Fille d« madame Adam
SO CORRESPONfiANCE DE CEORCB SA.ND
nommer des députés qui ne veuillent ni la paix à toat prix, ni la guerre à loul pris.
Il j un parti en province pour cette dernière solution; je ne sais pas si elle est patriotique, mais elle est inhumaine et la m^orité la repousse. On ne fait ries de solide contre la majorité I Dites à Jules Favre de venir s'occuper de nous. Il a fait son devoir à Paris. Il a été humain après avoir été citoyen.
A Bordeaux, quelqu'un se permet de le bl&mer, de l'accoser de légèrelé coupable. C'est ce quelqu'un- Ut qui nons a empêchés de nous relever, par ses maladresses et ses accès de délire. Cette dictature d'écolier nous a perdus. La France n'était pas disposée ft l'accepter, et ceux qui voulaient l'accepter, à commencer par moi, en ont été empêchés par ses fautes sans nomhre et l'indélicatesse de ses boutades.
Envoyez-nous an homme sage et humain; ne jetez pas la France dans cette rage de combats dont l'issue est l'étouffement de la civilisation des deux races. Notre honneur est sauf à présent : nous avons tout souffert, font accepté, tout subi sans nous plaindre, Paris a bien mérité de la patrie et de l'humanité. Soyez sdr que tout ce qu'il y a de juste et de bon en Europe nous rendra son estime. Parlez & Iules Favre, vous savez que je ne l'aimais pas beaucoup, j'avais tort. Je trouve sa conduite et sa parole admirables. Lui seul peut calmer les esprits. Qu'il vienne, qu'il parle, qu'il persuade, qn'il rende la République respectable comme Paris; qu'il ne croie pas & ce qu'on
CORRESPOHDANCt: DE GEORGE SAND SI lui dira dans la sphère des satisfaits du moment, c'est une camaraderie et elle est mal composée,
A TOUS et à Juliette de cœur et d'âme! Ah! que j'ai souffert pour vous et avec vous ! et que je vous aime I je n'ai pas besoin de vous dire que Maurice et Lina vous chérissent d'autant plus qu'ils ont souffert de vos épreuves.
G. SAND
A SON ALTESSE LB PHINCB NAPOLÉON (JÉHOUE), A PRAN&INS
Nobinl, i Hvrlor tB7I.
Vous avez raison, cet homme est un fou ; ses derniers actes sont une provocation à la guerre civile. Ils échoueront. Le gouvernement de Paris a le respect de la légalité et le vote va décider du sort de la Frauce. Ce vote sera la pais, si les sacrilîces qu'on nous demandera ne sont pas impossibles, et je crois qu'ils ne le seront pas. La majorité sentira qu'il faut nous l'acheter par de grands sacrifices.
Hon ami. je persévère dans ma foi républicaine, et il faut qu'elle soit solide, je vous jure ! jamais religion du cœur et de la conscience n'a été mise k pareille épreuve. Jamais prêtres d'une religion (c'est votre métaphore et elle est juste) n'ont plus trahi leur Dieu,
M coniiesponDANOE db aBORci sahd Que veulcE-TOUB ! dkng ces crises elTroJableB, l'esprit s'égare, la démence arrive. Tout ceU n'est pas Ift faute de l'Idéal radieux que les nuées d'orage nous voilent à chaque instant. La république en ihéorie, c'est le soleil. En Tait, pour le moment, elle est grêle, ténèbres et bourrasques.
Qu'elle soit vaincue encore cette fois-ci, hélss I je n'en peux plui clouter, ou ce sera une république oppressive et cléricale d'un nouveau genre. Je nevoisplus clair dans ses destinées; mon àme est Irop abattue. Je vois bien que l'Empire a encore un parti ; mais ne vous y fiez pas plus que je ne me fie au raien. Il ne vaut pas mieut, il n'est ni plus pur, ni plus convaincu. Je ne crois même pas me tromper en vous disant qu'il est cent fois pire. Il n'a pas de fous fanatiques comme le nôtre; mais il a plus de cupides et d'ambitieux. Cliet nous, H y a la fol, une foule de républicains onl la notion dii sacrifice personnel et d'un térilable dévouement. Ceux-là, naturellement, ne sont jamais au pouvoir, ou, quand Us s'y égarent, ils s'en retirent vite. Dans le parti impérialiste, rien de tel. Ils veulent tous la satisfaction de leur intérêt, vous le savez mieux que personne ; vous les avez viis de prés, ces serviteurs du cousin ! Vous avei été indigné, désespéré, ftirieUx : ils tous détestaient, ils paralysaient vos bonnes intenlione. Ce sont eux, avec leurs calomnies sans nombre et sans mesure, qui vous ont empéehé d'avoir là situation que méritail voire haute droiture et votre rare intelligence.
BORHBBPOdbillOE DE GBORQB lAHD SB
Ne veda appuyée Jamais sur ces g«ns-là. M failei pal l8 f^ate que tont commedre beaucoup 4a geai slneferea et honhétes qui voteront pour eux ou pour )et elérJcaux en haine de la diclature de Dordeaui. Ils choisissent entre deut maux celui qui leur parait le mblndre. AU fond, ils Bont républicain! quand même. Dans cette limite de la légalité et de la liberté des suITtages, toute la France est républicaine sani le saioir; iQals la réalisation de leur idée et de leui* inu sifnct est sans cflsse combattue par le fait; e'ett ainsi qy'il arrltB que c6 que l'on signe et ee que l'on fali n'est pas soiiTenl l'eiptession de ce que l'on pehtâ •! de ce que l'ont veut. Nous en sommes là !
Je pense bien à vous, alleil au milieu de cette tourmente, ma pensée se reporte sans cesse sur cette valeur méconnus, sur cette force brisée qui est vous.
Je ne m'y trompe pas, vous pourriez, non pas nous sauver (en ce moment, personne ne le peut), mais nous être grandement Utile. Eh bien, ce que votre valeur personnelle pourrait faire, voire âiluation eompromitb vaus en empêche, c'est la faute de Sedan. La bleseur* est trop fraîche, votre grand nom est une épouvantai 8«b prestige a disparu. Si Napoléon III ne peut plui l'Invoquer, que lui reste- 1-il? il fout beaucoup de temps pour que l'on voie assez clair pour séparer votre cause de la sienne. Ses séïdes vous repoussent, ■es ennemis ne vous connaissent pas ou vous rnéeen» najseent.
llats le temps marche et avec lui la justice. Sup^
H CORRESPONDANCE DE OEORfiE SAND portez l'exil el la pauvreté ; vous avet subi un rang et une situation que tous maudissiez. Le malheur dignement accepté est bien plus doui k subir. Si l'imprévu romanesque des événements vous ramenait chez nous, et non la volonté générale, je serais aussi désolée de vous voir monter ce ballon que contente de vous revoir.
Je crois les d'Orléans trop prudents pour prendre la place, elle n'est pas bonne 1 elle restera peut-être longtemps vacante, parce que personne n'en voudra. Qui sait si, pendant ces tâtonnements de la République malade d'aujourd'hui, la République saine et vivante n'éclora pas? c'est celle que je rêve, et ce que je rêve pour TOUS, c'est d'y entendre votre voix s'élever librement pour le triomphe des idées vraies.
Je n'y serai peut-être plus : une année comme celleci nous en met dix de plus sur le corps; mais faites que je meure en vous bénissant et en voyant poindre à l'horizon votre véritable destinée. Vous avez mission de défendre la liberté de conscience, dont vous avez toujours élé pénétré. Vous avez le don de la parole qui ne parle pas pour ne rien dire; c'est un don bien rarel Dieu ne vous l'a pas fait pour rien : ce don vous fera très grand si vous vous réservez. Je vous aime mieux dans votre chalet suisse que dans ce tourbillon diplomatique de Londres : c'est l'ofCcine des partis et le rMe d'homme dé parti ne vous ira jamais. Il y faut la souplesse du nuage, et vous êtes né pour l'éclat du tonnerre. Si l'impératrice Eugénie vous ra-
D,mi,.=db,Gooylc
COKHESPONDANCK DE GEORGE 3AKD ii tnenait comme régent, tous ne fixeriez pas son inconsistance et vous seriez forcé de la briser, ou de tous effacer encore.
Pardonnez-moi de vous dire tout cela; je tous ai toujours aimé comme si vous étiez mon fils aTec qui je ne fats pas de réserves. — Ledit fils est bien louché de ce que vous dites de lui, et, moi qui le connais, je sais qu'il le mérite par la sincérité constante de son affection pour vous. Je ne prétends pas qu'il soit un aigle; mais c'est ua homme qui a le bon sens de se contenter d'être un homme; que cela est rare aujourd'hui ! Tout le monde veut être quelque chose par les autres, pour se consoler de n'être rien par soi-même.
Adieu ; nous tous embrassons et nous vous aimons. Votre filleule demande quand vous viendrez! hélas I quand?
GEORGE 8i.Mn.
Merci de ce que tous me dites de la Suisse. Si tous 7 reste2, nous irons tous voir.
DCCLXXXVII
A aUSTAVK PLAUBBRT, A GR0I3SBT Nohut, 4M>riwmi.
Tu ne re(ois donc pas mes lettres? Écris-moi, je t'ei
SB CORRIfSPOlIbAHCB ttl «KODSK SAN»
prie, nn seul mot : Je mt pBtti bien. Flous Bommu si inquiets!
A Paris, ils vont tous bien.
Noos l'embrassons.
DCCLXXXVIII
A U. HENRY ilAHRIBSB, A
Ce n'est pu que nous ne eo;Dm pas républieninsi Nous \9 semmes, tQUR, même eeun qui ne croient pas l'ttre. La République a éli fondée chez nous le jouf oà nous avons proclamé le suffrage universel. Depuii ce jour, il n'est pas un aristocrate, si encroûté qu'il fût, qui n'ait senti que le dernier des paysans était son égal, et le suffrage universel, si mauvaise que fût sa volonté, a fonctionné 4ane U sens d« la liberté individuelle avec une liberté absolue et une entente admirable. Ne croyez pas ceux qui disent qu'on l'in- Quence, qu'on l'achète, qu'on l'effraye; ce n'est pas vrai. Si des vilenies de ce gente ont eu lieu sur quelques points, mettez cela sur le compte des abus inévitables partiellement. Je voudrais que vous vissiez l'indépendance, la fierté, le calme de nos populations agricoles, votant comme un seul homme pour tb qu'elles veulent, bon OU mAlifitlB, empêchées ou
CORRISPOnDàflOE DE QBDnOE SillB 8t nen, eieities ou non. L'instrnment dtfUlibeMAesiile donc et marche comme une locomotive. C'est l'instruction qui manque et naturellement celui (fui n'en s pas, ne eait pas qu'il doit voter pour eeut qui véa* l«nl la lui donner. Il vote pourtant déjli pour eêtiz qui en ont^ il rie vote que pour ceux-là. On Ct-oy&iti au GommencBmenl^ qu'il enverrait des rustres aux assemblées. Il s'en est bieri gardé. Le premier pas est fait. Il GompreUdrd plus tard qu'il lui raut des gens, non pas seulement habiles, mais honnêtes.
Vous ne vojet que les partis. Ils sont inuombl'tibles, et tans mauvais ou aflblés. Que d'hérésies contre l'honneur et Ib bon sens oit entettd et on litl La paysan, e'est~à>dîre le nombre, n'a pas de parti. II ne Veut, dit-on, que ses Intèfêts. Mais ses intérêts, c'est la vie, c'est le pain^ le vin, la viande que nous consommons, c'est la ttiatiêrej la tie matérielle que lea théoriciens oublient, eUi qui ne savent (las qu'un épi n'est pas un chardon.
J'ai été au commencement, comme tant d'aulfes. Au début du BufTrage universel, j'en al été etTrayêe. J'aurais Voulu une restriction, l'obligation de savoir lire. Nais', depuis vingt ans, j'ai vu, d'abord, qUË tout doucement les Jeunes paysans apprenaient un peu, et que ce peu volontairement appris était befiucoUp; en* suite que, lettré ou non, il avait, de son droit, iin sën* timent extraordinaire et toujours en progrés. — C'est le premier échelon delà République, cela, et, si oh veut i'Aler, il n'y a plus rien . Mais on ne le peut pas, il
sa CORRESPONDAHCB DE GEORGE SAND
est trop lard, et quiconque y porterait la main serait
brisé.
Ed ce moment, le parti (dont je suis quand même par le ti Ire, puisque je suis républicaine & jam^s) est scindé: Par»,iîor(/eaux.Queilesque8oieat les fautes commises à Paris, la dernière proclamation contre Bordeaux est très belle, très grande, très généreuse, très vraie, selon moi. — L'essai de coup d'État tenté à Bordeaux est inepte el coupable. Il est puni, n'en parlons plus. Vous allez voir quelle majorité contre luil Hais il remuera toujours, il récriminera, il fomentera les passions, il fera natire des troubles partiels. Il faut s'y attendre d'autant plus, qu'autour d'un noyau d'ambitieux, se groupent beaucoup d'bonnétes gens entraînés par le patriotisme froissé. — La réaction contre l'attentat au libre vote, ira-t-el)e trop loin? On peut le craindre. Pourtant je ne désespère pas de voiise former une opinion vraiment républicaine entre les deux extrêmes. Ce sera peut-être une minorité; mais, si elle est dans te vrai, elle peut entraîner tout le mniide et sauver l'bonneur de la France, en même i la civilisation en Europe. Je ne désespère moments; comme tous ceux qui soulTrent lent, j'ai mes heures d'aiïaissement. Hais la me montre toujours le possible, et le beau rs possible en France.
vérités dans votre lettre ! Oui, il faudrait que DUS Américains à moitié. Mais nous ne pounous resterons Français; t^'est à nous de
COHRESP0NDA.NCE DE GEORGE SAND S9 nous purifier de tout ce qui est antifrancais en nous. Amitiés de cœur; merci de vos bonnes lettres, si justes et si pleines de sens. Ne nous tes ménagez pas et venez dès que vous pourrez. — Avez-vous des noavelles d'Alexandre? Nous en manquons absolument.
A H. EDHOND PLADCHUT. A PARIS
NDh*Dl, n HTiiM- IB71.
Linft est enchantée de savoir que son envoi est bien anÎTé. Dès qu'elle a su que tu ne venais pas tout de suite, elle a écouté le vœu da Lolo et saisi une occasion qui se présentait. As-tu trouvé les perdrix dans le ventre du dindon? as-ta repris le tien, de ventre? Avec quelle impatience nous t'attendons pour être bien sûrs qu'on ne nous a pas changé notre Plauchut!
Ta Lolo le demande tous les jours. Elle est grande el fraîche, Titite est devenue grasse et vermeille aussi.
Nos Lambert sont ici et rouvriront le théfttre Satandard pour ton arrivée.
Madame Pessj a passé l'hiver en Bourgogne, au milieu des Prussiens, sans en voir un seul. Je reçois de tous cAtés des nouvelles de gens qui se sont trouvés bloqués et qui n'ont pas aperçu l'ennemi. — Je
W eaRRBSPORBiKGE Dl GRORGK SAND reçois ■ujourd'hui ont lettre de Jniistte, arrivée à Bni|r^reB dans ««n état d'eiallation habituelle. Adam eit aseei abîmé* ; mais jb ne erois pai qu'il ait etk la braa cassé, car il repartait pour bordeaux le jour même da l'arrivée de Juliette, et elle ne parlait pas de l'f suivre tout de suite. Ah oui! tu as eu une fière chauce de ne pas être avec luil — Et d'avoir retrouvé tes alTaires en ordre 1 — Tu auras bientôt, j'espère, celle de revoir ton petit colonel. Comme il me tarde de t'embrasserl Est-ce qu6 tu vedx attendre que les Prussiens défilent devant tes fenêtres? J'aimerais bien mieux te tenir ici ; qui sait te qui peut arriver I II y a tant d'exaltés à Paris I — Tu nous retrouveras bien raisonnables, nous autres; nous avons eu le douloureux loisir de juger et le malheur de Baveiri Nous allons maintenant à un apaisemenl qu'il faudra peutêtre acheter par des crises douloureuses. Espérons que le pire est passé. Je te remercie des Eoins que tu prends de mes nécessiteux et de mes bibelots. Tu es bon comme un ange, tu pense» h tout et lu vaux mieux que tout le monde.
Je le recommande de ne pas partir sans toucher pour moi chez Boulet et ehes Aucanle ce qu'ils auront à te remettra. Je leur ai écrit; lu leur donneras un reçu. Ils doivent aussi m'envoyërdeseomptesiSiHar^ risse partait avant toi, (h lui remettrais l'argent et les papiers.
1. M. Edmond Adam avait élé blesad dans un déraillement de cliemiQ de ht, en allant rejaladM «à feiliitia eu ^olfa lauan-
eonnBBPONDANCE bR GBonaB dAItO H Boneoir, mah bah et chét ehrant. A biehIAl, n'est-ce pas? Nous t'Émbrâisons toUs à quf mieuit mieux.
k H. bBRTON PtUB. A PARIS
iwkuit,ai KtHèrmi.
J'avaisua rêve, inon enfant :demandet-UneaU(;Meft^ talion de subvention, faire de l'Odéon le véritable Second Tbéfttte-Françaîs, n'en tlref attcunbênêficepOar moi, composer une excellente troupe admirableitiént payée, toi et ton flls en tête; savoir j perdre de l'argent pour monter et soatenirle temps voulu cert^nes pièces qui sont appréciées par l'élite et que le vulgaire ne couvre pas d'argent. Avec la renonciation aux profits personnels, ces essais dignes el généreux deviennent possibles, et les pièces à succès âOnl destinées À couvrir les dépenses, comme la subvention large est destinée à empêcher les pertes. Je crois que J'obtiendrais la réalisation de ce rêve si je m'y décidais absolument. Pour cela, il faudrait un soUs-directeUf convenablement gagé, et nous aurions pu le choisir. Mais je ne me sens pas la certitude de pouvoir vouloir ce grand effort, dans le moment d'incertitude morale et politique où nous sommes, et ton projet, à toi, m'arrive comme une solution que je ne demande qu'à accepter^
car je sais que tu feras, comme tu le dis, «un grand el noble théâtre i, dès que tu y mettras la main. Sans subvention, cela m'elTraye pour loi; mais je ne crois pas que le décret contre les subventions ne soit pas reporté. Il nue paraît impossible que l'État n'ait pas des théâtres privilégiés où l'art soit protégé contre la spéculation et contre la décadence qui en résulte fatalement. A moins que nous n'ayons une république de porcs, les gouvernements ne manqueront pas à leur devoir envers l'art et les artistes; autrement, nous aurons des BoalTes-Parisiens on des pièces du Palais- Royal à tous les théâtres.
Dans cette derniëra hypothèse, tu serais, comme directeur de l'Odéon, une sauvegarde, et, si tu n'es pas effrayé des chances à courir, qui sont énormes, je serai à ta disposition de tout mon cœur. Dès que le personnel du ministère sera connu, tu me mettras au courant de ce que j'ai à faire, et, dans le cas où Oiilly irait planter ses choux, — a-l-il encore des cbuux? — j'agirai avec joie selon tes désirs et tes indications; tu as raison de n'en pas douter.
Mademoiselle La Quintinie est toute prête. La pièce
est en portefeuille, et, quand les choses seront déci-
viendras avec Pierre, pour que nous la lisions
tgion» ensemble. En attendant, n'en parlez à
le.
is embrasse tons denxbien tendrement, comme
aime.
G. SAMD.
CUKttKiiPONDANCË DK UËOHGE SAND
DCGXCI A HADEUOISKLLB ALICB LA.HESS1KIE, A JER8EV Notait, nrénl«rl87l.
Ha mignonne, J'ai reçu aujourd'hui une lettre de ta mère. Elle esl k Brajères. Adam partait pour Bordeaux. Ils sont agités, souffrants, chagrins, mais pas malades. Adam a été nommé député à Paris. Tu sais tout cela par ta mère probablement. Je ne doute pas que la paix ne soit bientAt signée et que vous ne soyiez près d'élre réunis pour vous consoler ensemble du malheur général. 11 est bien grand, mais nous en reviendrons. Il ne faut jamais perdre courage. Ta petite mère sera contente des progrès que tu as faits et j'espère que ta santé s'est fortifiée aussi. Si la guerre avait recommencé, nous pensions, Lina et moi, à aller te rejoindre avec nos petites. A présent, j'aspire à vous revoir tous h Nohant, où nous nous aimerons tant, que nous oublierons nos peines.
a. SA no.
DCCXGU
* HAOAMI BSMONB ABAU, AU Q9LPII I9DAK
Nobut,tlfinl«rlS71.
Ma Juliette,
Il q^ Taut jfSti VQHS laisser tomber. Il pe faut pas Aveir de nerfs; il faut dompter l'imagination, qui est le moteur ffttal de cette waladie- C'est bieu «sses de ce que le cœur et l'esprit souffrent, sansyjtiindre l'exalttition, dangereuse à sqj et aus autres. Calmei-vous, mm enfant» je le veux, au nom de votre (il|e, qiu n'est l^a^ forte et que vos souffrances tneraientt SUe aspire tant il TQUS revoir ! ^e |a rentles pas témoin i» crises qui peuvent devenir coptaKieuses, Elle n'ast pas 4e U nature despytliies ; elle ne résisterait paiàçeie^ubèrancËS qui vous attirent et vous hrUenl,
Je me suU cruellement tourmentée d'Aâ4ini*. J'ai été rassurée par télégraphe, très rassurée; car, «près m'avoir dit qu'il était perdu, oq me disait qii'il n'AVBÎl presque rien. J'ai écrit trois fois à Plauchut pour qu'il vous empêchât d'être inquièle, et vous l'auriez été à l'eicès ; car je ne serais pas arrivée à temps. Le mal
1, À propo» de wo accideal de chemin de Ter.
■■Goo^ilc
CORftK^Pari&AllIlE Qï GEORGE SiMD «1
est biea asseï gr^qd CQpiQie ce)a, puisqu'il est esoore
squiTcant; mais il guérir? vît^ et (iqua iiTons c)e la
cttanc? ie ce cAté-là.
Ce n'est (tas le inowent dq T(ma laisser ah^ttrg. Il »
besoin que vous sojez forte. La vie est si lourde pour les hommes à présent, que les femmes leur doivent de ne pas ajoutera leurs craintes et à leurs chagrins. Occupez-vous de guérir, de vous reposer, de ramener votre Alice près de voua. J'etpëre qu'Adam ne sera pas parti pour Bordeaux en apprenant que, pendant huit ou dix jours, il n'y a rien k faire. Il n'est pas de ceux qui travaillent à la guerre civile pour conserver une position. Qu'il laisse ceux qui s'égarent, se perdre Bpfès avoir achevé ds perdre la France. Ils sont bien lias coiipables que les Prussiens, ces hommes qui l'ont épuif éa et. qui n'ont FÎ^n eu faire de soa »aug et de son argent, si largement versés par les Français de toutes les opioioQS |
Quant 4 ipoq pauvrfi honh Blanc, Véln de Paris, le Tftilâ perdu ims les nuages, à ebeval eur un sophisme ^rm4 !.-> AU0B8, la erÎMi » été trop farte ! eUo a exalté et faussé les plus forts, tes plus nobles esprits.
Il fiiut que la lourde m»>q de Jaequeg Bonhomme nous empêche de numi égorger; que l'idéal soit oontMu quitlque temps et que le brutal bon sans bous détaume du auieide. Afoos la patiepaa de subir U \»i de^simplea. puiaque notre &ivre et notro iatelligenee n'oift pH tfmtvi t N»ua uaus relèv«rwa et 9\m vit* l|u'4a ne peuM.
M CORRESPOHDANCB DE CEORGE SAND
Donnez-nous de vos nouvelles, mon enrant, et promettez-moi d'être forte; c6 qui est plus grand que d'être héroïque. Nous vous embrassons tendrement. Il me tarde de savoir Alice auprès de vous.
DCCXCIII
\ M. BDlfOND PLAnCHDT, A PARIS
Enlîn, les journaux disent qu'il ne se produit pas de malheurs nouveaux à Paris, malgré l'agitation malsaine des uns et la trop légitime douleur des autres. Voilà les Prussiens partis, l'impression générale ea province, c'est qu'ils ont fait un four complet, et qu'encore nne fols le bon esprit et le fin esprit de Paris, eût prévalu. Toi qui vois le détail de près, tu n'es peut-être pas tout k fait content; nous qui voyons l'ensemble, nous sommes encore une fois fiers de vous. — Non, mon enfant la France n'est pas perdue et Paris est toujours l'&me du monde. Il a ses jours de fièvre, de délire ou de marasme; est-ce possible autrement,aprâsdetelles aventures, des dramessinistres, des épouvantes, des fautes, des misères qu'il a si courageusement subies? — ËD ce moment, les idéologues sans savoir et sans principes vrais, font plus de bruit
D,mi,.=db,Gooylc
CORRESPONDinCE DK GK0R6K SAND V7 qu'ils ne sont gros. C'est un grsnd malheur pour les idéologistes qui comprennent le présent et l'avenir, d'avoir une pareille guerre à leur suite. Hais le jour se fera. Patience! encore des heures de danger et de crise, et oo s'entendra sur les points où il est possible de s'entendre. La France est plus sage et plus palriole que TOUS ne pensez, vous verrez cela peu h peu. — La forme du gouvernement futur sera très républicaine, et fasse le ciel qu'elle conserve le litre de république, c'est la seule qui puisse honorer notre malheur politique.
Tu dois être éreinté, mon pauvre enfant. Qu'il nous tarde de te voir 1 nous t'embrassons du meilleur de nos cœurs. Quand viens-lu ? Il faut vraiment que tu te détendes de toutes ces émotions et que tu retrouves l'espérance dans un milieu plus calme. Nous avons besoin de te voir, nous; un peu de joie nous est bien permise après tant d'angoisses.
DCCXCIV
A GUSTAVE PLADBBRT, A CROtSSET Niriuii^ IT min 1871.
Nous avonstou^oufTert par l'esprit plus qn*en aucun autre temps de notre vie, et nous souffrirons toujours de cette blessure. Il est évident que l'instinct sauvage
M GÛRREB1>UNIIAN(JK Dit UEUHfiK âAHD tea^ k iprandre le dessus; mais j'en eraina ub pire : c'est l'inslinet éyelfte et Uehe; c'est l'ignoble earrupliaa des (aui i^atrietas, des uUrarépublieaini qui crient Ji la veageanoe et qui se eacheat; ban prétexte peur les beuf^eeis qui veulent une forte réaction. Je eraius que PQua «« sojtpns même pas vindicatifs, — taut ces fitQfaronttadea daublées de poltroanerie nsag digeâteroot et nous peusseront 4 vivre au jour le jour eftmnae sous la Restauration, subissant tout et ne demandant qu'à nous reposer,
n se fera plus tard un réveil. Je n'y serai plus, et toi, tu seras vieav I Aller vivre au soleil dans un pays tranquille! Où? quel pays va être tranquille dans cette lutte de la barbarie centre la civilisation, lutte qui va devenir universelle? Le soleil tui-ntéme n'estil pas un mythe? ou il se cache ou il votis calcine, el c'est ainu de tt)ut sur cette malheureuse planète. Aimons-la quand même et habttuons-neua à y seaffrir.
J'ai écrit jonr par jour mes impressions et mes réflexions durant la crise. La Revue des Deux Mondes publie ce journal. Si tu le lis, tu verras que partout la vie a été déchirée à fond, même dans les pays où la guerre n'a pas pénétré.
Tu verras aussi que je n'ai pas gobé, quoique très gobeuse, la blague des partis. Mais je ne sais pas si tu es de mon avis, que la liberté pleine et entière nous sauverait de ces désastres et nous remettrait dans la voie du progrès possible. Les ahiM de la liberté ne me font pas paur par eux-mêmes; mais ceui qu'ils
CORKESPdtlDANGE OB GIOROl SAHB M efTrayetit penchent toujours vers les abus du pouvoir. A l'heure qu'il esl, M. Thiers semble le comprendre : mais pourra-t-il et saUrM-il garder le principe par lequel il est devenu arbitre de ce grand problème?
Quoi qu'il arrive, tiimoDS-noas, et ue me laisse ignorer rien de ce qui le concerne. J'ai le cœur gonflé et un souvenir de toi le dégonfle un peu d'une perpétuelle inquiétude; j'ai peur que ces immondes hôtes n'aient dévasté Omisset; Car ils continuent malgré la paix à se fendre partout odieux et dégoûtants. Ah ! que je voudrais avoir cinq milliards pour les chassert h ne demanderais pbs à lei i'efoir.
VieHs donc <hez lioUSi on } est tranquille; matériellement, on l'a toujours été. On l'efTbreË de reprendre le tr&Vfcil, ôtl sf résigne; que faire de fflieiix? Tu ; es aimé, ort y vil toujours en s'aiinalil; nous teiiohs n&s Latnbert, que nous garderons le plus longtemps possible. Tous nos enfants sont rëveilus delà guerre sains et saufs. Tu vivrais là eu paix et pouvant travailler; car il le fautj qu'on soit en train ou non 1 La saison va être charmante. Phtit se calmera pendant ee tempslà. Tu cherches un coin paisible. Il esl sens (a mâiil, avec des cœui^ qui sont k toi \
Je l'embrasse mille fols pour moi et pour toule ma nichée. Les petites sotit superbes.
^ SON ALTESSE LE PRtNGB NAPOLÉON (JEHOHB), A PRA^61NS
Je n'ai nçu votre lettre qu'au bout de douze jours. Les correspondances de Paris ea mellent quatre et cinq pour nous arriver. Nous étions mieux servis par les Prussiens que nous ne le sommes maintenant. Je préfère vous écrire encore par Nyon, puisque vous avez toujours reçu par cette voie.
Oui, mon grand ami, ce retour aux idées étroites de l'orléanisme est fort possible, bien que H. Thiers semble décidé à en combattre l'eicès. Le pourra-(-il d'ailleurs? La majorité que nous avons nommée, pour échapperais dictature d'un parti insensé et impuissant, est une majorité réactionnaire et bête; je ne m'apprête pas à me réjouir. Il faut dix ans pour qu'un parti nouveau, las des uns et des autres, se dessine et sauvegarde la liberté en dépit de tout ; et, d'ici là, elle pourra bien être escamotée ou poussée Jusqu'à l'anarchie. Tout ce qui peut arriver est effrayant et désolant, j'en conviens I mais l'espoir est tenace dans mon pauvre cœur meurtri et désemparé.
Je (lotte au hasard sur la houle, cherchant toujours la terre, parce que je sais qu'elle eniste et que toute
D,mi,.=db,Gooylc
CORRKSPONDAHCB DE GEORGE SAHD 101
épave doit s'y échouer. Le vrai et le bien ne sont pas des mensonges; il suffirait de les sentir vivants en nous-mënies, pour être certain qu'ils existent dans la conscience de l'humanité. Qui nous les donnera, ces biens qui semblent faire partie du domaine de l'idéal, et dont le besoin est si grand, qu'il faudra bien les faire passer un jour dans celui de la réalité?
£h bien, je ne crois pas qu'un homme tout seul puisse nous les donner, au delà d'un certain moment où il se trouve en rapport avec la volonté du nombre. Toute institution qui confiera le pouvoir à vie, me parait d'nne durée illusoire et impossible. H. Thiers a ce pouvoir et cet élan pour le quart d'heure. Dans trois mois, il ne les aura peut-être plus, et les d'Orléans, s'ils ressaisissent la royauté, n'en auront pas pour trois ans.
Hais quels projets, quelles visions peut-on avoir sur des faits si troublés? nous sommes véritablement tous plus ou moins fous en France à l'heure qu'il est. Ledésastreetleseffortsontdépassélalimite du possible.
Il y a eu de grandes choses, il y en a eu de misérables; ma seule consolation est d'avoir vu et senti que la France était meilleure, plus sage, plus dévouée que ceux qui se sont mêlés de la conduire et de la juger. Il est impossible qu'une si bonne nation ne se relève pas.
J'ai été heureuse de voir que vous répondiez carrément aux mensonges débités sur votre compte. Gardée votre àme au-dessus de ces orages, elle repren-
lus CeRKUSPa^DAHGK DB OKORGE tlHD dm sa Traie pUce Jftiis doi jouri dk guériwa. Vbhs me demandes quand iidus irons vous voir en Suisse. Nous noua sommes (lattes jusqu'ici de pvUTftir aller mpirer hors de Franbe pondent la belle saison; mais lés gens qui deivent ne pajebt pas, nos blés sent gfelés, st la vida s'est Tsit dans nos poebea. NoUs 4ei)à eleuis au travail du bureau et de la terre, Mauriee et lUsi. Il Taut que j'écrive ) il Tant faut qu'il sème et labeure. Nous an sortirons, maie A la conditioh de nous privef du repes désiré et du bonheur de vous tair; éerlvatnous, cher bon uni, iluandVsusn'eureiHedde mieut k faite ; vùu* rbndf ei bien hsurelix des gens ^ùi vous aliseot toujours bien tebdramant.
DCCXCVI
4 ■. BBHten p£rB, A PAAIS
noMat, la Durt llTI.
Mon enfant.
Je t'envoie la lettre. Je te demandais un brouillon parce que je n'aurais pas su rédiger VoffieM de la demande ( mais, du moment qu'il ne s'agit ijue da dire de fai ee que je pensa, èela n'est plus dîfatila. — Ohillyquitte donc? Si tu réussis dans ton projet, je te
CeRRESPaNBANGE Dl OEOReS 6AHD 103 recoiuiuftiide le pauvra vi«ut Laille, qui est liti heniiAte homme, Irës digaâ et très malheureux, et que tu sais capable de rendre encore de bons serriees. Je t'implore aussi pour Clerb, que Chili; vient de eongédietbrutalemeat et à qui j'ai eiiToyê une lettre pour Plunkelt. S'il est engagé au Palais-Ro^al, tii n'auras pas à t'oeeuperde lui. Mais je eraihs que les tbéàti^s lie soient pleins de becs serriteurs sàhs emploi, elixqUels ils doDueront la préférence. — Enfin, cette palivre Bondoisi qui a le métier si souple et qui a des trtiiitibns dont manquent la plupart des employées choisies pat* Duquesnel; elle est dans la misère et intéressante à tous égards. Ne va pas croire que je veuille t'imposer une troupe. Tu as toujours le droit de me refuser sans me ficher; mais je m'imagine que tu as déjà songé à conserver les sujets estimables. — Et puis, avec une bonne direction, tous Us artistes qui ont l'habitude des plandies deviennent bons. Boc^e él Hontigny l'ont prouvé, malgré l'excès d'initiative de ce dernier, et ils ont trouvé leur intérêt à garder les bons pensionnaires qui ont peu d'eiigeoces et se laissent diriger, seriner tu busia.
Inutile que je te dise combien je désire tdn succès. J'ai aussi un peu peur pour toi; c'est bien grave, sans lubventioa! et, d'ici à Un an. Dieu sait si Paris sera calmé! L'élément qui menace la tranquillité n'est pas littéraire. Je suis bien inquiète aujourd'hui; tu ne me parles de rien ; espérons que les journaux exagèrent ,
11 faut, cher enfant, si tu as, comme je l'imagine, ac-
1(U CORhKSPONDANCE DE GEORGE SAND ces et crédit auprès du ministre ou dans ses bureaiut, que tu essayes, de savoir ie sort des pauvres artistes pensionnésaprèsde longs services, mademoiselle Tiiuillier, par exemple. Il f a dixmois qu'elle n'arien louché I et elle serait morte de misère, si... Hais ma pauvre bourse est épuisée, il ; a tant de malbeureuxl — Fautil que j'écrive pour elle à H. Jules Simon? Pour cela, il me faudrait savoir s'il n'y a pas suppression prononcée. Cela me parait impossible, ce serait atroce. Je t'embrasse, toi et ton Pierre, et tes beaux petiots. Tiens-moi au courant.
DCCXCVII
t U, KDMOND PLADGUUT, A PARIS
Quelle tristesse et quelle anxiété! Si vous pouviez opposer une ferme et froide résistance sans effusion de sang! Ce parti d'exaltés, s'il est sincère, est insensé et se précipite de gaieté de cœur dans un abîme.
La République j sombrera avec lui. Le Paris légal n'a pas vu clair.
Par dépil contre une réaction qui n'était pas bien unie et par conséquent pas bien redoutable, il s'est jeté dans l'extrême. Il a fait comme un locataire ijui
GURRESPONDiMCe: DE GEORGE SAMD 10S laisse brâler la maison, et lui avec, pour jouer uu mauvais tour à son propriétaire. J'avais prévu tout cela! Hais c'est une triste chose que d'avoir raison quand c'est le désastre qui vous le donne. Quelle réaction maintenaut!
Paris est grand, héroïque, mais il est fou. Il compte sans la province, qui le domine par le nombre et qui est réactionnaire en masse compacte. Tu m'écris : ( Dites bien à la province que nous haïssons le gouvernement. »
Comme vous êtes ignorants de la province! elle fait un immense effort pour accepter Tliiers, Favre, Picard, Jules Simon, etc., tous trop avancés pour elle. Elle ne peut tolérer la République qu'avec eux, M. Thiers l'a bien compris, lui qui veut une république bourgeoise et qui ne se trompe pas, hélas ! en croyant que c'est la seule possible. Sachez donc, voua aulres, que les républicains avancés sont dans la pra< portion de 1 pourlOO, sur la surface du pays entier, et que vous ne sauverez la République qu'en montrant beaucoup de patience «t en tâchant de ramener les excessifs.
Voas voilà dépassés par un parti qui voit encore moins clair et qui croit dominer au moins Paris.
Pauvre peuple 1 il commettra des eicès, des crimes ; mais quelles vengeances vont l'écraser! Hon Dieu, mon Dieu! sojez fermes et patients, tâchez de le ramener (ce parti I).
En province, on croit qu'il est vendu à la Prusse;
t06 COttnESPOKDANGI »k OEORCE BARB
c'est tout ce qu'il rellrefa de ses Ifiomphes dai» la rue. Il donne toug les prétextes possibles k la réaetlonl Et lea Prussieusl ils Tonl peut-être terinllier la lutte. Quelle honte après tant de glolfel Cher eiifilfit, nous sommes mortellemeut inquiets de toi et de (ouï nos amia. Ëeris houa UDB ligne tous les Jdurs. Nous savons les értneitienls par leà jouruaui; ne te fatigue pas à nous les raconter. Parle-nous de lai BeUleffiedt. Que je suis e6nlettle de laVèir ton frère retefiU et reparti! J'espère qu'après cette crise, tu tiendras eH-
itn cbfeiueua!
NoUs t'embrassons (eus bien tendrement.
DOGKCVIII
A M. ANBHA BOHTITi A PABIB
NDbiiiil,ïâiiitr)IS71.
Cher ami, le Journal offiéiel de Versailles dit au* jourd'hui que Flourens a été tué, son corps porlé ft Versailles, — que H. Assi est déposé par les siens pour avoir blâmé l'etpédltiôn sur Versailles. C'est tnalnteriaiit le règne des plus furieux & l'bOtei de Tilie. L.a déroute est complète : les gardes aatlonauk du parti qui ont pu rentrer dans Paris, disent qu'ils oht été trahis, livrés ; qu'on leur avait fait croire que le moR- Valérien était à eui, el que c'est le mont Valérien jus-
COBRBSPONDANGE Dt GIS0RG8 BAHD tOT tement qui les a foudroyés ; que les fameuses piioei dfl 7 n'ont pu leur servir, faute de (;argeuMes «1 de muaitions. |1 j en a qui ramèneat prisoaniera leurs ofTiciera canirïie leasyant tnhia. Dans t«ut eela, et en faisant la part des eioiératiflus d« la réaetion, eonme il j a des citationi da tous les jouruaus à VOf^iêl; que les circulaires de Tbien sont très aflimatins, et qm les citations des joumaut de la Commiw» sont trèi «igaificativfs, on peut conclure avea osrlituda que le parli de la Commune se désorganise rapidement et qu'il est incapable de triompher par la force, mArne dans l'ntérieur da Paria, ea supposant qu'il veuille énergiquement s'y défendre. Espérons qu'il a'oaera pas le vouloir et qu'il ; aura transaction.
Ce qui arrîia était à prévoir. Le parti républieain est Uop divisé, la réaction plus unie aura teujeura la force. Ilous eussiout pu, par la dignité «t la fermeté des opinions progreasistes, la contraindre moralemeal à noua laisser la liberté. Il fallait une politique de ménagement et de patience. Thiers était dans le vrai, lia réalité des fait», la nécessité du bon sens parlaient par sa bouche. Il eût été bien temps de protester si l'on nous eût offert un préteadant. Mais celte politique ne faisait pas le compte d^ ambitions délirantes et de la T«nité effrénée de certains meneurs. Le peuple, toujours dupe des passions d'autrui, et très démoralisé parles moeurs de l'ËJnpire,payerales foulesot leserimea.
L'O/iHcùJ dit qu'au milieu de ees orages, l'Assemblée prépare un priyet de loi qui Mrait très ces-^
108 CORRBSPONDAnCE DE GEORGE SilID
ciliant; il en donne la teneur : ce o'est pas un idéal, mais c'est peut-être le possible. Tbiers a-t-il réussi à donner de la confiance à cette Assemblée età la rendre moins réactionnaire? Ses décisions vont dépendre du sort de Paris, qui déserte en masse (les classes aisées de toutes les opinions). Si les insurgés transigeaient, l'Assemblée transigerait aussi. Hais, s'il y a résistance, barricades, embrasement de Parts, les Prussiens couperont court au différend et la monarchie sortira de nos ruines.
Plauchut est ici, avec les Lambert. Il m'a remis les mille francs. Nous nous portons tons bien ; mais quelles anxiétés! quelles tristesses I
Tous devez avoir à votre mairie les dépêches que Thîers envoie tous les jours aux préfets et que les moires doivent afficher ou communiquer. Les journaux que nous recevons de Versailles en sont la confir' mation. De Paris, on ne regoit plus rien. Les insurgés n'ont pu organiser la poste; d'ailleurs, elle est au caprice du premier venu. Ou ouvre, on ferme les communications; ce sont les Prussiens qui les maintiennent pour l'Est.
Encore quelques jours et te drame sera dénoué; espérons que la République n'y sombrera pas. Les insultés diront qu'elle est finie, puisqu'ils ont plus d'aversion pour leurs modérés que pour les Prussiens et les cléricaux. Ceux-là, on ne les contentera jamais : il n'y en a que pour eux. Ils nous tuent. Mais la France leur résiste, ils ont échoué dans toutes les villes.
...Gooyic
CORRESPONDANCE DE GEORGE SAN D 109 Donnez-nons de vos nouvelles, cherg amis; nous vous embrassons tous «t bien affectueusement. 0. SAND.
DCCXCIX
A H. BDHOND PLAUCHUT, X PARIS
N«hul, SS man t37t.
Viens, mon ami; à présent, il faut veniri Tu as fait ce que tu as pu, ce que tu as dû faire. Paris essaye en vain de satisfaire le peuple : le peuple ne sait pas assez ce qu'il peut et doit vouloir, pour ne ne pas abuser des concessions que vous lui faites. Avant peu, il vous débordera encore, comme déjà il déborde son Comité. L'Assemblée, que vous haïssez trop, n'est pas tant coupable qu'idiote. Divisée comme l'est Paris (quoiqne sur d'autres questions), elle eût été frappée d'impuissance et n'edt pu tuer la République SI TOUS eussiez soutenu davantage H. Thiers contre elle; H. Tbiers n'est pas l'idéal, il ne fallait pas lu demander de l'être. Il fallait l'accepler comme un pont jeté entre Paris et la France, entre la République et la réaction ; car la France, hors de» barrières âe Paris, c'est la réaction. Voilà ce que vous ne voulez pas savoir, et ce qu'il faudra bien reconnatlre
D,mi,.=db,Gooylc
110 coarespoudangk bk ukoilcb sand ■vee ou sans guerre civile. Snulaneat, sib& la fOMtre civile, on pouvait oourerlic !&• Fta««»: ely a««c^ ell*. recule encore plus dans lacrainle de l'avenir et l'amour bi^te du passé; ce sera la faute du Comité et aussi celle de l'Assemblée, et ud peu aussi celle desavaneés de notre parti, Louis Blanc et compagnie, qui se sont montrés trop violents à Bordeaux et qui en ont trop appelé au peuple de Paris. Us ont cru le commander: aujourd'hui, Ils le subissent. Enlîn, tout le monde est coupable. Il y a comme cela d'ans rbistoire des époques fatales où le fait domine l'esprit et le brutalise. Un bonheur providentiel au milieu de ces désastres, c'est que U majorité du peuple- snloainé, qui awaitpoicnaanglanter Pari» et anéantir la. oivilisaUoa, s'eeb ti»u<vée asaer ioteUiguite et asaez' bumaioe pour ne: eommettre qse- de» crûnas isolés, Pnuuée pap dea imbéciles et des saéUrab^. «Us net vouduibiei^t^ j'esfièraF ni de» ans ni d«s aiUces.
Hais ranasdiM d«it reeMnauiMeitr cela me pantt inévitable, et, Parâ donnàML au waida- un. graaà exemple d'alinégalioB' et de fimternité,. il f«ra> mu laissera faire tout « qui peut elfarouflUw et irnteii la province. Lutte ou mélianoe, I». scission s«pè[%. «t ces dernierïévénwnfflilalapBéciiiiteat..
Viens; mon ami^ ssr» un<pea d« tuit esla^tun'eu* tends qa'une- olodie. II faut quft U' passion s^spatm et je souhaiteiaifl^à tout leaPadsienft d« sc! remettes en rapport avec laprovioee, non pour se ctmvertir à ;ei très maumteea doetrinaiv BKis pMW voin à quslt
CORRESPONDANCE BE CEORCE SAND 111 obstacles Us ont affaire et ce qu'il faudrait de patience et de prudence pour les vaincre ! Vous êtes fatalement lancés, à Paris, dans un courant qui vous fait dériver. Paris fait les républiques, nous le savons; mais c'est lui aussi qui les perd et les tue.
Si tu viens, comme je Tespére, tâche de m'apporter les comptes d'Aucante avec Lévy et les comptes de Doutet; maïs, s'ils ne sont pas prêts, que cela ne te tienne pas une heure de plus à Paris. Je peux loujonfs attendre, même l'argent et les cigarettes. Caque nous vouloBa, c'bA toi, sorti decette ivreiu-veitiginense oiâ' l'on pent' p^ir sans avoir fait le bieOi quelque- déyouemeot. que l'on ait pouR le bien. Nous t'emfatosoDs tendrement.
Je oiaiitstràs séiieuseœentwi retour, des Prussiens, malgré leurs airs de patience et leurs amicales promesses auîComité.
Tousi pvuDries élra surpris oomma toujiuiE&un de ces maUDS^.etialois e'est l'apaisemeat de latombaJ
ni COilRliSl'ONDANGE DE dEORGE SAND
DGCG DAHS AAKOULD-PLBSaï, A PARIS
Chère grande fille,
Nous étions inquiels de voas, malgré les nouvelles rassurantes et vos courtes lettres. Vous savoirau milieu des hasards de l'invasion, au milieu de laguerre, chose horrible où ceuxqui vous défendentsont parfois autant à craindre que ceux qui vous attaquent, c'était une douleilr de plus pour nous, au milieu de tant de douleurs.
Enfin vous êtes à Paris, où un autre genre de danger vous poursuit, celui de troubles sans cesse renouvelés, mais qui, du moins, n'ont pas, j'espère, à vous menacer personnellement. Écrivez-nous, ne nous laissez plus si longtemps sans savoir, à coup sur, ce qui vous concerne.
La perte de famille dont vous avez refu l'annonce était, moralement parlant, consommée depuis longtemps '. Il n'j avait plus ni intelligence, ni sentiment de la vie. M^s enfants avaient plaidé h temps pour obtenir le résultat qu'un arrangement avait Tmi par leur assurer, c'est-à-dire pour arranger les choses de façon
1, L> mort de Û. Dutletaot. *
CORRESPONDÂHCE DE GEORGE SAND 113 que la gouvernante eât tout intérêt à prolonger les jours du valétudinaire. Autrement, il eât été bien à plaindre.
Nous nous portons tous bien ; nos enfants sont superbes ; Toilà tout le bonheur dont on puisse se vanler k l'heure qu'il est. Noas vous embrassons de tous nos eœuri.
A H. JULES BOUCOIRAM DIRBCTKDR DU COVRItlElt DU GARD. A NIUE3
!4oUnt, 6 nril 1871.
Hon bon ami, Je suis touchée du bon souvenir de vos chers et bons jeunes gens. J'aurais voulu les garder davantage ou les revoir. Hais tout est comme les feuilles que le vent promène au hasard, dans ce temps étrange, inouT, incompréhensible! Quel sera le dénouement? On ne peut le savoir. La République est si divisée ! Pour le moment, les exaltés agonisent. Mais les raisonnables ont des passions anssi et ne tarderont pas à se déchirer entre eus. Pauvre France! faut-il qu'elle" rétrograde en inëine temps qu'elle est vaincue ? La guerre démoralise l'homme. Le peuple a vu les Allemands pil-
lU CORRëSPOHDAKCE de G£ÔRC£ Si.ND
lacdsjBt voleurs, il s'astlail voleur et pillard sousjirétexte.de.pollUgue. Le Jbeau .patriotisme I Espérons que ceux qui agissent à la prasstenne sont des exceptions. Mais elles sont trqp nombreuses et.ies attentats à la liberté sont trop scandaleux dans Paris pour que le peuple honnête et trompé n'en potte pas la responsabilité cruelle. C'est une grande douleur pour moi, pour moi qui aime classiquement ie prolétaire et qui n'ai jamais songé qu'à son avenir. Dans quel absurde et funeste passé il retombe!
Aimons-nous et ne devenons pas fous malgré le vent de Thrace qui souffle sur oone.
Mes enfants vous embrassent et nous vous aimons do tout cœur.
DCCCIT
AH. ALBX'AKDRE D-ITUAB flLS, A VEItSWIIiLBI
Cher fils, Je n'ai .pas fait d'article sur votre pèie. Je n'ai dit que le mot que je vous ai envoyé, le jour où j'ai reçu de vous .la nouvelle de sa mort. Je ne faisais alors qu'un journal, littéralement au jour le jour, qui a paru en 4n>is articles de la Revue,, sous le titre de
C0A«K&Pi)l[£jiN££ J>£ C£OilC£ SUtB IIG
JattrMaid'.utt e^afeur^utdaiU le siège. 11 eel dsiic ùotile ^ue voue liùffi ce f^ras jqui oi'a «u ^u'tin mérita «eloi .de préwir Mm Jùbd les ÀiâBanaOs mjound'liiu ACCOURS. '
Ce,^ -TautiDucuxiqiie JBon mol, c'«8i votceieUre, qui le j[]ge si bien et qui est ipar eUe-m&me on cbetd'œuvre. I^jneUiaw.aidûk«leipliiB^pDittué, lepluï jusie, le oiieax résumé serait cette lettre écrite au courant de la plume. Si vous voulez, je la publierai quand on recommencera à lire; ce qui ne vous empêchera pas de faire une élude approfondie avant ou après, comme vous Tondrez.
Je vous renvoie vos imprimés; j'avais lu U lettre de votre sœur et je ne m'y 'Ads-pas trontpée-; personne, que je sache.n'a été dupe. Ce qui se passe à Paris ne me parM pas du tont un sympt'tme social et Aumanitaire.M Me aùt^qatSie lAédHoiion «n tirerintl les pbilesopiiee et loi iSnnnniiinlfir Je n'y «ois qu'un fait tambanl WHU k cenpide laeritiquedeiiaiL Le résultat d'uD ecoèfi 4e •dvÀlsalioiLiBBtérieUe jetant sen écvaae i la Burfaoe, un jmv où ib ichantU^ manquait de «irveillaots. La démacmlie a'eat ni pins ksnt, ni l^us bas après lUHeicriae <de iioimsBenienlg. Cest un «Uaia nomeBt àamBioatre vie -et dans notre histoire, fil les fiouffranoee de tant ide geae, qui n'en peuvent nai^ «ndeot iûen toi^fi. Ce aoBt les «turoales de la folie succédantÀ celles de l'Empire, et, apeèa^isla, lesa[ùiiioiiE:Be retc*NwroaI eufiFéeennUBaiine si de làen aeie'Atùtipassé !
tl6 CORRESPONBAHCE DB GKORCE SAHD
On va bien ici. L'agriculteur Maurice sème toutes les herbes de la Saint-Jean et devient assez entendu ilans celle application des notions de sa petite science. C'est amusant comme autre chose. Les Lambert vous remercient de voire bon souvenir. Tout le monde ici vous embrasse et vous aime.
Votre maman, qui vous aime encore plus.
ASnSTAVE FLADBBKT, A CROtSSET
Non certes, je ne t'oublie pas! je suis Irisle, triste, c'est-à-dire que je m'étourdis, que je regarde le printemps, que je m'occupe et que je cause comme si de rien n'était; mais je n'ai pas pu être seule un instant depuis cette laide aventure, sans tomber dans une désespérance amère. Je fais de grands efforts pour me défendre ; je ne veux pas (Ire découragée ; je ne veux. pas renier le passé et redouter l'avenir; mais c'est jna volonté, c'est mon raisonnement qui luttent centre une impression profonde, insurmontable quant i présent.
Voilà pourquoi je ne voulais pas l'écrire avant de me sentir mieux, non pas que j'aie bonle d'avoir des
CORRESPONDANCE DE GEORCE SAND HT crises d'abattement, mais parce que je ne Tondrais pas augmenter ta tristesse déjà si profonde en y ajoutant le poids de la mienne. Pour moi, l'ignoble eipërience que Paris essaye ou subît ne prouve rien contre les lois de l'éternelle progression des hommes et des choses, et, si j'ai quelques principes acquis dans l'esprit, bons ou mauvais, ils n'en sont ni ébranlés ni modifiés. Il y a longtemps que j'ai accepté la patience comme on accepte le temps qu'il Tait, la durée de l'hiver, la vieillesse, l'insuccès sous toutes ses formes. Hais je crois que les gens de parti (sincères) doivent changer leurs formules ou s'apercevoir peut-ëlre du vide de toute formule à priori.
Ce n'est pas là ce qui me rend triste. Quand un arbre esl mort, il faut en planter deux autres. Mon cliagrin vient d'une pure faiblesse de cœur ({ue je ne sais pas vaincre. Je ne peux pas m'endormir sur la soulTrance et même sur l'ignominie des autres; je plains ceux qui font le mal ; tout en reconnaissant qu'ils ne sont pas intéressants du tout, leur état moral me navre. On plaint un oisillon tombé du nid ; comment ne pas plaindre une masse de consciences tombées dans la houe? On souffrait moins pendant le siège par les Prussiens. On aimait Paris malheureux malgré lui, on le plaint d'autant plus aujourd'hui qu'on ne peut plus l'aimer. Ceux qui n'aiment jamais se payent de le haïr mortellement. Que répondre? Il ne faut peut-être rien répondre ! Le mépris de la France est peut-être le chàliment nécessaire de l'in-
us OOBRËtiP>jl)i<01HU£.'l>E G.EMCË BAKD
si^iie làchdlé avec laquelle ks Paiisieos ont sifbt l'Émeute de-cesaveolurieFs. C'^stune Buile d«»! a?eutuciersde l'Empite : .autres félo&s, même couardise.
ïlais je ue vaulaU pas te pwlor de eela, tu en ruifis bien-assez ! Il fa-^diait s'ea< distraire ; car, en y.pensaut trap, on se détache de ses propres .membees, et on ge lai£ae âmputar Avec trop de stoïcisme.
Tu ne me dis pas commeat tu as retrouvé ton charmant nid de Croisset. Les Prussiens l'ont occupé; l'onl-ils brisé, sali, volé? Tes livres, tes bibelots, as- ' tu retrouvé. tout cela? Onl-'ils respecté Ion nom, ton aielifir.de .travail? Si tu repeux y travailler, la paix se fera dans ton esprit. Moi, j'attends que le mien guériâse, et je sais qu'il fondra aider àjoaa propre guérisan par une certaine foi souvent lébranlée, mais dont je me fais un devoir.
Dis-moi si le tulipier n'a.pas^elé cet hiver ot si les pivoines sont belles.
Je fais souvent eu esprit le voyage; je revois .Iob jardin etses alentours. Gomme cala est .loin ; que de choses depuis ! On ne sait plus si on n'a pas oml ans !
Mes petites seules me ramènent a la notion du temps; elles grandissent, elles sont drdleset tendres; c'est parelles et les deux êtres qui me les ont données que je me sens encore de ce monde ; c'est par toi aussi, cUer ami, dont je sens le coeur .toujours bon et vivBut. Que .je voudrais te voir! Mais on n'a plus le moyen d'aller et venir.
Kous t'embrassons tous et nous t'aimons.
COKSli;Sd>l)J!lDjlIf.CJ:: I»J£ CJU>iK.&£ KAHJ) JIO
A U. BRRTDIt PàRS. A SAfNT-AVBnTIN.
PAR TOUIta
minat, TlnnilSTI.
JUes jiauvres euraiils, quelles tristes nauvelles vous me donnez! J'en suis toute aliallue. Moi qui me consolais du malheur d'autres abseutf, en jue ûgurant ^e vous étiez -du muiuB tranquilles £l eu sûreté ! Clerh et Pore), qui sont ici, me disaient vous avoir rencontrés partant aussi, et fuyant la honteuse alternative de la guerre civile ou de l'Écrasement social. D'autres malheurs vous attendaient chez vous, la variole noire, qui nous forçait aussi, l'année dernière, de fuir les accidents, les morts, l'int^uiélude ! comme si les désaxes publics ne suffisaient pas, ces déplorables aAnées déchaînent sur nous tons les (léaui:. — Grâee à lUeu, vos chers petits sont sortis sains et saufe du danger et tout semble aller un .peu mieux chez vous. Pour Paris, nous touchons au dénouement plus oujuoins tragique, plus ou moins burlesque. Quand on voit quels hommes sont à la tête de cette insurrection, les uns odieux, les autres cFélins, on ne peut s'intéresser à leur égarement. Et puis cette doctrine de dictateur nous va de moins en moins, il est temps
m CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND d'eafiiiiravec cet escamotage de notre liberté, de notre sécurité et de notre dignité de citoyens. C'est assez appartenir aax premiers venus. J'espère que nous allons avoir besoin de nous appartenir à nous-mêmes. Quelle situation va succéder à cette lutte répugnante? U» genre directoire ? Le besoin de s'amuser, de s'enivrer, d'oublier? Peut-être! L'esprit français ne peut pas rester tendu sur les émotions politiques. Hais, «omme nous ratons tout ce que nous voulons copier ■dans le passé, nous n'aurons pas même le chic des liarras ; nous serons bétes et nos incroyablet n'en feront accroire à personne.
Prenons courage cependant. Défendons-nous de mourir. Il y a encore plus de vitalité chez nous que chez les autres peuples, et j'espère que la France se relèvera avec une facilité qui les étonnera encore. Il y aura quelques mois durs à passer, quelques années plus ou moins troublées^ et puis une éclosion de je ne sais quoi qui nous portera je ne sais où, mais qui sera lavie. Je parle comme si je devais vivre longtemps et j'oublie que je suis très vieille. Mais ça m'est égal. Se vivrai dans ceux qui vivront après moi. Vous autres, vous êtes jeunes, le père autant que le fils, et vous serez longtemps encore des instruments et des éléments de retour à la civilisation. En ce moment, nous traversons une Ile de sauvages où la tempête nous a jetés. Hais, comme Robinson, nous les verrons se manger les uns les autres, et le navire se remettra à Aot sans que nous soyons mangés.
CORRESPOHDAltCE DE GEORGE 8AND ICI
Donnez-moi encore de vos nouvelles, chers enrants. Dites-moi que tout va mieux chez vous. Je vous embrasse bien tendrement, ainsi que vos chers petits. Les nôtres vont bien. Nous avons cette chance, la plus grande de tontes.
G. SAKD.
P.-S. Que devient l'Odéon î CM lo sa f
DCCCV
A H. ALEXANDRE DOUAS PIL3, A VERSAILLES NoIiaM, 23 mat IS1I.
Mon fils, c'est cela qui est un chef-d'oeavre'. Je suis tout heureuse d'avoir senti et pensé comme vous sur tous les points, comme si nous nous Étions donné le mot pour communier. Mais comme vous allez au fond des choses et comme vous savez mettre des faits où je ne mets que des intentions I Et puis comme c'est dit ! développé et serré en même temps, vigoureux, ému et solide.
Il y a là quatre personnages qui ne se relèveront pas des coups qui leur sont portés de main de maître. Je n'aime pas le titre parce qu'il n'appelle pas assez l'attention sur le sujet.