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CHAPITRE II

Inhibition sexuelle

Etudions maintenant, au point de vue général, les effets physiques et moraux consécutifs aux obstacles artificiels mis à Texercice de la fonction sexuelle.

Nous établirons ensuite les ressemblances qu'ils présentent avec les effets de provenance morbide.

L*exercice naturel de Tacte sexuel est artificiellement empêché ou retardé par deux causes différentes :

1* L*éducation religieuse ;

2* Les causes sociales.

L'onanisme est pratiqué souvent par les jeunes gens dominés par l'esprit religieux. Ils le font démesurément, toujours avant Tépoque naturelle et sous une forme nuisible au développement, à la santé du système nerveux, à Tâme et aux affections. La religion qui n'a pas su préserver de Tonanisme, a su par trop empêcher ce qui est la marche naturelle de révolution, Tamour à deux. Elle réussit d'autant mieux à défendre celui-ci qu^il ne peul éviter de se rendre manifeste. C'est pour ce motif que Tonanisme le remplace. Celui-ci au lieu d'être simplement un moyen de sécurité contre le péché manifeste est plutôt un grand danger moral. Il est en effet précoce et n*est pas suivi de Tamour naturel, qui, en vérité, est la garantie la plus salutaire contre ce même péché. Les moralistes et les éducateurs devraient rapprendre.

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L'onanisme poursuivi jusqu'à Tamour à deux, surtout dans Tétat conjugal, représente ainsi que nous Tavons fait remarquer ailleurs, un arrcH dans révolution. Il est alors, si Ton peut s'exprimer ainsi, un acte sexuel d'imbécillité. La conséquence de ce fait n'est pas seulement limitée à lacté sexuel ; mais elle fait rayonner encore ses effets sur la personnalité morale et quelquefois même physique de Tindividu. La répression des expansions amoureuses diminue l'éducation de ces formes qui, dans la société, constituent des moyens à employer dans la lutte pour Tacquisition dune position. La personne qui n'a pas d'expérience en amour est timide, embarrassée, servile et lâche. Un franc exercice de Tamour éveille la conscience du moi. La lutte pour la victoire, dans le choix sexuel, a lieu dans un champ où se forment les forces du jeune homme, forces qu'il reportera plus lard sur les autres genres de lutte sociale ; de même que la lutte gymnastique est le champ oii les membres du jeune homme se dénouent et se préparent pour les fatigues ultérieures des muscles.

L'éducation, qui prohibe le développement naturel de la fonction amoureuse, est la cause d'un appauvrissement des éléments nutritifs du corps enlier du jeune homme, dont le corps devient fluet et débile. Elle compromet son avenir physique, et le mène avant l'époque à l'involution. L'influence religieuse avec la prohibition de l'acte sexuel crée des esprits très bornés, présentant une légère différence avec ceux qui sont affectés de troubles cérébraux. Elle engendre aussi des dégénérés et des malheureux dépourvus de caractère et de volonté, semblables en tous points aux déchus de provenance servile. Chacun de nous a pu remarquer que les séminaires fournissent une jeunesse tronquée et inutile, tandis que l'Université et l'armée nous rendent les jeunes gens plus forts, plus intelligents, plus adroits et plus utiles. La religion catholique ne vénère aucun saint qui bénisse l'amour et montre le rôle qu'il joue dans la reproduction de l'espèce. C'est une religion créée en dehors de la nature, métaphysique sur tous les points, servant d'obstacle au développement naturel de l'homme, comme membre de la société et de l'espèce. Elle cherche à développer en nous toutes sortes d'altitudes pouvant masquer les tendances

naturelles. Elle désire rhomme humble, obéissant, servile, sans orgueil^ sans ambition, ennemi de soi-même et de la nature.

Heureux les pauvres d'esprit et gloire à ceux qui mortifient la chair! Ne sembie-t-il pas impossible que Thumanité ait, après tant de siècles, inscrit dans son programme ces deux préceptes ?

Pour ça, la religion a pu être la source de tant de pauvres d'esprit. Victimes d'une éducation inférieure, ils sont la proie, comme les imbéciles ordinaires, des impulsions les plus énergiques, de Tempire des tendances systématiques et héréditaires des habitudes. Leur activité nerveuse, arrêtée violemment dans le cours naturel de la fonction sexuelle, prend d'autres directions et donne naissance aux convulsions et au délire ou à la stupidité.

Serait-il possible de comprendre à quel but humain ou social élevé ou utile, peuvent nous amener la mortification de la chair et l'aversion pour Tamour ? Dans la pratique, à rien autre qu'à l'amour solitaire, aux folies, aux névroses, aux perversions sexuelles, à l'hypocrisie, à la diminution de la personnalité.

Que de fois les contemplations véhémentes de Tascétisme ne conduisent-elles pas à une niaiserie dans laquelle se confondent sans distinction des images fantastiques religieuses et erotiques! Que de fois Tonanisme ne Iransforme-t-il pas les images mystiques en figures qui excitent et répondent aux appétits de la chair! Ainsi se révèlent dans leurs principes et dans leurs développements les a^ffinités et les origines communes de choses apparemment diverses.

Le sentiment religieux est lopposé du sentiment erotique; lun se montre dès qu'a lieu la répression de l'autre, et vice versa. Depuis quand et sur quelles bases se fonde une telle polarisation? La nature antithéti({ue du sentiment religieux comparativement au sentiment erotique est peut-être la cause secrète de la lutte entre la religion, qui, comme le christianisme, veut être prépondérante et exclusive, et l'amour sexuel. Mais où la répression est exagérée, la rébellion se fait plus brutale encore, et Térotisme sort des étreintes les plus puissantes de l'ascétisme, et le mysticisme apparaît dans les plus chaudes ivresses de la pensée erotique. Le sentiment religieux et le sentiment

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erotique se produisent à la puberté de rhomme et de la femme. S'ils ne parviennent pas chez les sujets doués de sensibilité plus exquise à s'équilibrer dans une juste mesure, Tun ou Tautre domine davantage. Le couvent ou Tamour! C'est fort heureux, nous le répétons, que les jeunes gens d'aujourd'hui se jettent plutôt dans les bras du second. L'amour solitaire qui s*exerce continuellement et toujours par des troubles de l'imagination est le résultat de la lutte entre les exigences de l'éducation religieuse et les impulsions des passions amoureuses. A l'époque de l'adolescence, même de la jeunesse, il compromet vraiment la santé du corps et de l'esprit. Il n'est pas, ainsi que nous l'avons fait remarquer antérieurement, l'amour sain et fécond. Ce dernier laisse par son passage une âme agrandie et est suivi de l'amour naturel, nécessaire à la vie et à l'espèce. La répression de la fonction amoureuse, due à l'influence éducative^ est l'origine du développement anormal des sentiments affectifs, esthétiques et moraux chez la personne adulte. L'ôtre qui ne jouit pas des expansions de l'amour vit pour lui-même et il ne se forme pas dans son esprit le sentiment altruiste, qui est le côté le plus sympathique et le plus noble de l'évolution humaine. Occupé à ses soins particuliers, aux efforts pour sa propre protection, il ne s'ouvre pas simplement aux sentiments de piété, de courage, de générosité et de philantropie. L'éducation religieuse crée dans Tesprit des précédents qui circonscrivent les pensées naturelles de l'âme, et donnent au sentiment une direction monotone et artificielle. Ce sentiment prend alors un essor où ne se manifeste aucun souffle de vie et de progrès. Aussi l'ascète, privé des douces consolations de la famille, des espérances que fait concevoir la progéniture^ tourne son âme vers les soins à porter sur lui-même, vers des exercices de piété et de philanthropie, qui, suggérés dans un ordre d'idées inverses de Témotivité personnelle, ne procèdent pas du cœur. Les actes de piété et de vertu sont accomplis dans un but personnel pour un avantage promis. Ils sont le paradoxe de l'altruisme^ car ils représentent un égoïsme très subtil, tendant à la protection du soi, au delà même de la tombe. Aussi le beau reste encadré dans des mesures et dans des conditions déterminées, qui répondent seulement au but suggéré, ne

révèlent aucune idée et ne parlent pas au cœur. L*art dans celte voie n'a ni inspiration, ni expression. Le mérite consiste dans Tobéissance et la prohibition et non dans le bien individuel et social.

Les conditions sociales jettent, elles aussi, un certain trouble dans la fonction sexuelle, même, ainsi que nous Tavons déjà dit, dans la seconde période, c'est-à-dire pendant son plein exercice. En général, la chose naît des difficultés que rencontrent dans la société certains mariages et plus ou moins certaines associations naturelles d'individus des deux sexes.

La vie sociale limite les tendances naturelles : le besoin d'avoir une famille, qui cependant est le fondement de l'existence des races, de la société elle-môme, rencontre les plus grands obstacles à sa satisfaction. Le choix, dans l'acte sexuel; facteur naturel si puissant pour l'évolution et Tamélioration de Tespèce, dévie trop largement de son caractère naturel, pour ne pas assurer les effets qui amènent à la décadence de la race. Ce changement n*est pas en vérité produit par des exigences artiiicielles, ainsi que le croient ceux qui ignorent les lois qui règlent le cours des vicissitudes humaines, que toute chose est le produit naturel de la sélection, de la lutte et de la nécessité de l'adaptation. Il a une direction différente de celle qui, à une certaine époque, représentait l'avantage immédiat et simple de l'organisation. Dans ces conditions il oblige l'évolution à se faire suivant le meilleur avantage civil, plutôt que de se faire simplement suivant l'avantage humain.

Le mariage, guidé par des nécessités d'argent et de caste^ ne tient nul compte de son véritable but : l'amélioration de l'espèce. Il sacrifie les penchants individuels suggérés par les besoins de l'organisme. Quand même aujourd'hui le mariage serait résolu d'après un choix libre pour les besoins individuels^ il échapperait encore aux voies que les avantages naturels réclament impérieusement. En effets les qualités qui excitent les désirs sexuels sont plutôt des produits de la civilisation que des excitants de l'instinct animal. Telles sont toutes ces apparences physico-morales, qui^ si elles constituent une dot civile, sont parfois les effets saillants de la dégénérescence psycho-physique. 11 eu résulte que Thumanité prend toujours plus naturellement

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la direction de l'organisme civil qui se fortifie et se complète par Tabsorplion des forces et des propensions de Torganisme animal. L'individu ne vit pas pour lui-môme, mais pour le service et les avantages de l'institution. Ainsi, il arrive bien souvent que ce sont des femmes laides et malsaines, mais riches et cultivées, qui sont appelées à être les mères des classes dirigeantes dans les générations successives : celles-ci perdent par là et de plus en plus leur vigueur. U advient encore que les mariages limités à un nombre fort restreint de personnes habitant un lieu déterminé, et appartenant à une caste donnée, finissent par déterminer Textinction de la caste elle-même. Souvent les sujets les plus sains, les plus forts, les plus intelligents, les plus capables de fournir une génération pouvant améliorer la famille, sont, pour un motif d'ordre purement social, mis de côté et ne peuvent réaliser le but précieux de la nature. C'est pourquoi les générations futures ne s'enrichiront d'aucun des fruits si utiles des variations individuelles, d*où surgissent les variétés qui conduisent peu à peu à l'amélioration de l'espèce.

Les arguments invoqués nous permettent de conclure qu'une bonne partie de notre société se trouve, pour une cause ou pour une autre, contrariée dans Texercice de la fonction amoureuse et par suite dans la satisfaction du besoin de se créer de la famille. A ce fait se rattachent plusieurs conséquences différentes entre elles suivant les lieux et les temps, et les effets sur le moral individuel et social sont multiples et divers. Il existe même une différence dans les effets suivant qu'ils se produisent sur l'homme ou la femme. Pour les femmes les conséquences sont plus graves, parce que celles-ci, éloignées en général delà clislraction qu'apporte la lutte sociale, ressentent avec plus de force le besoin de l'amour et de la famille.

La fonction utérine domine chez la femme d'une manière absolue toute autre fonction, et dans son esprit se manifeste souvent le réflexe pour ainsi dire du fonctionnement de la matrice elle-même. La femme qui n'aime pas, qui n'est ni épouse ni mère est une femme incomplète. Pour elle commence précisément l'involution au moment même où le plus souvent elle brise tout obstacle à son évolution naturelle. Il est vrai-

ment louchant le spectacle de la femme qui, arrivée à Tâge de 40 ans, n'a pas encore connu les joies de Tamour. En elle ont disparu la douceur, la bonne humeur, Texpansion et Taffection. Toutes ces belles qualités sont remplacées alors par cette vieillesse précoce qui est la flétrissure du teint et de la chair. Elle devient cruelle et courroucée du moment qu'elle s'aperçoit que partout on rit de son rôle de femme manquée.

A quel but élevé visent donc les institutions sociales, pour faire ainsi cruellement le sacriPice de tant d'aspirations, de tant de besoins moraux, corporels, individuels si importants pour l'espèce humaine^

La femme qui n'a pu, mais non par la faute de la nature, se marier légitimement, n'aura d'autre alternative que Tune de ces deux existences : ou bien, la vieillesse précoce qui termine une vie exempte de tous biens, une vie de larmes, remplie de haine et de malédiction contre la vertu railleuse ; ou la faute plus ou moins divulguée selon le rang social de la personne, faute qui est le dénouement d'impérieux besoins et une injure tiagrante aux hypocrisies sociales.

La seconde aboutit naturellement au fléau social des enfants illégitimes, de la corruption dans les mœurs publiques et à la criminalité de tout genre. De la première naissent les hystéries, les folies, le trouble dans la joie des familles, et ce qui est bien pire pour la civilisation, il en sort aussi cette noire armée de la superstition et de la régression composée de béguines recrutées parmi les jeunes filles qui passent d'un amour manqué à un mysticisme sans frein. Elles bavent sur les joies humaines. Gn sont des instruments remplis de zèle et inhumains entre les mains du prêtre au moyen desquels il plante pour ainsi dire, dans l'éducation de la jeunesse et dans les expansions de la vie de famille, des clous longs et solides. C'est par elles qu'il provoque des penchants et des idées qui paralysent ces aspirations au beau, au vrai, qui sont comme l'âme de l'humanité en marche !

Il arrive pour la civilisation c^ qui arrive dans tout autre genre d'entreprise humaine. Les rebutés s'insurgent et essayent de faire manquer ou de discréditer l'entreprise. C'est ainsi que firent, d'après la tradition de la Bible, les anges déchus du Ciel qui devinrent des démons cl des détracteurs de Dieu.

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Pourquoi ]a civilisation ne procède-t-elle pas avec moins de cruauté ? Pourquoi ne se montre-t-ellepas un peu plus prudente et ne prend-elle aussi sous sa protection les exubérants? Pourquoi ne rompl-elle pas la barrière des coutumes cristallisées qui ne répondent plus aux besoins de la lutte actuelle et sont en désaccord avec les tendances de notre époque ? Pourquoi conserver au mariage tous les privilèges ?

Les difficultés qu^on rencontre dans le mariage font supporter Il rhomme un préjudice beaucoup moindre qu'à la femme. A lui est permis ce qu'on regarde comme une grave faute pour elle. Mais là n*est pas la véritable cause des maux sociaux ; la vraie origine est dans les faux mariages qui engendrent une lignée illégitime source delà criminalité.

Nous pouvons individuellement nous plaindre de voir sacrifier les précieuses et justes aspirations à la famille. C'est elle en effet qui fait renaître dans les enfants Tespoir de la vie, etliedeses traînes affectueuses la courte existence de l'individu à celle de sa descendance.

Au point de vue social, il ne faudra pas négliger la perte occasionnée par ceux qui pratiquent, soit par contrainte, soit par erreur, le célibat. A Tâge où les espérances de la vie se succèdent de moins en moins, ils cessent la lutte, négligent tout le monde après avoir suffisamment pourvu à eux-mêmes. Ce sont des ouvriers perdus pour la société. Ce sont des forces enlevées au progrès de la civilisation. Les trésors de leur expérience se perdent. Je crains fort que de ces vieux célibataires ne sorte la plus grande partie des conservateurs, des laudalores teniporis acti; s'ils représentent, en vertu de la loi d'inertie, le frein de cette vigoureuse marche du progrès, ils représentent encore le plus grand nombre des obstacles exagérés. Ils sont toujours courroucés, égoïstes, déloyaux et chez eux les forces naturelles du contraste n'ont aucune expression de vivacité. Ils ressemblent jusqu'à un certain point aux jeunes filles béguines dont nous avons déjà parlé,, puisqu'elles répondent à la même fonction sociale, qui n'est pas une fonction, mais la négation même de cette fonction, en un mot une paralysie.

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