clinique (Charcot), son mécanisme fut mis dans une grande lumière et contribua à éclairer une partie considérable de la physio-psychologie normale.

On admet aujourd'hui que l'hystérie, ou plutôt les phénomènes hystériques, sont le résultat d'une suggestion, venue du dehors ou née dans Tindividu lui-même (auto-suggestion) (1). Les effets de Tépilepsie s'épuisent d'eux-mêmes, Tun après Tautre, à mesure que cesse la cause nerveuse ayant déterminé ou appuyé l'action automatique ; les effets de Thystérie cessent lorsque cesse l'idée consciente ou inconsciente qui les soutient ou bien ils sont remplacés par des phénomènes correspondants à une nouvelle idée qui vient se substituer à la première.

Le mécanisme physiologique de Tépilepsie diffère de celui de rhystérie en tant que le mécanisme de l'automatisme diffère de celui de la volonté. Celle-ci est en rapport avec des actions nerveuses d'ordre plus élevé et moins simple; par rapport à Tautomatisme, c'est le produit d'un état plus avancé dans l'évo-

<1) Janet. — L'Automatisme psychologique. Paris, 1892.

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lulion de radivité nerveuse. Celle-ci, chez les organismes sim|>les et pour les actions d'ordre élémentaire se manifeste sous forme d'automatisme et, passant par les divers degrés du rétlexe nerveux et psychique, elle arrive jusqu'à la volonté qui esl encore un réflexe d'ordre plus élevé.

On dit que l'hystérie est souvent une amnésie. L'épilepsie est souvent la mùme chose. Mais Thy^térie est l'amnésie de la conscience, de la synthèse personnelle; l'épilepsie est une amnésie de l'inhibition physiologique.

Dans l'évolution de l'automatisme à la volonté, à travers les divers degrés du réflexe, il y a une longue série d'étapes représentant les divers degrés de l'épilepsie, depuis les formes médullaires jusqu'aux formes psychiques et les divers degrés d'hystérie depuis celles à base de réflexe inconscient, ayant pour point de départ des excitations viscérales,jusqu'à celles ayant un point de départ sensoriel ou intellectuel, ou bien partant d'un acte de réaction conscient. Tandis que l'épilepsie dans Tordre chronologique de l'évolution de la vie nerveuse représenterait la période philogénique delà prédominance de la moelle et Ju mésocéphale, l'hystérie représenterait la période philogénique de la prédominance des centres de la sensibilité et de la psychique inconsciente.

Pour l'épilepsie comme pour l'hystérie on trouve deux formes, Tune évolutive, l'autre involutive. Il y a donc un^ constitution hystérique produite par une insuffisance de déve- J ioppement de la personnalité nerveuse et psychique resiée audessous de l'instant où il y a prédominance de la volonté sur ies actions nerveuses et où celles-ci s'harmonisent avec la destinalion biologique, morale et sociale ; et une autre forme, produite par la décadence de cette énergie nerveuse et psychique,] coïncidant avec le début du processus d'involution. La première de ces formes d'hystérie se développe ordinairement lorsqiH commence la vie sexuelle et se maintient plus ou moins durant la période d'activité de ces fonctions ; la deuxième apparaît lorsque la vie sexuelle est suspendue. Toutes deux trouvent $o vent leur cause prédominante dans une hyperesthésie de l'apt'a reil sexuel, que ce soit aux premières ou aux dernières périotlr* de cette fonction. Il n'est donc pas nécessaire de dire que l'bv

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térie est une névrose sexuelle, on connaît ceci depuis fort longtemps; on peut la trouver à des moments éloignés delà vie sexuelle elle-même, dans Tinfantilité et dans la sénilité, ou bien elle peut être causée par des influences extérieures aux fonctions sexuelles ; mais puisque l'hystérie est TefTet de fréquents réflexes nervoso-psychiques, ces réflexes trouvent dans les organes de la vie sexuelle et dans les particularités de leur fonctionnement des occasions^ des points de départ fréquents^ un terraih propice pour être produitset retentir.

En dehors des organes sexuels et des fonctions correspondantes, rhystérie a de fréquentes causes d'origine dans des conditions d'amoindrissement de Ténergie d'ordre psychique, et d'excessive impresslonnabilité nerveuse (traumatismes exercés sur le crâne et sur les vertèbres; vers intestinaux, cicatrices viscérales, dégénérescence d'origine toxique, souffrances morales, peur, suggestion, etc.). Mais la fréquence avec laquelle l'hystérie relève d'anomalies des fonctions et des organes génitaux démontre plus encore l'exactitude du principe si souvent énoncé : que la vie sexuelle met en marche toute la fonctionnalité nerveuse et psychique, qu'elle la domine souvent, et qu'elle reproduit souvent, par ses désordres et ses défections, les tares et les désordres de la vie morale.

Je ne puis m'appesantir sur la description des deux formes cliniques d'hystérie que j'appelle évolutive et involutive. Qu'il me suffise de les résumer, d'une façon générale, en disant que la seconde de ces formes est la caricature de la première, de même que la femme présentant de nouveau et passagèrement à l'âge critique les énergies et les passions sexuelles est la caricature de la femme agissant avec la force et l'élan de la jeunesse. Dans l'hystérie de l'âge critique, les apparences nerveuses i sont transitoires, faibles, de peu d'intensité; elles causent des ^ affections efl'acées, désharmoniques, inconvenantes, et se maniit festent par des oscillations qui précèdent l'extinction complète r.. de la fonction. Dans cette forme d'hystérie, il n'y a pas pouvoir de besoins fonctionnels et biologiques, mais galvanisation et hyperesthésie auxquelles ne répond aucun besoin vital. La première forme de l'hystérie, la forme évolutive, pourrait aussi se défmir comme hystérie fonctionnelle, non dans le sens ordi-

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nairement attribué à ces mots, mais parce qu'elle est en rapport avec différents instants de la fonction sexuelle et qu'elle dure ordinairement autant que la vie de cette même fonction. Cette forme d'hystérie, s'attachant, ainsi que nous l'avons dit, dans le plus grand nombre des cas, à la vie sexuelle, en affirme davantage les manifestations extérieures, accentue par conséquent le côté spécial de la femme, et joue par rapporta elle le même rôle que Tépilepsie par rapport à l'homme ; c'est-à-dire qu'elle fait de la femme hystérique l'exagération de la féminité (Tonnini), et c*est ainsi que se présente Thystérique, dans le plus grand nombre des cas. Cependant, entre la femme accentuée par l'hystérie, et l'homme accentué par Tépilepsie, il y a cette différence qui existe naturellement entre l'hystérie et Tépilepsie : non seulement la femme hystérique présente une accentuation des manifestations expressives de sa vie morale, affective et nerveuse, mais les instabilités, les variabilités du caractère, physionomie ordinaire de la femme, si rapprochée de l'enfant par son imparfaite force de résistance et de coordination, se trouvent chez elle exagérées. Je crois que, de façon générale, on ne pourrait mieux définir l'action de l'hystérie sur la femme qu'en marquant l'accentuation des expressions, des formes, des variations, du défaut de résistance^ de la faiblesse, etc., de sa vie affective ou de relation, phénomène qui la rend moins maltresse d'elle-même, esclave du réflexe qui suscite^ par ci, par là, des appétits, des tendances, des associations, des répulsions, des conditions, des affinités, etc., qui peuvent même être en contradiction avec l'utilité biologique et sociale et peuvent se trouver provoquées par la prédominance d'activités intrinsèques. Cette hystérie évolutive ou fonctionnelle diffère essentiellement de l'hystérie involutive ou de Tàge critique en ce qu'elle constitue le caractère de la femme, sa personnalité entière, dans sa continuité et sa résistance; tandis que l'autre forme est un effet partiel, transitoire, et qui réfléchit en les faussant les contours de la personnalité humaine. Outre ces deux formes d'hystérie on pourrait en trouver une troisième que Ton pourrait dire symptomatique ; ce symptôme, pouvant se rencontrer chez des personnes non hystériques, et en période de vie active, exprimerait des moments déterminés

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et Iransitoires de faiblesse qui prendraient leurs formes, leurs apparences des conditions spéciales dans lesquelles se trouverait rindividu par rapport à Tàge et au mode habituel de sentiment et d'expression. C'est ainsi que Ton observe assez souvent des hystéries passagères dans la grossesse, aux époques menstruelles, dans l'anémie^ dans la convalescence de maladies épuisantes, dans des conditions de souffrances morales, etc. Durant ces périodes les particularités de la femme peuvent, partiellement ou dans l'ensemble, se trouver affirmées dans ses faiblesses et ses tendances affectives et nerveuses, de même que rivresse alcoolique met à nu, pour ainsi dire, le caractère ordinaire de l'individu, dissimulé par les convenances et Téducation. Il en est de même pour les formes d'épilepsie dont j'ai parlé plus haut. Outre leurs formes spéciales, d'évolution ou d'involution, elles peuvent présenter des formes symptomatiques transitoires, éloignées des influences du processus involutif et qui répondent à des conditions accidentelles et transifoires affaiblissant l'énergie nerveuse et morale (intoxications aiguës, traumatismes, souffrances morales, états passionnels, etc.).

Ces moments transitoires d'affaiblissement d'énergie, par lesquels se manifestent isolément des apparences d'épilepsie, d*hystérie et môme de folie morale, peuvent se comparer, suivant les circonstances et le mode d'expression, à autant de moments normaux dans le cours du développement de formation ou du processus de régression sénile.

Ceci par analogie d*expression et par correspondance de classification.

En parlant des deux formes principales d'hystérie, nous ne nous sommes occupés jusqu'à présent presque exclusivement que de la femme. Chez Thomme aussi, on trouve, ainsi que je Tai dit plus haut. Thystérie. On ne se tromperait guère en affirmant que, chez l'homme, l'hystérie se manifeste aussi fréquemment que chez la femme, mais en forme plus effacée, je dirais presque rudimentaire, dans la mesure où la vie sexuelle, chez l'homme, influence moins les affections, les pensées, et la direction des activités nerveuses, par rapport à la femme. Mais dans les périodes de la vie et dans les circons-

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tances spéciales où la vie sexuelle fait plus fortement sentir, chez rhomme, son influence, les apparences de l'hystérie surgissent et elles peuvent, proportionnellement, supporter presque la comparaison avec ce qui se produit chez la femme.

L*époque de la puberté chez les enfants d'organisation délicate et de fine sensibilité détermine des états affectifs intenses et ia prédominance des réflexes au point de déterminer assez souvent des apparences morbides hystériformes ou passionnelles. Les suicides si fréquents des tout jeunes amoureux, les résolutions violentes exagérées consécutives à des souffrances morales de cet âge, comme par exemple Tinsuccès des examens, etc., et d'autres actes analogues d'hyperesthésie chez les jeunes gens et chez les adolescents, sont des équivalents des convulsions et des pleurs, plus fréquents chez la femme, et qui chez Thomme prennent une forme et une direction suggérées par Téducation spéciale (suggestion ou habitude) de la classe à laquelle ils appartiennent. Les folies commises pour accomplir un mariage donné, qui peut ^tre contraire à toute convenance économique et sociale, représentent souvent, chez l'homme, une hystérie, non pas larvée, mais dépendant de la condition spéciale du sexe dans le milieu oii vit Tindividu. Du reste, on peut, sur cette base, conclure que les pleurs, les convulsions, les caprices, les instabilités, les impulsions, les répugnances de la femme hystérique correspondent aux faciles colères, aux menaces, aux décisions pseudo-héroïques, aux instabilités, aux haines, aux inimitiés des hommes nerveux, exagérés, que l'on pourrait appeler hystéroïdes.

Quant aux époques oii Thystérie débute de façon plus déterminée chez la femme, puberté et âge critique, il ne peut y avoir de détermination correspondante chez Thomme, car, chez eux, les époques de la vie sexuelle ne sont pas accentuées de môme: rinvolution sexuelle du mâle ne se produit pas dans un temps aussi restreint^ mais peu à peu, et, en outre, s'épuise dans un âge beaucoup plus avancé. De lacet important fait clinique que si, à la puberté, il peut y avoir parité de fréquence des réflexes hystériformes (la différence des conditions respectives étant considérée), à Tautre période de la vie sexuelle, chez le mâle seul peuvent se produire et se produisent ordinairement les termi-

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naisons faciles. De même, ce fait que, chez Thomme^ la vie sexuelle se développe sans retours périodiques el s'exerce sans' conséquences biologiques outrepassant les limites du plaisir et les moments de satisfaction d*un besoin passager, ce fait, dis-je, le rend indemne des fortes et fréquentes secousses qui parsèment d'épines la route que parcourt la femme dans sa vie entière.

Après ce que j'ai dit des hystériques, on comprendra que, dans la vie sexuelle, ils doivent ^tre anormaux, et Ton comprendra aussi que ces anomalies répondent aux manifestations particulières de rhyslérie dont ils sont frappés. L'amour dans ses diverses manifestations psychiques et nerveuses embrasse et emploie tout ce qui constitue la personnalité : intelligence^ sentiments, caractère, volonté, sensibilité, force et mouvement. Telles les anomalies de l'intelligence, du caractère, des affections, de la sensibilité, dont souffrent les hystériques, tels les caractères pathologiques de leur amour. J'ai dit qu'ils étaient d'un tempérament variable, immoraux, impulsifs, imprévus, passionnels, exagérés, pervers. Ils ne sont pas autrement en amour.

Ils aiment sans juste proportion d'intensité, sans mesure de convenance. Le caprice les domine. Ils ont des passions excessives, exagérées, non justifiées, inconvenantes le plus souvent, par rapport aux exigences sociales. Leurs passions les portent aux excès les plus fantasques, empoisonnements, suicides, fuites, etc. En mt^me temps, sans aucun motif, à l'improviste, leur passion cesse pour donner lieu à d'autres tendances. De chaque aventure amoureuse ils cherchent à faire un poème. Ils se complaisent souvent dans des amours platoniques qui se transforment assez souvent ensuite en érotisme ou en mvsticisme religieux. Capables quelquefois d'un véritable héroïsme pour la personne aimée, ils peuvent d'antres fois, par leur inconstance et leur cynisme, aller jusqu'à la prostitution cachée ou évidente. Le fait est que les hystériques, dans chaque forme de manifestation du sentiment, obéissent à une seule loi, l'amour d'eux-mômes : tout ce qu'ils font à l'avantage d'autrui est suggéré par la vanité.

Cependant, sont hystériques, le plus souvent, ceux (jui

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arrivent aux formes les plus exquises du sentiment et de Tidée amoureuse; ceci n est que la manifestation de Thyperesthésie à laquelle peut se joindre leur affectivité et qui donne lieu à une monstruosité. Le côté évidemment monstrueux de ces manifestations élevées, qui représenteraient la génialité de Tamour, se dévoile ordinairement dans le défaut de convenance pratique de leurs amours; ce sont donc des manifestations exprimant leur individualité spéciale. Les amours de sainte Thérèse pour Tépoux mystique sont sublimes, élevés, généreux, mais ce ne sont pas des amours humains, des amours normaux, sociaux et biologiques. L'amour de Sapho pour le divin Faon est héroïque, mais excessif et inconvenant. Le plus souvent, je dirai presque toujours^ les amours excessifs des hystériques sont de la fatuité, des actes de légèreté mentale. Ils sont rarement capables d'aimer dans de justes proportions de convenances affectives^ morales et biologiques.

Nous avons dit que le principal facteur de leurs affections est la vanité. Quelquefois même, la perversion morale dont ils sont atteints, de façon durable ou transitoire, détei*mine leurs inclinations. Il arrive même qu'ils soient réfractaires à Tamour par suite d'anesthésie affective spéciale, et qui contraste vivement avec rhypereslhésie dont ils sont le plus souvent victimes. Puisque Tamour chez eux, en tant qu'affection manifestée, est une forme extériorisée d'égoïsme, et par conséquent, une manifestation d'infériorité dans la série des développements sentimentaux, son passage rapide à des sentiments individuels de protection (d'ancienne origine) est facile, de même se montrent faciles ses rapports étroits avec le sentiment religieux, antithèse de l'amour dans les degrés les plus élevés du développement de ces sentiments, tandis que dans les états moins évolués les affinités sont toujours accentuées. Ce n'est pas autrement qu'il y a antithèse entre la douleur et le plaisir, au degré ordinaire de développement de là personnalité et des fonctions nerveuses, alors que, dans leur origine, ils représentent un seul sentiment unique, non encore partagé, et que en s'approchant du plus haut degré de développement, ils vont toujours en se différenciant. C'est donc ainsi que les hystériques, comme les épileptiques, sont peureux et lâches, facilement

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mystiques, et que leurs amours alternent ou se mêlent si facilement à ridée religieuse. A des degrés plus accentués d'infériorité morale, il y a continuité et évidence plus grande de ces rapports. Voyez la religiosité des imbéciles, des sauvages, des criminels, des enfants, et si Ton veut même des femmes^ tous ceux-ci sont en même temps égoïstes, peureux et lâches. A ce point de vue^ les hystériques ont beaucoup de points préférables; Tapparition chez eux de sentiments de protection ou mystiques,se substituant à des manifestations altruistes ou formant leur base, est un fait non pas constant mais accessoire, comme Teffet de moments passagers de faiblesse; ou bien, si c'est là un fait constant, il est compensé par une lendance contraire qui représente un pas en avant dans l'évolution partielle.

Ainsi, les hystériques, en amour, comme dans tout le domaine de leurs sentiments altruistes, appartiennent à une catégorie indéfinissable, si Ton veut les considérer comme formés stables, et cela justement parce qu'ils ne présentent aucune stabilité. Au contraire, ce sont autant d'individualités suspendues entre différents degrés d'évolution partiellement avancée ou même trop avancée et d'évolution insuffisante. A cet état de suspension entre des hyper-évolutions partielles et des hypo-évolutions partielles, ils n'arrivent pas à l'équilibre mais sont constamment tiraillés entre les deux. J'exprimerai mieux ma pensée en faisant observer que là où ils semblent avoir des aptitudes moins évoluées, celles-ci se trouvent seulement faiblement organisées, c'est-à-dire qu'elles ont peu de résistance, de sorte qu'elles s'épuisent do temps en temps et déterminent la réapparition d'aptitudes inférieures basées sur des couches plus vigoureusement constituées par des habitudes anciennes et héréditaires. Au degré opposé, les proportions monstrueuses de certaines aptitudes sont moins l'effet d'hyper-évolutions que de renforcement, d'hyperesthésie de facultés normales ou de faible résistance opposée.

Voici donc la différence entre l'hystérique et le mattoïde quanta la puissance de la fonction. L'hystérique pourra être continuellement ou transitoirement une personne normale, ou même supérieure car elle aura les moyens de l'être, ceux-ci pouvant éprouver le besoin d'être spulenus, rçpfprcés o\i

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accordés; le mattoïde, s*il peut à un certain point de vue être de capacité normale et supérieure, présentera, d'autre part, des degrés inférieurs dans ses aptitudes et qui ne pourront, malgré tout, être portés à une capacité suffisante.

Physiquement, les hystériques aiment sous un mode anormal, semblable à Tanomalité des manifestations de leur activité nerveuse dans les différents domaines de la vie de relation ou de la vie végétative.

On trouve les avides, les insatiables de Tacte sexuel, de même que plus souvent Ton y trouve les frigides ; il y a donc les hyperesthésiques et les anesthésiques. On trouve ceux qui, dans la satisfaction du besoin erotique sont chastes, ceux qui sont pervers et obscènes (pédérastie, tribadisme, cheminer nus dans les chambres, exhibitions obscènes, etc). Ils ont même en ceci de grandes affinités avec les épileptiques; comme eux^ ils éprouvent les plus grandes ivresses dans Tacte sexuel lorsqu'il se môle à la douleur et au goût du sang. Les hystériques présentent quelquefois dans l'état sexuel des manifestations équivalentes à Taccës convulsif, causées par des moments d'érotisme qui surpassent toute résistance de la volonté.

On peut dire que l'hystérie semble maintenir plus longtemps et reproduire les caractères de la jeunesse (Tonnini),dans laquelle la sexualité est justement plus vive et dont les contours plus accentués sont spécialement mis en évidence par la sexualité même. Il n'est donc pas difficile d'en tirer cette conclusion : que l'hystérie, dans son ensemble moral, nerveux et sexuel, représente la jeunesse dans ses expressions les plus hyperboliques, efTets de l'énergie qui n'a pas encore subi la prédominance coordinative et harmonisante de l'expérience et de l'utilité biologique et sociale. Plus loin, en parlant des caractères phy-siques de la séduction, nous verrons comment les hystériques présentent encore dans des périodes avancées de la vie la persistance des caractères juvéniles. Si l'on doit donc considérer aussi les anomalies de la vie morale et nerveuse au point de vue de la classification proposée par moi et des effets exercés sur la personnalité par la névrose hystérique,je dirai que les hystériques appartiennent aux formes pathologiques produites par une évolution anormale et qu'elles fixent non pas un degré d'insuf-

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