CHAPITRE VI
Monstruosité de Tesprit
(suite)
LBS CARACTÉRISTIQUES
L*hoinme délinquant et Thomme de génie ne sont pas seu-lement deux capita moriua. Cette conception négative de Tun et de l'autre conduit à méconnaître complètement le rôle qu'ils jouent dans la société et à la négation de toute conception biologique du corps social lui-même. La raison de Terreur dans laquelle est tombée Lombroso est due à ce qu'il étudia le criminel et rhomme de génie en tant qu'individus isolés et de leurs anomalies fréquentes ou accidentelles il induisit la conception de leur origine et de leur nature morbides. Si Ton étendait cette conception à chaque individualité, qui de quelque façon et dans quelque mesure que ce soit, sort de la moyenne commune et ordinaire des hommes, il en résulterait que Thomme normal ou n'existerait pas, ou tout au moins ne présenterait aucune capacité physique ou morale. En outre, toute manifestation de mouvement collectif, dans le sens sociologique et biologique, serait incompris.
Les individus sont, en eux-mêmes^ des quantités négligeables. C'est seulement lorsqu'ils sont considérés en tant que parties du corps social que l'œuvre de chacun d'eux prend l'importance d'une fonction, et, par leur action sur le corps social, ils créent l'existence de celui-ci en tant qu'organisme vivant qui se déve* loppe, décline et vit.
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L*abus que Ton fait de cette facile conception du corps social, considéré comme organisme, nous menace d'une réaction contre cette façon de comprendre la vie de la société. D'où vient donc ce besoin de considérer le corps social comme un organisme? Ce n'est pas qu'il ait surgi et qu'il s'impose aux savants comme conception de symétrie organique par rapport à l'individu en parliculier ; mais il dépend^ selon moi^ de deux considérations d'une très grande valeur scientifique. J'ai exposé la première au Congrès des aliénistes de Florence en 1896. C'est la constatation de ce fait, que la société est véritablement constituée à la manière d*un organisme collectif et tellement que, dans chacun des individus qui la composent, outre les parties de leur individualité physiques et physiologiques, ce qui est psychique est presque entièrement de formation et d'intérôt sociologique. En fait^ l'homme psycliique ne possède en lui rien ou presque rien, abstraction faite du milieu social dans lequel il a vécu et dans lequel il doit vivre : en ce cas, ni sentiment de piété, de justice, de convenance, de pudeur, d'amour, de haine, d'envie^ de jalousie, d'ambition, d'orgueil, etc. ; ni de moralité, de progrès, de science, de finalité, etc.; ni aspirations à la civilisation, à la richesse, à la domination, etc. Dépouillez un homme de tout ceci, qui est d'origine et d'ordre social, et il ne sera plus qu'un homme physique, avec des capacités physiques élémentaires. La structure même de l'individu en particulier nous prouve avec évidence l'existence de l'organisme social. Enfin, la diverse capacité et les différentes tendances de chaque individu^ disproportionnées par rapport aux seuls intérêts individuels, démontrent quels sont les facteurs de la vie sociale elle-même.
La seconde raison consiste en ce fait que l'individu, en luimême, n'est pas autre chose qu'un point dans la ligne de continuation de l'espèce, qui elle seule existe dans l'intégrité des attributs humains. L'homme isolé n'est jamais complet : il est grand ou petit, intelligent ou idiot^ équilibré ou non, sain ou malade ; par lui, l'espèce n'est pas constituée, car il n'en est qu'une partie d'importance variable et toujours contingente. L'espèce existe non seulement dans la série successive des générations, dans les rapports des parents avec les enfants, des aïeux avec leurs