‹ Correspondance, 1812-1876: 1812-1876Chapitre 13 sur 62 · Si»k BarahwM · texte numérisé non relu

Si»k BarahwM

CUHRKSPOHDAHCE DE GEORGK SAND

DCCLXXXIII

Il U. BERTON PERR, A PARIS

Cher eafant, quel bien nous a fait ta lettre, malgré la triste nouvelle des sonfTrances de notre pauvre Pierre l VoilÀ anjonrd'hui ua soleil de printemps, espérons qu'il le guérira. Dis-lui comme nous l'aimons et comme nous pensons à lui, à vous tons. Ah! que Dîea vous envoie la paix I je ne suis qu'une faible femme, la souiïrance des autres m'est intolérable, et mon cœur a tant saigné, que je ne sais pas s'il vit encore. Oui, il vous aime, il est rempli de vous. Il tressaille à l'espoir de vous retrouver. Et toi, grand artiste, tu as résisté k tout avec ta vaillante nature ! Je te donne ma tendre bénédiction et je t'embrasse, pour mes enfants et pour moi.

DCCLXXXIV

A H. HENRV HARRISSE, A PARIS

Je vous ai écrit, cher ami, par la voie que voui

COftRESPONDANCK DS GEORGE &1MD 77

m'aviez iadîquée. Mais, si ma lettre met autant do temps que la première, vous recevrez celle-ci auparavant. Kous sommes sous le coup de ta reddition de Paris, nouvelle concise que nous avons reçue il y a deux jours et depuis laquelle aucun détail ne nous a été communiqué. Nous ne pensions pas que le dénouement fût si proche; mais nous sommes bien sûrs qu'il ne pourrait être retardé, car tout ce qui est sage et humain a confiance en Jules Favre. Une autre fraction de l'opinion l'accuse, el croit que nous étions en état de continuer la guerre à outrance. Cela je n'en tais rien. Je vous l'ai déjà écrit, parce qu'il ; a actant de raisons pour le croire que pour le nier dai s les choses que nous savons, et parce que, dans le pays isolé où nous sommes, nous ne savons guère que les faits accomplis et jugés. Hais, à vous, Américain, je peux bien parler par-dessus la politique, c'est-à-dire au point de vue social et historique. Fussions-nous vainqueurs, cette guerre à mort tuera l'avenir de l'Europe, et je sens que la paix est comme une volonté de Dieu qu'il faut savoir accepter. Si elle nous diminue dans le sens de la force matérielle, elle nous laisse toute notre valeur dans le sens moral. Voilà ce qu'une àme droite peut penser, ce qu'une bouche sans fiel peut dire sans crainte. La paix est désirable pour tous. Elle est un devoir, et les préoccupations pour la forme du gouvernement doivent venir après.

Quel sera-t-il ? La majorité n'est pas républicaine,

78 GOBRESrOHftAnGE DE CKOROK SAHD je ne )• eroEi pai bdnapftrilKte non plus^ I) ttous faudruit du sang amérfcaiii dans leS reines pour comprendre que l'homme doit s'npparteflir et se goliveN ner Bana ivresse et sarii colère. Hais comment ettge^ le sang-froid au milieu de telles crises? Ah! tnon ami, nous avoni bien eoufTert, dltits le calme relatif où nous ïivona encore ! Nous n'aVons senti rlî le manque d'argent, qui est pourtant une ealainité tiQmédiate, ni le danger de la misère qui s'étend par iuile du manque de récoltes, manque d'olivrlers, peste bovine, commerce interrompu, etc., e\t... et les ravagea de la variole qui est partant I Nous étions si préoccupés, si déchirés par la souITrance plils Intense de Paris et du reste de la France, que nous ne pensions plus à nonB-mflmesi Nous respirons en pensant que TOUS ailes recevoir des vivres et que les bombes ne tomberont plus sur vous. J'eusse volontiers pa^é ce soulagement pour les autres, de ma propre vie. Ou n'y tient plus, à la vie! Mais je ne suis pas de ceux qui font ban marché de celle des autres. Je n'ai pas le fanatisme de la guerre. — Espérons que c'est le sentiment du grand nombre et que tiotis obtiendf^ns des Gondilioni équitables.

Quelle bonne letlre tous m'avei écHte t NoUs vous an GnmmeB reconualssants et nous vous embrassons

neai voir ausaitèlque vous poUtYez.

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