‹ Corrélations psycho-sexuellesChapitre 34 sur 72 · LES CRIMINELS · texte numérisé non relu

LES CRIMINELS

Criminels ordinaires, — Parmi tant de variétés de criminels que la loi condamne, y en a-t-il qui soient des criminels par suite d'une tendance indomptable, spécifique?

Pratiquement, les criminels sont tous ceux qui d'une manière quelconque agissent contre les intérêts matériels ou moraux de la société ou de ses membres, hors du domaine des habitudes générales et de la loi dominante. Il ne suffit pas qu'ils nuisent à quelqu'un; il faut, pour qu'ils soient criminels, qu'ils le fassent dans une mesure, sous un mode et sous une substance non conformes aux habitudes générales et aux idées morales communément acceptées.

Tous ceux qui luttent dans la société, dans le but apparent de leur avantage particulier peuvent arriver à ce résultat, voulu ou non, du mal d*autrui. Les avares, les menteurs, les pédants, les ambitieux, les colères, les cruels, les vicieux, etc., etc., représentent toujours un dommage direct ou indirect, grave ou léger, vis-à-vis de leur prochain; par conséquent, s'ils sont légalement considérés comme criminels seulement lorsqu'ils causent un dommage manifeste et grave à autrui, ils le sont toujours en fait, car leurs actions s'exercent toujours ou tendent à

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s'exercer aux dépens des autres. Même ceux qui sont considérés comme bienfaisants peuvent être quelquefois, soit entièrement, soit en partie^ considérés comme des délinquants si^ pour atteindre leur but, ils causent un dommage à autrui. Ce serait, par exemple, le cas des apôtres d*idées et de sentiments généreux et révolutionnaires, ulopiques ou pratiques, mais actuellement dommageables à l'ordre social établi.

Le délinquant n*est donc pas, par rapporta la direction de son œuvre et aux effets qu'il en obtient, un caractéristique spécial, car un homme peut commettre un délit dans tout ordre de tendances, et chaque caractéristique, spécialement par sa tendance à porter ses actes à l'excès, est exposé à devenir un délinquant pour un but altruiste ou égoïste.

L'on peut dire, en général, que dans chaque tendance caractéristique égoïste, il y a toujours une délinquence ou morale ou légale, et qu'il peut aussi y avoir, dans certaines circonstances, une délinquence dans des tendances caractéristiques altruistes.

Mais il y a, parmi les monstrueux d'esprit, un type qui est exclusivement caractéristique par sa tendance au mal d'autrni, même sans le but de son propre avantage, et souvent, de façon consciente, dirigée simultanément contre les autres et contre luimême.

C'est le délinquant typique. C'est un caractéristique (majeur), et comme tel il naît transmis par les caractères héréditaires. C'est l'individu que d'ordinaire l'on dit méchant^ pervers, hostile à toute condition favorable de milieu, de vie;. il recherche par instinct, par tendance héritée et devenue habituelle et irrésistible, le délit, dont il connaît la valeur morale et légale, les dommages qu'il cause aux autres et à lui-même. C'est rindividu qui est, d'ordinaire, insoumis, indocile, impulsif^ égoïste, brutal, immoral, et qui agit contre autrui avec la conscience de faire le mal, sans préoccupation aucune de lui-même et sans aucune pitié pour la victime, sans trouble aucun de sentiment moral; qui est conscient, mais sans un regret, sans un remords du mal accompli, prêt à recommencer et à continuer toute la vie. Il est privé de tout sentiment de pitié pour lui ou pour les autres ou pour la société en général et il est incapable d'avoir conscience de devoirs moraux et légaux.

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La société quelquefois, par Taction continue, lente de Texemple, exercée dès les premières années de la jeunesse, produit ces criminels ; mais, à vrai dire, le plus souvent ils naissent tels et l'hérédité en les produisant accumule sur eux un long travail d'expériences antécédentes. Lombroso en a donné dans ses premières études le portrait physique et moral ; on peut toujours le relever parmi le nombre infini des délinquants bâtards qui ont été mêlés au délinquant typique par la littérature criminaliste et par Lombroso lui-même, par suite d'une trop grande hâte à fournir des preuves abondantses d'un fait qui, rarement démontrable, est une réalité d'ordre élértientaire, évident. Mais il n'est pas, comme le croit actuellement Lombroso, un produit pathologique ; il n'est même pas toujours un produit atavique comme cet auteur le croyait d'abord : c'est aussi souvent un vrai caractéristique fait, par suite de l'influence sociale.

Ce délinquant typique, né ou fait, n'est jamais, ou rarement, pur. car, lui aussi, avec ses tendances spécifiques au délit qui sont prédominantes, présente d'autres anomalies monstrueuses de l'esprit. D'ordinaire, il est vaniteux, souvent prodigue/changeant, sincère ou menteur, cynique, superstitieux, féroce, souvent lâche. Chacune des qualités de son esprit exerce une certaine influence dans la suggestion, dans la direction et dans le mode d'action de la vie criminelle.

D'ordinaire, les délinquants instinctifs n^^ ou /iûri/s se subdivisent en variétés distinctes et telles que la personnalité entière, physique ou morale, du délinquant s'imprègne de linéaments spéciaux. Quelquefois le criminel est mixte; le plus souvent il est strictement limité à une seule tendance ou capacité criminelle. Il y en a, pourtant, voleurs-assassins, assassins-violateurs, mais le plus souvent les voleurs instinctifs sont incapables de violences sanguinaires : le faussaire est lâche, l'assassin incapable de commettre un faux ou un vol, le satyre est incapable de vol. Les vrais spécimens nés du crime montrent qu'ils tiennent leur tendance au délit des conditions de la société dans laquelle ils vivent, car lours tendances criminelles sont justement dirigées contre des obstacles ordinaires et communs opposés à la satisfaclion de leurs tendances humaines. L'hé-

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redite accumulant ensuite de façon très intense sur eux les tendances particulières habituelles aux générations antécédentes, y ajoute d'autre part les catégories d'obstacles opposés par la nouvelle civilisation et que la nature tend à déplacer afin que l'espèce développe librement et rigoureusement ses propres énergies et atteigne à ses fins biologiques.

Il est aussi de spéciales, de repoussantes figures de criminels dont l'action mauvaise ne semble avoir d'analogie avec aucune fin actuelle ou ancienne de lutte naturelle ou utile. Ce sont les nécrophilcs et les satyres sanguinaires. Mais ce sont des produits pathologiques, véritables tumeurs malignes du corps social. Plus Thérédité, des vastes et profonds abîmes de mémoire historique, vomit des monstres tendant au crime, et plus cela est signe que le travail de la nature à réagir contre les artifices hostiles au bon équilibre et à la libre activité sociale est ancien et consolidé. Les criminels-nés sont comme les vétérans des antiques batailles combattues par les aïeux : instruits parle patrimoine de Texpérience héritée^ durs à la faligue; insensibles à la douleur, insoucieux d'eux-mêmes, se donnant tout entiers à poursuivre le but pour lequel ils sont nés; ils représentent les guides, le nerf de cette armée de la continuelle, fatale, indomptable nécessité humaine de combattre, par la guerre et par le sang, contre les injustices iniques et cruelles des privilèges sociaux. ]je criminel a bien une origine atavique mais non préhistorique, car l'hérédité, aux temps où la propriété des choses et des hommes, les privilèges de pouvoir et de caste n'étaient pas fixés, ne pourrait puiser exclusivement le criminel voleur, sexuel ou violent, mais elle commence au moment où les hommes entreprirent une lutte plus âpre et plus douloureuse, en réagissant contre d'injustes attributions. Le criminel surgit à l'origine et vécut longtemps comme réaction morale et matérielle contre les conquêtes légalisées, de même que le sectaire politique surgit à notre époque contre les oppressions de la tyrannie légitime. La conséquence dure encore car, quoique de manière plus douce, les causes de la lutte héréditaire subsistent cependant. Et même, ce fait de se ramifier en une série de sous-espèces et de variétés comme fait aujourd'hui la criminalité, spécialement dans les centres les plus civilisés,

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n'est rien autre que Torganisation corrélative de la réaction défensive suivant l'extension et la multiplication des formes et des mesures de restriction sociale. L'espèce humaine n*est pas différente des autres espèces animales ou végétales qui, ayant été forcées de vivre en culture artificielle (domesticité) et par conséquent modifiées dans leur structure, conservent pour un temps illimité la tendance naturelle et irrésistible à reprendre leur type primitif, et retournent à ce type dès que les restrictions artificielles se trouvent tant soit peu relâchées. Les criminels sont les facteurs dynamiques de ces tendances aux conditions prédomestiqiies {préciviles). Certains d'entre eux naissent tels quels, et ils représentent la preuve et la force de la tendance naturelle à la réaction héréditaire ; d'autres se forment continuellement et prouvent que. les occasions subsistent qui, autrefois, créaient les criminels comme réaction à une coercition anti-naturelle.

Chaque époque a cependant sa criminalité spécifique, selon la nécessité spécifique de réaction et des moyens relatifs d'action. Si, par conséquent, la criminalité ordinaire pouvait être un moyen naturel, convenable et efficace, de réaction, aujourd'hui cette réaction peut se manifester de façon plus conforme aux sentiments dominants^ et par conséquent la criminalité ordinaire est justement et généralement condamnée. Aujourd'hui, une idée peut cent niille fois plus qu'un assassinat, un livre plus qu'une armée.

Le criminel ordinaire est aujourd'hui une chose disproportionnée, car l'organisation coutumière a profondément modifié les sentiments publics, elle a classé les couches sociales, elle en a organisé bs défenses et les luttes de conquête sur les bases de sa légitime existence. Il y a aujourd'hui de larges actions sociales qui ont continuellement en vue d'atténuer pacifiquement les causes, les occasions du crime, et cela outre d'autres à action plus intense agissant aussi sans violence, qui tendent à détruire radicalement tout motif originaire de division. Le criminel individuel, ordinaire, est aujourd'hui sans action sur le vaste développement de la finalité historique, biologique et sociale, à laquelle peut seulement s'allier l'œuvre harmonique de tous parles moyens mt^mes delà civilisation. Puis, en raison

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de ce fait que le criminel a aujourd'hui perdu individuellement la conscience originaire du but moral auquel tendait son œuvre et qu'il Texerce ou croit l'exercer à son avantage unique ou dans un but anti-social, il est antipathique, répugnant etjustement combattu. C'est un spécimen vivant de temps oubliés et par conséquent on ne le reconnaît pas et on lui conteste toute fonction utile. A. sa place, à la place du criminel ordinaire et répugnant de nos jours, comme toutes les autres époques, notre époque place ses délinquants originaires qui, lorsque se sera perdue la mémoire des causes qui leur donnèrent actuellement naissance, seront aussi, à leur tour, considérés comme des criminels ordinaires, dangereux et répugnants. L'histoire nous en fournit des exemples en abondance.

La distinction des criminels en passionnels et en criminelsnés (Ferri) n'est qu'un effet d'enchaînement dans le processus de formation des criminels, reculant des époques des réactions actuelles jusqu'aux espèces ataviques. Aujourd'hui, les criminels qui se forment sont produits par des réactions suscitées par les états passionnels qui surgissent en eux pour leurs luttes quotidiennes; les criminels-nés sont ceux qui répètent, renforcée dans la longue série héréditaire, la tendance au délit qui était d'abord une réaction, se déchargeant des états passionnels qui engendraient les injustices et les violences chez les ancêtres; états passionnels oubliés, et dont ils ne comprennent plus les causes aujourd'hui. Les criminels-nés accomplissent cependant le crime sans remords et sans pitié.

Le criminel actuel vulgaire est plutôt une ruine qu'un héritier des haines ataviques ; ce n'est plus du tout le mandataire traditionnel des justices et des vengeances à accomplir, que l'on puisse comparer à ceux qui se forment à chaque époque, sur des normes équilibrées, afin de combattre pour les intérêts d'autrui ou pour la société. Les criminels qui agissent dans le but de leur avantage exclusif, proche et immoral, sont comme des soldats d'aventure demeurés après le licenciement de l'armée. Ils étaient eux aussi, à une autre époque, des soldats de la société, mais ils sont aujourd'hui comme des brigands à la fin de la guerre. Leur action nuisible actuelle révèle le défaut de force organisatrice que présente la société privilégiée actuelle. Au

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lieu de forces adaptées et aguerries, fortes et disciplinées, utiles à la nécessité de son équilibre, cette société se décharge tumultueusement, violemment, et inconsidérément, en des réactions d'ancienne habitude et d'inefficace résultat. Cette criminalité devra disparaître pour donner lieu à Taction utile des luttes de classe contre classe, et dans lesquelles chacun, sollicité par le bien de tous, combattra contre les injustices de tous sans haine personnelle, sans spoliations, sans faire couler le sang. Les résultats de ces luttes seront plus sûrs et les moyens eux aussi plus sociaux, de môme que Ton dit sociales les conditions contre lesquelles Ton sera appelé à combattre.

Cependant, même dans le milieu des criminels, le processus biologique dWganisation sociale s'accomplit aux dépens de Tautonomie individuelle. Le criminel, individu qui agit dans les limites de ses propres motifs personnels^ ira disparaissant pour céder la place à la somme différenciée de ceux qui agiront en tant qu'instruments dans Tintérét social. Que Ton voie, en fait, comme déjà beaucoup de ceux-ci, qui seraient aujourd'hui des criminels vulgaires, embrassent la théorie anarchique et se sacrifient sincèrement pour elle. Aujourd'hui, pourtant, l'abondance des assassins et des voleurs est le signe d'un état social qui n'est pas encore mûr.

Et les mesures des criminels de l'avenir s'organiseront aussi sur les normes indiquées par l'histoire, par la tradition, par l'hérédité et par la nature, de môme que cela eut lieu pour les criminels isolés; c'est-à-dire qu'ils s'organiseront en sousclasses, à l'une il sera confié de lutter contre l'inégalité économique, à l'autre contre les injustes attributions de pouvoir, à Tautre encore contre les privilèges des jouissances sexuelles, et toutes auront corrélativement pour objet l'égalité économique, l'anarchie et le libre amour. Ce n'est pas autre chose que voudraient maintenant les voleurs, les violents, les satyres. Cela prouve que les indications de la criminalité vulgaire demeureront exactes tant que continueront les m^mes causes dhostilité, et que la période des luttes sociales ne cessera jamais, hélas ! au moins dans la limite des prévisions humaines, car l'égalité économique, l'anarchie et le libre amour sont des chimères irréalisables I

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Tout ceci étant posé de façon générale, îl n'est que trop vrai pourtant que, même actuellement, quelquefois et même trop souvent^ le crime vulgaire répond à son antique fonction, obéissant à un motif de moralité ou de justice.

Cela voudrait dire que même Thomme vieilli, décrépit, est quelquefois encore bon à quelque chose, quand cela ne serait qu*à conseiller la prudence. Je veux dire que le criminel est souvent le voisin d'une domination et qu'il la réprime. A côté de l'action excessivement immorale, dommageable et impudente du privilège et du tyran, il y a la crainte de la réaction vengeresse individuelle qui contrebalance et retient cette action. A côté du patron avide qui rétablit l'esclavage, et à côté du cruel qui abuse de sa victime, plus que la loi qui frappe tard et non toujours juste, il y a la réaction impulsive délictueuse qui libère, qui défend et qui venge. Il y aura toujours des individus qui béniront les criminels tant qu'il y aura des immoraux dans le monde. Et la direction que prend la criminalité est l'indication la plus sûre pour le philosophe et pour l'homme d'État qui travaille à la satisfaction des besoins sociaux. Ce sont spécialement ce que j'appelai ailleurs les quotes minimes de la criminalité (i)^ c'està-dire les petits et nouveaux délits, qui indiquent les directions nouvelles des tendances sociales auxquelles l'homme d'État doit ouvrir un débouché, s'il veut empêcher la formation de nouvelles barrières d'injustice et de prédominances qui, à leur tour, engendrent de nouveaux crimes.

Le criminel, étant celui qui agit contrairement aux intérêts, aux lois et aux sentiments sociaux, n'est autre qu'un individu incapable de subir l'adaptation à la société. Aucune définition n'est meilleure que celle proposée piivTHvde(Philosophie pénale). Le criminel est celui qui manque d'uniformité sociale comme le fou est celui qui manque à' identité personnel le XàK criminalité est donc une maladie par rapport à Thomme adapté à la société. La criminalité n'existe donc point en dehors du domaine social, à moins que Ton ne veuille voir un crime dans le suicide, ce qui serait absurde car chacun peut disposer de sa vie, si sa mort ne porte dommage ni à la famille, ni à la société.

(l) La Critica sociale, Milan, 1891.

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Le criminel qui est tel non par lui-même mais par rapport à la société,est aussi, à son tour, un produit pathologique du corps social, en tant que ce dernier possède en lui des éléments réfractaires, répugnants, non adaptés, venimeux. Ces maladies, divisées en plusieurs espèces, qui sont autant d'anomalies des capacités psycho-sociologiques, peuvent bien être considérées comme autant de folies sociales, d'imbécillités sociales, de délires sociaux, de démences, d'hallucinations, etc., et, dans les divers cas, sont les motifs des actions criminelles, individuelles ou collectives.

Ce fait que le criminel instinctif (et souvent de même que les caractéristiques mineurs) est d^ordinaire un homme qui a de notables défauts de développement physique et psychique, qu'il est souvent épileptique, et souvent aussi un faible d'esprit, ce fait, dis-je, s'explique facilement en songeant que le processus de régression qui frappe un individu est déterminé ou facilité par des conditions défavorables dans la vie des parents; d*où la victoire de la tendance naturelle à la régression et qui se produit justement dans des circonstances opposées à celles qui favorisent le progrès de lespèce. Le processus de régression s*associe donc à des aptitudes diminuées de développement et c'est pour cela que la régression s'accompagne d'états morbides plus ou moins graves et nombreux, qui sont autant d'insuffisances de développement, autant d'imbécillités. .

Le phénomène atavique, qui se développe peut-être par suite de la fixation d*un moment dans la période de développement embryogénique, est susceptible des mêmes observations par rapport à l'origine de l'homme criminel habituel et incoercible. Pourtant, te phénomène atavique pur et simple ne comporte celte origine que rarement et peut-être jamais, car ce même processus d'arrêt de formation par lequel le fait de régression s'accomplit donne lieu à des troubles plus étendus dans la sphère individuelle; et par conséquent il ne se pourra engendrer qu'un individu plus ou moins dégénéré (Magnan). Cette dégénérescence se reflète essentiellement sur le système nerveux et psychique comme sur celui de la dernière évolution, plus complique, plus directement adapté aux objectifs les plus récents de la vie de

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l'espèce. C'est pour cela que, en même temps que les tendances et les formes ataviques, il y a des conditions corrélatives d*inlirmité morale ou nerveuse.

La criminalité utilitaire, par suite de corruption sociale, se détermine plus facilement chez les pauvres d'esprit et dans la jeunesse. L^éducation sociale agit en créant la délinquence à Timage des influences de transmission atavique, en reflétant dans Tétat actuel ce qu'il y a dans la série des successions historiques. Il y a une loi parallèle à la loi fondamentale de Haeckel selon laquelle se réfléchit en surface, pour ainsi dire, ce qui est arrivé en profondeur. C'est-à-dire que les diverses gradations à travers lesquelles est passée l'espèce humaine sont reproduites non seulement au moment où se forme l'individu, maisaussi dans la composition variée des organismes complexes agrégés du type humain, qui sont les membres d'une même famille, les diverses classes d'une même société, les divers peuples qui constituent l'humanité .

Dans chaque famille nombreuse sont presque constamment représentés, depuis les domestiques jusqu'au chef de la maison, les différents degrés que Thomme devra parcourir depuis son enfance pour atteindre le moment historique et civilisé de son époque par rapport à ses conditions sociales. Sa vie morale se formera dans le passage d'un état à un autre et peu à peu la vie parcourue laissera des résidus toujours plus fnibles, mais non détruits, car ils pourront réapparaître plus loin au moment de la faiblesse sénile, ou bien dans ces moments de la vie oii la faiblesse envahit l'esprit et le ramène à des niveaux inférieurs. Ainsi, l'enfant prendra des domestiques des sentiments et des idées vulgaires, des terreurs et des superstitions du moyen âge ; chez sa mère et dans son éducation religieuse il puisera des idées de résignation, d'humilité, de religion ; à l'école il subira les influences de la culture classique et du formalisme réthorique, qui lui inspireront de vains enthousiasmes, des idées stériles et des reproductions affectées d'instants historiques disparus ; et ce sera au contact de la réalité et dans l'expérimentation de la lutte qu'il pourra arriver à se trouver en première ligne parmi les soldats de la civilisation de son époque, heureux si dans cette ascension il trouve l'exemple et l'appui de la Haute position de son pore.

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Dans la vaste foule d'une nation civilisée, il y a des gradations diverses d'individus difîérenciés par l'intelligence, parla richesse et par l'éducation; ils représentent, dans l'ordre historique, ia série des couches de cette société qui, pour arriver h la civilisation représentée par ses concitoyens les plus éminents, a passé parles périodes delà férocité, de l'ignorance, de la superstition, des hyperesthésies et du rationalisme stérile jusqu'à l'&ge actuel et fécond de la science. Les représentants de ces diverses couches sociales seraient aujourd'hui les paysans, les femmelettes, les domestiques, les religieux, les rhétoriciens, les idi^alistes et les savants.

On sait communément combien le bas peuple de chaque nation, surtout s'il vit dans des conditions matérielles misérables, est immoral,et & un tel degré que si l'on mettait à son niveau une personne appartenant à la classe élevée, elle serait déclarée criminelle. Le manque de boimes habitations, grandes et saines, fait que l'on vit les uns sur les autres et suscite des sentiments el des rapports qui ne pouvaient guère être différents lorsque les hommes vivaient, en troglodytes, dans les cavernes, en un mélange obscène et sale. N'y a-t-il pas là de quoi acquérir une âme immorale et des tendances criminelles? Le pauvre d'esprit est celui qui, par défaut d'éducation, ne peut se dominer luimême; de telles suggestions ne sufSsent-elles pas pour qu'il répète, sans les avoir connues, les actions de ses premiers ancêtres ?

A un point de vue plus large, on sait que la civilisation des diverses populations existantes sur la surface de la terre peut servir à composer àpeu près une échelle progressive qui reproduite grandes lignes les périodes philogénétiques de l'humanité. Ceci, naturellement, avec toutes les réserves que l'on ne doit pas oublier depuis que Buckle démontra l'influence des conditions physiques du sol et du climat sur le développement de la civilisation dans les différents pays et dans les différentes races, et d'après lesquelles on ne pourrait plus accepter cette conception que, ethnologiquement parlant, la civilisation a parcouru un chemin ascendant uniforme en allant d'un peuple fc l'autre.

Voici donc que ce criminel, qui, dans la lutte pour l'existence,

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au sein d'une société civilisée, pourvoit à sa propre protection et à la continuation de l'espèce par des moyens qui ne sont •plus acceptés ni employés par ses contemporains, peut prendre rinspiration de sa façon d'agir non pas dans une reproduction pure et simple (par suite de dégénérescence régressive ou d'arrêt de développement ou de retour involutif) de tendances, de sentiments et de modes d'agir qui existaient dans d'autres générations; mais peut aussi trouver ses inspirations et ses imitations au sein des classes sociales actuelles et chez des individualités d*ordre inférieur dans le développement sociologique.

Ainsi, ce criminel qui pour vaincre^ tue , pour vivre plus largement, vole, qui pour jouir, viole, sera souvent un imbécile grave ou léger, total, ou le plus souvent, partiel, et qui ne sera pas parvenu à acquérir des procédés plus évolués, plus sociaux, de lutte. Ayant des besoins organiques plus prédominants, en raison directe de la prévalence de la vie matérielle, il assume par action réflexe les modes de vie des classes ou des individus qui la réalisent suivant la manière la plus conforme à ses propres aptitudes et à ses capacités.

Dans ces courbes réflexes de traverse, qui reflètent la ligne évolutive philogénétique, il y a des gradations de caractères non seulement moraux, mais aussi physiques qui répondent à cette même conception de révolution. Il n'est pas nécessaire de citer des faits' particuliers^ le fait général étant d'évidence grossière et communément connue.

La signification biologique de la criminalité native est celle que j'ai indiquée plus haut et qui exprime une tendance de Tespèce à revenir à un étal naturel, par Tintermédiaire d'individus qui appartiennent à cet état et qui surgiraient plus facilement sur la base d'une infériorité de développement, origine de toute forme dégénérative. Cette dégénérescence est psycliiquement représentée par Timmoralité congénitale : celle-ci, même, est sa plus naturelle, sa plus efficace expression.

Sauf que le défaut des sentiments moraux peut accompagner divers états pathologiques acquis et congénitaux, il n'en est pas moins vrai que le criminel instinctif ne peut se comprendre

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sans rimmoralité, qui est précisément, dans son cas, la cause de ses tendances et de ses caractères criminels. Dire que le délinquant est aussi immoral, c'est là une répétition de mots. L'évolution sociale fut réalisée par la société sur Tenchalnement des sentiments moraux (Arréat), qui sont la preuve de Tadaptatien advenue dans l'état forcé de domestication avec toutes ses conséquences. Le délit cependant est une chose immorale, parce qu'il est contraire aux convenances sociales. On peut donc ne faire aucune distinction entre le délinquant et Timmoral et avancer que l'immoralité s'associe à la délinquence instinctive.

Le délinquant instinctif est lui aussi le plus souvent un individu de piètre éducation. Les exceptions à ce fait sont souvent des illusions, ou bien se rapportent à des délinquants devenus tels par l'effet d'autres influences qui ne seraient pas des anomalies de développement ; par exemple, les délinquants qui deviennent tels par l'action d*une éducation viciée et d'un milieu corrompu. Le plus souvent on considère comme intelligence chez les délinquants ce qui n'est pas autre chose que de l'astuce, rintelligence simpliste des sauvages, des animaux et des femmes grossières. J'ajouterai comme preuve que les individus d'intelligence cultivée sont difficilement astucieux et qu'ils sont facilement trompés par des gens vulgaires. Mais il nous faut aussi faire remarquer dès à présent que si, parmi les délinquants, manquent ceux qui ont une intelligence ordinaire, on retrouve souvent des individus à intelligence et à culture supérieure. Lombroso affirme le fait, et il conclut ainsi de ses propres recherches et de recherches faites par d'autres; et il affirme aussi que chez les délinquants, plus que la lenteur intellectuelle, mesurée au psychomètre, on trouve des exagérations dans les différences entre le caractère le plus grand et le plus petit.

Je ne pense pas cependant que la casuistique de Lombroso ait démontré la présence de l'homme de génie chez les criminels. Les cas qu'il rapporte à ce propos montrent des aptitudes subtiles et de l'astuce, mais non du génie, si l'on veut donner à ce mot une signification autre que celle d'intelligence distinguée. Si l'on n'est pas rigoureux dans des distinctions de ce genre, on obscurcit la conception de ce que l'on veut dire.

La vanité est un caractère fréquent du délinquant instinctif

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