‹ Corrélations psycho-sexuellesChapitre 36 sur 72 · MONSTRUOSITÉ DE L ESPRIT · texte numérisé non relu

MONSTRUOSITÉ DE L ESPRIT

cas les plus graves à remonter aussi haut sur la ligne de retour et à réveiller des caractères pré-individuels ; elle s'arrête plutôt à des périodes contenues sur la ligne même de la vie individuelle. Si Ton considère ensuite que Tenfant est très semblable au sauvage et par conséquent au type humain atavique, je puis dire que, même si le vieillard ne recule pas jusqu'à révéler des tendances latentes, voilées, cachées par les acquisitions de Téducation, en reprenant des caractères fondamentaux d'ordre moral infantile, il en revient pourtant à peu près à ceux qui sont des caractères ataviques. Gela veut dire que Thomme, en vieillissant, recule jusqu'à Tadolescence, et, plus loin encore, il tombe en enfance, comme Ton dit vulgairement et il reprend des tendances, des sentiments, des besoins correspondants, excepté Tinfluence des résidus des acquisitions personnelles qui modifient et atténuent les tendances spontanées et instinctives. Puis, à cause de la vii^uenr décroissante, les manifestations de la vie instinctive et simple ont le caractère de la fatuité et sont bien plutôt expressions larvées, qu'expressions de jeunesse.

Le vieillard est égoïste, avare, présomptueux, facilement ému, geigneur, sans pitié, obstiné, etc. Il ne commet pas facilement de délits, de même que Tenfant, à cause du défaut d'énergie, dans Tune ou l'autre des forces nécessaires à Taction indépendante, et à cause du peu de fixité de ses états moraux. A l'enfant, le temps apporte une condition d'esprit toujours moins négative; chei le vieillard, il affaiblit toujours davantage les énergies, la volonté et son courage à mesure que s'accentuent les misanthropiques dispositions de son esprit.

La réduction et la transformation des caractères moraux qui se produisent chez les vieillards sont des phénomènes de dégénérescence individuelle, mais en même temps, ce sont les occasions d'un facteur important dans la vie du corps social. C'est-à-dire que certains vieillards, par les modifications spéciales qui sont le résultat de Tâge, peuvent devenir des caractéristiques qui, dans leur réaction, s'opposent à celle des individus caractéristiques transitoires par suite de leur jeunesse et de leur croissance. Cependant, la délinquence involutive, pratiquement, ne se tient pas dans les termes muets et inefficaces

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(les dispositions d'esprit de la sénilité normale, de même que la délinquence morbide évolutive n'est pas donnée, pratiquement, par les dispositions d'esprit que reflète l'immaturité de Tenfant. La délinquence évolutive est donnée par des conditions morales qui trouvent leur analou;ie naturelle dans certaines conditions transitoires de la jeunesse; ces conditions sont, par elles-mêmes, des formes accentuées, stables, et emploient, pour leur réalisation, des énergies volutives et musculaires qui sont données par le développement de Tesprit et du corps. Analogiquement^ la délinquence involutive est donnée par des conditions qui ont leurs analogies correspondantes dans la sénilité normale, mais ce sont des accentuations, des fixations ou des prédominances de certains de leurs côtés. Il s'ensuit que tous les vieillards ne sont pas des caractéristiques, mais que la vieillesse est une condition susceptible d'en former. Le fait le plus important à retenir, c'est que, de même que les individus atteints d'immaturité de Tesprit, croissant dans le délit, peuvent prendre toutes les directions spéciales de la délinquence, les vieillards peuvent également devenir des délinquants sous toutes les formes de la délinquence. Ils peuvent ainsi devenir menteurs, avares, cruels, égoïstes, etc. Ils ne deviennent jamais des caractéristiques vertueux.

Ceux qui sont la proie d'une précoce involution morale, ce sont les fous, selon la gravité, par ordre de croissance de Tatrection morbide qu'ils présentent. Par conséquent, la délinquence évolutive que nous avons étudiée chez les criminels-nés et dans Téchelle de leur évolution, a sa correspondance dans la délinquence des fous, et, par ordre de décroissance, chez les fous séniles, chez les déments, chez les délirants chroniques, chez les fous aigus, ou bien, ce qui est la même chose, dans la période progressive de la démence paralytique ou des diverses gradations et variétés de forme de Talcoolisme chronique.

Dans cette série d'états morbides involutifs, en même temps que les phénomènes de nature sénile, physiques et moraux, augmentent en nombre et en intensité, augmentent aussi les phénomènes pathologiques qui sont les facteurs de la délinquence spécifique. Et ces phénomènes ne sont pas autre chose que ceux de la criminalité évolutive, qui, dans leurs rapports.

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suivent une voie inverse à celle qu'ils suivent dans la délinquence involutive ; c es(-à-dire que dans leur progression invo^ lutive ils tendent à se rapprocher et même à se fondre ensemble, de sorte que, comparés dans leurs rapports de progression à ceux de la délinqnence évolutive, ils parcourent une voie convergente, alors que dans la forme évolutive leur progression est divergente.

Dans la sénilité, Taliération du sentiment moral commence comme fait isolé et, dans sa progression, devient toujours plus contournée et plus liée d^affinités avec les autres formes morbides, qui sont les facteurs nécessaires à Faction des nombreux types de la délinquence sénile. Si ces facteurs de la délinquence sénile sont nosologiquement les mêmes morbidités que pour la délinquence évolutive, j'ai dit pourtant qu'ils ne sont pas de la même intensité ni de la même efficacité, car ils constituent euxmêmes des formes morbides séniles et ils portent en eux-mêmes des caractères spéciaux. Cela veut dire que les délires sont des délires de vanité, Tépilepsie donne lieu à des impulsions superficielles et passagères ; Thystérie est une caricature ; la folie morale est une disposition d'esprit sans énergie d'action, c'est une démence ; la faiblesse mentale n'est pas seulement une pénurie d'idées et une insuffisance de jugement, mais aussi une énergie déchue, une corruption individuelle par suite de l'intluence des résidus mentauxet de formalismes cristallisés. En un mot, la délinquence, étant un produit complexe de composants qui, par rapport à ceux de la forme évolutive, sont des phénomènes déformés, viciés, est elle aussi une forme dévoyée, vaine, inefficace qui reflète la nature sénile dont elle provient.

La dégénérescence à tendances réversives de la société et de Tespèce se manifeste donc aussi, en tant qu'effet de Pinvolution sénile, comme si l'individu, au moment où il s*éleint, entraînait avec lui la ruine de tout ce qui existe. C*est le cadavre en putréfaction qui développe des poisons pour le corps vivant.

Les actions criminelles des fous aigus se déterminent sur la base de mutations d'état moral, à laquelle il faut joindre l'influence de l'impulsivité et du désordre intellectuel. Ordinairement, leurs délits heurtent violemment, grossièrement, les coutumes et les sentiments publics, ils ont les apparences de l'immoralité

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et, par rapport à Tutilité individuelle, doivent s'interpréter dans le sens délirant. Ils détruisent leur fortune dans un bat de bien-être individuel, et au dommage de la famille : mauvaises spéculations, vols, insultes, actes inconvenants, et après, obscénités, fausseté, désobéissance, etc. Dans les folies dites transitoires et dans les états réflexes psychiques ou folies réflexes, également transitoires, le crime est souvent TefTet d^impulsions indominables et inconscientes, mais il est souvent aussi en rapport avec des suggestions délirantes, immorales ou utili" taires.

Chez les délirants chroniques, les altérations du sens moraU du caractère et de la personnalité sont des faits fréquents. Ce qui agit, dans ce cas, c'est l'influence spéciale du délire de persécution et des grandeurs qui crée des occasions faciles pour le crime; celui-ci devient m^^me quelquefois atroce par suite de rhallucination et de la prédominance des réflexes psychiques, premiers symptômes de l'épilepsie sénile. Leur délinquence prend souvent la formede la préméditatîon,deratrocité, et s'exerce le plus souvent au dommage de la personne et des choses d'autrui, sans aucune correspondance avec l'avantage de rindividu.

Chez les fous déments, le défaut du sentiment moral acquis est complet, le jui^pmenl est insuffisant et erroné, Tidée délirante exprime une complète perversion et une fausseté dans les sentiments et dans Pidée de la personnalité; les actions volontaires sont subites, passagères comme les pensées, et sont la cause d'une difl'usion sur une large échelle de l'excitation : elles donnent lieu à cet état continu d'impulsivité et d'automatisme qui rend les individus insatisfaits, querelleurs, tourment des autres, etc. Souvent les individus décrépits etlesdémentsséniles ont des accès d'épilepsie convulsive, occasionnés par des lésions cérébrales de dégénérescence. La délinquence de ces individus est sans effets sans rapport avec un but déterminé, sans mesure et sans proportions, sans un avantage proportionné de l'individu, en raison directe du défaut de conscience. Ce sont : mensonges, mauvaise foi, actes obscènes, exhibitions, tentatives de viol, calomnies, vols, etc.

Il me semble que l'un des caractères différentiels des deux

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formes de délinquence est aussi la religiosité, que les délinquants dlmmaturité manifestent si évidemment, alors que ceux de la dégénérescence sénile ne se préoccupent d'aucun sentiment religieux, d'aucune pratique superstitieuse.

En général les délits des vieillards présentent surtout le caractère de Timmoralité que je dirais sociale, et de la lâcheté ; ils tendent à la satisfaction des besoins les plus intimes. Leur délinquence est surtout la sexuelle. Les délits des criminels-nés ont spécialement le caractère de prépotence et dédommage aux intérêts fondamentaux de la société ; ils s'exercent spécialement par l'assassinat, le vol, la violence charnelle.

Chez les vieillards, et par conséquent aussi chez les déments graves, Vavarice est un fait qui caractérise leur plus fréquente délinquence. Les aliénés chroniques, à peu de chose près, sont tous avares. Les exceptions sont plutôt pour les aliénés à forme évolutive moins grave : épileptiques, mattoïdes, simples d'esprit. Les autres, s'ils sont généreux, le sont plus en paroles qu'en fait. C'est une vérité des plus démontrées, à mon avis, et dont la constatation m'a étonné plus que je ne pourrais le dire. J'en ai encore parlé en traitant des paralytiques, qui, s'ils distribuent, en paroles, des millions ,à tout le monde, ne donnent au contraire à qui ce soit ni un peu de tabac^ ni une partie de leur nourriture. Le plus grand nombre de disputes qui arrivent à l'asile sont déterminées par des questions d'intérêts mesquins, et les paralytiques sont les plus intransigeants.

Cette avarice chez les vieillards et les déments correspond à l'esprit d'incertitude et de crainte pour l'intégrité de l'individu et pour la douleur physique ; esprit que l'on trouve chez les jeunes gens et les simples d'esprit et où le délire de persécution, primitif, précoce, prend son origine. Chez les jeunes gens prévaut exclusivement le sentiment de la personnalité physique, car rien d'autre ne s'est fixé en eux qui vaille un besoin de défense équivalent. Chez les vieillards, Tavarice représente la conservation de l'un des éléments de la personnalité, qui se constitue sur deux ordres de matières : l'un de nature intrinsèque, l'autre de nature extrinsèque. Dans le développement de la personnalité morale, il y a un processus continuel de strati-

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fication formaiive qui est fournie par Tadjonction de matériaux produits par Texpérience acquise dans la lutte pour la vie. Un homme en société est quelque chose de plus quun homme né au fond d'un bois. Celui-là, outre le corps et Tesprit, possède le nom, la tradition, la position sociale, les connaissances et les propriétés de biens matériels^ etc. Tout ce qui s'est ajouté peu à peu à son moi finit par s'identifier avec lui tellement que si Ton en soustrait une partie^ on désarticule sa personnalité morale. Un riche ruiné représente ce que Ton pourrait appeler un dément social. Un homme déshonoré, de même. La propriété des biens, patrimoine de la famille, a, dans Tesprit des membres de cette famille, une valeur qui fait partie intégrante de la personnalité morale de chacun. Une spoliation de biens héréditaireS) ou patiemment acquis, équivaut pour la personnalité sociale et même morale à ce qu'est pour la personnalité physique l'amputation d'un membre du corps. Peu à peu, Taction protectrice que ces superpositions exercent sur la personnalité morale fait qu^elles deviennent une nécessité de l'existence, semblable à celle du corps lui-même pour l'individu, et pour lui, leur perte se confond en un même néant que celle de la perte du corps. Voyez combien de suicides sont provoqués par des pertes financières qui, le plus souvent, ne sont pas tellesqu'elles justifient un semblable désespoir; elles exercent leur action plus comme désintégrations morales que comme désastres matériels efficients. J'ai connu un vieil avare^ riche, qui, devenu malade, se jeta par la fenêtre, désespéré que sa maladie lui contât autant d'argent. Les crimes chez les aliénés sont toujours, dit le docteur del Greco déterminés par des motifs dlntérèt personnel et jamais sociaux.

Voyez combien d'avares souffrent de la faim et ne se préoccupent point de la maladie, afin de ne pas gaspiller de Targent. Dans la jeunesse^ Tavarice est rare, ou bien elle existe seulement chez les individus d'âme mesquine, vieillards avant le temps. Cela peut être l'effet d'une éducation à rebours chez des sujets faibles, pour lesquels les actions de protection extérieure suppléent le défaut de vigueur naturelle.

Voilà pourquoi les aliénés sont- avares et pourquoi dans la démence paralytique les idées de grandeur surgissent comme

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des rappels proiecteurs pour le sentiment croissant de faiblesse physique et morale. De l'avarice, chez les vieillards et les aliénés, provient souvent le motif de la délinquence, des actes d'immoralité, de cruauté et de méfiance.

Il y a de même une différence entre les caractères physiques corrélatifs aux états d*immaturité ou de sénilité morale. Ce n'est pas ici le lieu de les mentionner ; nous les verrons sommairement en parlant des caractères pathologiques delà séduction. On verra alors sur quelle base anatomique repose la distinction clinique des deux formes involutive et évolutive que je fis pour la dégénérescence ; car, à la première se trouvent annexés ordinairement des signes physiques de développement insuffisant ou anormal, et à la seconde, des signes physiques de sénilité.

Pratiquement, on ne doit pas non plus oublier qu'il y a souvent des cas de criminalité, comme de démence, à double dégénérescence simultanée et celle-ci frappe naturellement ceux qui, appartenant par origine à la dégénérescence évolutive, sont atteints à différents âges de dégénérescence involutive, se superposant, mêlant et confondant les caractères physiques et fonctionnels, principalement dans Tordre moral.

Quant à la fréquence d'une semblable alliance de dégénérescences, je rappellerai deux faits : 1^ que ceux qui présentent un arrêt de développement n'ont pas d'ordinaire une longue vie; 2® que, lorsqu'ils dépassent un certain âge, les processus de régresssion sont précoces, en raison directe de la moindre résistance organique héritée, comme si leur défaut de développement avait, en même temps, imprimé une force moindre à la projection de la courbe de vie qui termine sa parabole en un espace plus restreint. C'est pourquoi les héréditaires. les simples d'esprit, les neurasthéniques, outre qu'ils présentent la trace ineffaçable de rinsuffisance, deviennent souvent aussi des déments. Ceci veut dire qu'aux défauts de la mentalité, qui sont des effets de faible développement, s'ajoutent aussi ceux qui sont dus à Ténergie décroissante pour cause régressive.

Les délinquants aliénés peuvent par conséquent se diviser en délinquants à base à* imbécillité^ de délire et de décadence sénile.

Délinquants épileptiques. — Après ce que j'ai ditau chapitre V

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à propos des épileptique, il ne me reste plus à leur propos qu'à étudier les rapports qu'ils ont avec les criminels-nés.

Je commence par déclarer que je trouve erronée la conception soutenue par Lombroso (et qui lui fut suggérée par moi) {i) que Tépilepsie entre comme coefticient nécessaire, avec Tiiobécillité morale et Tatavisme, dans la constitution de la délinquence congénitale :

Avant tout, parce que, ainsi que je Tai démontré, le criminel-né est un produit monstrueux, dont les origines ne sont pas^ à ce point de vue, dépendantes de la pathologie.

En second lieu, parce que non seulement 1 épilepsie est rare chez le véritable criminel-né^ mais aussi parce que les épileptiques ont une délinquence qui leur est spéciale : elle est éventuelle et non inévitable ; de plus, elle a des caractères distincts et évidents. Il n'est pas exact non plus que les épileptiques soient d'ordinaire des individus méchants, immoraux, quoique ceci soit fréquent; chaque aliéniste connaît un nombre infini d'épileptiques qui sont bons, doux,atTectionnés ^Funajuoii).

11 est vrai que quelquefois les criminels-nés sont aussi atteints d'épilepsie. Cela peut s expliquer par ce fait que leur formation au sein de la société se produit plus facilement sur le terrain du tempérament épileptique, dans lequel il y a un pouvoir de suggestion exagéré et une grande excessivité ; leur origine native est d'ailleurs favorisée par les conditions de l'hérédité pathologique. Mais leur tendance au crime et leur caractère moral ne

(1) A Toccasion du procès Misdeaà Naples {mai 1894) Je fus le premier à parier parmi les experts, et je déclarai que Misdea était un héréditaire, épileptique et immoral et j'indiquai que dans les rapports fréquents de ces trois inlirmités se trouvaient aussi les motifs du crime atroce de Misdea. Plusieurs mois aprèsi, Lombroso (avec Blanchi) publia une étude sur le cas Misdea, et à cette occasion, soutint que la délinquence congénitale n'était pas provoquée par l'atavisme seul, mais par celui-ci joint à l'épilepsie et à l'immoralité. Lombroso ne me citant pas comme celui qui, dans le procès Misdea, avait émis cette opinioil, je réclamai par lettre, afin qu il rétablit les faits. Loyalement, Lombroso écrivit alors au journal Jioma de Naples et reconnut ma priorité (septembre 1894). Il est regrettable qu'il ait ensuite toujours oublié de la rappeler dans ses publications scientifiques.

Je me convainquis plus tard de mon erreur et de cello de Lombroso, lorsque je reconnus que Misdea n'était pas du tout immoral, mais seulement un épileptique, car j'eus l'occasion de connaître et d'étudier des frères de Salvator Misdea, qui étaient aussi épileptiques, et beaucoup d'autres criminels épileptiques, et je constatai qu'ils étaient rarement immoraux.

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sont nullement empruntés à Tépilepsie, dont ils sont également atteints, mais à leur nature monstrueuse, spécifique et naturelle.

Au point de vue de la façon selon laquelle se détermine le crime chez les épileptiques, je crois qu'il faut distinguer les délits en deux parties. Les uns sont déterminés par Tétat mental morbide durant l'accès épileptique (épilepsie psychique), ou bien soit un peu avant, soit un peu après les accès convulsifs, depuis les premières modifications de Tesprit qui annoncent l'accès lui-même, jusqu'aux dernières traces de l'accès. Les autres sont déterminés par le mode habituel grossier sous lequel sentent et réagissent les épileptiques, surtout suivant le degré d*excessivite; et en tenant compte qu'il y a chez eux une légère teinte de tempérament persécuteur-ambitieux. On pourrait appeler les premiers délits inconscients et les seconds délits impulsifs.

Il est facile de distinguer ceux-ci des crimes passionnels dont nous avons parlé plus haut; ceux-ci ont pour cause un état passionnel dont ils expriment le mouvement de réaction, et les impulsifs ont leur origine dans une manière exagérée, morbide, de sentir et de réagir. Ceux-ci sont des malades; ceux-là, les passionnels^ si Ton ne considère pas la passion comme une maladie, ne le sont pas.

CriminelS'Obsédés. — Il y a une espèce de délits qu'il faut, à mon avis, considérer comme identiques dans leur mécanisme aux délits épileptiques occasionnejs, bien qu'ils soient commis par des individus en état de conscience, d'apparent libre arbitre, et qui peuvent ne pas être épileptiques. J'entends parler de certains crimes commis par certains de ceux que Ion appelle des récidivistes. Ils répètent souvent le même délit sans que la même occasion déterminante extérieure se représente dans des conditions identiques ou semblables ; mais ils y sont amenés par la reproduction spontanée de l'idée délinquante, semblable à une obsession morbide quelconque et dont le premier délit fut ridée de suggestion initiale. Cet événement se produit par Teffet d'un mécanisme cérébral^ dont nous avons à chaque instant des exemples dans Tétat de veille ou de sommeil.

Une douloureuse préoccupation, engendrée un jour par un événement douloureux^ s'atténue peu à peu, s'efface, et le sou-

S. VRlfTOM IB

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venir en disparaît ponr des jours, des mois, des années ; puis, un jour, à l'improviste, si des images la rappellent, qu'elle soit évoquée volontairement ou spontanément, la mémoire du fait revient, accompagnée de la même préoccupation douloureuse, bien que celle-ci ne présente plus la même mesure ni la même intensité. Puis, elle s*efface elle aussi peu à peu ou subitement, mais elle revient encore, dans d'autres occasions, rappelée par des circonstances analogues ou identiques et le sentiment douloureux d'autrefois revient de nouveau. Il s*efface de nouveau, puis réapparaît et ainsi de suite, comme un événement accessoire, ordinaire. Si l'on veut artificiellement provoquer la réapparition de cette pensée, il est remarquable qu*elle n'est pas toujours accompagnée de Tétat émotif correspondant, alors que cela se produit au contraire lorsque la représentation du souvenir douloureux a lieu spontanément. Avec la répétition, ce souvenir est devenu un véritable accès, une obsession, un acte d'action cérébrale automatique^ presque tm accès épileptique. Ceci se produit aussi dans le rêve. Presque chaque individu possède un ou plusieurs songes qui lui sont habituels, qui, toujours à peu près égaux dans leur contenu, se reproduisent de temps en temps. Les uns rêvent souvent qu'ils volent, les autres qu'ils vont par les rues en chemise, les autres qu'ils perdent leur chapeau, etc. J'ai nommé ceci (Congrès des aliénistes de Florence, 1896) des accès épilep tiques de songes ; car ils sont occasionnels comme les accès épileptiques.

Il y a des faits dans l'état de veille qui se représentent aussi à la conscience dans le sommeil ; et il y a des songes impressionnants qui réapparaissent fréquemment à la conscience dans l'état de veille. Et pour affirmer leur analogie avec les accès épileptiques, que j'ai le premier signalée au Congrès de Florence, j'ai rapporté le cas d'un individu qui avait commis un homicide passionnel et qui depuis, étant en prison, rêvait souvent an crime commis ; après une longue répétition de ces songes chacun de ceux-ci commença à être suivi d'un véritable accès convulsif d'épilepsie, maladie dont l'individu n'était auparavant nullement atteint.

Cette épilepsie, d'origine auto-suggestive, n'est pas différente dans son mode d'origine de celle qui est déterminée par la peur.

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Certains délires, qui viennent quelquefois des songes, ont même provenance. Enfin, le mécanisme de la présentation à Tesprit d'idées et d*impulsions suggérées dans Tétat hypnotique à intervalles fixes, est tout à fait identique.

Les uns sont des conséquenses d'auto-suggestions, les autres, de suggestions venues du monde extérieur. Tout ceci étant établi, je crois qu'un grand nombre de crimes sont commis par suite d*une obsession impérieuse qui prit ses débuts dans des impressions amenées par le premier crime. Le fait que souvent les délits des récidivistes sont identiques, constitue une preuve de ce que j'avance. A cet ordre de délits appartiennent certainement ceux commis par les monomaniaques de Thomicide, du suicide, du vol, de Tincendie. Il n*est pas un aliéniste qui ne connaisse quelques-uns de ces individus qui, de temps en temps, se disent obsédés par Tidée de tuer^ de voler, d'incendier, et qui luttent jusqu'à ce que l'idée soit vaincue ou victorieuse.

J*ai exprimé cette façon de voir dans divers travaux, à mesure que j'en ai mûri la conception et que j'ai recueilli les observations me démontrant la justesse de mon point de vue. J'ai eu le plaisir de voir mon opinion admise par Tarde, lorsqu'il traite du criminel récidiviste (Philosophie pénale) et cela dès ma première publication à ce sujet (i).

Par conséquent, les délits déterminés par cette influence peuvent être comparés à des délits inconscients, épileptiques ; et je les appellerai des crimes obsessionnels.

En y associant les délits provoqués directement par des suggestions extérieures, soit dans le sommeil hypnotique, soit dans l'état de veille, nous arrivons à cette conclusion : que parmi les délinquants obsessionnels, les uns pourraient se dire suggérés^ les antres auto-suggérés. Par conséquent le tableau général des délinquants serait :

réaclionnels j passionnels.

\ mstinctifs.

utilitaires \ occasionnels.

corrompus.

Délinquants ordinaires

(i) L'épilopsie vaso-motrice, 4889. Archives de Psychiatrie et des Sciences pénales. Bocca, éditeur, Turin.

s. VBNTtRl

Délinquants aliénés

Délinquants épileptiques Délinquants obsessionnels

imbéciles

délirants

séniles

intoxiqués

inconscients impulsifs

suggérés auto-suggérés

intellectuels moraux

Ce n'est pas ici le lieu de considérer les effets de cette classification par rapport aux critériums de responsabilité pénale.

On trouvera plus loin le tableau des différences entre la délinquence du sexe masculin et du sexe féminin.

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