CHAPITRE VIII
(Suite des monstruosités de F esprit)
Les Géniaux
Si Ton considère que, dans l'ordre de révolution humaine, par rapport à la société dans laquelle ils vivent, les délinquants égoïstes représentent une bonne part de ceux qui constituent des arrêts de développement ou des brutes à propensions ataviques, il s'ensuit que leurs forces dans la dynamique sociale sont spécialement appliquées à agir dans le sens de combattre la société dans ses choses acquises, plutôt que de la troubler en la poussant brusquement ou précocement sur le chemin de son avenir. Les phrénasthéniques peuvent donner des classes spéciales de criminels, reflétant les conditions inférieures d'éducation des classes sociales les plus basses, dont ils se rapprochent et avec lesquelles ils présentent des analogies, par suite de conditions semblables d'infériorité de développement. .
Les classes sociales inférieures et les simples d'esprit sont, en fait, les ennemis naturels des conditions de choses qui représentent, par rapport à eux, ce qu'il y a de plus évolué.
Lombroso et Laschi (1) l'attribuent au misonéisme. Si, dans une société donnée, les actions des forces actives; qui la tirent brusquement en avant et qui agissent en se trouvant au point le plus avancé de son évolution, étaient tout à coup suspendues,
(i; // delitto politicOfTofino, Bocca. 1890.
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cette société reculerait, vaincue par Taction des misonéistes, et quelquefois même tomberait dans un abtme, plus spécialement vaincue par l'action des criminels destructeurs. C'est ce qui arriva, dans l'histoire^ à des nations qui tombèrent sous la domination de gouvernements despotiques. Peu à peu^ non seulement elle s'éloignerait dune condition civilisée de vie, mais elle reculerait jusqu'à des conditions de barbarisme.
Il V a, chez les individus comme dans les nations, une tendance à revenir aux formes primitives de la lutte. Et ceci se produit au sein de ces sociétés lorsqu'elles se laissent tomber jusqu'à des conditions beaucoup moins favorables de vie ; dans ce cas, les diverses individualités reprennent des caractères inférieurs par des conséquences qui sont aussi contraires à rintérèt de la race elle-même. La population criminelle, égoïste et destructrice, dans une société civilisée, ne représente pas tant une inutilité, un déchet, qu'une partie active pestiférée, une sorte de ptomaïne du cadavre social, agissant sur toute la masse des citoyens parla séduction de luttes faciles et efficaces, au moyen des aptitudes représentées en plus grand nombre et avec les fureurs contagieuses de la destruction de soi-même et des autres.
Si Ton considère ensuite que les forces paralysant ou détruisant les actions des criminels sont celles qui agissent ou provoquent des progrès nouveaux, brusques, par soubresauts, de la civilisation et de l'espèce, ceux qui représentent ces forces ne peuvent qu'être des individualités pourvues non seulement de bonnes aptitudes pour la lutte sociale, mais aussi d'aptitudes supérieures ou nouvelles : de sorle que, par rapport aux criminels, qui sont en général des individualités morales pauvrement développées, ou de tendances mal dirigées, ce sont des individualités morales, abondamment, exagérément ou monstrueusement développées. Si les premiers sont en général imbéciles ou malfaisants^ les seconds sont en général des hommes (Tesprit supérieur ou dns génies,
Maudsiey dit que le progrès social s*accomplit surtout par le travail de ceux qui conçoivent l'avenir de loin et attirent la masse vers leur propre idéal. Il n'importe guère que le génie se confonde avec l'utopie ou la folie, car Tidée géniale peut
toujours paraître utopique, même si elle exprime une vérité, combien de fois n*a-t-elle pas le bonheur d'attirer à soi Ja pensée générale, alourdie et inerte sous forme de bon sens, ou bien se trouve-t-elle projetée dans une période future où les circonstances font que l'humanité ne passera jamais dans son évolution. Ce n'est pas ici le lieu d'énumérer ou mieux de rechercher tous les caractères différentiels qu'il y a entre Thomme de génie et l'utopiste (Maudsley et Lombroso l'ont fort bien tenté) ; la chose importante est que je relève une fois de plus ce fait, que le caractère criminel de l'idée géniale est proportionné au degré d'utopie avec lequel elle peut apparaître dans la société oiî elle se produit, ou par rapport à celle qu'elle prévoit.
Il est pourtant nécessaire que je distingue Y esprit supérieur du génie (i). Il est inutile que j'en expose les différences. L'homme de génie fait les découvertes, l'homme d'esprit supérieur les utilise et les améliore. Celui-ci, dans son action^ marche par progrès continu, sans discontinuité de rapports^ par des voies existantes; l'homme de génie ouvre de nouvelles routes, de nouvelles directions, ou bien agit dans la voie nor* maie sur des points éloignés sans rapports de continuité avec le présent. Par rapport à leur action dans le mécanisme de la civilisation, les hommes d'esprit supérieur agissent du côté opposé de la voie où agissent les criminels ataviques ou imbéciles; et les génies agissent dans une direction qui s'écarte du trajet de la ligne normale de progrès, tandis que les délinquants destructeurs agissent dans une direction qui s'écarte aussi, mais de la ligne normale de régression. C'est-à-dire que^ si les hommes d'esprit supérieur se trouvent au point opposé des imbéciles, les hommes de génie sont aux pôles opposés des criminels destructeurs. On peut représenter graphiquement de la façon suivante le rapport entre les hommes d'esprit supérieur, les géniaux^ les criminels égoïstes (séniles et phrénasthéniques) et les délinquants instinctifs, dans leur relation avec le dynamisme social, ou avec les intérêts de l'espèce et de la civilisation :
(I) Après rédition italienne de ce livre^ dans laquelle j*ai fait ceUe distinction, Lombroso a aussi distingué l'homnic de gt'uie de l'homme d'esprit sup«'rietir, mais sans parler de ma priorité.
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a serait la condition actuelle de l'espèce et de la civilisation dans une société donnée;
c 6 la ligne normale des origines de l'espèce et de sa civilisation vers leur progrès à venir ;
a 6 la direction vers laquelle agit le progrès direct, œuvre de rindividualité plus évoluée, de ceux que Ton appelle progressistes [ligne de la progression directe),
ac la direction vers laquelle agit la régression^ œuvre des criminels égoïstes^ séniles ou phrénasthéniques, que l'on peut aussi appeler au point de vue sociologique des régressifs, {Lignt réversive directe)]
ad ïdL ligne par laquelle court toute nouvelle direction utile de l'énergie humaine, œuvre des géniaux (ligne de progression divergente) ;
ae Ib, ligne par laquelle recule l'humanité animale ou civilisée et le long de laquelle elle périt par l'œuvre des crimineh instinctifs {ligne de régression destructive).
La divergence entre la ligne géniale et la ligne normale peut être nommée divergence progressive ; celle entre la ligne criminelle et la normale peut être appelée divergence régressive.
L'action de chaque force qui agit sur les lignes divergentes progressives ou régressives a pour effet de déplacer la direction de la normale correspondante. Ainsi, l'action divergente de l'homme de génie dans les intérêts sociaux agit en déviant oteo attirant vers soi la direction de la ligne normale de progression: s1l n'en était pas ainsi, l'action du génie serait stérile. Demêmt*.
les criminels destructeurs dévient les forces de régression vers la ligne où la société elle-même se meut. Ces résultantes ont d'autant plus d'effet que la ligne de divergence se trouve moins éloignée de la normale ; dans les cas de trop grande divergence, ridée géniale reste une utopie ou une folie et l'immoralité demeure comme tendance de répulsion, sans action effective. L'histoire enseigne que les idées trop éloignées de celles de la masse provoquèrent des rébellions sans résultats et non des révolutions fécondes (Lombroso et Laschi); de même la réaction exercée avec cruauté ne réussit jamais à enrayer le progrès humain : chose que purent les gouvernements corrupteurs et Iftches.
Si toute forme de génie n'est pas destinée à avoir des fonctions progressives et utiles au sein de la société (et il y en a qui se perdent et se dépensent dans des actions secondaires, ou qui dévient dans des directions différentes) il en est qui se dirigent vers la régression et qui associent par conséquent leur action aux forces inférieures.
11 est important de noter que la génialité, en tant qu'aptitude supérieure, peut, outre ses diverses périodes d'intensité, se manifester aussi par rapport aux fonctions les plus diverses, de sorte que chaque côté de l'intérêt social peut avoir ses pionniers, comme il a ses destructeurs. De façon générale, de même que la délinquence s'exerce dans les directions les plus variées, correspondant à l'infinie variété des besoins sociaux, de même, la génialité peut s'approprier une variété quelconque d'aptitudes ou d'intérêts.
Voici, au point de vue du dynamisme social, les rapports généraux entre les criminels et les hommes de génie. Les premiers sont les ennemis et souvent les agents morbides qui poussent sur le tronc et dans la moelle de Tarbre, en arrêtant ou en déviant la vie, en consumant le suc ; les autres sont des Qeurs qui annoncent de nouveaux rameaux. Mais au point de vue juridique de la société^ les uns et les autres souvent sont des délinquants, si ce n'est qu*à l'action des premiers, dits criminels vrais, ne succède jamais, comme à celle des seconds, aucun effet fécond de progrès légitime. A ces derniers, la fortune réserve souvent le ridicule ou Tasile d'aliénés et, par une forme injuste de rai-
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sonnement, souvent aussi la punition pénale comme aux premiers.
Une analogie que, par rapport au dynamisme social, les hommes d*esprit supérieur ont avec les criminels égoïstes, réside dans ce fait que, dans la relativité de leur intensité d'action consiste Topinionquiles fait considérer comme utiles ou nuisibles à la société. Je veux dire que les délinquants égoïstes de petite intensité et les altruistes de petite intensité ne sont pas considérés comme délinquants^ mais au contraire comme des agents nécessaires à l'équilibre social. Les sociétés viventdans les limites d'un mouvement oscillatoire limilé, engendré par les forces contraires des éléments dits conservateurs et progressistes qui, dans leurs degrés plus accentués, sont obscurantistes ou révolutionnaires et constituent des forces qui agissent dans le sens de ces deux lignes opposées, à la tète desquelles, dans Tordre des aptitudes individuelles se trouvent les idiots et les personnes cultivées et dans Tordre des évolutions sociales les rétrogrades et les pionniers.
Après avoir considéré les géniaux et les hommes d'esprit supérieur au point de vue social, voyons maintenant comment ils se trouvent représentés au point de vue biologique.
Il n'est pas nécessaire que je transcrive les opinions des divers auteurs qui ont tenté d'interpréter le phénomène du génie. Les études les plus célèbres sont certainement celles faites par Lombroso qui, dans Thomme de génie, trouve un dégénéré et dans le génie un phénomène d'ordre pathologique, ayant beaucoup d'analogie avec Tépilepsie.
Je ne partage pas cette opinion que le génie est un phénomène pathologique. Le génie est un phénomène qui a la plus haute fonction dans l'amélioration de la société et de la race, il ne peut donc pas être considéré comme pathologique si, par ce mot, Ton entend désigner un fait qui exprime une forme ou une aptitude non seulement très supérieure mais aussi hors de Tordinaire ; donc, même s'il surgit sur un terrain morbide, par luimême, tout au moins par rapport à Tindividu, le génie repré-
sente-t-il une spécialité qui pourrait aussi être avantageuse à ranaélioration progressive ou divergente.
Je crois que des faits analogues au génie dans l'espèce humaine existent dans toute autre espèce du monde végétal ou animal, et représentent la fonction correspondante par rapport à Tespèce où ils se produisent. Ce sont des phénomènes que, depuis Darwin qui les a mis en évidence, Ton appelle variations de caractères, représentant des aptitudes ou des formes distinctes qui, dans la foule uniforme des individus composant une espèce» sont le point de départ de ces lignes de divergence qui, continuées par l^accumulation de nouvelles variations de caractères, produites par la sélection naturelle ou artificielle, conservées ou transmises par hérédité, déterminent la création des variétés d'où, par des progressions et des variations successives, naissent les nouvelles espèces. De m^me, des faits analogues à l'esprit ou à Tintelligence humaine supérieure, dans les espèces animales ou végétales, sont représentés par les tendances au développement progressif qm, surgissant dans la voie des variations particulières des caractères et dans celle des caractères nouveaux, favorisent ou assurent, par les moyens de Tœuvre permanente de la sélection naturelle ou artificielle et de rhérédité, la formation des variétés et des espèces (1).
Les hommes de génie, dans la foule des membres d'une société, représentent ces variations qui créent des différenciations nouvelles, d'où surgissent de nouvelles directions des activités sociales. Evoluer veut dire se différencier (Spencer) et les différenciations dans les sociétés humaines ont, comme dans toute espèce végétale ou animale, un point de départ dans les variations de caractères qui sont exprimées par ces individus qui, dans le genre humain, présentent les qualités du génie. En fait^ c'est parmi les hommes de génie que se trouvèrent toujours, dans les luttes sociales, les précurseurs et les facteurs de toute sorte de progrès.
Si l'on insiste sur l'analogie naturelle entre le génie et l'intelligence chez l'homme et les variations de caractères et les
(1) GeUe opinion je Tai exprimée jadis dans le Congrès d'aliénistes h Novare (18S9) et depuis beaucoup d'aliénistes Font acceptée, mais sans en rappeler l'origine!! (Morselli, Max Nordau, etc.)
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progressions chez les végétaux et les animaux inférieurs, on aboutit à cette observation que dans chaque individu appartenant aux diverses espèces, ces progressions surgissent suivant la position dont jouit chaque espèce dans Tordre évolutif, suivant la direction de ses besoins, de ses perfectionnements possibles et des variations qui se trouvent proches de ractivité normale.
Dans les sociétés humaines, la lutte pour l'existence se fait toujours davantage par les moyens moraux. C'est pourquoi la capacité et la génialité les plus efficaces sont celles qui surgissent dans cette direction. L'homme civilisé ne cesse pourtant pas d'avoir besoin de lutte même d'ordre inférieur, *à cause de la persistance des besoins de la vie élémentaire ; il y a donc aussi des variations utiles dans les forces physiques, que l'on peut dire génialité physique.
Dans chaque ordre de besoins, Thomme a un horizon ouvert vers le progrès et vers une différenciation de plus en plus grande ; il peut donc progresser en usant de forces matérielles et morales, dans la direction des avantages matériels et moraux. Mais, par analogie à ce fait constant, déjà indiqué par moi plusieurs fois, que les différenciations peuvent ^tre d^autant plus grandes que Ton se trouve plus haut dans l'échelle évolutive, les génialités et les capacités supérieures se produisent beaucoup plus abondamment dans l'ordre des forces morales, et de moins en moins fréquemment dans celui des forces matérielles.
Il y a donc des capacités et des génialités supérieures de l'intelligence, de la volonté, de lattention, des divers sentiments, de Témotivité, des sens spécifiques, des forces musculaires, etc. Il y en a même dans Tordre végétatif, car c'est aussi une qualité supérieure qu'un estomac capable d*une puissance digestive extraordinaire, qu'un muscle capable d*un effort miraculeux,etc.; et c'est une vraie génialité qu'un muscle nouveau qui facilite un moyen de lutte et donne un avantage à Tindividu. Par rapport à la nature diverse des diverses facultés, et aux divers ordres de besoins, ce sont autant de génies que Galilée, Pic de la Mirandole, Napoléon, César, Pétrarque, Platon, Bel Uni, Raphaël, LucuUus, Milon, Vitellius, Bargossi. Hercule vaut Apollon et Vénus vaut Minerve,
Virgilio, tout récemment encore, signale Gaspare pour Tétude de la criminalité instinctive, Tutilité des recherches aViatomopathologiques, afin de trouver, même dans la constitution des viscères internes, les anomalies de structure inférieure, corrélatives, révélatrices de documents plus profonds et plus éloquents dans la réversion et Tinsuffisance de développement. Pour le même motif, il faut, pour la génialité biologique, d'ordre physique, la rechercher dans ses apparences les plus élémentaires et les plus actives de la vie végétative. Il y a cependant pour chaque forme de génialité une ampleur différente des conquêtes utiles à mesure qu'elles correspon<lent à des moments spéciaux ou à des conaitions spéciales de la société. Les génialités intellectuelles fournissent la plus grande utilité, car de Tintelligence découlent les avantages dans chacun des autres ordres de fonction.
Il faut aussi noter que les capacités géniales d'ordre moral ont un domaine de buts proposés qui n'est pas le même pour celles d'ordre matériel : c'est-à-dire qu'elles opèrent le plus souvent dans la direction de l'avantage social. Les capacités mécaniques sont aussi naturellement d'ordre moral^ car elles dépendent de Tintelligence. Il en est ainsi pour les aptitudes géniales dans les métiers, les arts, les industries, etc.
Parmi les variations de caractères (que, lorsqu'elles touchent à l'ordre moral nous appellerons génialité, afin de conserver au mot génie une valeur distincte), il en est d'utiles et d'inutiles; dans la nature tout se traduit par ce fait, que des utiles peuvent dériver des formations de nouvelles variétés et de nouvelles espèces, alors que pour les inutiles il n'y a ni conservation ni transmission. Ainsi, parmi les génialités humaines, les utiles peuvent provoquer des variations physiques et morales dans la société, les inutiles ont une action stérile et qui finit avec Tindividu. Parmi ces dernières se trouvent le plus souvent les génialités des aliénés.
Mais la progression dans les avantages de l'espèce, comme de la civilisation, ne se fait pas seulement par l'action de la loi de différenciation, si largement représentée dans la vie des animaux et des plantes; elle se fait aussi au moyen d'une autre loi, formulée pour la première fois par Bronn : c'est la loi du progrès
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continu qui trouve sa plus grande preuve dans les études de paléontologie et dans la succession des séries organiques; loi par laquelle les caractères nouveaux qui surgissent du processus de différencialion vont en se perfectionnant, en devenant toujours plus utiles. Ceci par le moyen de la sélection naturelle ou artificielle, de l'hérédité et de l'adaptation. La loi du progrès, comme le dit Haekel, est donc en dépendance directe avec la loi de variation.
A la loi du progrès s oppose, dans la nature, la tendance du retour au type primitif; de même qu'à la loi de divergence, la tendance à la destruction.
Dans Tespèce humaine^ la loi du progrès détermine des individualités de capacité supérieure qui utilisent et développent les voies nouvelles ouvertes par les hommes de génie. Un savant anglais démontra qu'aucune découverte utile n'est demeurée sans être perfectionnée par d'autres, car chaque création de Tintelligence se produit de façon confuse et avec des délimitations incertaines. L'œuvre du génie serait ainsi stérile sans l'intervention des hommes d'esprit supérieur, qui lui succèdent. De même que les hommes de génie ont, comme contraires, dans l'action sociale, les criminels destructeurs, les hommes de progrès ont, comme contraires, les régressifs et les inertes.
Si donc, comme nous l'avons démontré, le génie est un phénomène d'action biologique distincte, un fait d'ordre progressif, voyons comment et dans quelles conditions il se produit. Revenant à l'analogie naturelle qui existe avec ce qui a lieu dans le monde végétal ou animal, examinons les circonstances d^où viennent en général les variations de caractères. Le fait n'a pas été bien éclairci par les naturalistes et les connaissances se limitent à des idées générales ; c'est-à-dire qu'elles surgissent par rapport aux circonstances favorables de milieu, de nutrition, d'hérédité, ou de relation. Il semble aussi que, ordinairement, ces variations se produisent avec de nouvelles conditions de vie par lesquelles se trouvent engendrées de nouveaux besoins, pour lesquelles elles sont plus utiles. Un fait important est que, chez le même individu, à la naissance de caractères nouveaux ou perfectionnés, ne s'ajoute pas constamment une condition favorable de toute autre aptitude ou forme de son organisation;
de sorfe que, souvent, les acquisitions successives dans la direction d'un caractère au moyen de Paction permanente de la sélection naturelle, de Thérédité et de Tusage, se font aux dépens d'autres caractères ordinaires qui, aussi souvent, reculent tout autant que ceux qui sont cultivés, progressent et varient.
Le fait, mis en évidence avec des preuves cliniques par Lombroso, que rbon(ime de génie présente ordinairement des caractères de dégénérescence, ne peut être méconnu, ni négligé. Même rhomme d'esprit supérieur est souvent faible^ ou invalide, ou défectueux dans son corps. Ceci, plutôt que de confirmer ce fait que le génie est une dégénérescence, pourrait prouver le contraire, justement à cause des plus grandes analogies qu'a le génie avec les variations de caractères du monde animal et végétal.
Du reste, la production du génie est comme une compensation aux défauts que l'individu présente dans beaucoup d'autres parties de l'organisme. En parlant ainsi, Lombroso pensait certainement parler aussi de l'homme d'esprit supérieur, car les exemples cités par lui d*hommes de génie sont plutôt en grande partie tirés d'hommes d'esprit supérieur. Ceci est une conséquence de ce qu'il n'a pas cru devoir distinguer les uns des autres, comme je l'ai fait moi-même et comme je crois qu'il est nécessaire de le faire. Je n'énumère donc pas les diverses espèces de tares dégénératives que Lombroso a su, avec tant d'attention, découvrir chez les hommes de génie en général. Je remarque seulement qu'il n'est pas du tout prouvé des faits qu'il rapporte que rhomme de génie soit souvent un immoral : il semble, au contraire, qu'il ne Test presque jamais. Ceci est si vrai que la délinquence, entre autres, fait presque complètement défaut chez les savants et les lettrés, si l'on met à part les délits de mœurs, qui sont des effets de décadence ou de corruption, et qui sont propres à la sénilité.
Le fait même que le génie est produit par ce que je tiens à appeler une direction anormale ou partiellement exagérée de la force évolutive, indique que l'homme de génie provient de familles malades et que son origine exprime un fait morbide. Mais il n'est pas lui-même un fait morbide. C'est ainsi que
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d'une famille psychopathique naissent des fous, des épileptiqoes, des hystériques, des sourds-muets, des scrofuleux, des délinquants. Mais ceci n'empôche pas que certains d'entre eux aient des caractères distincts, d^ordre physique ou moral, qui seraient des expressions, non pas de maladies, mais d*avantages partiels. C*est ainsi que les phtisiques sont souvent très intelligents, les épileptiques de grande force musculaire, les idiots agiles, que les hystériques ont des sens très délicats, que les scrofuleux ont une peau très délicate et un aspect agréable, etc.
Dans Tordre anthropologique, le délinquant vulgaire, destructeur, et rhomme de génie sont dans le même rapport que ponr le dynamisme social. En ceci, Thomme de génie représente la force qui agit vers une voie nouvelle de l'avenir, avantageuse pour Tespèce et la civilisation ; la délinquence tend non seulement à détruire ce que la civilisation a conquis^ mais aussi à détruire la société elle-même; en cela Thomme de génie est la variation de caractère, c*est le caractère nouveau qui se dégage pour indiquer les voies nouvelles à Tavenir de la race; le délinquant destructeur est le microbe qui menace directement la vie de la race elle-même. Tous deux pourtant annoncent un changement des conditions ordinaires et communes de la société.
Il est un fait que Ton voudrait retenir en faveur de la théorie de la nature dégénérative du génie et qui perd sa valeur, c'est que les hommes de génie ont souvent des descendants insuffisants ou fous; ce fait ne serait pas en rapport avec le phénomène du génie, mais avec la constitution névropathique ou faible de rhomme de génie. En pratique, pourtant, le fait lui-même n'a pas toute la rigueur de vérité que Ton veut bien dire, car les familles ne sont pas rares où une intelligence distinguée est héréditaire ; Thérédité continue de certaines aptitudes géniales est fréquente et fort connue, spécialement pour la musique. Voyez à quel point Ribot a mis la chose en évidence dans son livre l'Hérédité psychologique. Ceci, sans préjudice du fait que Ton appelle souvent géniaux ceux qui ne sont que des intelligences supérieures.
Il faut aussi considérer que le génie, phénomène partiel, ne peut toujours se transmettre par les voies ordinaires de l'hérédité biologique, car, par sa nature morale, son action est diffusée
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hors de l'individualité corporelle et elle s'exerce au profit des œuvres et des idées sur la masse. Les héritiers de rhomme de génie ne sont donc pas toujours ses enfants selon la nature, mais ceux qui, appartenant à son école, ont eu par lui Tincitation au progrès extraordinaire et à la variation.
La sélection naturelle retire du génie les bénéfices directs pour Tamélioration sociale, faisant en sorte que chaque esprit, qui travaille successivement dans la voie tracée par le génie précédent, parte de la dernière conquête acquise ; c'est Thérédilé thésaurisant, formant le patrimoine social indestructible des conquêtes avantageuses faites par le génie lui-m^me. Ce n'est pas autrement que dans le domaine des conquêtes matérielles le fils augmente le patrimoine de richesses hérité du père et que la loi sociale des droits héréditaires transmet les biens acquis pour l'avantage de la famille. Les hommes d'esprit supérieur sont ceux qui développent et cultivent les idées émanées des génies, comme autant de directions de l'activité.
Lombroso a aussi démontré que le génie a beaucoup de rapports avec Tépilepsie. Avant tout, il trouva que beaucoup d*bommes de génie célèbres furent des épileptiques ; puis il signala que Taclion géniale est accompagnée quelquefois de certains phénomènes qui ont la plus haute analogie avec ceux qui se produisent dans les accès épileptiques. C'est-à-dire que l'action géniale se manifeste quelquefois avec intermittence, avec instantanéité, avec inconscience^ elle est souvent inspirée, quelquefois suivie d'amnésie, et quelquefois aussi accompagnée du contraste, de la double personnalité, de l'hyperesthcsie, etc.
On ne peut, certes, mettre en doute aucun des faits rapportés par Lombroso et dont il déduit avec clarté la nature épileplique du génie. Je crois même que c'est une chose naturelle que les hommes de génie soient souvent épileptiques, justement parce que l'homme de génie, étant indubitablement un anormal par altération du processus formatif, Tépilepsie est la plus naturelle et la plus fréquente expression des états inférieurs ou anormaux du développement moral. De même qu'ils sont souvent épileptiques, les hommes de génie présentent aussi d'autres formes d'anomalie psychique.
Après ce que j'ai dit plus haut sur la nature de l'épilepsie,
s. Vbntuhi. 17
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que je considère comme étant de nature atavique, et comme maladie seulement dans un sens relatif, c'est-à-dire en tant qu*elle est Texpression de Ténergie générale automatique qui s'accumule et se décharge en explosions accessoires et sans utilité, ou domine l'influence de la volonté, en agissant dans la sphère des actions qui lui sont subordonnées. Je puis aussi admettre que l'acte génial est une expression d'épilepsie, en ce sens qu'il estdéterminépar uneactiondecetleénergie qui échappe à l'empire de la volonté. En fait, l'idée inventive ou la conception artistique, qui apparaissent subitement à Tesprit, ne sont pas déterminées par la volonté, mais projetées dans la conscience par une énergie automatique. Mais si ceci constituait de Tépilepsie, on risquerait alors d'en venir à croire que toutes les représentations mentales se font au moyen dedécharges épileptiques. En disant ceci, on tombe dans Tabsurde ; on demeure au contraire dans le domaine du rationnel si Ton dit que cette énergie qui suscite Tacte génial ou la pensée naturelle^ ou Tidée du jour, est TefTet de Ténergie automatique qui, à des degrés différents, échappe à laction volitive.
Je dois aussi mettre en garde contre un point de vue qui prête à Téquivoque. L*on dit que la pensée géniale éclate comme impérieuse et nouvelle ; on ne fait pas attention, en parlant ainsi, à ce fait connu de la cérébration inconsciente, par laquelle les pensées qui surgissent tout à coup, mûries, du cerveau, ont parcouru une longue période d'élaboration, en se basant sur les matériaux existants. On appelle création ce qui n*est qu'un état imprévu de conscience. Voyez l'analogie avec le sommeil. Le rapport plus ou moins grand avec des antécédents d'association n*est pas suffisant pour déterminer la nature épileptique ou non d*un acte mental, car le travail d'association est spécialement celui qui a lieu dans l'inconscient. Penser veut dire associer, et c'est justement dans le silence des états de conscience que s'élaborent plus fortement les pensées basées sur le travail d'association.
Par conséquent, ce n'est pas en bloc, mais avec les réserves que j'indique, qu'il faut accepter cette opinion qu'une action épileptique est la cause productrice de l'idée géniale. On ne peut nier, en général, que l'épilepsie, de la même manière qu elle
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met en action les centres moteurs ou sensitifs, etc., peut aussi meltre en action les centres psychiques et donner par conséquent des convulsions, des hallucinations, des douleurs, de rhyperhémie, de même que des idées et des images. Certaines idées délirantes, dites primitives, n'ont pas un autre mode d'origine.
Il faut remarquer aussi qu'il est des hommes de génie qui^ non seulement ne sont pas épileptiques, mais qui ne présentent pas non plus les apparences morbides de la génialité. Quant à leurs capacités supérieures, leur cerveau est simplement une machine si bien conslruite que, prenant la matière primitive, elle restitue des produits mieux élaborés et en plus grand nombre que chez les autres; pour cela, il n'est nullement nécessaire qu'ils soient épileptiques. Il y a des hommes d*aptitudes supérieures qui se dégagent d'un ensemble complexe et favorable de moyens : fine sensibilité spécifique, actes aperceptifs rapides et lucides, travail d*association serré et continu, etc., etc., dont le produit élevé est le résultat net^ prévu, certain, de conditions spéciales de Tesprit. Il en est tout différemment du génie. Je pourrais citer de ces intelligences et je ne le fais pas, aiin qu'un point faible dans de telles citations ne vienne point illusionner sur ce que je veux dire. Mais chacun en connaît. Je pense aussi à un autre fait de grande importance. La génialité, quelle que soit ia cause qui la met en action, est une aptitude très supérieure ou nouvelle dans le domaine d*une fonction générique. Elle a une base correspondante, nécessaire, dans les conditions exceptionnelles de Torgane dont elle provient. On ne peut nier, en somme, que les hommes de haute intelligence ou de génie aient, en général, un cerveau plus ample ou plus pesant.
Il est inutile que je rapporte ici des chiffres que tout le monde connaît^ car ils sont cités dans tous les livres qui traitent du génie. Les exceptions ne sont peut-être qu^apparentes, car nous ne savons pas quelle partie du cerveau est en rapport avec telle ou telle aptitude, celte partie pouvant être aussi plus avantagée dans un cerveau qui dans sa totalité se trouverait môme plus petit que la normale. Si, par exemple^ les poètes, les artistes, les peintres, les sculpteurs, etc., ont le front plus ample et la substance cérébrale frontale plus abondante ^probablement
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parce que les aptitudes générales d'intelligence, d'imagination, de mémoire^ etc., siègent dans une large partie du cerveau), il pourrait aussi se faire qu'aux musiciens, il suffise seulement d'avoir le centre cortical auditif plus avantagé. Les phrénologistes, s'il en existe encore, seraient certainement de cet avis. Il est certain que l'Hercule, génie ou géant de la force musculaire^ eut le fondement de son génie dans la grosseur des muscles, bien qu'il fût épileptique. Pourquoi donc vouloir attribuer tout Teffet de la génialité à la force qui, de temps en temps, incite l'organe à l'action, et ne pas reconnalire au contraire que la génialité consiste dans la capacité nouvelle ou plus grande de la fonctionnalité elle-même?
L'épilepsie dans l'acte génial exerce la même influence que dans la criminalité. L'homme épileptique^en somme, ne commet habituellement pas le délit par suite de l'épilepsie^ mais par suite de ses tendances immorales éventuelles qui ont une influence irrésistible à cause de la nature épileptique.
Du reste, il me semble que si l'on accepte ma façon de voir sur Tépilepsie, la question de la nature épileptique du génie est oiseuse. La génialité est l'effet de capacités fonctionnelles supérieures ou distinctes, et elle est mise en action par une énergie qui souvent n'obéit pas à la volonté. Gela est si vrai qu'il y a aussi des génialités de la volonté elle-même. Elles sont peutêtre les plus fréquentes et sont spécialement données par ceux que l'on appelle des caractères. Voyez Smiles. Si le génie était un fait épileptique^ la génialité de la volonté serait la négation de Tépilepsie.
Les hommes de génie, comme aussi, souvent, les hommes de grande intelligence, en outre qu*ils sont souvent épileptoides, ont souvent des propensions aux idées originaires de persécution et d'orgueil ; les premiers ont même quelquefois un esprit critique insuffisant; c'est pourquoi l'on dit vulgairement qu'ils manquent de bon sens (Lombroso). C'est là une autre analogie biologique avec les délinquants ordinaires, car les uns ou les autres sont des produits de développement anormal et ce fait que les premiers sont parfois aussi des délinquants et que les seconds sont aussi des géniaux, compléterait l'analogie biologique et affirmerait de nouveau l'origine commune. Mais
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il faut cependant relever que les hommes criminels sont souvenl lels par suite d*un arrêt de développement, qu'ils sont, comme nous Tavons vu, un composé des imbécillités, des fatigues, des neurasthénies qui se termineront facilement par rinvolution précoce. C'est pourquoi parmi les criminels, les imbéciles sont fréquents, et parmi les génies, les fous. Les aliénations des hommes de génie peuvent se décomposer en éléments psychologiques variés : effets d anomalies de développement et de sénilité précoce tout ensemble. Ceci en mesure de l'inégale mesure du développement des aptitudes particulières chez les sujets précocement épuisés. C'est-à-dire qu'ils fournissent Texemple fréquent des démences que j'ai nommées dégénérescence mixte, évolutive ou involutive, propre à la grande classe des héréditaires (Magnan) parmi lesquels se trouvent les génies.
C'est ainsi que quelquefois, comme les criminels et comme les séniles, les hommes de génie sont immoraux dans leur action; et que, dans le dynamisme social, ils donnent l'exemple d'agir d'un cAté dans un sens altruiste, de l'autre dans un sens égoïste. Dans leurs œuvres ils ont une action progressive et dans leurs jugements sur autrui, ils sont misonéistes.
Ceci posé, j'évite de parler des aliénés de génie et du génie chez les aliénés, ce qui serait une vaine répétition de choses déjà dites.
Les différences entre les criminels et les aliénés sont éclaircies^ de même que leurs analogies. Les premiers ont des signes physiques et moraux d'insuffisance de développement ou de réversion atavique d'ordre spécialement physique et les seconds, les aliénés, ont des signes physiques et moraux de sénilité précoce et de décadence. Les uns autant que les autres peuvent présenter des signes appartenant à la forme de dégénérescence opposée à celle à laquelle ils appartiennent essentiellement, car les délinquants sont facilement sujets à la sénilité précoce et les aliénés se forment plus facilement sur le fond des conditions héréditaires de développement auQrmal. Natura non facit saltus,
La doctrine qui considère la nature morbide du crime et du criminel n'est pas le moins du monde infirmée par ce que j'ai
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dit, car les liens de parenté entre les criminels et les aliénés n'en sont pas méconnus^ mais renforcés; ceux-ci (les aliénés et les criminels) ont en commun les conditions génératrices, beaucoup de points de contact et de passage des uns aux autres.
Mais, cependant, la différence entre Tune et l'autre de ces formes de dégénérescence, qui produit les uns et les autres et qui éclaire la pathogenèse et la forme clinique, demeure évidente. Plus loin, dans le chapitre sur la pathologie de la séduction, nous exposerons en détail les caractères cliniques différentiels physiques et moraux des aliénés et des criminels, rapports que, jusqu'à présent, j'ai séparés dans leurs relations pathogéniques.
L'homme de génie est un caractéristique ; il est même, comme le criminel instinctif, un caractéristique majeur, car il exerce une action dans la dynamique sociale ayant pour effet un mouvement étendu, divergent et progressif, opposé à celui provoqué par le criminel, ce dernier agissant dans un sens destructeur et régressif.
Les hommes de génie comme tous les autres caractéristiques sont produits ou nés, A mon avis, je dirai que les produits sont plus fréquents que les nés, malgré que ceci paraisse nouveau et difficile à être accepté. Les hommes, dits de génie, ne se distinguent qu'alors seulement qu*on en connaît des résultats, c'està-dire les idées et les œuvres de ^énie ; aucun indice d'une génialité latente ou sans effets visibles ne peut être sérieux ni acceptable. Il n'existe aucun cas bien constaté d'une idée ou d'une œuvre de génie qui n'ait pas eu comme antécédent, dans l'éducation ou dans l'esprit de son auteur, une suffisante préparation spécifique pour le produit génial, qui se révèle en apparence comme un produit spontané et merveilleux de pouvoir iiitellectuel.il est vrai aussi que chaque découverte (car, au fond, Tœuvre de génie se concrétise en autant de découvertes ou d'idées neuves) ne surgit que de l'esprit de ceux qui étaient précédemment, par Tétude et par l'observation, mis sur la voie delà découverte elle-même; le produit génial apparaît donc comme un pas en avant, comme un saut, ou comme une déviation du point précis ou du niveau auquel l'esprit était, précédemment, parvenu au moyen de l'étude méthodique. La pomme
tombée sur le nez de Newton et la lampe oscillante de Galilée trouvèrent en eux des études suffisamment mûries pour que le fait fût compris par eux et devint fécond. Certainement, le fait qu'un très petit nombre d*hommes seulement savent faire un pas au delà de la connaissance acquise, ou un pas divergent sur la ligne commune, prouve que, pour que des découvertes puissent se faire, il faut une certaine capacité d*esprit qui ne se trouve pas dans chaque savant malgré la minutie de son érudition. Mais ceci ne représente souvent pas davantage qu'une subtile intelligence, sans qu'il y ait là un esprit énorme et monstrueux. Voyez le nombre énorme de découvertes faites de nos jours en comparaison de celles faites autrefois, en raison directe du plus grand nombre de savants et du point plus avancé où sont arrivées aujourd'hui les sciences et leurs nombreuses ramifications ; ceci, par suite de la division du travail qui, limitant Taltention et Texpérience, rend Tinvestigation plus précise et plus productive. Et je crois qu'il n'y a pas de bon spécialiste dans aucune matière d'ordre secondaire du savoir qui n'ait pas à son compte quelque idée neuve ou quelque petite découverte d'ordre théorique ou pratique.
On comprend fort bien ce fait que les découvertes et les idées neuves se produisent plus facilement dans l'esprit d'un savant amateur que d'un professeur titulaire. Je conviens m^me que ceux-ci sont rarement géniaux, alors que les choses nouvelles et monstrueuses sont d*abord signalées et formulées par les bohémiens de la science. Mais ceci ne démontre pas encore qu'une intelligence suigenerissoii nécessaire à laproduction dece genre de nouveautés. Le motif en est que plus les professeurs sont sérieux, moins ils peuvent remarquer et comprendre des choses nouvelles et ceci surtout si, par Thabitude de l'emploi de l'esprit, ils s'en tiennent à considérer seulement ce que dit la doctrine ou le livre^ et ce qu'ils ont toujours enseigné. C'est un effet connu du misonéisme de la science officielle. Ce sont surtout les intelligences fraîches, qui ne sont pas encore envahies par des stratifications doctrinaires, qui ont une élasticité suffisante pour les sauts et les déviations, et sur mille qui tombent dans le vide et dans l'utopie, il s'en trouve un de temps en temps qui signale des vérités nouvelles et qui les révèle.
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Mais chaque produit génial est engendré au terme ou sur la courbe d'une culture du même ordre. Je ne crois pas que le contraire existe souvent dans l'histoire des découvertes.
Contrairement au proverbe qui dit oratores fiunt, poetx nascunttir, je ne crois pas que même par la poésie naissent les hommes de génie. En somme, aujourd'hui, ceux-ci ne peuvent plus être si ce n*est sur la base du savoir scientifique moderne, dont ils sentent les relations humaines et dont ils prévoient des avenirs correspondant à l*idéal moderne de Thumanité. De cette façon, nos poètes doivent au moins être des savants afin de comprendre en de hautes synthèses la pensée et le sentiment universel. Des spontanéités psychologiques dans des cerveaux dïgnorants, quelque robustes qu'ils soient, ne peuvent donner des œuvres à la poésie moderne. Gela est si vrai que, à toutes les autres époques, le poète fut à la tête du savoir génial de son époque et de son pays. Les études sur les applications diverses et la division du travail créent les bases d'autant des génialités diverses, de même que les diverses catégories d'appétits non réfrénés ou non satisfaits créent les diverses classes de la criminalité actuelle ou traditionnelle.
Et bien que, comme conséquence nécessaire de l'apprentissage spécial des études porté jusqu'aux limites de la connaissance, à l'impulsion d'une intelligence marquée pour arriver à la découverte placée un peu en avant ou en position latérale le long du cours des connaissances communes, il faille quelque chose de plus qui serait Tintelligence spontanée, ce fait est exact pourtant que cette même étude spécialisée^ attentive et passionnée aiguise l'intelligence ordinaire et la rend plus capable et assez suffisante pour aboutir souvent à une production géniale. L'organe, perfectionné par Texercice, s'améliore^ aiguise ses capacités, étend les limites de son pouvoir. Il en est de Tintelligence comme des bras, qui, par la gymnastique, améliorent leur nutrition et donnent comme résultat une plus grande énergie d'action. Jusque-là, donc, c'est-à-dire jusque tout auprès du point de production de la découverte géniale, je n'admets pas la nécessité d'une capacité mentale spécifique ; jusque-là, l'homme de bonne intelligence ou devenu tel par suite d'un bon exercice et d'un apprentissage heureux, suffit.
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Mais je crois, au contraire, qu'il y a des hommes de génie nés et qui se révèlent dans une autre étape de ce travail mental qui conduit enauile aux découvertes et aux idées nouvelles. Il y a des hommes qui manifestent à un degré plus ou moins apparent, quelquefois jusqu'à l'évidence et à l'irrésislibilité, des tendances à rapplication de leur travail dans une direction plutôt que dans une autre. En d'autres termes, cette tendance s'appellerait vocation. Si ces individus sont dirigés par le hasard dans la voie des travaux pour lesquels ils ont une préférence marquée et que l'exercice et la culture les mettent en même temps en mesure d'arriver au point nécessaire, lorsqu'ils en sont arrivés là, ces individus produisent facilement des œuvres géniales que d'autres ne pourraient produire que rarement et avec effort. Ils auront aussi cet avantage de produire dans la jeunesse et dans une durée d'études assez brève ce que d'autres ne pourraient produire, car ils sont aidés et portés par leurs dispositions naturelles d'intelligence où par leur passion. Ils ont en eux-mâmes, comme je le dirai plus loin, presque de naissance, croissant avec leur corps et leur esprit, Vidée biologique de la découverte future à laquelle ils sont comme prédestinés. A ce point de vue, ils sont les caractéristiques-nés de la ijénialilé et l'hérédité leur transmit les directions spéciales de leur vocation, en leur transmettant les énergies diversement spécialisées des générations passées appliquées à divers services de l'intelligence et du sentiment humain, au sommet desquelles se trouvent 'les germes des futures divergences progressives.
Il est aussi important de considérer ce fait que, en dehors des hommes de génie-nés, porteurs de tendances progressives, les tendances géniales existeat dans les générations précédentes; tendances qui sont transmises par l'hérédité aux divers individus, et ceux-ci apparaissent comme des héritiers, continuateurs et augmentateurs du patrimoine ancestral ; de même que les hommes qui deviennent supérieurs par l'étude individuelle, partent du patrimoine de connaissances épars dans le monde et dans les générations précédentes, le conservent, l'accroissent, le transmettent, au moyen de l'école, à d'autres encore.
Ainsi la caractéristique géniale correspond parfaitement à toute autre caractéristique et s'oppose parfaitement à celle de la
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criminalité par analogie dans sa genèse, ou par analogie d*aclion dans un sens d'antithèse. Les géniaux, comme les caractéristiques mineurs, et leur opposé, les caractéristiques majeurs delà criminalité, présentent par tendance native ou par plasticité créée par l'exercice, des apparences somatiques, psychiques et sociales particulières, qui les distinguent selon la direction spéciale de leur travail.
La tendance géniale naturelle, héréditaire ou atavique^ qui est quelquefois irrésistible, se manifeste dans des limites souvent étroites et quelquefois plus larges. Les hommes de génie se divisent donc en génialités limitées et génialités étendues. Max Nordau croit que ces derniers seulement sont des hommes de génie, et que les premiers sont des anormaux, des mattoîdes et des dégénérés.
Je crois tout à fait le contraire de ce que pense cet illustre et original penseur. C*est-à-dire que ces derniers, ceux qui réussissent dans presque chaque direction du travail auquel ils appliquent leur activité, sont seulement des hommes d'intelligence supérieure, et que les premiers seulement peuvent être des géniaux comme présentant de façon évidente, depuis leurs premiers travaux, une tendance quelquefois irrésistible à une occupation spéciale et limitée. Et je m'explique que Max Nordau voit si souvent en ceux-ci des mattoîdes ou des anormaux, par ce fait r|ue lorsqu'ils ne sont pas appliqués au travail où leur inclination naturelle les conduit, ils deviennent mécontents, déplacés, incapables et inadaptables à toute autre occupation qui leur répugne. Cette erreur de croire que leur capacité limitée les rend insuffisants à la vie sociale se trouve détruite par la considération que leur œuvre devient utile quand elle est intégrée par Tœuvre d'un autre dans le travail collectif et social ; ils sont donc, comme tous les caractéristiques dont j'ai parié^ des produits excessifs de cette période sociologique dans laquelle nous vivons, nés pour être des instruments de la machine sociale, avec le désavantage du déséquilibre individuel. Qui donc appellerait aujourd'hui insuffisants et anormaux ces nombreux ouvriers de Im pensée et de l'industrie, vivant dans un absolu monoîdéisrae technique sans lequel aucun pas en avant, dans les diverses branches du savoir et de Tindustrie, ne serait possible?
LKS GfcitUttX 267
L'antithèse entre rbomme criminel et rhomme de génie n'est pas seulement limitée aux rapports de l'action dynamique sociale et à ceux de la fonction biologique; mais il y a encore, à mon avis, un autre motif plus puissant d'antithèse entre eux. Il réside dans la basé différente et opposée d'où proviennent leurs destins, leurs énergies et leurs formes.
C'est-à-dire qu'il me semble que. en face de la tendance qui existe dans la nature du retour de l'élal de domestication à celui de libre développement, se place une tendance opposée, qui fournit à l'aclioa de la domestication (civilisation), les énergies et les formes nécessaires. De même que dans l'intimité des formes artificiellement adaptées, c'est la mémoire des formes antiques et sauvages; la nature doit avoir aussi, corrélativement, des dépôts par lesquels elle atteint peu h. peu les formes matérielles d'un nouveau développement. C'est-à-dire que de même que les caractères qu'acquièrent les plantes et les animaux, privés des avantages de la domesticité et de la culture favorable, ne sont pas des caractères nouveaux, mais des réapparitions de caractères ataviques, disparus ft une époque antérieure par suite du développement artificiel ; lotit ce que Faction de la domesticité et de la culture favorable introduit comme caractères anatomiques, physiologiques ou psychologiques nouveaux, chez les plantes et chez les animaux, n'est pas une chose nouvelle dans la nature , mais la fixation, la combinaison et l'adaptation de choses existant par ailleurs dans des organismes collatéraux ou surtout inférieurs, en tant que caraclèns diversement épars dans les différents produits de la création naturelle. Et si cela, ainsi qu'il me semble, est exact, chaque espèce qui, par suite de conditions favorables, s'améliofe, croit aux dépens de substances, de formes et de capacités étrangères, et existant à un degré au-dessous d'elle. Ainsi, cette espèce, dans le parcours de son évolution future, serait destinée à un travail toujours croissant de synthèse organique qui se ferait au tnnyea à' un processus d'élévation de choses inférieures. Ainsi, dans l'échelle de la hiérarchie des êtres, l'espèce supérieure ^e nourrit et s'empare par un processus continu d'élévation 'lu qualités éparses dans des espèces inférieures et pins simplie^; et c'est le travail d'adaptation et de réduction ou d'élimination
qui la fait monter, en rapport avec les nécessités des formes nouvelles, des nouvelles fonctions, et des nouvelles relalions.
Ce fait étant accepté comme vrai, il pourraitètre aussi compris dans la magnifique formule de la physique contemporaine: dans la nature, rien ne se perd, rien ne se crée. Rien ne se perd, car ce que la culture a fait disparaître, revient en s'alliant aux produits delà réversion atavique; rien ne se crée, car ce que produit la culture est fourni par des matériaux, par des énergies et par des spécificités existantes, que l'œuvre de divergence et de progrès met à profit.
Démontrer ceci par des faits serait mille fois plus facile que pour ceux qui démontrèrent le phénomène de la réversion atavique par la comparaison des produits de dégénérescence avec les caractères normaux d'animaux inférieurs, ou d'états humains antérieurs ou préhistoriques. Kenita dit que les animaux sont formés sur le schëme de l'homme et tes divers systèmes organiques humains sont tous plus ou moins représentés par les organes des animaux. Je trouve là une base de mon opinion.
Les mathématiciens peuvent voir, dans les symétries numériques des feuilles, des organes animaux, des progressions dans la vitesse de chute des corps et dans les vibrations de la matière, etc., les démonstrations des lois numériques avant que les hommes aient compris l'existence des nombres et avant même que les hommes existassent. Ils peuvent encore voir dans les facettes des cristaux les admirables dispositions qui sont aujourd'hui fournies aux hommes par l'équerre et le compas, et par la géométrie qui se trouvait exprimée dans les formes de la nature avant même qu'ils ne s'en occupassent. On peut voir aussi comment les conceptions fondamentales mécaniques, symétriques et esthétiques de notre architecture se retrouvent dans beaucoup de coquilles fossiles, dans les habitats de beaucoup d'insectes; et comment se retrouvent aussi dans des millions d'exemplaires de produits végétaux, minéraux et chimiques les divers éléments de l'eurythmie et de l'ornement.
11 y a des coquilles qui ont portes et fenêtres avec des locaux internes séparés par des colonnades, comme nos palais de marbre. It y a des nids si bien équilibrés et si bien disposés que
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nos ingénieurs n'ont pu les imiter que fort tard. Il y a dans le règne animal, végétal et minéral des proportions de lignes si parfaites qu'on ne les trouve pas toujours dans nos constructions. Il semble que le plaisir que nous éprouvons à considérer la symétrie, Teurythmie, la proportion, corresponde non à des connaissances et à un bon goût suggéré par l'école et par le milieu, mais qu'il soit chez nous naturel et de longue date instinctif.
Il n'est aucune, ou presque aucune de nos institutions politiques ou sociales qui ne semble avoir sa parfaite correspondance en autant d'institutions que l'observation moderne découvre chez telle ou telle espèce animale et qui étaient ignorées il y a peu de temps encore ; de sorte que l'on ne peut dire que les hommes les ont imitées consciemment et volontairement.
Je cite ici quelques faits sans ordre. La période de constitution politico-sociale basée sur Tesclavage et la guerre de conquête fut parcourue par les hommes à un instant avancé en civilisation jusqu'à une époque récente. Cette constitution politico-sociale, on ne sait que trop communément quelle se retrouve chez les fourmis dans son état le plus complet. Et les hommes n'ont pu imiter les fourmis car ils n* avaient pas encore fait les observations précises que nos savants ont réalisées. La coexistence chez deux espèces animales, si éloignées et si diverses dans un large domaine de pensées, d'adaptations, et de besoins identiques, est donc réelle ; elle eut certes un processus de formation placé complètement en dehors de la conscience et de la volonté.
Le mariage, sans nos rites et nos hypocrisies, mais sur la base identique de la vie commune perpétuelle, de Tamour, de la jalousie, de l'assistance réciproque et de l'éducation des rejetons, mariage à forme de monogamie ou de polygamie, de monandrie ou de polyandrie, temporaire ou indissoluble, avec ou sans divorce, s'observe chez beaucoup d'espèces animales de même que chez les hommes ; et ceux-ci, à mon avis, s'illusionnent quand ils croient Tavoir inventé. Ils ne Tout pas accepté par un acte de pleine et libre volonté, comme diraient les juristes.
La construction des maisons et des villes, les provisions d'hivernage et les travaux de Tété, la chasse, la pèche et l'usage
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même des vêtements, les hommes ne sont pas seuls à les avoir inventé, car mille et mille autres espèces connaissaient ces choses avant eux et en usent encore aujourd'hui. Jusqu'à certaines de nos industries domestiques nous sont communes avec les animaux : par exemple la filature (araignées). L'inhumation des cadavres est même exercée par certaines espèces animales (nécrophîles). L'art de la guerre, avec son astuce stratégique ordinaire, offensive et défensive, n*a pas de secrets pour beaucoup d'espèces animales qui ont même plus de subtilité en ceci que nos plus grands généraux. L'assistance des blessés en temps de guerre et les alliances pour la guerre et pour la paix ont eues des précédents, chez Tanimal, de même que le régime socialiste, monarchique ou représentatif.
Nul n'est un amant et un séducteur plus habile que Toiseau : nul n'est un plus astucieux chasseur que Taraignée, le chat, ou que certains poissons ; nul n*est un plus puissant fascinateur que le faucon ou que la chouette. Il n'est pas un de nos peintres qui connaisse une couleur qui ne soit pas dans la nature, et nul parfumeur n'a inventé de parfums en dehors de ceux que la nature possède. Il n'est pas une de nos connaissances scientifiques modernes ayant produit ces merveilleuses applications à notre industrie qui n'ait été ou qui ne soit entièrement appliquée dans la nature. La vapeur remue les entrailles des montagnes, la lumière électrique des astres nous éclaire, le soleil nous photographie à chaque instant, la navigation sur des bancs de glace et sur dés matériaux transportés par les fleuves accomplissait l'éternel voyage d'émigration des animaux avant nos navires, avant nos bateaux, nos barques et nos canols. Et le vol des oiseaux est là encore, point de mire de nos désirs, qu'il nous sera possible d'imiter maintenant que le cinématographe nous fait facilement comprendre comment il est, en réalité, accompli par les oiseaux. Même les qualités psychologiques de l'homme ont leurs correspondances parfaites chez les espèces animales : la fierté chez le lion, le courage chez le tigre, la prudence chez le serpent, l'astuce chez le renard, la fidélité chez le chien, la mansuétude chez la chèvre, etc., etc. Et Ton veut même que l'homme présente, avec chacune de ces qualités, la physionomie de l'animal correspondant (Pidevit). Rien de ce que l'homme
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sait, de ce qu*il.fait, de ce qu'il espère, n'est nouveau ni ne lui est propre. Tout ce qu*il connaît, tout ce qu'il pense, tout ce qu'il désire est déjà en usage hors de lui, et des milllions de choses existent encore en dehors de Ini qu'il pourra peut-être réaliser peu à peu dans l'avenir, et par lesquelles il ira en augmentant et en intégrant le domaine de la connaissance. Il est, pourtant, supérieur aux autres animaux car il peut avoir ou ne pas avoir leurs qualités ; il peut avoir certaines seulement, et il peut, les ayant toutes, utiliser celles qu'il lui plait, équilibrer l'action de Tune avec celle de Tautre. Les animaux, m contraire (caractéristiques nés et exclusifs) sont privés de liberté, dominés par la spécificité de leurs qualités. Cette supériorité de Thomme, peut-être, il Ta par le plus grand et large développement psychique qui le fait l'animal le plus libre.
Tout ce que Thomme, peu à peu, s'assimile de ce qui est en dehors de lui, il ne le fait pas par une imitation consciente et voulue, mais par un travail spontané, produit par une œuvre propre, à mesure qu'il s'assimile des connaissances et des méthodes qu'il ne sut jamais exister chez des espèces animales petites ou inconnues de lui. L'homme ne crée rien, il découvre en dehors de sa volonté, car ce qu'il découvre aujourd'hui se trouvait sur le bourgeon qui pousse, et ce bourgeon était subordonné à la maturation de ses destinées biologiques alors que le développement avait atteint son point culminant. Le savant découvre de même une loi lorsqu'il est enfin parvenu au moment opportun de culture et de préparation, dans la direction d'un ordre de choses déterminées.
Le processus, dont la nature prend les matériaux qu'elle prête aux espèces qui croissent et qui divergent (matériaux employas par elle chez des espèces diverses et dans des buts différents pour (Hre prodigués à dés époques de développement correspondant aux besoins et aux conditions opportunes de leur vie), ce processus est un processus de sublimation continue, agissant comme si les espèces les plus élevées avaient, dans leur avenir, à se revêtir des qualités, des formes, des énergies, éparses en dessous d'elle, et comme si elles représentaient le produit d'une intégration progressive et continue. Et lorsque, avec la disparition, par suite de la mort naturelle, des espèces
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les plus largement développées, furent enterrée^ avec elles les aptitudes et les formes élevées, de nouvelles espèces, venues de la profondeur des petites choses, porteront de plus en plus haut dans les embranchements du monde animal et végétal des formes nouvelles et de nouvelles qualités qui, avant les formations du monde animal, végétal ou minéral, ont leurs origines premières dans les formations sans fin du monde chimique.
Après tout ce que je viens de dire, Thomme de génie, né ou produit, est donc celui à travers lequel le processus naturel de , développement fait jaillir le caractère nouveau et utile à son espèce ; ce caractère sera assimilé par Tespëce, fera partie de sa propre substance et il en naîtra d'autres produits de nouveaux développements. L*homme de génie produit cueillera simplement ce qu'il y a à prendre au sommet de la culture, d*où celui qui y est parvenu avance sa tète et ses membres, s*élevant sur Téchelle du savoir jusqu'à un point où les autres ne sont pas arrivés. L'homme de génie né est le bourgeon méine qui portera, lorsqu'il aura crû, le fruit du produit génial que la nature, lorsque le développement de l'espèce est arrivé au moment opportun, soulève par une force spontanée et fatale et fait apparaître d abord comme tendance, puis bientôt comme adaptations et qualités spécifiques. Et lorsque le moment favorable à la naissance d'une nouvelle connaissance, d*un art nouveau, d'un nouveau moyen d'action est arrivé, la nature pousse mille et mille petits bourgeons pour en porter la nouvelle, et de ceux-ci, à travers mille hasards, bien peu arrivent au but. Ceux qui restent en arrière, à qui il manque une opportunité de tendance et de résistance, sont fait prisonniers en route et appliqués à d'autres que ceux pour lesquels ils étaient nés. Ils donnent des produits d'utopie, de mattoïdisme, et de criminalité. Chaque développement a son instant opportun et ses préparations nécessaires. Le fruit génial dont la substance existe dans la nature est révélé par l'homme prédestiné lorsque celui-ci est arrivé au niveau où la découverte doit être appliquée ; il est révélé par l'homme d'intelligence supérieure lorsque la matière de ses applications est arrivée à une telle maturation qu'il n'a plus qu'à recueillir le fruit qui s'épanouit de lui-même.
L'homme de géaie, aussi bien produit que né, est un résultat de la civilisation, car celle-ci détermine la division du travail, la nécessité de Tétude et de la culture et transmet à travers les générations l'habitude, les aptitudes et les tendances (vocations) qui sont le résultat de Texercice pratiqué longuement et devenu tempérament.
Il en dérive ce fait que les découvertes ne sont faites que par la population laborieuse et que c*est chez elle que naissent et se manifestent les hommes de génie. Là ausM surgissent les germes de nouvelles criminalités, car la lutte et la concurrence enseignent toujours de nouveaux moyens d'industrie^ de fraudes, de violences. On pourrait dire que par là la criminalité a ses origines dans la génialité, parce que toute nouvelle manière de détresse et de lutte est géniale. Puis c'est parmi le^ populations laborieuses ou cultivées seulement qu'est possible Tacquisition de cette culture et des moyens suffisants pour arriver an point où peuvent se manifester et se recueillir les faits géniaux. La population américaine donne aujourd'hui autant de découvertes en une année qu'en donna ou qu*en donnerait en un siècle une population inculte et ignorante de l'Asie ou de r Afrique.
Cependant, dans les villes, la petite délinquence croit et une délinquence nouvelle se développe, car là, la vie se développe dans les diverses directions, encombrées par la concurrence, et c'est une vie éphémère et corrompue. Dans les campagnes, au contraire, prédomine une criminalité violente contre la propriété et la sexualité, en raison, non seulement de la sensibilité plus grossière et plus dure, mais aussi de la persistance plus tenace du besoin de retour aux conditions de la vie antérieure dont la population rustique se trouve moins éloignée.
Il y a cependant un fait qui se trouve en apparente contradiction avec ce que je viens de dire. C'est que les hommes qui vivent à un certain degré de culture cultivent plus efficacement et plus vivement leur propre individualité géniale, s'ils en ont une» et aiguisent la pointe de leurs pensées originales, s'ils évitent de les confondre avec les pensées de la foule, celles-ci ayant pour action de fournir des résultats moyens et de diminoer les opinions entières et isolées. En fait, les grands génies a. VwiToai. 18
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de rhumanité, les hérosy vécurent solitaires dans les déserts ou dans les campagnes : ils crûrent comme des excentriques et émergèrent sur la pensée commune. Cela s'explique parce que^ avant de développer leur personnalité dans une vie solitaire, ils firent leur apprentissage dans la population cultivée et qu'ils arrivèrent à la culture commune^ d'où il leur fut possible de s'élever en s'éloignant de l'influence du milieu qui les aurait rendus égaux aux autres et qui aurait éteint leur originalité.
Donc, pour nous résumer : Les délinquants instinctifs^ nés ou produits, forment une antithèse vis-à-vis des hommes de génie, qui sont aussi nés ou produits. Cette antithèse se manifeste par trois ordres de faits :
1<* Dans faction sociale, car tandis que les premiers exercent leur influence en tirant en arrière et en détruisant les acquisitions de la civilisation, les seconds l'attirent en avant, ouvrent de nouvelles voies et réalisent de nouveaux progrès ;
2"^ Dans la signification biologique ^ car tandis que les délinquants, par leur action, expriment la tendance des espèces à revenir à un état antérieur à la civilisation^ les hommes de génie représentent la tendance au progrès et sont les bourgeons desquels partent les nouvelles directions de la civilisation;
3*^ Dans Céconomie naturelle^ car, tandis que la criminalité s'exerce en rappelant la structure et les fonctions de l'individu aux caractères anatomiques et aux capacités physiologiques inférieures de la période sauvage, et à Tétat d'uniformité sociale; la génialité fournit les nouveaux matériaux par lesquels les personnalités et les connaissances élevées s*élèvent toujours davantage et se différencient.
Dans ce processus de sublimation des caractères appartenant à des espèces inférieures le long du rameau de croissance de l'espèce la plus élevée qui, en s'élevant, synthétise la vieéparse dans des domaines inférieurs, ce n'est pas l'homme de génie en tant qu'individu qui est élevé, mais bien la société à laquelle il appartient, dont il est l'instrument unilatéral et suffisant, mais, par lui-même^ excessif et disproportionné. C'est par lui que sont parsemées sur toute la société les semences de Tavenir. C'est par l'action complexe des hommes éminents, des héros, que procède la concorde ; c'est en dehors de l'accord des divers
héros qu'une société se déplace, se soulève et se transforme (Carltle), et la foule homogène, misonéiste, représente le poids que de temps en temps Tonde révolutionnaire élève. Cette foule inconsciente est pr^te toujours, par la force de son inertie, à redescendre et à abandonner les hommes généreux qui lui avaient donné leur âme.
Femmes dilinquanles et géniales. — Ce que j'ai dit jusqu*à présent se rapporte à Thomme délinquant et génial en général. Mais j*ai parlé plus spécialement du sexe mâle.
Comment est la femme, délinquante ou géniale?
Le fait que la femme provient d'une espèce animale différente et probablement inférieure à celle dont provient Thomme (voir le chapitre II), est suffisant par lui-même à expliquer une grande partie des différences qui séparent les deux sexes par rapport à la délinquence et au génie. Tout n'est pas dû, comme le disent certains auteurs, à leur fonction sociale différente, car souvent, les femmes ont des capacités égales à celles de Thomme et exercent,daus la société, des fonctions égales à celles de Thomme. Voyez la femme en Amérique, où elle est moins souvent délinquante el géniale et où elle répond dans son ensemble i une capacité et à un tempérament moyen et uniforme. Il faut donc faire une large part à la question de la différence d'origine, d'où découlent les causes d'une délinquence et d'une génialité spéciale à des êtres de race différente malgré qu^ils vivent dans les mêmes conditions sociales.
Cependant, me basant sur ce fait de l'origine différente qui joue ici le plus grand rôle, je crois que dans les mêmes conditions sociales, par suite des diverses attributions et des diverses difficultés de la vie, des notions différentes et des tendances diverses, les femmes ont de nouvelles raisons, de nouveaux degrés et de nouveaux modes de délinquence et de génialité.
C'est une opinion générale que la délinquence spécifique des femmes s*exerce dans la sphère sexuelle et qu'elle est représentée ordinairement par la prostitution. Je ne trouve cette opinion exacte qu'en partie; les femmes délinquantes reflètent plutôt leur délinquence dans Tordre sexuel et souvent le produit de cette répercussion est la prostitution ; mais elles commettent
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ordinairement le délit contre les personnes et les choses, de même qae les hommes, quoique avec une fréquence moindre. Il est vrai aussi que cette délinquence, d'ordre non directement sexiiel, est ordinairement déterminée par des motifs qui ont des rapports avec la vie sexuelle : jalousie, envie, vengeances amoureuses, désirs de richesse, but de séduction, etc. Ceci est naturellement en rapport avec ce fait que la femme, hors des intérêts sexuels, ne trouve pas des occasions fréquentes de crimes contre la société.
Ces mêmes motifs, en outre qu'ils agissent directement sur la femme qui a sa fonction dans la société, agissent aussi chez elle dans le sens biologique, déterminant ces conditions par lesquelles elle est nécessairement beaucoup moins délinquante que l'homme. Darwin dit que dans toutes les espèces d'animaux où il y a lutte pour la sélection sexuelle, c'est le mâle qui recherche la femelle, qui est le lutteur, tandis que la femme est recherchée, choisie, et par là la lutte de sa part est limitée et demande peu d'efforts. Il s'ensuit que les variations de caractères, les améliorations et les divergences qui surgissent chez les individus d'une espèce sur la base de la lutte sexuelle, ont lieu presque exclusivement chez les mâles, tandis que les femmes conservent leur type ordinaire.Yoyez^enfait, comme dans presque toutes les espèces animales, spécialement chez les oiseaux où la lutte sexuelle est plus vive, les mâles sont plus beaux, mieux colorés, plus harmonieux et plus agiles. Dans l'espèce humaine, la lut te sexuelle est au contraire soutenue davantage par la femme au moyen de toutes les habiletés de la séduction, et par conséquent celle-là, en acquérant des caractères meilleurs ou nouveaux, y gagne plus que celui-ci.
Au contraire, si la lutte pour l'existence^ dans les autres espèces, intéresse également le mâle et la femelle, de sorte que les mêmes variations avantageuses surgissent autant pour l'un que'pour l'autre, dans l'espèce humaine elle intéresse presque exclusivement l'homme. Il s'ensuit que dans l'espèce humaine, les variations de caractère, les améliorations et les divergences des activités utiles aux relations sociales qui se produisent, fondées sur la lutte pour Texistence, se font jour chez les hommes et laissent davantage à la femme la stabilité du type.
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Si Ton pense ensuite que la lutte sexuelle, dans laquelle la femme aurait la pré valence sur Thomme, se fait aujourd'hui, comme je Tai dit déjà, non en conformité des avantages de l'espèce, mais selon des critériums d'ordre social qui sont souvent dommageables à Tcspèce, le champ de la lutte spécifique demeure fermé pour la femme et celle-ci, luttant pour la séduction, lutte pour sa propre existence; dans ce domaine, par rapport aux avantages et aux variations qui en sont la conséquence, elle reste en arrière par rapport à Thomme. II est utile aussi de savoir, comme cela sera démontré plus loin^ que chez les hommes, les caractères avantageux à la lutte pour Texistence sont à peu près ceux qui servent aussi aux luttes sexuelles ; il s'ensuit qu'il y a moins de raisons de divergences progressives — si Ton passe de Thomme à la femme. Chez les hommes seulement, Ton trouve en général des génialités d'ordre intellectuel car le génie de Thomme, je Tai dit, est l'équivalent de Tapparition d'améliorations et de caractères nouveaux et avantageux chez les animaux et les végétaux.
En même temps que dans l'espèce humaine les miles sont exposés à varier et à s'améliorer beaucoup dans Tordre des formes et des activités relatives à la lutte pour Texistence, ils sont aussi exposés à revenir en arrière dans le m^me ordre et à reprendre, par conséquent, des caractères ataviques, car les vaincus dans les luttes pour Texistencc sont destinés à constituer, après un certain nombre de générations, une classe inférieure sur laquelle a prise la tendance naturelle du retour au type primitif, et qui est destinée à se détruire par Tapparilion dans son sein d'éléments ennemis d'eux-mêmes et de Tespèce.
La femme, au contraire, est à ce point de vue plus résistante que l'homme, car, en conservant son type de façon plus durable, elle offre moins de prise à la spoliation de caractères qui lui viennent de son origine spéciale différente de celle de l'homme et en partie de ce qu'elle les a acquis et consolidés lentement et depuis longtemps en les alliant à ses habitudes et à ses besoins. Elle est éminemment conservatrice et donne un faible appoint à l'homicide et au suicide (1).
(1) LoMBRuso et Fkrrrro. ia Femme d^l influante, prostifut^f ftl normale ^ Turin. Roux, 4893, trouvèrent uièiuu que la fomiuc d*''linquunte prêbente rarement les
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Il est prouvé aussi par d'autres faits que la femme est réfractaire, en général, à la criminalité génésique, et plus encore à la la génialité.
Les femmes Criminelles (cela résulte des observations de Lombroso, de Marro et de Tarnowski), outre qu'elles ont un nombre assez restreint de caractères physiques ataviques, dégénératifs (Tonnini), ont ceci de spécial que leur dégénérescence est signalée par l'apparition de caractères physiques masculins. J'affirme aussi que ces caractères masculins qui marquent leur dégénérescence sont aussi d*ordre moral. Ceci veut dire que si les femmes subissent des régressions ataviques, elles le font par le moyen d^in métabolisme sexuel. Il en est de même pour les iemoies géniales, qui, lorsqu'elles existent, ont aussi des caractères physiques ou moraux masculins.
Le fait trouve un appui et une analogie en ce qu*il se produit dans toutes les classes d'animaux, mais non pas, cependant, dans la même série de variations que subit la femme dans la parabole de sa vie normale. Les femmes, lorsqu'elles dépassent l'âge de la sexualité, ont une tendance marquée à revêtir des caractères physiques et moraux masculins : elles ont une peau rugueuse et noire ; un visage osseux, dur, avec de petits poils; une grosse voix, des manières moins douces, un caractère plus énergique, des habitudes plus libres, une pudeur moindre, des idées et des sentiments d'avarice, de domination, etc. Les poules, dit Darwin, divers faisans, les femelles des perdrix, des paons, des canards, etc., après Tablation des ovaires, et avec la venue de la vieillesse, prennent une pariie des caractères masculins secondaires de leur espèce. Ainsi, une canne de dix ans revêtait la livrée du mâle ; une poule, après avoir cessé de pondre, prit la livrée, la voix, les éperons et le tempérament belliqueux du coq, et les femelles de deux espèces de cerfs furent souvent observées porter, dans la vieillesse, des cornes. Hunter dit avoir observé des faits analogues dans l'espèce humaine.
Je trouve aussi à relever à Tappui de ceci un autre fait : c'est que l<»s femmes qui souffrent de folie chronique ont des carac-
caractères de dégénérescence atavique que présentent les hommes; ce serait là, il me semble, un appui à ma théorie d'une origine différente de la femme, ancienne espèce gynécine.
tëres de masculinité accentués et précoces, et justement à cause de ceci, ressemblent aux mâles dans la physionomie, la voix, l'apparence ftpre de la peau. J*aî observé aussi que nos paysannes, qui à cause des dures conditions de leur vie vieillissent vite, montrent fréquemment, à un âge peu avancé, des caractères masculins, comme la voix âpre, Taccentuation des traits, la peau rugueuse, et même, souvent, une apparence évidente de moustaches aux joues. Ce que j*ai Toccasion fréquente devoir dans ce pays, d*autres peuvent Tobserver ailleurs. Il faut faire observer ici que Darwin attribue ces faits à ce que chez chacun des deux sexes, il v a une latence de caractères secondaires sexuels du sexe opposé, et qui surgissent lorsque la fonctionnalité normale disparaît. Quant a moi, j'attribue ce fait àTinfluence de la iendance convergente y (\m existe entre des espèces voisines fondée sur les individualités qui proviennent des variations. Ce processus involutif, ou convergent^ qui détermina Tacconplement des deux espèces voisines, autrefois hermaphrodites [androgyne et gynécine), en une seule espèce bisexuelle {anthropiqtie)^ ce processus, dis-je, continue son cours, et chez les dégénérés, anticipe sur Tavenir ramenant vers un seul type, le masculin, les individus des deux espèces aujourd'hui différenciés seulement par leur sexe (Voyez chapitre II de la deuxième partie).
Les femmes^ étant délin({uantes instinctives ou géniales, ne le sont donc pas en tant que femmes, mais en tant qu'elles sont moins femmes et qu'elle assument des caractères masculins. La loi d*hérédité limitée au sexe vient aussi expliquer le fait car, dans Tespèce humaine, c'est chez les mâles qu*existent les causes les plus actives de variations et de régressions; l'hérédité les transmet par eux, et ces caractères passent à travers la femme comme dans un état latent, capables seulement de se manifester dans des circonstances rares et spéciales.
Je ne répète pas Ténumération faite parLombroso des caractères virils existant chez les plus célèbres délinquants. Je donnerai plutôt quelques exemples pour démontrer que le môme fait se produit aussi chez les femmes présentant de la génialité.
Je reviens d'abord sur l'observation que j'ai faite, que chez les femmes le génie intellectuel cstune chose rare. Je puis m'appuyer pour ceci sur ce que dit à ce propos d'Aguanno {Revue
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de philosophie scientifique, août 1890, La mission sociale de la femme). Je me plais à en citer ce passage :
« Dans les sciences qui exigent du raisonnement, dit Le Bon, on ne peut citer une seule œuvre remarquable produite par une femme et cependant beaucoup ont reçu une éducation scientifique complète; en Amérique seulement, 600 pratiquent la médecine. Il y a bien des femmes illustres dans les divers ordres de culture humaine, mais si on les compare aux hommes les plus remarquables dans le même ordre de connaissance, la différence sera évidente. Considérons les connaissances et nous verrons cette différence.
« Pour le génie politique, nous avons bien eu depuis Sémiramis jusqu'à Elisabeth d'Angleterre une longue série de femmes illustres, mais aucune n'a montré le génie d'un Alexandre le Grand, d'un Jules César, d*un Napoléon. Pour la philosophie, si en Grèce, des femmes atteignirent à une haute renommée Diolinée, Pamphile, Léontie, Pentaclée, Argia, Nycarèlc, Melyssa, etc., aucune ne put égaler le mérite d'un Socrate, d'un Platon, d'un Aristote, et si ensuite (pour ne citer que quelques noms) nous trouvons une Hypatia qui enseigna la philosophie à l'Académie d'Alexandrie (v* siècle), Bassi qui enseigna la philosophie à l'Université de Bologne (xvin® siècle), Catherine Cibo, Isabelle Sforza, et Claire Mastraini, vraies philosophes de même que notre contemporaine Clémence Royer (de Técole de Darwin), aucune d'entre elles ne peut se comparer aux plus célèbres philosophes de l'école théologique, métaphysique et positive. Même dans la jurisprudence, il y eut des femmes illustres en Italie. C'est ainsi qu'enseignèrent le droit à l'Université de Bologne Dotta, fille de Accursius fxii<^ siècle)^ Bettina et Novella Andréa (xiv® siècle), Bettina Calderini et Bettsia Gozzadini (xvtn® siècle), Madeleine Buonsignori, (xiv* siècle) ; que Pizzelli, Dosi, Amoretti, Novelli, professeurs de droit à Padoue, furent des jurisconsultes renommées, mais aucune n'égala le mérite des vieux jurisconsultes, Gajus Paulus, Ulpianus, Papinienus, ni des modernes, Bartolo, Baido, Cuiacio, Yœt, etc. Et Ton peut dire de même pour les femmes qui se sont distinguées à diverses périodes dans l'astronomie, la physique, les mathématiques, la médecine.
« Dans le domaine littéraire, là contribution des productions féminines est plus grand par rapport aux hommes. C*est ainsi que la Grèce peut se vanter d'une Aspasie> une Démophile, une Sapho, une Proscille, une Corinne, aucune n^égala jamais Hérodote, Eschyle, Sophocle, Simonide, Pindare. De même en Italie Olympe Morati (xvi* siècle), célèbre latiniste et hellénisante, Domitile Trinulzio, Bianca Borromeo qui occupa la chaire des lettres à Padoue, Glotilde Tambroni, professeur de lettres à TUniversité de Bologne (xvm" siècle), le poétesse Nina (xm® siècle), Véronique Starapa, laBatifera, Victoria Colonna, Yeronica Cibo et Gaëtana Agnesi (illustre mathématicienne) qui à onze ans counaissait huit langues, et cent autres, toutes connues dans les différents domaines de la culture littéraire; mais aucune poétesse ne peut jamais être comparée à Dante, à Pétrarque, à Arioste, au Tasse, à Alfieri, à Parini, à Foscolo, à Leopardi, et dans les autres genres littéraires aucune femme ne posséda des mérites supérieurs ou au moins égaux à ceux des hommes les plus illustres dans le même domaine. En général, dans les œuvres littéraires de la femme on admire seulement beaucoup de sentiment et la faculté de colorer et de composer un sujet. De même, dans le chant, c'est par la mélodie naturelle de la voix etle développement des sentiments que les femmes se distinguent. En sculpture et en architecture, (bien loin qu'elles aient égalé les hommes, leur domaine est demeuré presque entièrement désert. Enfin, en musique, bien que cet art soit plus particulièrement cultivé par les femmes que par les hommes, on n'a pas eu une grande compositrice qui fût comparable à un Rossini, à un Bellini, à un Meyerbeer, à un Wagner, à un Verdi. 11 n y a pas de découverte importante, d*invention géniale, d'application de nouveaux systèmes, de perfectionnement de machine qui soient dus à une femme. De sorte que nous pouvons dire que la faculté de découvrir et de développer les grands idéaux et les spéculations élevées manque à la femme. »
Puisque, donc, nous ne possédons pas avec certitude un certain nombre de femmes qui soient véritablement géniales, intellectuellement parlant, il nous manque une façon sûre de démontrer i quel degré chez celles-ci les caractères masculins sont le
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substratum nécessaire où s*appiiient la philogenose et le progrès dans leurs variations. Si la femme n*estpas géniale, elle présente cependant quelquefois des caractères progressifs par lesquels elle agit dans une mesure restreinte en vue de Tamélioration des activités humaines, dans Tordre des variations indiquées par les hommes de génie. Mais le misonéisme obstiné dont sont généralement affectées toutes les femmes rend inefficace Fœuvre de ce petit nombre qui agissent dans le sens du progrès.
Il y a donc chez la femme deux génialités spécifiques ; Tune de caractère physique, l'autre de caractère fonctionnel, qui correspondent, la première à la fonction que la femme possède dans l'espèce et la seconde à la lutte spéciale pour Texistence individuelle qu'elle doit accomplir dans la société. La première est la beauté qui, dit heureusement Tonnini, peut se dire le génie somatique de la femme et qui, comme toute autre forme de génie, n'exclut pas, mais favorise souvent, dit aussi Tonnini, les dégénérescences et surtout les dégénérescences psychologiques ; la seconde est Vhahileté de la séduction qui chez quelques-unes arrive à une si haute puissance qu'elle conduit à vaincre toute résistance et qu'elle mène la femme à conquérir une place enviée et heureuse parmi ses rivales, dans la société.
Les deux génialités de la femme ne sont pas toujours réunies. Aspasie et Cléopâtre furent dans Thistoire des types exemplaires de génialité séductrice, et, au moyen âge, une foule de femmes eurent cette génialilé par laquelle elles dominèrent et affolèrent tant de cavaliers. C'est par ce génie, dit-on, que la femme eut une part si active dans les destinées de l'humanité et guida quelquefois les destins des peu|)les au moyen de sa grâce. Ces génialités, cependant, n'ont point de notre temps toute l'efficacité qu'elles devraient avoir sur l'amélioration de l'espèce car à la lutte sexuelle concourent d'autres éléments qui sont contraires à ceux de la beauté et de la séduction sexuelle. Par analogie avec ce fait que la lutte sexuelle pour la femme équivaut, en puissance, à celle de l'homme pour l'existence, il s'ensuit que si la femme y trouve sa génialité relative, beauté et art de séduction, elle expose aussi son côtéfaible à la relative dégénérescence réversive et destructive, représentée par la laideur, consistant le
plus souvent en des formes spécialement masculines, et par la prostitution, qui est une délinquence sexuelle et une condition contraire à toute utilité de conquête et d'avantage sexuel ou social. Ces deux formes de dégénérescence sont souvent unies. Les prostituées les plus inguérissables sont en somme presque toujours laides et chez elles les caractères masculins du visage, de la voix, de Tattitude, de même que des tendances sont une chose constante et déplaisante.
Là où la génialité de la femme sembla se montrer, ou se montra occasionnellement en des sphères étrangères aux luttes qui lui sont naturelles et habituelles, dans Tintelligence^ dans les facultés Imaginatives, dans la volonté, etc., c'est-à-dire lorsque les femmes semblèrent montrer ou qu'elles montrèrent des aptitudes géniales aux lettres, à la philosophie, aux arts, au gouvernement, etc., elles eurent alors plus ou moins les caractères masculins qui furent souvent aussi physiques et plus généralement d'ordre moral. Si nous parcourq^s l'histoire des femmes célèbres dont Timage soit demeurée, ce fait y trouve des démonstrations assez claires. Dans un livre publié en 1838 à Naples(ri>5 et Portraits des femmes célèbres de chaque pays ^ œuvre de la duchesse d*Âbrantès), je relevai comme ayant une physionomie virile Donna Catalina di Erauso» M™« de Staël, Charlotte Corday, et quelques autres, avec plus ou moins d'évidence. Mais, qui ne se souvient combien ceci se trouve souvent dans les portraits des femmes célèbres de Tancienne Rome et de la Grèce ?Sapho fut spécialement de forme et d*àme virile. De nos jours, Georges Sand lui fait un parfait pendant ; elle eut un aspect et une physionomie masculine et fut aussi d*àme, d'habitudes et de tendances viriles. Il serait d'ailleurs facile de trouver beaucoup de noms de femmes renommées qui eurent une âme virile, mais après tout, il manque la preuve de leur génialité. J'en retiens que peu de cas (car les femmes géniales sont si rares) suffisent à la démonstration du fait clinique.
De nos jours vivent aussi des femmes qui ont des apparences de génialité et qui se distinguent spécialement dans la polilique et dans les lettres. Qui les connaît et s'en souvient ne peut nier ce fait qu'en leur physionomie se trouvent, plus ou moins
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distincts, des caractères masculins. G*est pourquoi, en général, elles ne sont pas belles ni plaisantes comme femmes. Les nihilistes russes donnent le meilleur exemple de ceci.
Puisque les femmes géniales, dans Tordre moral, aussi bien que les délinquantes, ont des caractères physiques et moraux si souvent masculins, il faut reconnaître, en général, que la physionomie des femmes géniales a une certaine analogie avec celle des délinquantes. Les unes et les autres sont presque toujours laides, avec des caractères somatiques accentués de dégénérescence. Mais je reviendrai sur ce sujet plus tard, lorsque je parlerai de la dégénération des moyens de la séduction.