CHAPITRE III
De la Séduction
Tout ce qui a été dit sur Tamour, qui croit chez l'homme et la femme depuis les premières périodes de Tonanisme jusqu^à Tamour conjugal, s*applique à Tamour considéré comme sentiment et comme besoin naturel, qui évolue en vertu de sa propre énergie et pousse Tétre aux actes très complexes nécessaires à son accomplissement. Mais je ne vous ai pas encore parlé de cette autre fonction qui marche parallèlement à la première et qui, partie intégrante de l'amour, constitue cet ensemble d'attitudes et de moyens nécessaires à l'élection sexuelle^ et favorise au point de vue biologique l'opération organique de l'amour.
J*ai nommé par là la séduction.
La séduction constitue, pour ainsi dire, un point des plus importants du mécanisme de Tamour, qui a pour objet les opérations physiologiques les plus élémentaires et les plus nécessaires à favoriser le contact des deux sexes dans le but immédiat de la fécondation. A cette phase du dit mécanisme se joignent à la séduction, la sympathie, l'affection et l'estime, en d'autres termes tout ce qui est psychique dans la fonction amoureuse. II est certain que ces derniers sentiments ne sont pas, au début, aussi élevés qu'au moment où la fonction reproductive s*accroit jusqu'à pénétrer dans la sphère de notre état psychique. Ils sont au contraire, à l'égal de tout autre sentiment, le résultat du
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développement d'actions physiologiques d'ordre élémentaire, (affinité), de la matière obéissant aux lois très simples et primordiales de rirritabililé, à Torigine de la pensée, alors que les sentiments se montrent sous le simple aspect de l'attraction et de la répulsion.
La séduction sans doute a pris aussi origine dans une de ces actions simples el fondamentales de la matière. Le chemin qu'elle aurait fait pour arriver, plus tard, à Tépoque brutale de l'homme, à Tétat où elle est aujourd'hui, pourrait ôlre précisément celui, d'un côté, des vigoureux assauts et tromperies, de l'autre des fuites et des dissimulations. Cette marche se poursuivrait ensuite par la parade de qualités viriles, de force et de beauté, parallèlement avec la timidité de la pudeur naissante et la répugnance. Elle se prolonge encore plus tard de tous ces moyens subtils et patients par lesquels Thomme fait montre à la femme de sa valeur personnelle, de sa force, de son esprit, de tous ces moyens d'art trompeurs qui excitent les désirs.
Dans les différentes races humaines qui peuplent la terre on trouve tous les degrés des divers moyens, brutaux, sauvages, civilisés, propres à la séduction.
La séduction dans les classes les plus élevées de la société^ ainsi que dans les différentes races animales qui, en ce qui concerne l'amour (les oiseaux), ont atteint des formes psychiques distinctes, l'exposition est des plus grandes qualités de l'esprit.
Voyons maintenant comment la séduction, instinct, savoir et artifice, naît et se développe chez l'individu civilisé de noire société. Voyons aussi comment elle suit l'amour à sa croissance et à son déclin.
Nous avons dit en commençant que la séduction, chez l'individu de notre société, ne suii pas dans son développement la voie tracée par la philogenèse. — En effet, contre ce développement se trouve la force modératrice des sentiments sociaux, lesquels se montrent plus tardivement.
Nous verrons que chez l'homme de notre temps, dans les états de maladie, la séduction reparaît quelquefois entière et libre, reproduisant les formes et les évolutions qu'elle avait dans l'espèce et nous verrons l'homme privé de toutes les conquêtes
des générations précédentes, dans les pouvoirs de la séduction^ par Taction modératrice de la dégénération évolutive.
Aujourd'hui le jeune homme civilisé qui aspire à la possession de la jeune fille de ses rêves ne marche pas à sa conquête les armes à la main, et ne sait ni n'ose lui tendre des pièges pour Tassocier à ses désirs. Mais au contraire il refoule en lui-même autant qu'il lui est possible les manifestations de son désir, lequel se dévoile, par des rougeurs au visage, par de timides propositions dans lesquelles il y a la force séductrice du vers de Dante :
Amor che a nullo amato amar perdona.
Séduction qui est en apparence de nature paradoxale, puisqu'elle se traduit presque exclusivement par la montre de ses propres désirs plutôt que par Tart d'exciter ceux de la personne aimée.
Il existe néanmoins dans la fatalité que le vers du poète sait si bien exprimer, une force de séduction plus puissante encore que celle de Tart qui sait mettre en relief les vertus et les talents.
C'est la force biologique des affinités, se changeant plus tard en sympathie, qui facilite la séduction qui s'opère par la simple inclination naturelle et mutuelle. Il est vrai qu'une pareille direction donnée instinctivement à la sympathie est due à TinQuence héréditaire, à l'éducation, aux habitudes de la société dans laquelle on vit. Ces habitudes nous font encore inconsciemment évaluer les convenances individuelles, domestiques ou sociales qui peuvent favoriser ou combattre un penchant naturel. C'est ainsi que les langueurs et les soupirs du jeune amoureux, peuvent donner lieu à cette sorte de séduction qui cesserait d'être paradoxale puisqu'ils conduisent les sens de la personne aimée à la perception des affinités encore inconnues de la chair et de Tesprit.
Après la période où par ignorance dos usages et par timidité (timidité due à la conscience imparfaite de sa propre valeur et des nécessités de la lutte) les penchants naturels forment le principal élément de l'œuvre de séduction, la connaissance et Tari indispensables au bon choix sexuel se développent chez l'in-
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divitlu. C'est une révélation de la propre personnalité, et dont les qualités rehaussées favorisent Tattraction réciproque et contribuent à faire vaincre les répugnances qui peuvent résulter de motifs naturels ou sociaux.
Cette connaissance et cet art de séduction qui apparaissent chez rindividu, à l'époque de la jeunesse où les premières timicités s'eiïacent devant Texpérience, ne sauraient généralement exister de prime abord, même suggérés par la culture de lesprit. La pudeur leur oppose un obstacle, qui chez l'homme a alors presque la même intensité que chez la femme, et qui engendre timidité et retenue. A cette époque delà première jeunesse, une séduction de forme plus avancée aurait moins d'efficacité ; elle ne posséderait pas l'avantage de s'harmoniser avec les penchants delà femme d'âge correspondant qui lui viennent des impulsions spontanées et inconnues de l'instinct sexuel et du sentiment naissant. La séduction, comme art, doit répondre aux goûts et aux inclinations de la personne dont on recherche les faveurs. Agir autrement serait aller à laffût aux alouettes en imitant le chant du merle.
L'art de la séduction la plus simple consiste précisément à faire montre des qualités les plus goûtées de la personne aimée. Celui qui n'a pas une expérience individuelle suffisante ne possède pas cet art de séduction pour autant que cette expérience peut corriger jusqu'à un certain point les différences de propensions.
La disparition des entraves dues à la pudeur chez l'homme, l'expérience personnelle, et l'exercice dans les luttes sociales qui ont eu raison de son ingénuité et de sa timidité, amènent sa puissance de séduction à ses effets maximum ; car il peut mettre alors en jeu toutes les forces dont il dispose. Dans ces conditions, même la séduction n'est pourtant pas libre. L'homme en effet est limité dans l'exhibition de ses qualités physiques, de son talent, de sa richesse, par les usages de son milieu. Il est limité encore dans l'œuvre de la séduction par les conditions dans lesquelles se trouve la femme, c'est-à-dire l'âge, le rang, la position, etc., de celle-ci.
Dans la sphère limitée d'un côté comme de l'autre où dans notre société s'exerce la séduction, l'homme de pleine jeunesse
a dans la lutte les meilleures et les plus nombreuses armes. Elles résident^ en très grande partie, dans des qualités intrinsèques, qui n'ont nullement besoin d'artifices pour être mises en évidence et en action. C'est la force dans les muscles, la beauté dans les formes, Texpression dans la physionomie, Tattitude des membres, l'explosion de sentiments généreux, Téclat des aiïections, le brio de Tesprit; par leur simple manifestation sans qu'il soit nécessaire de les faire ressortir, elles exercent la séduction en augmentant sa valeur. Plus tard^ avec Tàge, alors que diminuent les qualités intrinsèques du corps, l'art de la séduction se développe. L'ingéniosité, l'expérience suppléent à leur défaillance et substitue aux qualités naturelles affaiblies le prix d'autres conditions qui, dans Tesprit de la femme, réveillent le désir base de l'inclination et de Tamour. La civilisation s'accroissant, de nouveaux besoins s'ajoutent sans cesse aux besoins, les derniers venus sont toujours plus éloignés de la nature mais semblent comme liés à l'organisme par les nécessités du bien-être, ce sont eux qui sollicitent les penchants naturels et deviennent autant d'excitants à l'élection sexuelle.
L*homme d'un certain âge sait mieux circonvenir la femme môme toute jeune, et faire montre de qualités, d'ordre moral et social, qui flattent ses penchants et lui font illusion sur leur satisfaction en ce qui concerne ses besoins naturels.
L'homme mùr obtient donc par la ruse ce que le garçon obtient par l'appareil de ses qualités propres, ce que le jeune homme obtient grâce à l'instinct naturel qui harmonise les tendances sexuelles des deux personnes. La plus grande séduction est celle qui tient sa force du sentiment et des soupirs, de la beauté des formes, de la vigueur de la fonction, de l'éclat de la richesse, du savoir et de Tart de Texpérience.
Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait 1
Tels sont les moyens de séduction employés par l'homme aux diverses époques de sa vie ; séduction renfermée dans le cercle étroit des mœurs et des convenances.
Lorsqu'il s'agit d'individus appartenant à dos conditions sociales où le degré de Téducation, les exigences dans les coutumes sont différents , la séduction change analogiquement de formes et de manières, en répondant aux habitud<»s, aux règles,
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à réducation et aux convenances différentes de ces mêmes individus. Comparativement aux époques de la vie, elle reste, comme nous l'avons dit, toujours la même dans ses rapports généraux . La séduction dans toutes les classes de la société se réduit donc, dans le jeune âge à une simple faveur, dans la jeunesse mûre à une lutte, dans la maturité complète, à un art.
Nous verrons plus loin comment elle devient une corruption chez les vieillards.
C'est dans la jeunesse, que la différence qui existe entre les divers moyens de séduction est fortement marquée dans toutes les classes sociales ; cependant intervient aussi, malgré le peu d'utilité, Tart de séduction avec toutes ses vanités. Chez le jeune homme bien élevé, la séduction a des moyens beaucoup plus difficiles que chez celui qui appartient à une famille grossière. En effet, chez le second, les lamentations et soupirs amoureux sont très facilement remplacés par des déclarations et des rapprochements qui rendent la correspondance beaucoup plus hâtive et les désirs plus clairs. L'absence de conditions sociales différentes aplanit considérablement les difficultés dans la conquête de la personne visée.
Dans le cas d'absence absolue d'éducation, rendue plus brutale encore par des exemples fréquents de corruption, le jeune homme attaque la jeune fille (»n vrai sauvage, et ne connaît d'autres obstacles à l'assouvissement de ses désirs que ceux opposés par la force ou la fuite. Ce n'est plus là la vraie lutte sexuelle, suivie des douceurs de la victoire, mais plutôt un larcin de fruits verts et acerbes qui ôte au cœur et à l'esprit la brillante moisson des illusions et qui de plus rend moins précieux le fruit mur. C'est pour les mêmes raisons, jointes à une sensibilité plus exquise, à une profonde délicatesse de sentiments, que l'amour est plus goûté et rendu plus délicat chez les personnes de condition supérieure, élevées dans la réserve. Pour Têtre grossier, mal élevé, l'amour se réduit simplement aux plaisirs des sens. La femme, pour lui, est un animal qui lui rend de nombreux services parmi lesquels celui d'épouse, lorsque le besoin s'en fait sentir.
La séduction apparaît aussi, en tant que lutte, chez l'homme des classes sociales inférieures, bien que les difficultés à vaincre
pour la conquête soient relativement moins grandes que pour les personnes de bonne condition. La facilité de séduction est en raison directe de la moindre réserve dans laquelle se trouve la femme, d'abord facile, déjà habituée aux intimités, de Tégalité des situations financière ou autres qui rendent plus faciles les combinaisons matrimoniales. Il faut en outre tenir compte des goûts peu variés des femmes de basse et de moyenne condition. Aussi est-il difficile pour Tune ou pour Tautre de faire appel à des moyens compliqués de séduction.
Dans la cour que fait le jeune homme des basses classes à la femme de son rang Tobjeclif diffère de celui que vise le jeune homme bien élevé. Le premier n'ayant pas à vaincre les difficultés d'une résistance relativement grande, fait parade de sa personne plutôt par vanité personnelle que pour vaincre la résistance de celle-ci. Ses moyens d'action se bornent à une exposition de sa personne offerte à la satisfaction de sa compagne, qu'il choisit avec beaucoup d'indifférence parmi la foule de femmes qu'il coudoie et qui ont à peu près pour lui la même valeur. Les moyens de séduction employés le plus souvent par les jeunes gens de cette classe répondent bien à la rusticité de la position.
Les diverses formes de ces moyens constituent une sorte d'échelle des diverses couches sociales. Depuis le paysan jusqu'à la classe moyenne les cadeaux, toujours en harmonie avec la condition, sont des moyens efficaces et ordinaires de conquêtes amoureuses. Une tenue irréprochable n'a pas moins de portée et n'est pas moins mise en œuvre.
Plus haut la séduction s'exerce par des procédés variant à l'infini ; depuis les hommages rendus en paroles à la beauté et à la grâce, jusqu'à ceux qui se traduisent par de grandes actions et de nobles sacrifices.
Ce dernier objectif est particulièrement déterminé et net chez rhomme mûr mais bien élevé, tandis que chez celui de condition ordinaire la séduction se réduit à une tentative grossière de possession, mêlée d'embûches et de violence. Les divers moyens de séduction sont d'ailleurs si nombreux que les nuances en permettent une différenciation indéfinie parmi les hommes de même rang, de même culture, de môme expérience. C'est un jeu de combinaisons innombrables, ayant pour éléments les mille et mille variations de circonstances et de personnes.
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La séduction est une science et un art. Cependant, dans son évolution, elle ne suit pas parallèlement le développement de Tintelligence et de l'éducation. Dans sa plus haute élévation, elle s'en sépare, parce qu'elle constitue un art auquel il faut une intelligence et une culture spéciales. En effet, souvent, les hommes les plus instruits, les plus intelligents ne savent y déployer ni l'habileté dans la conversation avec les femmes, ni les ressources faciles de l'esprit mondain par lesquelles réussissent des sots.
Si on cherche le degré d'intelligence ou d'éducation dans celui de la puissance de séduction, on n'arrive pas au résultat attendu, au moins dans les sphères supérieures, parce qu'à un certain niveau, ces facultés n'ont pas de relation nécessaire. Dans les couches inférieures, au contraire, la séduction est plus directement en rapport avec l'intelligence et l'expérience. Nous donnerons, dans la pathologie, la démonstration de ces faits ; et nous verrons l'infériorité intellectuelle se répercuter, dans les basses classes, sur les attitudes et les moyens de séduction.
Chez le vieillard, la séduction est une corruption. En effet, il sait qu'il n'a rien en lui de ce qui justifierait les attitudes faisant ressortir la valeur personnelle et concourant au but de l'acte sexuel. Dès lors, cessant toute dissimulation, renonçant aux formes ordinaires de la séduction sexuelle, il a recours aux conventions, aux artifices. Il offre la richesse, les présents, voire ce qui est plus immoral encore, sa tolérance, s'il n'est pas parvenu à imposer son autorité. La preuve la plus évidente de l'immoralité de la séduction chez les vieillards, est leur penchant pour les amours impubères, dans lesquelles on ne saurait trouver la plus faible apparence de sexualité. C'est une véritable délinquence dans la séduction, de même que, ainsi que nous le verrons plus loin, certaines obscénités amoureuses représentent les délinquences de l'amour normal.
Chez la femme, la séduction se différencie de celle de l'homme, en raison de deux éléments restreignant son champ d'action : la réserve et la pudeur, qui interdisent à la femme de manifester ses penchants en dehors des limites tracées par les mœurs et son rang. Il ne faut pas oublier que, tandis que l'homme, chasseur résolu, va à la recherche de sa proie, la femme reste à l'affût et
de son poste tend ses filets ; se défiant des embûches, elle se dissimule au milieu des feuilles^ avance parfois la tôte, se montre , pour se dérober tout à fait si sa victime devient soupçonneuse. L'homme dans sa poursuite peut redouter les méprises, les abîmes, la fatigue dont il ne retirera aucune bénéfice, Téchec final. La femme risque d'avoir mal tendu ses pièges, d'effrayer le gibier et de le mettre en fuite.
Sans pousser plus avant cette comparaison, observons que les usages mettent un frein à Thabileté séductrice de la femme ; et qu'en somme elle use de ses moyens dans des conditions difficiles et périlleuses.
On serait tenté de considérer comme le comble de Tastuce féminine ce fait paradoxal, que la femme dans la séduction met en œuvre sa pudeur qui, semble-t-il, devrait en être Tobstacle. Ce bouclier se change en épée ; celte épine se change en diadème quand elle est bien manœuvrée. Il n'en est pas moins que la pudeur met, au point de vue de la séduction, la femme dans d autres conditions que Thomme.
La femme, dans tout Tépanouissement de sa beauté, mais libre et impudique, exerce une séduction semblable à celle de l'homme.
Onpeut dire^ cependant, qu'en séduisant^ l'homme agit sur les sens, la femme sur l'imagination. Il en résulte que la séduction de rhomme est vulgaire, superficielle, rarement continue, tandis que celle de la femme, subtile, pénétra.nte et continue, est irrésistible. Plus nombreux sont les sens que la femme impressionne; outre la vue, Touïe et Todorat apportent à l'imagination un tribut important. L'odorat en particulier agit de façon intense, son action est indéterminée, mais intimement lié à l'appétence sexuelle. Tous les physiologistes sont d'accord à cet égard.
La situation du couple dans l'union conjugale réalise le thème sur lequel s'exercent les variations de la séduction réciproque, dans la période d'amour. L'homme déploie toutes ses qualités viriles, protectrices, la femme se montre docile, affectueuse, passive, dévouée à la vie de famille. La femme aime l'homme fort, capable de l'aimer et de la protéger. L'homme recherche la femme qui sait le chérir, lui (Hre fidèle, et qui répond h l'idéal des qualités féminines.
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Voyons, d'après cela, comment, chez la femme, Tari de la séduction naît, se développe et décroit selon Tàge et la condition sociale.
La séduction, chez la jeune fille, même avant qu'elle n*éprouvc ni sentiment, ni besoins sexuels, avant môme qu'elle ait fait un choix, se manifeste déjà par la grâce qui lui vient de son éducation et qui est la démonstration de son ingénuité.
L'imitation et peut-être aussi un peu de cette tendance instinctive et héréditaire de la femme à s'assimiler facilement les attitudes du milieu dans lequel elle vit font que, dès sa première jeunesse, apparaissent en elle cette tendance à Fart, cette recherche dans les vêlements et cette contenance qui plus tard deviendront les auxiliaires puissants de la séduction sexuelle. Ainsi la petite fille de moins de trois ans se complaît à être bien vêtue et veut qu'on lui dise qu'elle est belle. Si ce n'était que, en toute certitude, ce soit là un eiïet de l'éducation et de l'esprit d'imitation, on serait tenté de croire, comme beaucoup de psychologues, que cet amour du moi, cette façon de se complaire au physique, au moral et dans sa toilette, d'où plus tard naît cet orgueil féminin qui constitue l'élément subjectif de la lutte sexuelle, soit un sentiment vraiment instinctif.
A l'époque de la puberté, quand la jeune (ille sent en elle s'agiter les premiers avertissements du besoin sexuel, — et l'amour commence avec les premières manifestations de sympathie, — la séduction qu'elle exerce sur l'homme n'est pas encore un art, puisqu'elle ne résulte pas de la parfaite connaissance de la lutte; elle exerce cette séduction insconsciemment, pur ses propres qualités physiques et morales qui, contenues, en même temps qu'elles révèlent à l'homme les naissantes attractions du sexe, restent opiniâtrement voilées et attirent avec leur parfum de grâce et d'ingénuité, signe distinctif de l'inexpérience, de la pudeur sexuelle à son état naissant, pudeur vraie et pure de tout artifice.
Plus tard l'art voudra imiter cette pudeur, mais il ne réussira qu'à l'aiTectation et à la caricature.
La séduction chez la femme mûre pour l'amour est faite d'art et d'éducation, mais de peu de naturel.
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NoDS avons dit, en règle générale, comment se diversifie la séduction exercée par Thomme de celle exercée par la femme. Celle-ci réussit mieux parce qu'elle agit de deux façons. Elle assaille Tennemi par l'étalage de ses qualités physiques et morales et l'aiguillonne par ses réticences. Ce dernier mode est celui qui lui réussit le mieux puisque, comme nous le disions plus haut^ à Faction sur les sens, vivace et transitoire, se joint une influence subtile^ pénétrante et continuelle sur l'imagination, laquelle grandit les impressions reçues, en réclame de nouvelles et suscite irrésistiblement Taffection et le besoin d'y satisfaire.
La femme, dans de telles conditions, séduit par Taspect de sa personne, par la forme et l'expression de son visage, par le son de sa voix, par le parfum de grâce que Ton respire à son contact, par sa pudeur et sa réserve qui voilent pour ainsi dire sa grâce et sa beauté, qui attirent les désirs, par la vivacité de son esprit, etc.
Toutes ces causes qui ont le pouvoir de séduire^ mises en évidence dans une certaine proportion, respectivement à la personne, avec celte harmonie et cette opportunité que nous ne saurions exprimer, constituent précisément Tari de la séduction. Ce qui pourtant est clair, dans la difficile exposition d'un sujet aussi délicat, est que la valeur de ces qualités, prises en particulier ou en général^ augmente en rapport de l'habileté déployée pour les mettre en évidence, à travers le voile et les fonctions modératrices de la pudeur, de façon à en restreindre ou élargir les freins .
En un mot, l'étalage de ces qualités et de leur valeur, l'art déployé pour les montrer, les cacher^ les voiler, les exagérer, à la recherche de la conquête sexuelle, constitue la séduction proprement dite et, chez la femme, c'est à Tâge où elle est en possession de toute sa beauté, où l'impétuosité des sentiments et le besoin sexuel sont plus ardents, où elle aspire à conquérir une position sociale, que cette séduction atteint son plus haut degré de puissance .
Répétons, pour résumer^ que chez la femme la séduction est une lutte dans laquelle elle attaque et se défend et que le secret de la victoire est pour elle plus dans Thabileté de la défense que
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dans l'énergie de l'assaut. Sa pudeur, ou du moins ce qu'elle en affecte est son bouclier et ses yeux, qui résument toute sa beauté et sa grâce, sont Tépée. La force qui la fait vaincre, c'est de savoir se maîtriser; elle afiine la séduction selon les circonstances et en raison directe de l'importance qu'elle y attache.
Du reste Tintelligence ne joue en tout ceci qu'un rôle secondaire, Tart de la séduction n'exigeant pas chez la femme, pour être exercé avec succès, des facultés intellectuelles bien développées. Au contraire, une intelligence un peu limitée a souvent plus de chances de succès, en ce sens qu'elle est moins distraite par les préoccupations d'objectifs plus élevés.
L'exagération dans l'art de la séduction produit souvent l'eiïet contraire à celui que Ton en attend, en diminuant le travail de l'imagination et s'exerce toujours aux dépens de la pudeur et de la réserve afin d'obtenir des effets subits et transitoires : tels sont les amours obscènes et les petits succès de la vie galante.
A mesure que la femme avance en âge, l'art de la séduction se transforme ; elle vise plus à satisfaire ses sens qu'à influer sur l'imagination : c'est qu'en effet celle-ci aurait peu de matière pour s'exercer, en raison de la décadence de la beauté qui est une conséquence de l'âge. En outre, sa pudeur ou du moins ce qu'elle en affiche, lui laisse moins de mystères à découvrir, moins de désirs à satisfaire. La femme mûre qui veut séduire chauffe pour ainsi dire la machine à toute vapeur et joue avec la pudeur comme le chat avec un lambeau d'étoffe : elle l'étreint, la lâche, la reprend, l'abandonne, la retourne en tous sens afin de s'en faire un auxiliaire pour le succès de la conquête qu'elle poursuit et quand parce moyen elle s'est assuré la victoire, elle en sort épuisée et plus vaincue qu'auparavant.
Entre la séduction pratiquée par la femme et celle exercée par l'homme, tous deux d'âge mûr, il y a cette différence que celui-ci en séduisant corrompt, et que celle-là montre sa propre corruption.
Aux divers modes de séduction employés par la femme, et selon la condition sociale qu'elle occupe, nous n'avons pas grand'chose à ajouter à ce qui a déjà été dit pour l'homme. La femme de condition ordinaire exerce sa séduction par des moyens qui ne s'adressent qu'aux sens, car possédant peu de
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valeur intellechiello, elle l'apprécie encore moins chez les autres. Ses moyens auxiliaires sont la beauté du corps et des vêtements ; elle frappe plus les sens que l'imagination par ses couleurs vives, ses parfums piquants et aiguillonne le sens erotique par des discours provocants et des confidences compromettantes. Une autre preuve de ce que nous disons, c'est qu'en descendant jusqu'aux plus basses couches sociales, les différences entre les sexes deviennent de moins en moins sensibles.
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