‹ Corrélations psycho-sexuellesChapitre 31 sur 72 · MONSTRUOSITÉ DE L*ESPR1T · texte numérisé non relu

MONSTRUOSITÉ DE L*ESPR1T

descendants, de la période d'ori^^ine avec celle de décadence de la race elle-même qui se développe lelongdela ligne du lemps ; mais l'espèce existe aussi sur la base de sa substance actuelle et à chaque instant de son cycle de vie, distribuée dans le domaine de Tespace. L*espëce n'est pas entière dans Tindividualité isolée qui perpétue sa propre descendance, car celle-ci en est une molécule, mais elle réside dans toute la somme des individus existants, lesquels, additionnant ensemble les variétés, constituent la physionomie de l'ensemble ; par exemple, ce n'est ni un Français, ni un Italien, ni un Allemand qui font les nations française, italienne ou allemande, mais bien l'ensemble des membres de chacune de ces nations. Et puisque ce qui forme l'espèce c'est l'ensemble de tous ses membres existants (et aussi ceux qui à cet instant sont accidentellement morts, ou ont accidentellement été empêchés de naître), il est évident que cet ensemble ne peut être constituée d*individus sans rapports et sans mouvement, mais d'individus qui, dans leurs variétés et dans leurs variations, constituent Tensemblede l'idée organique qui se transmet plus vive. Par conséquent, nier ou considérer comme théorique, sans existence réelle, la conception d'un organisme social, c'est chose anti-scientiiique.

Si Ton considère la nature et le rôle biologique et social du criminel ou de Thomme. de génie Tonne peut ne pas étendre l'analyse jusqu'à considérer que bien d autres individualités existent dans la masse des membres d'une société qui, comme le criminel et l'homme de génie, ont des qualités spécifiques et exercent des influences spéciales sur la collectivité et il devient absurde qu'on ne les ait pas considérés jusqu'à présent comme le criminel ou l'homme de génie.

Le criminel-né est-il bien celui qui a de naissance, ou par éducation, la tendance spécifique au crime ?

L'homme de génie est-il bien celui qui a, par l'éducation ou de naissance, la capacité spécifique des idées neuves, merveilleuses, utopiques ou fécondes dans l'utilité pratique?

Je réponds^ quant à moi^ que, comme eux, il y a d'autres individus qui présentent des qualités diverses et spéciales, tendances natives et capacités comportant divers résultats. Ce serait, par exemple : le sincère et le menteur, l'avare et le pro- 8. VïNTCHi, la

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digue, le pédant et l'ignorant, le loyal et Thypocrite, Tindifférent et l'enthousiaste, l'envieux et le généreux, l'orgueilleux et le servile, l'ambitieux et Thumble, etc. On ne peut le nier, le mettre en doute : chacun de ceux-ci est un caractéristique (monstrueux), une individualité distincte, qui, comme telle, agit et se confond avec d'autres. Ceux-ci, comme le délinquant et l'homme de génie, peuvent ôtre tels de naissance ou.se faire ainsi par éducation, par l'influence des milieux, ou du métier, ou des circonstances favorables. Les délinquants et les hommes de génie ont-ils quelque chose de plus spécifique ? Et s'il est vrai qu'ils sont analogues à ceux-ci, devrons-nous les appeler tous des individus dégénérés parce qu'ils ont des caractéristiques qui les font sortir des formes, du poids et de la mesure des hommes ordinaires? Dans ce cas, non seulement les dégénérés seraient le plus grand nombre et les êtres normaux n^existeraient plus du tout mais, ceci est plus important, serait dégénéré tout ce qui, dans la masse sociale, est un élément de vie et d'action.

Les individus appartenant au corps social peuvent fort bien se diviser, d'une façon générale^ en deux classes^ par rapport à ce que j'ai dit plus haut : les caractéristiques et les indifférents (1). Ceux-ci, si même ils existent, ou sont des individualités superflues et contingentes^ ou constituent la foule, la clientèle sur laquelle agissent les caractéristiques, qui luttent contre les résistances relatives et créent ce processus d'incessant mouvement moléculaire interne au sein du corps social, comme si c'était là une fermentation où la vie du corps social lui-même prend son origine et par laquelle la vie de ses membres se manifeste. Que sert-il à la conception du rôle biologique et social de l'homme délinquant ou de l'homme de génie, que chacun d'eux, ou presque, présente individuellement des caractères physiques ou moraux, anormaux ou morbides, hors ligne, et des affinités et des origines, et souvent des contacts directs et des passages aux états les plus culminants de la dégénérescence physique ou

(1) (^elte distinction fut faite par Tonnini parmi les aliénés : il signale chez eus la figure de certains caractéristiques éminent^ qui, dans la folie, ne perdent pas les caractères de l'ancienne personnalité et se détachent sur la masse des fous ordinaires. J'ai fait lamôme étude chez les sains d'esprit (voyez note suivante).

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morale? Avanl tout, ceci ne se limite pas seulement au délinquant et à rhomme de génie, qui sont les caractéristiques majeurs, mais cela arrive aussi pour les autres, qui sont les caractéristiques mineurs, BLinsi que cela résulte de l'expérience commune et des études par lesquelles j'ai clairement démontré les rapports étroits que présentent les menteurs-nés avec toutes sortes de dégénérescence morale et physique, en rapport avec l'hérédité, avec des concomitances morbides et des équivalences (1).

En second lieu, ceci ne signifie rien par rapport à la valeur de leur fonction. Tout au plus, cela veut seulement dire queTablme de la pathologie est assez proche de tout ce qui touche aux tendances, à la spécialisation, etaux périodes de transformation; et que la conservation de Pespèce et de son type a son point d'appui sur la base hypothétique de Thomme moyen. Il faut d'ailleurs concevoir que la création naturelle de Thomme caractéristique se produit comme déviation spéciale de la courbe évolutive de formation ; d'où certaines hypertrophies se réalisant d*un côté et entraînant des défauts de Tautre.

Il ne faut pas considérer le corps social comme constitué par la fusion, dans un ensemble, des parties différentes qui le composent, de telle sorte quil en résulterait un portrait moyen. Ainsi compris^ ce ne serait nullement un organisme, car il n'aurait pas en lui les éléments de la vie qui se développe par l'action combinée et harmonique d'organes différents, divers par

(1) Dans mon étude intituk^e : Figures sociale» artistiques et démentes, puhVièe dans la Revue clinique de Tonnini (Païenne, 1892), (étudiant les caractéristiques parmi les normaux, je signalais les menteurs. J'ai observé que ceux-ci se divisent nettement en deux classes, les menteurs-nés et les menteurs- faits. J'ai étudié les premiers en les observant dans la population d'un petit pays qui m'est très connu, et je les étudiai un & un, par rapport & leurs conditions spéciales d'hérédité, de parenté morbide, d'action sociale. J'ai trouvé que tous proviennent de familles psychopathiquus ou criminelles et qu'ils représentent dans leur tempérament menteur des formes substituées & des affections nerveuses ou morales qu'ils auraient eues autrement. Les menteurs-faits sont aux menteurs-nés comme les délinquants sociaux axxx délinquants nés. Je pense de même pour ioui caractéristique, en général.

Paulhan, dans son livre: Les Caractères (Paris, A.lcan, 1893}, fait, après Tonnini et moi, une étude sur les caractéristiques, mais ce travail fut fait dans le sons d'une étude psychologique, non clinique ou sociale.

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les fonctions et par la structure. Ce serait une masse homogène, sans queue ni léte, et chacun de ses mouvements serait TeiTet d'ondulations accidentelles sans lois et sans finalités intrinsèques, comme celles d'une masse d'eau stagnante. Le corps social répond à la conception d*un organisme car c*est le résultat de la somme des éléments qui le composent. Ces éléments, conservant chacun sa propre individualité et sa propre fonction, chacune de celles-ci agit harmoniquement avec les autres pour aboutir à la vie de Tensemble et de chacune d'entre elles en particulier. Pour placer en premier lieu une autorité de premier ordre, je rappellerais Menenius Agrippa, disant que la société est un organisme ayant pour le moins tète et ventre ; il ajoutait que la tête ce sont les personnes qui pensent et le ventre celles qui travaillent. Si Ton élimine le caractéristique du corps social et que cesse toute division et toute spécification du travail, tout travail cesse aussi. C'est là la grande erreur, l'illusion du socialisme collectiviste anarchiste, qui croit que la société peut fonctionner, c'est-à-dire vivre et prospérer, au moyen d'une distribution des fonctions dirigée et commandée par des jugements impersonnels, hors des indications spécifiques de la nature. Le monde vit, agit, progresse, recule, etc., par l'action initiale de ses hommes éminents, dit Carlyle. Et j'ajoute que tous les hommes, du plus grand au plus petit, naissent, ou se forment sous des modes particuliers, avec des caractéristiques spéciales plus ou moins limitées ; par quoi ils contribuent nécessairement, chacun selon sa capacité et dans sa mesure, an travail de la vie de l'ensemble, qui est un but nécessaire et élevé, tandis que la vie de chacun est contingente et secondaire.

Dans la masse de tous les individus qui naissent ou deviennent capables de fonctions déterminées, il y a les élus qui naissent avec une haute capacité ou l'acquièrent ; et dans Tordre de ce travail, auquel correspond leur caractéristique, ils deviennent éminents: instructeurs, artisans, inventeurs, etc. Cette capacité spécifique domine quelquefois, chez eux, à une telle altitude par-dessus toute autre ou bien elle est localisée de telle sorte que ces individus ne seraient utiles dans aucune autre fonction ; il arrive souvent qu'ils vont grossir les rangs des déclassés; alors que, au contraire, mis à leur place, ils eussent

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