‹ Corrélations psycho-sexuellesChapitre 35 sur 72 · Vkntl'w · texte numérisé non relu

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(Lombroso). Il convient pourtant, à mon avis, de tenir compte aussi de l'étroite connexion qui existe entre la vanité et un autre caractère psychologique du criminel-né^ auquel revient une part importante dans la conception synthétique du criminel-né lui-même. Celui-ci, outre qu*il est vaniteux, est soupçonneux, défiant, il croit que partout il a des ennemis personnels; le crime chez lui est occasionnellement un effet de réaction individuelle ou de sentiments engendrés par ce soupçon continu de persécution qui rend l'individu ennemi de tous et de tout. (Marro.)

Les conditions caractéristiques unies ensemble pour constituer le criminel-né doivent avoir Tune avec Tautre des rapports de connexion tels, qu'ils ne doivent les présenter que lorsque chacune d'elles se trouve dans une forme relativement rudimentaire.

Avec le mot rudimentaire j'entends exprimer non seulement une condition de même intensité, mais aussi une condition de rapport évolutif. Chaque forme morbide a une évolution propre dans ses propres limites, de même que la délinquence congénitale a une évolution propre dans les limites de sa propre entité.

Chez le criminel ceci est à peine esquissé, et cela est si vrai que le criminel est soupçonneux, défiant, etc. mais il ne présente pas nettement une conviction délirante concrète en rapport avec des faits ou des personnes déterminés, il ne présente même pas ce caractère incontestable connu et concomitant du délire» rhallucination, à moins que ce délire ne se rattache à de Tépi* lepsie.

En raison des expressions rudimentaires du délire, chez le criminel-né le sentiment faux ou morbide de la personnalité propre n'assume pas des formes distinctes comme dans la folie. On ne peut nier cependant que la genèse du délire rudimentaire de persécution et de vanité chez le crirainel-né ne soit une acquisition insuffisante des idées et du sentiment de la personnalité; c'est pour cela que ce délire serait Teffet d'une imbécillité spéciale. L'observation révèle nettement, chez les enfants, les origines du délire de persécution et de vanité. Ils sont oi^ueilleux : ils veulent tous être dits beaux, bons, courageux; ils sont

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méprisants vis-à-vis de plus petits qu'eux. Ils aiment à s'orner et, jouant, s*habillent en généraux, en rois, voyant toujours plus haut qu'eux. Ils sont aussi timides et peureux, perdent leur assurance ou se défient en voyant de nouvelles figures, ils ont peur de l'obscurité, de la solitude, etc.

Si Ton considère que le criminel-né est un individu qui se trouve en un point d'incomplet développement moral, il résulte de tout ceci que le cycle de son cai-actère délirant devient évident avec le délire paranoïque vrai ; on saisit, par conséquent, l'évolution dans le champ même du délire mixte, depuis les formes rudimenlaires jusqu'à celles du délire vrai, et plus lard, jusqu'à la démence terminale, colorée par les réminiscences verbales du délire précédent.

Celte forme d'imbécillité morale, qui est un eiïet d'insuffisance intellectuelle, a son évolution contenue entre deux extrêmes : ridiolie morale (effet pur, simple ou combiné, de l'idiotie intellectuelle) et Tanesthésie morale. Celle-ci peut exister chez des sujets intelligents et cultivés qui commettent le délit par des movens semblables aux conditions de la société civilisée, car leur intelligence et leur culture leur créant des besoins supérieurs à ceux des autres délinquants, leur confèrent Thabileté et les moyens d'atteindre leur but sans créer ce contact écœurant avec les sentiments moraux et les coutumes communes. Contact particulier aux criminels vulgaires et de basse nature, qui agissent avec des intentions et des moyens inférieurs (par conséquent répugnants) à ceux de la société civilisée au milieu de laquelle ils vivent.

Entre les formes extrêmes d'imbécillité morale, avec idiotie mentale et intelligence saine, il y a les infinies gradations que Ton peut sommairement rappeler comme représentées par l'immoralité que souvent montrent les pauvres d'esprit, les mattoides et ceux qui deviennent ainsi par l'action dépravatrice de la corruption. Je ne parlerai pas ici d'autres états de défaut moral, liés à des intoxications chroniques, à des maladies cérébrales, etc., car ils font partie d'une autre forme que j'appellerais démence morale, et qui correspond souvent à une autre forme de délinquence : la délinquence sentie.

Lies formes morbides qui s'associent souvent à la délinquence

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congénitale plus typique existent le plus souvent à un degré rudimentaire. C'est-à-dire que Timmoralité s'accompagne de faible développement intellectuel et qu'elle se manifeste sous des modes violents et grossiers; Tépilepsie, lorsqu'elle existe, se trouve sous la forme du tempérament épileptique ; et le caractère délirant persécuteur-vaniteux existe sous la forme indistincte de la défiance et de la vanité.

Et puisque j'ai démontré comment chaque pôle initial des formes morbides en jeu est un état d'imbécillité spéciale, il en résulte que la patrie d'origine de la délinqnence congénitale est Vidiotie ; de ses graines se développent^ expressions atténuées, les diverses imbécillités qui sont l'infantilisme des diverses fonctions ou les moyens naturels de l'œuvre régressive de la nature.

Déjà chez les idiots, qui ne sont pas trop gravement atteints, commence à apparaître tout l'ensemble des aptitudes et des tendances instinctives et morales qui, plus tard, seront les facteurs de la criminalité congénitale ; celle-ci se manifeste aussi comme le produit d'une insuffisance de développement, car elle résulte de l'ensemble nécessaire des aptitudes qui apparaissent les premières dans le champ obscur de la psychique primitive et qui ne peuvent être engendrées par des acquisitions personnelles. Les idiots sont immoraux, égoïstes impulsifs, couards, timides ; ils aiment le jeu, les ornements, les objets voyants ; ils sont avides de tout, gourmands et excessifs en tout. Ils ressemblent en partie aux enfants des sauvages, d'où cette opinion (trop exagérée) qu'ils reflètent ou reproduisent tous les caractères du criminel-né.

De ce fait que les différentes formes de l'insuffisance nerveuse et morale, s'exprimant plus tard par des entités psychologiques distinctes, prennent leur origine dans l'idiotie, il s'ensuit que les diverses formes pathologiques procèdent par un processus de différenciation qui a pour effet d'atténuer toujours davantage les rapports de l'une, avec l'autre.

Évoluer, dit Spencer, est un processus pour lequel l'hétérogène naît de Thomogène. De même, d'un tronc d'arbre se ramifient les diverses branches et chacune d'elles s'éloigne toujours plus des contacts avec les autres à mesure que croissent les

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différenciations qui partent de son propre tronc. De là ce fait clinique que, en général, plus les formes mentales sont évoluées et moins elles ont d'affinités avec des phénomènes qui touchent à d'autres formes.

Le plan du processus d'organisation de chaque chose animée se développe vers de toujours plus grandes spécialisations fonctionnelles. Ce qui appartient à la physiologie appartient aussi à la pathologie.

Il peut se produire des arrêts partiels d'évolution qui donnent lieu à la fixation d'états inférieurs d'aptitudes par rapport au développement normal de la personnalité nerveuse et morale, d'où des états épilepliques qui, jusqu'à un certain point, s'accompagnent d'intelligence normale. Mais il est évident quele mélange de plusieurs formes morbides évolutives (qui sont autant d'insuffisances d'aptitudes) est toujours d'autant plus facile que les diverses formes sont à la période de leur développement initial.

Or, puisque le criminel-né est quelquefois, comme j'ai dit, la synthèse de certaines formes morbides, il est évident qu'il peut aussi être quelquefois le produit d'un instant qui résulte du rapport dans lequel elles sont les unes avec les autres, lors de leur respective période rudimentaire. Là où l'une d'elles se détache nettement de Tautre, le criminel-né n'existe plus et il ne demeure que l'individu délinquant par suite de Taction prédominante d'une maladie simple ou composée, comme l'imbécillité, l'épilepsie, l'immoralité, le délire, etc. Cest ainsi que certains épileptiques, durant Taccès, avant ou après, peuvent présenter du délire, et que les fous moraux, dans les moments de colère, peuvent présenter des actions incoercibles épileptiformes ; car dans les individus <|ui ne sont pas bien équilibrés, les excitations se diffusent et plutôt que de rester limitées à la couche corticale, en rapport avec les fonctions psychiques, elles suscitent des réflexes et des actions dans le district des activités motrices sen. sorielles.

Je ne saurais dire dès l'abord à quel point le milieu évolutif embrasse la forme clinique que Ton appelle délinquence congénitale. Il est certain que le type est si variable, dans la classification clinique, que le criminel-né peut être produit dès les premiers degrés appréciables d'évolution des formes pathologiques composant la délinquence congénitale.

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C'est pour cela sans doute qu'il y a une si grande variété d'aptitudes individuelles, depuis rimbécillité jusqu'à la génialité. Mais il sera sans doute plus utile désormais, en acceptant mon raisonnement* de tracer les limites moins amples de la forme morbide et de la maintenir dans des limites indiquées par Tétai à peu près rudimentaire des facteurs morbides qui la constituent (1).

De tout ce qui vient d'être dit, se déduit Torigine et la preuve que la délinquence congénitale possède son évolution propre, qui dépend d'un double fait : de la variation des rapports entre les formes qui la constituent et de Taugmentation que subissent, séparément, les diverses formes dans Tordre de leur propre développement.

Ainsi, tandis que chez le criminel-né type, tout est exprimé sous forme d'imbécillité (intellectuelle, morale, inhibitrice, etc., à Textrémilé opposée se trouve le criminel intelligent, calme, maître de lui-même, conscient de sa position, de ce qui lui est nécessaire et des moyens propres à lui faire atteindre son but. Ce criminel, Lombroso le reconnaît dans le nombre de ceux que Ton appelle criminels latents. Ce n'est certainement pas un de ceux-là qui roule par les bouges, recherchant la compagnie des vulgaires assassins, mais au contraire il se montre parfait cavalier, use de ses aptitudes pour poursuivre des avantages plus considérables et qui ne comportent que difficilement de vulgaires oppositions contre Tautorité publique, contre les coutumes et contre les sentiments sociaux. C'est le caissier qui s'enfuit, c'est le fondateur de sociétés anonvmes, c'est le maitre-chanteur, Tamant des vieilles femmes, le soi-disant patriote. Tavocat qui amasse les affaires louches, le prolecteur pseudo-philanthropique des canailles^ le confesseur qui déchire les testaments, le receleur, le prêteur sur gages, le bienfaiteur de ceux qui lui livrent jusqu'à leur dernière ressource. C'est trop souvent celui qui fait le métier d'homme politique et qui de temps en temps fait semblant de sauver la patrie afin de pêcher en eau trouble.

(i) Je crois devoir citer, comme type existant, le plus complet des criminels-nès qui ait jamais été décrit : le héros du Roman d'un fou crimineit publié par A.-G. Bianchi et moi à Milan, en 1893. Le héros de ce roman écrivit et décrivit lui-même sa vie et ses crimes. Le livre fut aussi publié en allemand ider Roman eines Geborenen V^rbrechers, — Berlin, 1890.)

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Nous antres, aliénistes, nous n'étudions pas tous ces types au moyen de nos mesures crâniennes et psychométriques, car ils ne se trouvent ni dans les asiles^ ni dans les prisons ; et s'ils échouent quelquefois en cour d'assises, ils s'en échappent aussitôt, glorifiés par une quantité de témoignages de bonne ou mauvaise foi. Leur action s'établit au dommage de la société, qui présente aussi dans son sein ce qui, selon les intentions cachées de la nature, constitue les f^icteurs ou de sa ruine ou de son équilibre normal.

De ce qui précède se révèle facilement cette claire conception d*une classification scientifique et pratique de la criminalité ordinaire et qui se substitue à ces classifications artificielles et ri|?ides qui existent maintenant.

C*est-à-dire qu'il y a des criminels qui agissent par effet de réaction, sans aucun but d'intérêt personnel et d'autres qui commettent le crime dans un but pur et simple à'utilité.

Il V a donc • \ Délinquants réactionnels.

f Délinquants utilitaires.

Les premiers peuvent se subdiviser de la façon suivante :

L — Ceux qui réagissent contre des irritations actuelles, provoquant chez eux des états passionnels les conduisant au délit ; et ceux qui réagissent par tendance héréditaire à des motifs d'irritation atavique, qui agissent instinctivement et sans motifs personnels et sans passion.

II. — Les autres qui peuvent se subdiviser ainsi : ceux qui sont conduits à rechercher leur avantage personnel au dommage d'autrui par suite d'excessive influence des tendances instinctives, caractéristiques; et d'autre part, ceux qui agissent ainsi par suite d'une éducation vicieuse.

Les délinquants se diviseraient donc en :

l passionnels.

Délinquants réactionnels j instinctifs.

Délinquants ordinaires

. I occMsionnels.

Delinquatits utilitaires <

» I corrompus.

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Il y aurait ensuite, outre les ordinaires, d'autres espèces de criminels dont je parlerai plus loin.

Chaque espèce de délinquants ordinaires se diviserait en variétés générales, extrinsèques, ordinaires : les violents, les voleurs, les faussaires et les sexuels ; c'est-à-dire en autant de catégories quil y a, de façon générale, de moyens de réaction et de lutte pour la satisfaction des nécessités humaines.

FouS'Crhnineh, Comme pour Tépilepsie, l'hystérie et la folie morale, il y a aussi une délinquance due à des anomalies du processus involutif individuel.

Si Ton ne peut nier une certaine analogie entre le criminel-né et l'enfant, Ton ne peut non plus nier a priori que même de la part de celui qui déchoit normalement par suite d'une vieillesse prématurée, il ne puisse y avoir des manifestations affectives et des actions analogues à celles du criminel-né. Et ceci parce que, par suite du processus involutif, Tliomme se dépouille de toutes les acquisitions faites dans la vie individuelle et par conséquent de toutes les formes, de tous les sentiments et de toutes les idées qui sont normales dans la vie sociale et il ne lui reste plus à peu près que ce qui a été plus anciennement acquis et qui est d'autant plus, tenace que cela se trouve lié aux couches les plus profondes de l'instinct et des besoins naturels.

Par l'action du processus de spoliation involutive, l'homme peut reprendre, bien qu'en moindres proportions par rapport aux autres modes de dégénérescence, des caractères inférieurs, qui seront naturellement et essentiellement d'ordre moral, car l'individu, élant déjà physiquement formé depuis longtemps, l'action dégénérative, chez lui, suit la loi ordinaire de supprimer d'abord les caractères acquis plus récemment formés^ et qui, chez les vieillards, sont les sentiments moraux. Dans des cas de dégénérescence sénile très accentuée, des caractères ataviques d'ordre physique dans la vie végétative pourront aussi réapparaître. Il me semble que l'un de ceux-ci pourrait être, par exemple, l'acte de ruminer, que Ton voit réapparaître quelquefois chez les séniles.

La dégénérescence régressive chez Thomme, ayant irop à supprimer des acquisitions morales et fonctionnelles amassées dans le parcours de la vie individuelle, n'arrive que dans les

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