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été laborieux, utiles et quelquefois géniaux. Il est rare pourtant que les caractéristiques soient ainsi excessivement spécialisés dans leurs tendances ou leurs aptitudes. Souvent même (et presque par nature) les caractéristiques d'une espèce ont aussi les qualités caractéristiques d'une autre. On trouve ordinairement des caractéristiques mixtes, de deux ou plusieurs qualités ; les plus communs sont le menteur-voleur, le criminelvaniteux, Tassassin-voleur, l'envieux-calomniateur, etc. L'observation oourante, la littérature, la clinique et lart le montrent.
L*homme qui commet le délit par instinct natif, sans but, qui Commettrait le délit m^me dans les conditions imaginaires de la meilleure situation sociale (puisque la délinquence est chez lui une tendance naturelle), est semblable au menteur qui dit des mensonges à tout prix, même s'il n'en a nullement besoin, au mépris de toute punition ou de toute honte. Et Thomme de génie qui, là où il étudie^ trouve des pensées nouvelles, même s'il n'est stimulé par aucun besoin, est absolument semblable à rhomme qui commet le délit par nature, aux menteurs à tout prix, aux prodigues, aux envieux, aux vaniteux, aux avares,'etc., qui agissent respectivement même quand ils n'en ont plus aucun sujet: ils envient même leur victime, se vantent malgré l'évidence de la misère, se laissent mourir de faim malgré leur richesse, etc., etc.
Mais pourquoi cette exagération de capacités ou de tendances dans les individus au mépris d'eux-mêmes, le plus souvent? Si on les considère en les limitant à l'intérôt de chaque individu, alors, on tombe dans la conception de Lombroso par rapport à l'homme criminel et à Thomme de génie ; et Ton convient que ces exagérations de qualités ou de tendances, associées à des défauts d'autre part, en rapport avec une origine défectueuse, sont des signes évidents de ce que ces individus sontdes hommes dégénérés, fouspathologiques ou monstruosités dignes d'élimination, dommages contagieux et points morts à extirper, à enterrer comme des choses putrides et infectes. Au contraire la chose étant vue à un point de vue plus élevé, à celui, je le dis de suite, de Tinlérêt de la vie et du corps social, de la fonction de chaque membre de la société dans la vie de Tensemble, rien de plus inexact, de plus borné, de plus dangereux que la façon devoir de Lombroso.
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La capacité exagérée, excessive des divers individus caractéristiques (parmi lesquels sont le cirminel-né et Thomme de génie) bien qu'elle puisse être et qu'elle soit souvent un signe de dégénérescence, de dommage à Tindividu, est une fonction utilisée dans le but de Tharmonie et de la vie de Tensemble. Tandis que chaque fonction du corps social peut être ou est ordinairement exercée par la somme des capacités de travail d'une classe d'individus ; quelquefois un seul, au contraire, concentre (à son désavantage individuel) une telle quantité de qualités spécifiques qu'il supplée à tous ou à une grande partie des membres de la classe respective.
Il ne faudrait pas, pourtant, concevoir la chose de façon pédante, et croire que je pense que chaque individu ou classe d'individus soit capable d'une seule fonction déterminée, et que chaque fonction sociale ait à être gérée par un seul individu ou par une classe donnée d'individus. Étant exceptés les cas des individualités à caractère fortement marqué et où il faut entendre la chose en tant que prévalence d'affinités ou de qualités, il y a aussi ce fait^ que la qualité prévalente varie suivant l'instant de la vie pour chaque personne ; et celle-ci. dans certaines conditions de milieu, d'âge, de circonstances passe d'une qualité dominante à une autre. Mais chaque individu et chaque classe d'individus, outre les buts de la vie individuelle, présente le but de la vie de l'ensemble ; d'où il résulte que les conformations inégales, si elles sont parfois contraires à l'individu lui-même, représentent le plus souvent un développement particulier d'organes nécessaires au travail de la vie sociale. Les avares meurent de privations, mais ils enseignent à la masse et ils représentent, dans ses grands caractères, la fonction de l'économie ; les prodigues représentent son opposé, la dissipation, mère de la philanthropie et delà charité; les sincères sont l'antithèse et la qualité moralisatrice des menteurs ; les vaniteux, l'antithèse des modestes ; les ambitieux celle des nonchalants ; les généreux celle des égoïstes, etc., car, comme le dit si bien Ribot, la dynamique psychologique de la société est donnée par l'action des tendances contraires, et chaque tendance a son contraire.
Retranchez les excessifs, qui sont, par eux-mêmes, des indivi-
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dualilés disproportionnées dans leur structure et la vie de l'organisme social s'arrête comme la mer par calme plat ; sans la figure artistique et symbolique du héros à outrance, il n'y a aucune action dans la masse. Dans la pratique, ce ne sont peutêtre pas les exagérés^ les facteurs réels de la vie sociale, mais la masse de ceux qui appartiennent à l'espèce dont ces exagérés sont le type, la formule absolue. Ce n'est pas, par exemple, le philanthrope éminent, comme saint François^ l'instrument réel et pratique de la bienfaisance publique, mais ceux qui, de la sublime vertu de ce saint, reçoivent des germes, des tendances^ des idées, qui, additionnées et diffusées par les diverses individualités, diversement graduées et pratiquées, comportent les effets de la pitié et de la charité publiques.
Saint François, tout fait de charité, meurt de consomption comme un frénéti({ue de son obsession, sans prendre soin de lui-même; tandis que des bienfaiteurs plus communs et inférieurs à lui font le bien sans pour cela arriver à se faire mal à eux-mêmes.
Mais saint François est le caractéristique de la charité, et si, individuellement, il est un dégénéré (car il manquait d'équilibre), c'est un organe très utile de fonction sociale, d'autant plus efficace qu'il est Tinitiateur et le maître des fonctions utiles. L'imitation des héros^ pratiquée comme moyen d'éducation, ne constitue pas la prétention d'arriver à l'intensité de leurs vertus spécifiques et excessives,- mais de prendre la direction marquée par cette lumière de la vertu admirée. Sans Bakounine^ qui est la formule absolue, privée d'humanité, de la conception anarchique, il ne pouvait y avoir d'école anarchique. L'on ne comprend même pas comment le caractéristique (le héros) pourrait ne pas être excessif, disproportionné dans la distribution de ses qualités, sans* que son rôle et son action n'en soient anéantis. Qui donc, alors, se ferait tuer dans les batailles ou dans les laboratoires scientifiques, ou dans les conspirations politiques, etc.^ si ce n'est celui qui est prodigue de lui-même pour le bénéfice d'au trui, par suite d'une conformation particulière?
Les caractéristiques purs exercent des influences contagieuses et créent une pyramide de qualités, de tendances semblables^ dont ils sont la pointe. Ils sont la floraison momentanée des
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qualités diffuses et communes qui commencent leur action par leurs moyens et n'en constitue point du tout des feuilles desséchées.
Les caractéristiques sont, en outre, de façon tellement évidente, les instruments de la vie sociale (autant que leur origine est donnée par le travail social lui-même, dans son processus continuel de progression toujours plus élevée d'organisation) que, dans ce cas, comme dans ceux d'ordre économique, ils peuvent être considérés comme le produit de la division toujours plus croissante du travail. Il arrive, par ce processus, à l'organisme social^ ce qui arrive dans chaque espèce de mécanisme ou d'institution; c'est-à-dire, que, à mesure que l'ensemble devient plus compliqué, chacune de ses parties tend à se spécialiser. Les exemples pour en illustrer la conception sont infinis. Les ouvriers des usines modernes qui^ autrefois, faisaient chacun une paire de souliers^ un chapeau, un habit, un outil domestique ou agraire ou autre, aujourd'hui, faisant partie d'une immense usine qui produit les objets en grande quantité, se trouvent réduits à être utilisés à la construction d'une partie seulement de ce qu'autrefois ils étaient seuls à fabriquer. De cette façon, en même temps qu'ils deviennent de très habiles spécialistes, ils deviennent incapables de suffire à ce travail auquel leurs aines suffisaient. Des conditions de ce genre feraient que chaque ouvrier serait un dégénéré, si on le considérait en lui-même, car il n'est plus capable à lui seul d'accomplir des choses utiles et complètes, il est devenu ainsi l'esclave du patron et gare à lui s'il veut quitter la chaîne ! Mais si, au contraire, on le considère comme un instrument d'un travail collectif, alors, cette condition le place beaucoup plus haut et lui rend, dans Tordre de ce que seul il sait faire, parmi mille autres, cette indispensabilité qui se substitue efficacement à la perte individuelle d'aptitudes.
La qualification de dégénéré n'est donc pas justifiée pour le spécialiste consolidé, incapable de faire seul ce que ses ancêtres pouvaient faire de manière plus grossière et avec une grande perte de temps. La vérité, c'est que, à mesure que Torganisme social se développe et tend à des formes plus élevées d'organisation, l'individu, en particulier^ isolé, se réduit à un élément
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participant à la fonction collective. Il est naturel, par conséquent que dans un tel changement de forme, de fonction et de degré, l'individu isolé sacrifie aux conditions nouvelles l'avantage de réquilibre qu'il possédait dans l*état de constitution simple et qu'il croisse avec des apparences de défectuosités là où il n'est pas nécessaire qu'il présente un développement ordinaire. Celui qui, dans l'engrenage du travail social, sera destiné par ses antécédents et par ses plus grandes capacités à travailler de la tête, des bras, des pieds, etc., verra, dans l'organisation spécialisatrice, croître les parties employées, d'autant plus que, simultanément, celles qui ne sont pasemployées diminuent. L'une de ces deux choses est en raison inverse de l'autre.
L'espèce humaine, dans l'exercice et dans le développement de ses fonctions biologiques, s'organise comme la société dans l'exercice et dans le développement de ses fonctions économiques. L'espèce va de la vie individuelle vers la vie collective et rendant peu à peu ses membres toujours plus étroitement liés à la collectivité, les dépouille des moyens de vie isolée, les élève et les prend pour son avantage.
A quelle très haute loi biologique obéit ce processus vers le collectivisme biologique, père du collectivisme économique, aux dépens de l'individualisme? A la tendance kVinvolutio7i, dirai-je, qui existe dans la vie des espèces, des genres, et des" classes comme dans celle des individus. Le processus d'involution dans le milieu de vie de l'espèce se fait par la réduction à l'unité de tout ce qui était infiniment diffus dans le nombre infini et dans les infinies variétés des individus appartenant à l'espèce elle-même. Également le processus involutif des genres et des classes se fait au moyen de la simplification, de la réduction, de la convergence^ des espèces mêmes et des genres les uns avec les autres, suivant vers la mort une direction inverse à celle qu'ils suivireni, en diverf/eant^ aux périodes d'évolution. J'ai dit ceci dans le chapitre II de ce travail et je le répète encore. Les espèces, comme les individus, sont d'abord jeunes, puis vieillissent et meurent. Pour révoquer ceci en doute, il faudrait nier (et ce serait absurde) que la vie des espèces puisse et doive être considérée comme analogue à celle de l'individu ; et plus encore^ il faudrait nier que chaque
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chose du monde organique nait^ vit et meurt. Et les espèces sont d*autant plus près de leur fin qu'elles ont atteint leur plus grand développement, de même que chaque fruit tombe à terre après sa maturité. Les grands organismes des périodes tertiaires se sont éteints, eux qui, par leur énorme développement et par leur diiïérenciation de structure étaient au dernier degré de Téchelle d'évolution animale et végétale. Alors que, dans les profonds abîmes de la mer (Haeckel) une nouvelle matière commence le cours de la vie, montant le long de la ligne des classes, des familles, des espèces, celles d'entre elles qui ont réussi, à travers les luttes, à atteindre les cimes, meurent. Et l'histoire humaine elle-même, qui a un champ si limité d'action, suffit à nous dire que les sociétés sont plus près de leur décadence lorsqu'elles ont atteint les plus hauts degrés de développement de leur civilisation. L'avenir, dit l'histoire, est toujours pour les sociétés jeunes, c'est-à-dire pour celles qui demeurent un pas en arrière dans la civilisation.
La décadence sénile des espèces et des sociétés, qui est marquée par le progrès dans la direction de l'absorbante vie collective, se produit justement par un processus de nécrobiose moléculaire, au moyen de laquelle ses éléments rétrécissent leur vie individuelle pour se réduire à la seule fonction de contribution à la vie de l'ensemble. Mais à son tour, la vie de l'ensemble, qui éblouit par la lumière venue de la combustion de ses éléments structuraux, décline elle aussi peu à peu, à mesure que ses éléments, comme des globules sanguins atteints par le germe de la malaria, se consument et se réduisent jusqu'à l'extrême nécessité de la vie individuelle. A ce point de vue, il serait alors exact de dire qu'une grande vague de virus cadavérique monte des éléments individuels agonisants jusqu'à l'ensemble social, l'imprègne et le tue. Mais le processus de transformation à ses débuts, réduit au suprême but biologique de la limitation, s'accomplit par la spécialisation individuelle qui, par elle-même, n'est pas une dégénérescence, mais une métamorphose et une évolution fonctionnelle.
Les signes du processus de décadence de la vie collective se recueillent de la même manière que ceux de décadence de la vie individuelle. C'est-à-dire qu'ils se manifestent par des
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effets de désharmonie et de déséquilibre ; par des défauts liés à des exubérances d'une part, el à des diminutions de l'autre. C'est-à-dire que l'organisme social marque le processus de sa dégénérescence, qui le conduit, par voie de convergences, à jouer lui aussi le rôle d*un instrument de fonction transitoire et contingente dans la vie d*un organisme encore plus complexe (loi organique de réduction générale in volutive) de la même manière que rindividu, lorsque se développe en lui ce processus par lequel il tombe de la vaste capacité individuelle, pour devenir unilatéral, excessif, déséquilibré, instrument de vie collective.
Même au sein des sociétés se produit donc ce même phénomène de distribution inégale d'énergies, excessive ici et insuffisante là. En un mot, les mesures de ceux qui^ individuellement, sont caractéristiques et exercent en société une fonction spéciale, deviennent disproportionnées, en peu ou en trop pour les besoins des diverses fonctions du corps social ; et celui-ci, par une semblable accumulation, un semblable défaut ou une telle défectuosité de distribution des forces, s'altère dans son dynamisme. De cette façon se produisent les âpres concurrences d'un côté, et cette plaie des besogneux de Tantre; ainsi se réalise la décadence des institutions^ par pléthore ou par anémie d*hommes aptes et capables.
Une petite cité, florissante grâce à un nombre proportionné de gens capables dans les dilTérentes activités nécessaires, par suite de guerres, de désastres publics ou démigrations qui retrancheraient des individus dans certaines classes ouvrières et laisseraient les autres prospères, est destinée à voir s'éteindre en peu de temps toute sa prospérité. En peu de temps cette cité perd du terrain dans chacune de ses activités, non seulement parce qu'elle manque des ouvriers nécessaires à Tune de ses nécessités les plus vitales, mais aussi parce que l'excès des autres ouvriers crée parmi ceux-ci une concurrence sans résultat et par conséquent engendre, parmi toutes les autres choses, le délit. Tous les moyens de vie deviennent chers et difficiles; chaque équilibre professionnel se trouble par l'intervention d'éléments mauvais et non adaptés, et la cité se trouve précipitée vers la consomption après une période de lutte, d'efforts et de convulsions. D'elle, qui était un organisme
complet, suffisant à chacun de ses besoins, après un temps suffisant pour l'auto-destruction des éléments vitaux, il ne reste plus qu'un résidu de gens à capacité et à structure homogène, incapables par conséquent de satisfaire à eux seuls aux besoins de la vie sociale. La cité, au moins jusqu'à la formation d'une nouvelle adaptation, deviendra fatalement la serve d'une autre à l'avantage de laquelle elle remplira un office unique et simple. L'histoire de chaque nation nous en montre des exemples.
J'ai dit que les caractéristiques se forment par la même action intrinsèque de la vie sociale et au moyen de la division du travail, d'autant plus nécessaire queTorganismecoilectif est plus complexe. Cela est évident car si une société donnée, au lieu d'èlre libre de se développer selon les tendances intrinsèques et naturelles, est obligée de vivre avec des limitations artificielles, dans un milieu forcé, avec des normes imposées par Tactioii de forces étrangères à sa propre direction, le processus d'organisation s*y accomplit en créant et en développant des organes et des fonctions correspondant à l'état de fait et aux nécessités existantes.
Puisque la nourriture est liée à la propriété, et que la jouissance sexuelle et chaque sorte de prééminence sont concédées selon des raisons de privilège, de naissance ou de fortune, il est naturel que la lutte surgisse, dans la société même, contre la propriété et contre les privilèges sociaux et hiérarchiques. Et là où l'entente n'est pas établie par des moyens faciles, ou bien là où elle est contrecarrée par une concurrence ou une résistance trop âpre (c'est-à-dire en employant les modes et les paroles consentis par les possesseurs) la lutte n'est plus douce, sociale, mais violente et anti-sociale ; ce n'est plus la lutte, mais le délit. Il est naturel aussi que, puisque les motifs de compétition existent au sein de la société elle-même et non hors d'elle, la lutte surgisse comme une guerre intérieure qui, dans ce cas, serait la délinquence et non pas comme une guerre extérieure, contre d'autres races, ce qui serait la chasse.
Selon la direction qu'assument les luttes intestines par rapport aux buts et aux conquêtes à atteindre, aux choses à conserver et à défendre, se réalisent les caractéristiques correspondants; leur mesure et les idées, sentiments et forces, dont ils surgissent
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comme représentants^ deviennent les organes de cette vie sociale. Tous luttent dans leur propre intérêt, pour conquérir ou défendre; et le travail de chacun, consciemment accompli à son propre avantage, est inconsciemment utilisé dans une harmonie de travail collectif qui donne sa vie et sa physionomie à la société correspondante. Retranchez les raisons de luttes intestines et tous les membres de cette société, se trouvant d*accord, tourneront leurs forces vers d'autres luttes, contre la nature à la recherche du pain, ou contre d'autres races ; et parmi eux ne surgira plus alors aucune espèce de sentiments antagonistes, mais ceux^ nécessaires, correspondants aux besoins d'une organisation dirigée vers une lutte contre les choses extérieures. Chaque sorte de caractéristiques, y compris les délinquants et les géniaux, esi faite par le milieu social, au moyen de ses hittes et de ses motifs de lutte. En face de ceux-ci, pourtant, il y a les caractéristiques-nés : menteur et sincère-né, prodigue et avarené, prudent et désordonné-né, pédant et ignorant-né, loyal et hypocrite-né, généreux et envieux-né, etc. ; de même il y a le criminel-fait et le criminel-né. Nous verrons plus loin qu*à côté du génie-né, il y a aussi le génie-fait.
Par quels antécédents biologiques se produisent les caractéristiques-nés ? Par l'action de Thérédité qui transmet les caractères qui se sont produits, répétés et consolidés jusque dans la série générative antécédente ; par le moyen de l'hérédité se simplifie le processus de formation sociale et se rend stable, organique et harmonique, une aptitude surgie par Faction de la lutte pour la vie. Pourquoi y a-t-il des avares-nés? Parce que c*est une tendance ancienne, atavique, la tendance à l'épargne, et elle se transmet accentuée chez quelques individus de la série dégénérative comme chez d'autres se transmettent d'autres tendances, et elles sont plus ou moins fortement marquées selon les intensités du pouvoir de transmission héréditaire chez les ascendants et selon le pouvoir réceptif du descendant. Si la propriété n'avait jamais existé, les avares ne se seraient jamais produits et ne se produiraient jamais ; et si le vol, le faux, le rapt, rhomiciden'avaientjamais présenté des conditions d'opportunité, s'ils n'étaient encore utiles à quelques-uns, les délinquants correspondants ne se seraient jamais produits, ne se produiraient
pas, et ne naîtraient jamais avec ce caractère. Il se produirait ou il naîtrait des individus criminels en d'autres manières qui, aujourd'hui, sont peut-être morales.
C'est dans ce sens et non comme une conception de téléologie historique qu*il faut considérer Torigine du criminel-né. Il peut se faire que Thérédité transmette aujourd'hui des tendances et des aptitudes qui existaient autrefois et qui, depuis quelques générations déjà, n'existent plus ; de même que dans une famille se reproduisent des ressemblances morales ou corporelles de parents qui vécurent dans des générations passées. Il n*en faut pas conclure que de ces temps éloignés nous viennent encore nos criminels, car ils correspondent, dans leurs tendances et leurs aptitudes natives, aux conditions sociales actuelles, lesquelles sont capables d'en fournir continuellement et les fournissent. Le criminel-né n'est qu'une formation abrégée par l'hérédité. Il y a des criminels spéciaux et rebutants qui sembleraient provenir de temps disparus, d'une vie barbare et étrange, mais leur origine est l'effet d'une maladie ou d'une perversion de Tceuvre organique dont ils sont issus et qui les créa tout récemment. Ni les nécrophiles, ni les invertis sexuels, ni les obsédés d'assassinat ne peuvent provenir de générations lointaines, pour ce simple motif qu'en aucune période de la vie des systèmes de vie contraires à l'œuvre naturelle de la reproduction et de l'amour n'ont pu constituer des coutumes générales et morales.
Et d'ailleurs^ est-il vrai que le délit, aux premiers temps de la société humaine^ fût si fréquent et si atroce? Nous n'en avons aucune preuve, peut-être même en avons-nous de contraires à cette opinion. Même sans recourir au témoignage des poètes classiques qui pensaient qu'aux premiers temps de l'humanité régnait l'âge d'or, nous ne possédons aucune preuve scientifique que la société aux premiers temps de l'humanité ait été plus corrompue qu'aujourd'hui. En somme, le crime chez les animaux, ou chez les sauvages, ou bien fait défaut, ou bien est fort rare. Et lorsqu'il existe, c'est qu'il se développe parallèlement aux effets de la domestication qui, chez les hommes, s'appelle civilisation. Parmi les animaux domestiques on observe toute sorte de délit, et il se trouve aussi